‹ Retraites pascalesChapitre 7 sur 98 · I Petr., c. V · texte numérisé non relu

I Petr., c. V

de notre vie, ils nous accompagnent sur les routes de notre épreuve, ils écartent de nos pas les pierres d'achoppement, ils nous soutiennent dans nos luttes et, avec l'aide de Dieu, ils nous préparent à cette dernière et glorieuse transformation qui nous rendra semblables à eux. Bref, Messieurs, ils nous purifient, ils nous illuminent, ils nous perfectionnent'.

Vous avez déjà compris ma pensée et vous attendez un renversement, puisque je dois parler de Faction du démon. Sans amoindrir l'énergie de sa nature^ ce maudit Ta retournée et mise en contradiction avec sa tendance originelle; elle est donc devenue d'autant plus malfaisante pour nous qu'elle était de soi plus bienfaisante ; c'est une loi: (( Corvuptio optimi pessi7na, » Comme les bons anges, il nous accompagne et agit en nous, mais afin de renverser les desseins de Dieu et d'effacer dans nos âmes les traces de son passage. Son propre est de nous tenter, dit saint Thomas \ Sa constante ambition, son plus impérieux besoin est

1. Cf. Exposition du Dogme catholique, quinzième conférence : Le Monde invisible.

'2. DiaboUis semper tentât ut noceat in peccatmn prcecipitando ; et secundum hoc dicitur proprium officium ejus tentare. (Summ, Theol., I P., qusest. 114, a. 2.)

de nous rendre semblables à lui, afin de remplacer sous sa tyrannie ceux des esprits célestes qu'il n'a pu entraîner dans sa révolte. Son abaissement le rend avide de domination. Il n'en peut avoir que s'il fait des pécheurs^ car les pécheurs sont à lui. Donc, pendant qu'on nous purifie^ il s'applique à nous souiller; pendant qu'on nous illumine, il nous enveloppe de ténèbres ; pendant qu'on nous perfectionne, il s'efforce de nous dépraver. Tout étant contradiction dans sa nature, tout doit être contradiction dans ses œuvres.

Mais laissez-moi vous décrire ses œuvres plus au long avec un de nos théologiens : « Le démon, dit Vincent Contenson, flatte pour tromper, il sourit pour nuire, il allèche pour tuer, il tend des filets, il prépare des chutes, il creuse des abîmes, il compose des ruines, il stimule les corps, il harcèle les âmes, il suggèi'edes pensées, il trouble la paix, il envoie les colères, il nourrit les discordes, il sème les erreurs, il dissipe les affections, il fait aimer le vice et haïr la vertu, il viole les choses humaines, il attente aux choses divines'. ))

1. ThcoL, ad lib. VII, appenclic. unie. Dissert. II, c. n, De exiernis peccatorura causis.

« Il flatte pour tromper : Blccnditur ut fallat. » S'il se montrait tel qu'il est, s'il nous disait tout ce qu'il veut, il se livrerait à notre haine et à nos mépris. Plus tard, il pourra, sans feinte, nous proposer l'iniquité qu'il a rêvée pour nous ; mais en commençant il faut que, comme les lâches, il arrive en rampant et couvre du voile de la flatterie ses criminels desseins. Il prend le masque d'une des faiblesses que nous n'avons pas encore désavouées ou d'une des vertus dont nous sommes trop fiers. Il nous pousse à l'indulgence ou à la présomption. Cette coupable protection dont nous entourons quelques-uns de nos défauts, ces vaines complaisances de l'amour-propre surpris, cette fausse estime que nous concevons de nous-mêmes, autant de caresses diaboliques qui nous trompent sur ce que nous sommes et plus encore sur le mal que nous nous préparons.

c< Arridetut noceat : Il sourit pour nuire. » — C'est-à-dire qu'après nous avoir trompés sur nous-mêmes, il cherche à nous tromper sur ce qui nous entoure et à faire mentir ce qui doit tenter notre vertu. Il voile le mal sous des apparences pleines d'innocence et de charmes. Il nous engage, petit à petit, dans les occasions qu'il sait

nous devenir funestes. Que de choses notre naïve confiance nous permet : pratiques indiscrètes, distractions, plaisirs, amour, et qui ne sont que le sourire du diable cachant l'intention qu'il a formée, depuis longtemps, de nous nuire à tout prix.

