‹ Retraites pascalesChapitre 58 sur 98 · Luc, cap. H · texte numérisé non relu

Luc, cap. H

?. Mattii,, cap., H, 1-11.

nent, en abrégé ^ toutes les vérités dont je veux vous entretenir pendant cette retraite. Vous y voyez Dieu venir au-devant de rhomme ; mais il ne s'impose pas; il attend de l'homme un mouvement qui l'amène à ses pieds. « Passons jusqu'à Bethléem, » s'écrient les bergers : « Transeamus usque Bethléem. y> — « Nous avons vu ètnous sommes venus, » disent les Mages. « Vidimus etvenimus. )) Qu'est-ce à dire, sinon qu'aux prévenances divines, qui nous donnent Jésus-Christ par l'adorable mystère de Tincarnation, doit correspondre la recherche de Jésus-Christ.

Avant de répondre à ces trois questions : Où chercher Jésus-Christ? Comment chercher Jésus- Christ? Pourquoi chercher Jésus-Christ ? Prenons acte de nos obligations et établissons bien cette vérité : Ilfaut chercher Jésus-Christ. Il le faut, parce que cette recherche s'impose à notre honnêteté ; il le faut, parce qu'il y va de l'honneur de notre intelligence; il le faut, parce que notre plus grave intérêt est en jeu dans cette recherche.

Il y a peut-être parmi vous, Messieurs, quelques esprits forts qui croient pouvoir s'en tenir à ce qu'ils appellent les grandes lignes de la raison. Le matérialisme leur paraît abject ; l'athéisme est insensé ; la négation de la Providence ne supporte pas la discussion. Il n'y a, disent-ils, qu'un noble et pur déisme qui puisse satisfaire un esprit sage et un cœur droit. Il faut donc croire en Dieu, adorer ses perfections, bénir sa providence, se soumettre à ses volontés, reconnaître, sous notre enveloppe charnelle, une âme [impérissable destinée à une éternelle félicité, mettre en pratique les préceptes de justice et d'amour qu'une main divine a inscrits sur les tables mystérieuses de notre conscience, être honnête homme, en un mot; cela suffit. Si certaines âmes, plus tourmentées qu'il ne faut par l'instinct religieux, veulent contenter leur imagination ardente et leur pieuse activité par des mystères, des symboles, des personnifications, des pratiques surérogatoires, on ne doit pas les contrister par une opposition qui peut devenir impie.

IL FAUT CHERCHER JÉSUS-CHRIST ISf)

mais les laisser faire avec une douce pitié et une calme indifférence. Toutes les formes religieuses ont du bon, en tant qu'elles correspondent à certains besoins de la nature humaine, mais le mieux est assurément de se dégager de toute forme positive, pour ne suivre que les tranquilles et sages inspirations de la raison.

Messieurs, ceux qui pensent ainsi sont-ils sincères? — Je veux le croire. — N'ont-ils point quelque arrière-dessein de s'affranchir, en réglant eux-mêmes leurs rapports avec Dieu, des devoirs qui gêneraient les mouvements des appétits auxquels ils veulent laisser une pleine liberté ? — C'est fort possible. — Mais, qu'ils soient sincères ou non, je me permets de leur faire remarquer que leur théorie religieuse est insuffisante, et qu'elle porte en elle-même sa propre condamnation. Ils conviennent qu'il faut croire en Dieu, adorer ses perfections, bénir sa providence, se soumettre à ses volontés; assurément, cela veut dire qu'il faut croire en Dieu, tel qu'il se manifeste à nous ; adorer ses perfections, là où il nous les montre ; bénir sa providence, dans toute l'étendue de son action; se soumettre à ses volontés, telles qu'il nous les intime. Or, Messieurs, Dieu n'a pas cru

devoir s'en tenir, pour nous, à ce qu'on appelle les grandes lignes de la raison. — Il s'est manifesté au monde par son Fils ; Il nous a montré ses perfections dans son Fils ; Il a subordonné le plan de la providence à l'incarnation de son Fils; Il a fait de son Fils le promulgateur de ses volontés, dans une loi supérieure à la loi de la nature. — Je vous ai dit les raisons de sagesse, de bonté et d'amour qui ont présidé à ce grand dessein, il n'est pas nécessaire de vous les exposer de nou- Yeau^ Constatons seulement que, si Tintervention d'une personne divine dans l'ordre du monde, la vie et les destinées de l'humanité est un fait, il ne nous est plus permis de ne prendre conseil que de notre nature, pour déterminer nos relations avec Dieu; de n'être que des hommes, si Dieu veut que noue soyons davantage; de professer l'indifférence à l'égard de toute forme religieuse, car, il en est une que nous devons subir, ou plutôt, à laquelle nous devons spontanément et joyeusement adapter notre vie. Sans aucun droit, sans aucun mérite de notre part, le Fils de Dieu est venu à nous;

