‹ Retraites pascalesChapitre 70 sur 98 · MERCREDI -SAINT TROISIÈME INSTRUCTION · texte numérisé non relu

MERCREDI -SAINT TROISIÈME INSTRUCTION

Messieurs,

L'indication des lieux sacrés ou Ton peut trouver Jésus-Christ était indispensable pour vous diriger dans la recherche, dont j'ai établi la nécessité; mais, elle ne suffit pas. J'ai à vous demander compte, aujourd'hui, de vos dispositions^ à les régler, pour assurer la réussite de cette si noble, si importante, si sainte entreprise : la recherche de Jésus-Christ.

Infailliblement on s'égare, et le Christ que l'on

trouve n'est qu'un faux christ, si l'âme va à sa

rencontre, obscurcie, faussée, rétrécie par des

dispositions perverses. On voit s'accomplir en elle ces paroles de l'Evangéliste : ce La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne la comprennent pas ; le Verbe est dans le monde, et le monde ne le connaît pas ; il vient prendre possession de ce qui lui appartient, et les siens ne veulent pas le recevoir pour ce qu'il est : pour le Fils de Dieu, plein de grâce et de vérité*. » Cette ignorance, ou méconnaissance .de Jésus-Christ n'est que trop commune. Messieurs, vous le savez bien. Pour vous en préserver, je veux répondre présentement à cette question : Comment chercher Jésus- Christ? Ma réponse se résume en trois mots : Simplicité, droiture, bonne volonté.

Un esprit est simple, quand, semblable à l'atmosphère d'un beau jour, il livre au passage de la lumière sa limpide transparence; un esprit est

1. Lux in tenebris lucet et tcnebrsc cam non comprohenderunt... (verbum) in mundo erat... et mundus eum non cognovit. In propria venit et sui eum non receperunt. (Joan., cap. I, 5, 10, 11.)

simple, quand il s'ouvre franchement aux faits qui doivent former ses connaissances ; un esprit est simple quand il procède, dans l'investigation d'une vérité, dégagé de tout ce qui pourrait entraver ses libres mouvements et fausser la direction de ses forces natives. Tel doit être, Messieurs^, votre esprit dans la recherche de Jésus-Christ. Les partis pris, les préjugés sont comme des nuages à travers lesquels l'œil de Fâme voit mal; des barrages qui défigurent et mutilent au passage, les objets de nos observations ; des liens qui arrêtent la marche logique do notre raison et nous fixent inévitablement à de fausses appréciations.

Un contemporain \ savant illustre qui a consacré sa vie à rédiger le code de la sci'ence expérimentale, démontre que les progrès de cette science dépendent de la simplicité avec laquelle l'expérimentateur regarde se produire les faits naturels, et des soins qu'il prend à se purger d'avance de toute idée arrêtée, de tout esprit de système. Cette règle si sage, nous devons, Messieurs, l'appliquer à l'observation des faits supé-

\. Claude Bernard.

rieurs par lesquels Dieu se manifeste et s'abouche avec l'humanité. C'est parce qu'elle n'en a pas tenu compte, que la science antichrétienne a créé ces types difformes et dépareillés que nous avons appelés les faux christs. — Ainsi que je vous l'ai fait remarquer, la place que Jésus-Christ occupe dans l'histoire du monde est trop considérable pour qu'un homme, qui se pique de quelque savoir, refuse sur ce point tout examen. D'accord avec nous sur cette vérité : Il faut chercher Jésus- Christ, l'incrédulité en arrive à contredire notre perpétuelle croyance, à se contredire elle-même. Pourquoi ? Parce que, selon la parole de l'Ecriture, ses yeux obstinés ne veulent pas quitter la terre ^, parce que ses conclusions sont fixées d'avance par des principes auxquels elle prétend asservir les faits, parce qu'elle ne veut absolument trouver dans l'histoire qu'un christ préconçu.

L'homme simple cherche d'abord à se rendre compte de la valeur des témoignages par lesquels lui arrive la connaissance des faits historiques ; il examine ces faits. — Frappé par le caractère

Page 1