‹ Retraites pascalesChapitre 94 sur 98 · Psahii. in · texte numérisé non relu

Psahii. in

relevait et disait : « Ego sum ! C'est moi ! Fugite partes adversse vieil leo de tribu Juda. Fuyez ennemis, le lion de la tribu de Juda a vaincu. »

L'arianisme avait séduit les empereurs, les rois et les évêques ; c'était fait, croyait-on, de Jésus- Christ et de son œuvre. Mais l'Eglise, bien qu'affaiblie par de trop fameuses défections, a encore la force de soulever le poids immense de fausses confessions et de décrets perfides qui l'écrasaient, et fîère de la pureté de sa foi dans le Verbe de Dieu incarné, elle s'écrie : « Ego sum ! C'est moi! Fugite partes adversse vicit leo de tribu Juda, Fuyez ennemis, le lion de la tribu de Juda a vaincu. »

Vais-je parcourir les siècles. Messieurs ? C'est inutile", il nous faudrait dérouler sous vos yeux les fatigantes splendeurs du même spectacle.

De nouveaux schismes, de nouvelles hérésies sont venus, toujours sous le patronage delà force intéressée à l'amoindrissement des puissances spirituelles; la révolution, fille de l'athéisme du dix-huitième siècle, a fait le tour du monde ; schismes, hérésies, révolution ont eu leur heure et leur assistance infernale. Le corps mystique de Jésus-Christ a été maltraité, opprimé, presque

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détruit ; mais, l'heure passée, toujours la même victoire et le même cri : « Ego sum ! C'est moi ! Fugite partes adversse vicit leo de tribu Juda. Fuyez ennemis, le lion de la tribu de Juda a vaincu. )>

Messieurs, quelle confiance le passé ne doit-il pas nous donner pour les jours présents ! Enfants de ce siècle, vous verrez, je l'espère, le triomphe du Christ et de son Eglise, et vous entendrez retentir le cantique de la victoire. Cependant, ne vous laissez pas endormir par votre confiance, et gardez - vous de croire qu'elle vous commande l'inaction. Le temps des ennemis de Dieu est compté ; mais, il ne faut pas les laisser faire, il faut les combattre : les combattre par l'étude, les combattre par la discussion, les combattre par l'audacieuse revendication de nos droits, les combattre par le légitime usage de nos influences, les combattre par la courageuse manifestation de notre foi, les combattre par l'indiscutable autorité de nos vertus. Il faut rabattre la suffisance des orgueilleux , couper le chemin aux ambitieux , confondre les libertins , démasquer les traîtres, faire rougir les lâches, mais surtout se pencher avec amour vers le peuple, l'éclairer

sur ses véritables intérêts, l'accabler de bienfaits désintéressés, supporter patiemment ses méconnaissances et ses ingratitudes, jusqu'à ce qu'il ouvre les yeux et consente à se soustraire au despotisme qui l'aveugle, pour le mieux exploiter. Il faut, non pas attendre toujours, avec une béate quiétude, l'heure de la justice de Dieu, mais, même dans l'intérêt de la cause chrétienne, recourir quand cela se peut, à la justice des hommes. La justice des hommes n'a pas encore abdiqué; quand elle nous manquera, ce sera l'heure de la justice de Dieu.

Les ennemis de Jésus-Christ l'ont entendue sonner cette heure terrible, et le spectacle de leurs humiliations et de leurs infortunes n'est pas un des moindres enseignements de l'histoire. Ils nous ont appris par leur triomphe ce que peuvent les passions humaines; mais, la promptitude de leurs épouvantables revers montre à tous ceux qui les imitent quels sont les fruits amxers de l'iniquité. Les scribes, les pharisiens, les docteurs orgueilleux ont vu s'évanouir leur science en de ridicules et grotesques interprétations d'une loi sans vigueur et sans application. Les prêtres ambitieux, dépouillés de leur autorité, sont deve-

