‹ Retraites pascalesChapitre 50 sur 98 · Psalm. XXIX · texte numérisé non relu

Psalm. XXIX

monde, afin de tomber sur les iniquités pour les purifier; mais, partout, il sera repoussé par les tempêtes des passions. A quoi bon le répandre? Quœ utilitas in sanguine meo ? Non seulement, il y aura des ingrats et des profanateurs de la grâce dans l'Eglise, mais, des peuples entiers seront arrachés violemment, par Terreur, des lieux où. coule le fleuve de la rédemption; mais, les hérésies, les schismes, la fausse science arrêteront, aux portes des âmes, les flots sacrés qui doivent les régénérer; mais, un siècle fatal viendra où les hommes s'engageront à ne jamais être touchés par le sang du Sauveur, et formeront entre eux une société d'assurance mutelle en faveur de l'impénitence finale.

Jésus-Christ assiste, à l'avance, à toutes ces monstrueuses infidélités, et, pris d'un mortel dégoût, il demande grâce pour son sang : — « Père, Père, s'écrie-t-il, je me suis anéanti jusqu'à prendre la forme d'un esclave, je suis né dans l'obscurité et la misère, mes pauvres petits membres ont été couchés sur la terre, vous avez entendu mes plaintifs vagissements, c'est assez; pourquoi voulez-vous mon sang? A quoi sera-t-il bon? Qu8e utilitas in sanguine meo? — J'ai passé trente

ans clans rhumiliation, j'ai prêché votre sainte vérité aux hommes, je me suis fatigué dans l'apostolat, j'ai vécu du pain de la charité, j'ai veillé, j'ai jeûné, je suis resté sans demeure, sans une pierre à moi pour reposer ma tête, c'est plus qu'il ne faut pour sauver le monde; à quoi bon mon sang et ma vie? Quse utilitas in sanguine meo ? — Père, Père, faites que ce calice s'éloigne de moi s'il est possible : Pater mi^ Pater mi, si j^ossiblle est transeat a me calix iste. »

Il disait cela notre cher et bien-aimé Jésus, et, soudain, le bruit des oracles, les clameurs de la justice et les tendres gémissements de la miséricorde retentissaient dans son cœur brisé. Non, mon Jésus aimé, vos humiliations, vos fatigues, vos privations, vos veilles, vos prières, ce n'est pas assez. Ce que l'on achète ne vaut que son prix ; mais si l'on a, à bon escient, promis davantage, il faut donner ce que l'on a promis. Dieu a promis votre sang pour la rédemption du monde, donnez votre sang. Et Jésus ajoutait : — « Père, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la vôtre, ô mon Dieu! — Non mea voluntas sed tua fiât. » Quel combat, grand Dieu !... Pressé entre la mort et la vie, la volonté de Dieu et l'ingratitude des hommes, triste, épou-

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vanté, abreuvé de dégoûts, le Christ s'affaisse, se couche à terre, et le sang que son âme refusait coule, comme un fleuve, avec la sueur de son corps. Je ne saurais peindre co lamentable spectacle, permettez-moi d'emprunter le langage d'une sainte âme que Dieu a favorisée de ses révélations. « J'ai vu, dit-elle, le sang couler en larges gouttes sur le visage du Seigneur, ses cheveux étaient collés ensemble et se dressaient sur sa tête, et sa barbe sanglante était tout en désordre... Il trébuchait à chaque pas, comme un homme courbé sous un fardeau pesant, comme un homme dangereusement blessé qui va défaillir... Il s'approchait de ses apôtres, tremblctnt et gémissant... Mais, lorsqu'à la clarté de la lune ils le virent devant eux, debout et affaissé, avec son visage pâle, ensanglanté et sa chevelure en désordre, ils ne purent reconnaître leur maître si horriblement défio;'uré. Le voyant qui se tordait les mains, en pleurant et priant, ils le relevèrent, le reçurent dans leurs bras et le soutinrent avec un empressement affectueux. Jésus leur raconta sa tristesse et ses douleurs mais ils ne lui répondirent pas. Ils étaient

sans paroles, tant son aspect et, ses discours les avaient attristés et troublés Quand il voulut

retourner à la grotte, il n'eut pas la force de marcher. Jacques et Jean le soutinrent. Dès qu'il fut entré, ils le quittèrent et l'agonie continuai »

L'incrédulité ne veut voir qu'une chose dans Tagonie du Sauveur, c'est qu'il est faible et pusillanime, comme le reste des hommes, en présence de la mort. — Surpris, dit-elle, dans la force de l'âge et de l'ambition, il ne peut voir, sans de mortels regrets, s'évanouir tous ses rêves. Il est abattu devant l'insuccès de ses travaux, il pleure une foule de petits bonheurs dont il n'a pas su profiter. Ainsi, la scène tragique du jardin des Oliviers se transforme en un chapitre d'un roman vulgaire, qu'on pourrait intituler : Illusions peV" dues ^. Vous avez entendu parler, Messieurs, de cette profanation de la plus sainte des histoires, si vous n'en avez pris vous-mêmes connaissance. Votre foi s'est indignée, et, promptement éclairée

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