« Il allèche pour tuer : Allicit ut occidat. » — Il sait nous faire trouver dans le commerce du monde et des créatures des jouissances sans remords; dans les actes mêmes de la vertu, la pratique du devoir, la conduite des affaires, un goût qui contente notre amour-propre ou de coupables avidités. Ainsi, il nous pousse à l'immodération des désirs et à Tusago exagéré des choses dont il a déguisé le poison sovis de perfides amorces.

« Il tend des filets : Laqueos tendit. » — Est-ce qu'il n'est pas répandu partout? Est-ce que les légions invisibles auxquelles il commande ne reçoivent pas dans chaque atome de la nature l'hospitalité? Il nous enveloppe comme d'un réseau que notre imprudence nous fait oublier. Dans les choses saintes elles-mêmes, il y est. C'est au foyer domestique, auprès de ceux qui nous sont plusieurs fois chers ; c'est dans nos rapports avec les âmes, dont la soudaine présence aura fait

gémir toutes les cordes sympathiques de notre cœur, que nous rencontrerons ses pièges infâmes ; pièges d'autant plus dangereux que nous n'aurons pas le courage de haïr les liens qui nous retiennent captifs.

« Lapsus parât : Il prépare des chutes. » — Vous voyez bien qu'il les jirépare; car il n'a pas le droit de nous saisir et de nous précipiter soudainement dans les abîmes du péché, sans quoi il le ferait. Mais si Dieu ne lui donne pas de ces rudes permissions, rien ne fatigue Téternelle patience de sa haine, et si vaillants que nous soyons dans nos résistances, si fermement que nous soyons appuyés sur le bras de Dieu^ il espère toujours que nous trébucherons sur les obstacles qu'il sème devant nous et qu'il lui sera permis de nous étouffer bientôt sous son pied vainqueur.

Il prépare donc des chutes « et il creuse des abîmes : Foveas fodit, » — Tombés au chemin de la vertu, nous pourrions facilement nous relever encore, en saisissant les mains amies qui se tendent vers nous et ces naturels soutiens de nos défaillances que Dieu a jetés, çà et là, sur toutes nos voies. Un mot de ceux que nous aimons, un encouragement de ceux qui passent, le bruit de

leurs pas affermis, cela suffit pour nous donner des forces. Mais, afin que tout nous manque, il creuse des abîmes : les abîmes du doute, les abîmes du découragement, les abîmes du désespoir, les abîmes de l'impénitence. Là, nous sommes isolés de tout secours ; là, nous n'entendons plus rien ; là, nous •ne saississons plus que des parois abruptes qui échappent aux étreintes convulsives de nos mains ; là, il faut des miracles sauveurs pour que nous échappions aux suprêmes et éternelles fureurs de notre ennemi. « Il compose des ruines : Aptat ruinas. » — L'ordre lui étant odieux, il n'a de génie que pour le troubler, et toute son infernale malice s'exerce aux inventions du désordre. Trop faible pour créer, il s'applique à détruire, et son front maudit, sillonné par la foudre du ciel, couronne tous les édifices tombés et toutes les sociétés perdues. Il compose des ruines ! Hélas ! et nous sommes la preuve vivante de son effroyable pouvoir. Qu'estce que la nature humaine depuis soixante siècles ? Une ruine d'elle-même. Restaurée par le Christ et belle encore de cette austère majesté que donne aux grands édifices l'art divin qui les a réparés, elle se sent ébranlée, chaque jour, et entend tom-

bor autour d'elle les pierres qu'on lui arrache et qui vont grossir la part du démolisseur infernal. Il compose des ruines ! L'homme qui croit être bon encore et se replie sur lui-même avec une téméraire complaisance est déjà entamé. Tout est prêt, il ne faut qu'une secousse pour le précipiter. Une secousse ! et il ne laissera plus voir au monde que les tristes débris des vertus dont il était si fier.

« Il stimule les corps : Stimulât corpora. » — Comme s'ils n'avaient pas assez, par eux-mêmes, d'activité capable de nous entraîner au mal, comme si la grande voix des sens ne nous épouvantait pas, à chaque instant, par ses rugissements, comme si notre âme fatiguée du terrible et douloureux fardeau de la chair ne faisait pas entendre avec saint Paulces cris lamentables : « Qui me délivrera de ce corps de mort? Quis me liherabit de corpore m^ortis hujus ' ? » Mais il est sourd à nos plaintes et sans pitié pour nos gémissements. Comme on suspend aux flancs des rapides cavales, que l'on veut hâter, des aiguillons qui les tourmentent à chaque bond de leur course impétueuse,

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