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nus la risée des payons. Pour les libertins, les rêves de plaisir ont abouti aux douleurs de l'esclavage. Le traître, poussé par le fatal démon du désespoir, a rejeté l'argent qu'il avait convoité et a fini par un trépas honteux et misérable. Les lâches ont encouru la disgrâce de César dont ils craignaient de perdre les faveurs. Le peuple a voulu César pour roi, il l'a obtenu; une main de fer a pesé sur lui et lui a enlevé jusqu'à sa nationalité. Il a demandé que le sang du Christ retombât sur lui et sur ses enfants ; il le porte, hélas ! comme le signe ineffaçable de sa malédiction. Indestructible et toujours proscrit, il rappelle, par son nom seul, le plus exécrable des forfaits et la plus terribles des vengeances.

L'histoire des persécuteurs de l'Eglise offre de frappantes analogies avec celle des destinées des ennemis du Sauveur. Mais, je ne vous la raconterai pas, parce que, pour les infortunés qui continuent, contre le Seigneur et son œuvre, la tradition funeste de la haine et de la persécution, je ne désire point l'heure de la justice.

Non, Messieurs, non, je ne désire pas cette heure de justice, mais bien l'heure de la miséricorde. N'emportez de ce discours aucun sentiment

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de trouble et d'animosité. Si nous devons des paroles de menace et de colère à ceux qui guerroient contre le Christ et contre son Eglise, a ceux qui, tant que le jour dure, blasphèment et maudissent, nous ne pouvons cependant pas étouffer en nos cœurs le sentiment d'amour chrétien qui nous demande des prières. Jésus expirant a prié pour les bourreaux de sa chair vivante; prions pour les bourreaux de son corps mystique. Prions, parce qu'ils sont malheureux. Si leur conscience tourmentée se révélait à nos cœurs, peut-être n'aurions-nous plus le courage de nous indigner, mais, pénétrés d'une tendre et profonde compassion pour les maux qu'ils endurent, nous aurions hâte d'en obtenir de Dieu l'apaisement et la guérison. Prions, parce que leur éternité est en péril. Si la mort les frappait pendant qu'ils blasphèment et persécutent, leur aveugle colère, éternellement prolongée, appellerait sur leurs têtes d'éternelles douleurs. Prions, parce qu'ils sont un danger pour les sociétés qu'ils déshonorent, pervertissent et livrent aux coups de la vengeance divine. Prions, parce qu'ils habitent peut-être sous nos toits, parce qu'ils sont assis à nos foyers, parce qu'ils sont notre chair et notre sang. Prions, parce

que nous leur avons donné secrètement la main par les trahisons du péché, parce que, mille fois offensé dans ses lumières et sa sainte grâce, Jésus-Christ a été victime de notre faiblesse et de notre inconstance.

Tout pécheur, hélas ! est ennemi du Sauveur et tout pécheur a besoin de miséricorde. Demandons pour les autres ce que nous désirons pour nousmêmes ; et tout en réprouvant le mal et en fuyant la compagnie des persécuteurs, disons pour eux comme pour nous : « Ayez pitié. Seigneur, ayez pitié selon votre grande miséricorde : Miserere^ Deus^ miserere secundum magnavi misericordiara tuam. »

Aux pieds de la croix. Messieurs, aux pieds de la croix! Et répétons ensemble : — Croix robuste, que rien n'ébranle, et qui restes debout au milieu des convulsions de l'univers, donne -nous la confiance; croix pénétrée de la toute-puissante vertu d'un Dieu, arme victorieuse sous laquelle l'enfer a été écrasé, donne-nous le courage et la force des bons combats; croix baignée du sang de la rédemption, noie dans le fleuve de la miséricorde divine tous les ennemis du Seigneur,

de son Christ et de son Eglise ; épargne-nous

les maux qu'ils nous préparent en les comblant des biens que notre amour désire pour leur âme infortunée.

O crux, ave, spes unica !

Auge piis justitiam Reisque dona veniam.

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