‹ Retraites pascalesChapitre 69 sur 98 · Mémoiy^es de Sainte-Hélène · texte numérisé non relu

Mémoiy^es de Sainte-Hélène

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TEvangile. Je ne vous demande pas de longues réflexions, ni une étude approfondie, mais une lecture régulière de quelques instants : lo matin avant d'aller à vos affaires, le soir avant de prendre votre repos; et j'ai la confiance que vous deviendrez chrétiens, si vous ne Têtes pas; que vous lo deviendrez davantage, si vous Fêtes déjà. Une eau bienfaisante, en tombant goutte à goutte, finit par pénétrer la terre et y féconde toutes les bonnes semences.

Lisez assidûment, mais prudemment. Une hérésie trop fameuse, aujourd'hui blessée à mort par l'application même de son principe fondamental, a voulu livrer au libre examen l'interprétation des Saintes Lettres. C'était se confier témérairement aux courtes vues et à l'extrême mobilité de l'esprit humain. S'il y a dans la vie de Jésus- Christ des côtés extérieurs par lesquels il est facilement accessible à toute intelligence, il y a dans sa personne et sa doctrine des mystères profonds sur lesquels une autorité divine a seule le droit de se prononcer. J'aurai Toccasion de vous expliquer plus tard comment cette autorité a été établie. Permettez-moi de l'affirmer purement et simplement aujourd'hui, et de vous dire que pour con-

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naître, sans crainte d'erreur, le mystère de l'homme Dieu, il faut chercher Jésus-Christ dans TEglise.

Comme le monde physique où les perfections s'harmonisent, où le mouvement et la vie se renouvellent sans cesse, nous montre Dieu, l'Eglise, par son admirable structure et son indéfectible vitalité, nous montre Jésus-Christ présent. La toute-puissante action de celui qui a dit : « Voici que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles, » se révèle aujourd'hui, plus que jamais, dans l'existence de ce corps immense que ne peuvent entamer les forces conjurées de l'erreur et des passions humaines.

« Le Christ est là : Ecce hic est Christus. » — Voilà ce que doit confesser tout homme intelligent et sincère, qui sait et veut établir une rigoureuse proportion entre les phénomènes et les causes. Mais, cette première révélation du Christ, en son Eglise, n'est que la préparation d'une révélation plus intime qui se fait par la doctrine. L'Eglise seule possède et peut donner la vraie science de Jésus-Christ. Elle la donne par des définitions qui, peu à peu^ ont dégagé la vérité de l'erreur ; elle la donne par son enseignement théologique.

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qui commente, illumine, et féconde ces définitions ; elle la donne par le pieux mouvement de sa vie liturgique qui, d'une fête à l'autre, nous fait passer par tous les mystères de l'homme -Dieu. Les définitions, vous les avez apprises par cœur lorsque vous étiez enfants; l'enseignement théologique, vous pourriez le recevoir encore, comme le recevaient jadis des milliers d'étudiants, si une révolution néfaste n'avait renversé nos chaires dans le sang. Mais, viennent les jours plus heureux dont nous voyons briller l'aurore, nos universités restaurées reprendront les nobles traditions dupasse, et la jeunesse, qui doit remplacer notre génération mal instruite, se fera, je l'espère, un honneur de chercher dans la théologie, le couronnement et la svnthèse des sciences humaines.

Toutefois, Messieurs^ quand bien même vous devriez rester étrangers à l'enseignement théologiquCj vous pourrez encore trouver Jésus-Christ dans TEglise, en répondant à ses appels. L'orbe sacré de la liturgie s'ouvre devant vous ; il est impossible de le parcourir assidûment sans que Fintelligence et le cœur reçoivent l'empreinte des mystères qu'on y célèbre. Le doux Noël, la joyeuse Epiphanie, la douloureuse semaine sainte,

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la glorieuse Pâques, la sainte Pentecôte, le triomphant corpus Dominiy les fêtes et les dimanches qui se succèdent, s'enlacent, reviennent à la même place dans le cours des années, en rappelant, l'un après l'autre, toutes les phases de la vie du Sauveur, gravent dans les âmes la science de sa personne, de ses natures, de sa grandeur, de- ses perfections, de ses mérites, de ses commandements, de ses promesses, de son amour, de ses effusions, de ses bienfaits, de son œuvre éternelle dont nous sommes une partie vivante. Au lieu d'employer vos loisirs en des délassements vulgaires, soyez de nos fêtes, Messieurs, et vous apprendrez à connaître et à aimer Jésus -Christ. Vos femmes le connaissent et l'aiment mieux que vous, parce que, mieux que vous, elles savent le fêter. La liturgie était jadis le livre vivant du peuple. Voyez ce qu'il a gagné à ne plus le lire.

Un autre livre, où nous pouvons chercher Jésus- Christ avec la certitude de le trouver, plus accessible à notre faiblesse, c'est la vie des saints : gloire de l'Eglise, démonstration pratique de la divinité de l'Evangile, expression parfaite de la volonté de l'homme-Dieu, saisissante imitation de sa vie, épanouissement merveilleux de sa toute-puissante

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vertu. L'apôtre disait de lui-même : « Je vis, ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi\ » Ainsi peuvent parler tous les saints. La sève surnaturelle qui circule dans leur âme transfigurée et dans leur chair purifiée, c'est le sang du Christ ; la force qui les soutient et qui les anime dans les rudes et incessants combats de la vie spipituelle, c'est la force du Christ ; les admirables vertus qu'ils pratiquent, ce sont les vertus du Christ; l'amour qui les couronne, c'est l'amour du Christ ; la prodigieuse puissance dont ils disposent, c'est la puissance du Christ ; le Dieu qu'ils appellent leur Père, c'est le père du Christ; le royaume vers lequel ils aspirent en demandant, avec une inénarrable tristesse, la dissolution de leur corps mortel, c'est le royaume du Christ. (( Le Christ est là : Ecce hic est Christus ! )>

Oui, Messieurs, le Christ est là! et sa clarté, adoucie par des réfractions multiples, réjouit nos regards incapables de supporter les rayons directs de ce soleil divin. Malgré les voiles dont il se couvre dans l'Evangile, pour tempérer l'éclat de sa majesté, le Fils de Dieu pourrait décourager notre

i . Vivo jam non ego vivo^ vivit vero in me Christus. (Galat., cap. ix, 3.)