1. Voy. : Exposition du dogme catholique. Vingt-cinquième conférence : Le plan de V incarnation.

notre devoir est de dire comme les pasteurs de Bethléem : « Allons, et voyons ce qui s'est fait. Transeamus et videanius hoc verbum. » Comme les mages : « Nous avons vu et nous sommes venus : Vidhnus et venimus. »

Mais, qu'avons-nous vu ? me demandez-vous. Les jours, les années et les siècles ont succédé à la froide nuit de la Nativité, qui ne nous apparaît plus, dans le lointain, que comme un souvenir légendaire. Les signes célestes : Apparitions et chants des anges, étoile voyageuse : pieuses chimères qui ne peuvent plus nous émouvoir. Si Dieu veut nous faire sortir du monde naturel, où notre raison se contente, pour nous entraîner à la recherche de son Fils, qu'il nous donne un signe.

x\vez-vous donc des yeux pour ne pas voir, Messieurs? Les signes divins vous appellent et vous pressent. Plus heureux que les bergers et les mages, vous êtes en présence, non de manifestations passagères, mais de phénomènes constants dont le temps ne fait qu'accroître la puissance provocatrice. Ce n'est plus une étoile qu'il faut saisir au passage, ce n'est plus un ange, messager de quelques heures, qui jette en passant sur la terre les paroles du ciel ; c'est un astre radieux

toujours levé sur l'horizon du monde; c'est une foule d'anges, dont les voix retentissantes ne cessent pas un instant de proclamer cette bonne nouvelle : « Un sauveur vous est né : Natus est vobis sdlvator. » En un mot : c'est l'Eglise. « Voilà votre signe : Et hoc vobis signum. )>

L'Eglise est un fait, l'Eglise est un monde. — • Ce monde, nous l'avons vu, dans le cours de nos démonstrations, se présente à nous comme l'un des plus grands phénomènes qui se puissent voir. Ses mouvements d'intelligence et d'amour, ses perfections exceptionnelles, son inimitable harmonie, nous parlent, avec une irrésistible éloquence, d'une cause vivante, personnelle, surhumaine ^ Il y a plus. Messieurs, l'Eglise est une société de témoins, dont l'affirmation a envahi les espaces, et résiste, depuis vingt siècles, aux vicissitudes des temps, aux contradictions de la raison, aux conspirations déloyales des passions humaines, aux caprices de l'arbitraire, aux violences de la force. I^'intelligence, l'honnêteté, la générosité s'unissent ensemble, pour donner à cette affirmation un relief tellement prodigieux qu'il n'est aucun esprit

1. Voy. : Exposition du dogme catholique. Trenteunième conférence : Le témoignage des faits.

qui n'en doive être frappé. On chercherait en vain, dans la somme des vérités qui reposent sur l'autotorité du témoignage, une vérité plus robustement étayée que celles que confessent nos docteurs, nos saints, nos apôtres, nos martyrs \ Or, Messieurs, nos docteurs, nos saints, nos apôtres, nos martyrs confessent unanimement depuis l'origine du christianisme, l'intervention de Dieu dans le monde par son Fils. « C'est la vie éternelle, disentils, avec leur Maitre divin^ de connaître le vrai Dieu et celui qu'il a envoyé, Jésus-Christ^. » Celuilà sera sauvé, qui dira d'une voix ferme et d'un cœur convaincu : « Je crois en Jésus-Christ, fils unique de Dieu : Credo in Jesum Christum fi' liv/ni Dei unicum. »

Non seulement vous entendez cette confession. Messieurs, mais, si vous voulez bien rentrer en vous-mêmes, vous la verrez écrite en caractères ineffaçables. La foi que vous dédaignez aujourd'hui, vous l'avez eue à l'état d'habitude infuse. Vos âmes d'enfants ont reçu, par le baptême, l'hé-

1. Voy. : Exposition du dogme catholique. Trentedeuxième conférence : L^affirmation chrétienne.

2. Hsec est vita œterna, ut cognoscant te, solum Deum verum, et quem misisti Jesum-Christum. (Joan., cap. xvii^ 3.)

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ritage sacré que se transmettent les générations chrétiennes. Plus impérissables que le marbre et l'airain, elles gardent l'empreinte du sacrement qui les a incorporées à la famille de Jésus-Christ. Il fut un temps où vous confessiez de fait celui que l'Eglise confesse, et peut-être que ma parole éveille, à l'heure qu'il est, des souvenirs qui protestent contre votre actuelle indifférence et vous accusent d'infidélité. — Mais, à supposer que vous n'ayez pas de souvenirs, à supposer que les milieux dans lesquels vous avez vécu n'aient pas permis à l'habitude de la foi de passer à l'acte, toujours est -il que vous avez été marqués du signe du Christ.

Franchement, Messieurs, en présence de tels faits, pouvez - vous légitimement vous abstenir d'une enquête qui vous éclaire sur leur origine et leur raison d'être? Pouvez- vous, obstinément parqués dans l'étroite sphère de la nature, vous refuser d'en sortir pour voir ce que Dieu a fait ? Pouvez-vous ne pas demander à ce monde chrétien où brillent tant de lumières, où se dépense tant d'amour, où s'épanouissent tant de vertus, où se manifeste ain si bel ordre, ce que la raison demande au monde physique : « Quis fecit ista ?

