‹ Retraites pastorales et discours diversChapitre 14 sur 36 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DES FRUITS DE l'oRâTSON ET DES MARQUES DE LA BONNE ORAISON.

Nous lisons dans l'Evangile que Jésus-Christ, étant monté sur le Thabor pour y prier, fut tout à coup changé comme en un homme tout nouveau : Facta est, dum oraret, species viiltus ejus altéra. Yoilà quel doit être le principal fruit de Foraison. Quand on la fait bien, on devient des hommes tout nouveaux, on change de conduite, on déteste le péché, on se détache de tous les biens, de tous les plaisirs, de tous les honneurs de la terre, on mortifie tous ses penchants naturels, on va toujours croissant dans le chemin de la vertu, de la perfection, de la sainteté, et Ton porte chaque jour des fruits de grâce et de salut. Ces fruits de l'oraison sont en même temps les marques qui nous font connaître si nous la faisons bien,savoir si nous avons plus d'horreurpour lepéché,si nous en évitons avec plus de soin les occasions, si nous gardons mieux le silence, si nousprions mieux, si nous nous préparons avecplus de soin àroraison,àla communion, si nous évitons tout ce qui peut nous distraire, si nous pensons plus souvent au bon Dieu, si en un mot nous avons plus de zèle pour la gloire de Dieu et pour notre sanctification. Mais si nous persévérons

toujours dans les mêmes imperfections et les mêmes négligences, si nous sommes toujours également lâches dans nos exercices de piété, si le jour suivant nous trouve le même que le précédent, si nous ne sommes pas plus détachés du péché et des choses de la terre, cela prouve bien que nous ne faisons pas bien oraison ; on ne peut pas dire de nous : Facta est, dum oraret. species vultiis ejiis altéra.

Nous devrions sortir de l'oraison comme Moïse de l'entretien qu'il eut avec Dieu sur la montagne : il portait sur son visage un éclat éblouissant. Dieu avait imprimé sur son front comme le sceau de sa Majesté, on ne pouvait le contempler sans être ébloui; ou bien encore nous devrions ressembler aux apôtres sortant du cénacle. Avant d'y entrer, c'étaient des hommes grossiers et terrestres, charnels et livrés aux sens ; mais après l'oraison qu'ils y firent, remplis de l'esprit de Dieu, quel courage ne montrèrent-ils pas! quel zèle pour la gloire de leur divin Maître ! quelle soif des souffrances ! quel désir de lui être réuni ! Yoilà rimage d'une âme qui sort d'une oraison fervente ; aussi tous ceux qui font leur oraison changent tous les jours en mieux, ils sont enchantés quand on les reprend d'un défaut, et aussitôt ils s'appliquent à s'en corriger, ils y travaillent efficacement, ils ne viennent jamais à l'oraison qu'après s'y être bien disposés, s'occupent de leur sujet d'oraison le soir en se couchant et le reprennent le matin en se

PENSÉES SUR l'oraison 15 3

levant, et, rendus au lieu où ils doivent la faire, ils s'y entretiennent comme étant réellement sous les yeux de Dieu. Aussi de quelles grâces Dieu ne les comble-t-il pas ? Après cela ils gardent sans peine le silence sur tous les points de la règle, et le soir à leur examen ils ont la consolation de voir que ce jour sera un jour de gloire pour eux dans l'éternité.

Au contraire, ceux qui font mal leur oraison en sortent plus dissipés qu'ils n'y étaient venus et n'en retirent aucun fruit. Ils se livrent aussitôt à leur folle imagination, sans faire jamais aucun retour sur eux-mêmes, et, tandis que le bon Dieu verse ses grâces autour d'eux avec abondance, ils languissent éternellement dans le même état comme les montagnes maudites de Gelboé.

Que chacun rentre donc ici en lui-même, et s'examine sur la manière dont il profite de l'oraison ; si tous les jours nous devenons plus saints, plus humbles, plus mortifiés, nous faisons bien l'oraison ; secus, non.

Page 1