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faiblesse, si nous n'avions sous les yeux que le faisceau glorieux de ses insondables et inexprimables perfections. Il les disperse miséricordieuscment, et nous les représente répandues et comme diluées dans des vies semblables à la nôtre. C'est bien lui qui nous apparaît; mais devant la révélation amoindrie de son incomparable grandeur, les prétextes, que met en avant notre lâcheté, s'évanouissent. A toutes nos oppositions une voix ironique, dit saint Augustin, répond du fond de notre conscience : (c Quoi, tu ne pourrais pas, ce qu'ont pu ceux-ci et celles-là*? » Les saints, hommes comme nous, ont cherché Jésus-Christ, trouvé Jésus-Christ, se sont transfigurés en Jésus- Christ, pour nous conduire à Jésus-Christ.

Pourquoi ne lisez- vous pas leurs vies, Messieurs? Avez-vous donc peur de n'y pas trouver les joies d'esprit et les émotions de cœur que vous cherchez en des mensonges? Que j'ai pitié de vous voir perdre votre temps, fausser votre jugement, corrompre votre goût, et peut-être dépraver votre cœur, sur des récits imaginaires, tandis que la

1. Irridebat me irrisione hortatoria quasi dicerct : Tu non poteris quod isti, quod ista3. [Confes., lib. vin, cap. 2.)

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réalité vivante vous promet tant d'intéressantes révélations, tant de salutaires enseignements! Quelle action mystérieuse et compliquée du ciel, du monde et de l'enfer, dans la vie des saints ! Quelle guerre incessante des puissances invisibles qui se disputent une âme! Que de forces dépensées dans les combats de l'esprit contre la chair ! Quelles victoires ! Quels triomphes ! Quels prodiges! Que de lumière, dans ces esprits qui pénètrent les abîmes de l'avenir, les abîmes plus profonds du cœur humain, et les abîmes plus profonds encore du monde surnaturel ! Que d'amour, dans ces cœurs à qui Dieu communique souvent sa toutepuissance pour contenter, par des miracles, le désir qu'ils ont de faire du bien ! Quel mépris de tout ce qui est bas! Quelle habitude du noble et du grand ! Quel héroïsme en présence de la persécution, de la souffrance et de la mort ! Quelle ivresse du sentiment religieux ! Quel repos en Dieu ! Voulez-vous de l'extraordinaire, du grandiose, du sublime, du merveilleux, du tendre, du touchant : les poignantes émotions du drame et de la tragédie, la splendeur de l'épopée? Vous trouverez tout cela dans la vie des saints. Mais, surtout, Messieurs, vous y trouverez le Christ : le Christ

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qui les anime, le Christ qui les transfigure, le Christ qui vit en eux, le Christ qui vous fera dire : « 0 Fils de Dieu, tu es merveilleux dans tes saints ! Mirabilis in sanctis tuis. »

Ecoutez, je vous prie, le récit d'un fait admirable que je tiens d'un curé de campagne :

Une paysanne, depuis longtemps éprouvée par la maladie^ avait l'habitude de réunir pour la prière ses onze enfants autour de son lit. Avant la prière, on lisait la vie des saints. Un soir, on avait lu la passion d'un jeune martyr, qui, au milieu des plus horribles tourments,' était mort, confessant joyeusement le nom de Jésus. Après la lecture, la mère s'écria d'une voix pleine de larmes : « 0 mes enfants, qui donc en ferait autant aujourd'hui? » Les onze enfants se levèrent ensemble et répondirent : « Nous, mère, nous tous, avec la grâce de Notre- Seigneur. » — Voilà, Messieurs, les sentiments que vous feriez éclore dans l'âme de vos enfants, si vous preniez l'habitude chaque jour, à une heure réglée, de fermer les livres frivoles, d'imposer silence aux bruits de la vie mondaine, pour faire de la vie des saints la lecture de famille.

J'ai fini. Messieurs ; vous savez maintenant où trouver Jésus-Christ. Cherchez-le, je vous en con-

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jure. Il n'est pas besoin de frapper aux portes des lieux sacrés que je viens de vous indiquer; ces portes sont ouvertes ; Jésus vous appelle. Ne méritez pas, par votre indifférence, le reproche que sa bouche adorable adressait à l'ingrate Jérusalem : « J'ai voulu vous attirer à moi^ vous n'avez pas voulu venir '. » Mais puissé-je bientôt vous entendre tous dire, d'un cœur joyeux : « J'ai trouve mon Maître, mon Sauveur, mon Christ, mon Dieu. Je l'aime, je le tiens embrassé, je ne le quitterai plus : Inverti quem diligit anima mea^ tenui eiunnec diniittamK »

1. Jérusalem, Jérusalem... Quoties volui congregare filios lues, quemadmodum gallina congregat pull os suos sub alas, cl noluisti! (Matth., cap. XXin, 37.)

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