IL FAUT CHERCHER JÉSUS-CHRIST l'Jl

Qui a fait cela ? )> Pouvez-vous ne pas demander à l'Eglise, si universelle, si constante, si intelligente, si honnête, si généreuse, si héroïque dans son affirmation, de qui elle tient cette affirmation? Pouvez-vous ne pas vous demander à vousmêmes, pourquoi, en entrant dans la vie, vous avez été consacrés à ce Christ dont vous portez le nom, nom que vous voudriez peut-être oublier, mais qui demeure opiniâtrement inscrit dans la substance même de votre âme ? Bref, pouvez-vous ne pas chercher Jésus-Christ, raison suprême et divine de tous les faits qui sollicitent impérieusement votre attention? — Ah! je comprends, sans les excuser, ces entraînements des passions, et ces préoccupations tumultueuses qui font dériver notre âme, loin de toute vie religieuse, vers des plaisirs grossiers et des intérêts subalternes. Je comprends, encore, ces résistances orgueilleuses d'une raison qui cherche et qui refuse d'abaisser, devant la vérité démontrée, le pavillon de ses préjugés. Mais cette hautaine indifférence, cette méprisante pitié qu'affectent, à l'endroit de toute forme religieuse, tant de gens qui se disent honnêtes, je ne les comprends pas. — Prétendre que Ton croit en Dieu, que Ton adore ses perfections.

que ron bénit sa providence, que Ton se soumet à ses volontés, et refuser, soit par paresse, soit par mauvais vouloir, d'examiner consciencieusement les faits qui pourraient nous montrer Dieu sous un nouveau jour, nous mieux faire connaître ses perfections, nous révéler un plan plus vaste et plus profond de sa Providence, nous manifester des vouloirs divins sur lesquels se tait notre conscience; prétendre que l'on pratique la justice et s'exposer volontairement à commettre, à l'égard de Dieu, la plus grande des injustices; enfin, Messieurs , voir et entendre tant de choses extraordinaires qui nous disent : Jésus-Christ est venu, et ne pas chercher Jésus-Christ; ce n'est pas d'un honnête homme. — L'honnête homme est celui qui, mis en présence des signes divins, s'écrie résolument : « Allons et voyons ; Transeamus et videamus.

Notre honnêteté est donc engagée dans la recherche de Jésus-Christ. Je dis en second lieu, qu'il y va de l'honneur de notre intelligence.

Lhonneur do notre intelligence, Messieurs, c'est de pénétrer, aussi profondément qu'il est possible, ces trois grands objets de nos connaissances: Dieu, le monde, et nous-mêmes. N'en regarder que la superficie, quand on peut aller plus avant, c'est faire injure à la lumière. Elevez-vous, par de forts et subtils raisonnements, jusqu'à la perception du souverain intelligible ; tourmentez le monde physique, pour lui arracher les secrets de sa composition, de ses mouvements, de son harmonie; interrogez les siècles et établissez les lois de l'histoire; scrutez votre nature, étudiez vos tendances, analysez vos facultés, décrivez leurs multiples opérations : c'est bien. — Mais, si vous ne connaissez pas Jésus-Christ, vous êtes moins riches en science cjue l'humble croyant, qui voit tout dans la lumière que projette autour de lui le Verbe incarné.

Dieu n'apparaît à votre raison qu'à travers des images, dont vous devez laborieusement dégager les imperfections, au risque de vous méprendre et de les attribuer à l'Être très pur, dont la perfection infinie n'a près de vous aucun équivalent. Sa puissance, sa sagesse, sa bonté, son amour ne se révèlent à vos contemplations philosophiques

que par des effets incomplets, qui vous laissent à parcourir les vastes champs du possible. Vous savez, plutôt parce qu'il n'est pas que par ce qu'il est, qu'il y a un infini, mais vous ignorez le mystère profond de sa vie intime, les actes distincts et personnels par lesquels évolue, sans sortir d'ellemême, son indivisible nature. — Sachant si peu de chose, vous êtes cependant tentés de croire que vous savez tout, parce que votre science est le fruit de vos efforts.

Celui qui connaît Jésus-Christ, n'a point à craindre ces méprises, ces ignorances, ces complaisances présomptueuses. Ce ne sont point des images qu'il voit, c'est une personne divine qui se révèle à lui. Elle vient au-devant de son âme avec sa science et sa parole infaillible, elle est elle-même la parole mystérieuse qui illumine toute intelligence. « Celui qui est de la terre, parle de la terre; celui qui vient du ciel est au-dessus de tous et de ce qu'il a vu et entendu il rend témoignage. Qui de terra est de terra loquitur qui de cœlo venit, super omnes est et quod vidit et audivit, hoc testatur\ y> Eternellement, Jésus -Christ a vu

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