‹ Retraites pascalesChapitre 9 sur 98 · Matth., c. xïil · texte numérisé non relu

Matth., c. xïil

OÙ se trouvent renversées les notions primordiales du bien et du mal. C'est d'abord le sacrifice qu'impose la vertu qui nous fatigue. Nous voudrions en laisser tomber le laborieux fardeau, tant nos épaules nonchalantes sont lasses cle le porter. Nous nous mettons à l'aise dans les habitudes d'une vie facile, et puis, nous donnons l'hospitalité à des fautes qui se multiplient et qui, prenant droit de cité dans notre âme, se transforment en vices. Notre conscience offensée proteste et nous fait sentir l'aiguillon du remords ; mais, au lieu de chercher dans le repentir un soulagement à cette intime douleur, nous nous efforçons, sur les con*seils du démon, de renverser nos jugements, et nous finissons par appeler mal ce qui est bien, bien ce qui est mal. Ainsi se forment, petit à petit, ces légions d'hommes sans conscience à qui la vertu est odieuse, et qui voudraient se débarrasser de son importune présence par des railleries, des calomnies, des blasphèmes et d'exécrables brutalités. Ces légions d'hommes sans conscience qui ne songent qu'à parer le vice de dehors trompeurs, et à le rendre aimable à l'égal de Dieu même, si c'est possible.

« Humana violât : Le démon viole les choses

3i LE DÉMON.

humaines. » — C'est-à-dire qu'il pervertit Ténergic créatrice et tous les dons magnifiques que Dieu nous a faits et qui doivent concourir autant à sa gloire qu'à notre bonheur. Forces de rintelligence, subhme amour du beau, facultés inventives, aptitude du commandement, instinct de la liberté : tout cela, sous son influence perverse, aboutit à des errements, des illusions, des extravagances, des folies, aux productions sensuelles, aux enseignements matérialistes, à la dépravation des mœurs publiques, aux caprices du pouvoir, à la tyrannie, aux révolutions, aux luttes sanglantes, à l'anarchie. Regardez les choses humaines, regardez-les d'un œil sincère et profond, vous reconnaîtrez à leur corruption l'ennemi de tout bien, l'infâme mélange de son esprit et le viol de sa force.

ce II attente aux choses divines : Divina tentât. » — Ne vous ai-je pas dit qu'il s'est assis sur les autels et que, là, il a reçu l'encens, les prières et les sacrifices des générations séduites par ses ruses et opprimées par ses violences ? Les sciences occultes, les arts lugubres, les pratiques superstitieuses, les divinations puériles, les évocations téméraires, est-ce autre chose que la perpétuelle singerie des

mystères dont s'entoure la majesté de Dieu? Qui fait les impies, race immortelle, bête et méchante, toujours armée des mêmes négations, toujours pleine des mêmes grossières espérances, toujours préparant les mêmes catastrophes, âans que les catastrophes puissent jamais l'instruire? Qui fait les impies? si ce n'est lui. Qui invente ces incroyables profanations dont nos pères furent témoins, que nous avons vues, et que nous verrons encore peut-être, ces mutilations barbares des chefs-' d'œuvre que la foi a consacrés au culte de Dieu? Qui invente tout cela ? si ce n'est lui. Qui te pousse, ô misérable ! toi qui, couvert du masque de la piété, va prendre place à la table de mon Dieu ? Tu viens d'outrager les mérites de son sang et tu vas, abusant de son amoureuse faiblesse, lui faire subir les embrassements de ton âme souillée ; qui te pousse? qui te fait sacrilège? si ce n'est lui. Ah! mon Dieu, je croyais qu'il ne pouvait se venger contre vous. Hélas ! il ne se venge que trop .

Messieurs, n'ai -je point, dans le commentaire -que vous venez d'entendre, exagéré l'action du démon, et fourni un prétexte aux âmes lâches, qui Jie demandent pas mieux que de s'excuser de

leurs désordres sur une force supérieure, contre laquelle elles prétendent ne pouvoir pas résister. Je ne le pense pas. Toutefois, si vous étiez tentés de m'accuser, je m'empresse de prévenir votre accusation par les propres paroles du théologien dont je viens de développer les pensées, a Le démon, dit-il, s'attaque surtout aux principes du bien : PTsecipue bona primordia puisât; il cherche à surprendre les germes des vertus : captât rudimenta vii^tutum; il s'efforce d'étouffer à leur naissance les saintes résolutions : sanctsi propositdi conatur extinguere ; sachant bien qu'il ne peut renverser ce qui est fortement établi en nous : sciens quod ea suhverteve fundata non possW. »

En peu de mots, il était impossible de mieux nous rassurer, après une si terrible énumération des agissements diaboliques. Au jour où la raison s'éveille, où le choix solennel de notre conscience va se faire, à l'heure où, éclairés par la grâce, nous songeons à revenir vers Dieu, après de longues annés d'infidélités^ au moment où se forment les généreux desseins, pères des grandes vertus, les

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