CHAPITRE II
CAUSES QUI NOUS EMPÊCHENT DE PROFITER DE l'oRAISON.
Il en est cinq principales : 1° On n'estime pas assez l'oraison ; 2° on ne s'y prépare pas assez ; 3° on se livre trop à ses propres idées et imaginations, on s'appuie trop sur ses forces et sa capacité ; 4° on voudrait que Dieu fît tout sans que nous
fissions rien de notre côté; 5° enfin, écoutez bien ceci : plusieurs ne retirent aucun fruit de l'oraison, parce qu'aussitôt après ils n'y pensent plus, ils se livrent aussitôt à la dissipation et aux distractions.
Première cause. Oui^ si l'on ne fait pas bien son oraison^- c'est qu'on n'en connaît pas assez le prix. Quand on est bien persuadé qu'une chose est très utile et qu'on en a un grand besoin, que si on ne l'avait pas on serait infiniment malheureux, que ne fait-on pas pour se la procurer? Or, peut-on concevoir rien de plus précieux que l'oraison ? Nous l'avons fait remarquer au commencement, en citant et en commentant une belle parole de saint Augustin. Si nous sommes bien convaincus de ces vérités, pourrons-nous bienn avoir que de rindifférence pour ce pieux exercice, ou plutôt ne nous empresserons-nous pas de le pratiquer avec fidélité, bien sûrs d'y trouver une consolation dans toutes nos peines et un soulagement dans tous nos dégoûts ?
Mais ce qui nous pénétrera davantage d'estime pour Toraison, c'est : 1° L'exemple de Notre-Seigneur; 2° des apôtres; 3° des saints de tous les siècles. Notre-Seigneur, qui est le modèle des modèles et sur qui nos regards doivent être continuellement fixés, passa quarante jours à prier dans le désert avant de commencer son ministère ; pourquoi ? pour nous apprendre que la prière est la préparation- nécessaire aux fonctions du mi-
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nistère. Sa mission commencée, après avoir passé tout le jour à prêcher et enseigner les peuples, il passe la nuit en prières : Et erat pernoctans, etc., pour nous apprendre que la prière doit toujours accompagner les fonctions du ministère et qu'aucun prétexte ne peut nous en dispenser. Quand il veut choisir ses apôtres, il s'y dispose encore par la prière ; aux approches de sa Passion, il se fortifie par l'oraison; et le jardin des Oliviers est témoin que ce fut dans la ferveur de l'oraison qu'il se prépara au grand sacrifice du Calvaire. Quel est donc le prix de l'oraison, puisqu'elle est l'occupation habituelle de Jésus-Christ sur la terre?
Imitateurs de leur divin maître, tous les apôtres sont des hommes d'oraison ; lisez leurs admirables épîtres et surtout celles de saint Paul ; voyez ce grand apôtre la nuit et le jour, au milieu des fonctions du ministère, dans les fers, dans les voyages, partout il est occupé de la prière, il prie pour les églises qu'il a fondées, il prie pour tous ceux auxquels il adresse ses épîtres. Saint Jacques de Jérusalem était tellement appliqué àla prière, que la peau de ses genoux, remarque l'histoire, était durcie comifie la peau d'un chameau. Voyez le collège apostolique : Nos vero orationi et ministerio verhi instantes erimits. Les œuvres de charité sont grandes en elles-mêmes sans doute ; mais pour un prêtre, pourun apôtre, Foraison est plus importante encore. C'est pourquoi on se déchargera sur des diacres des
œuvres de charité, afin de pouvoir vaquer à la prière: Nos vero.eic.CdiV un prêtre doit sans cesse prier pour lui, prier pour son peuple : Deprecari pro populo. Ce qu'ont pensé de l'oraison Jésus-Christ et les apôtres, les saintsdetous les siècles l'ont pensé. Et d'abord les saints de Tancienne loi. Écoutez le prophète Jérémie : «Pourquoi tant de désordres désolent-ils la terre? C'est parce qu'on ne réfléchit pas sur soi-même et qu'on ne rentre pas dans son cœur : Desolatione desolata est terra^ quia nemo est qui recoqitet corde. >y\ quoi pensent la plupart des hommes? A leurs affaires, plaisirs, divertissements. S'ils sont établis, ils pensent à leur famille, à procurer des postes honorables à leurs enfants ; mais pour leur salut et les choses de leur conscience, ce sont là des affaires qui leur sont étrangères. Non, s'ils eussent fait réflexion sur eux-mêmes, tant de malheureux ne se seraient pas damnés : Deso/alwne,eic. Ecoutez le saint roi-prophète : Lingua me a tota die meditabiturjustitiam tuani ; ailleurs : Quomodo dilexi leqem tuam, Domine, tota die meditatio mea est.,,Prcevenerunt oculi mei ad te diluculo. Lorsqu'il n'a pu se livrer à la méditation, il se plaint que son àme est prête à tomber dans l'abattement : Nisiquodlex tua meditatio mea est, tune forte periissem, etc.; perçu ssussum ut fœnum, et aruit, quia oblitus sum ; et ailleurs, il dit encore :Me?7îor fui dierum antiquoruni^meditatus sum in omnibus operibus tuis^infactis manuum tuarurn meditabar... injustificationibus tuis médita-
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bor ; non ohlwiscar sermojies ^^/os. Enfin, dans tout le long psaume cxviii, pas un verset où le prophète ne s'épanche en transports d'admiration, sur la méditation delà loi de Dieu : voilà ce que c'est que l'oraison, c'est réfléchir sur la loi de Dieu pour la mettre en pratique. Quelle joie à la mort et pendant l'éternité, si ici-bas cette loi sainte a fait toute notre occupation ! Pas une page des cantiques de ce saint roi qui n'atteste son amour et sa fidélité pour l'oraison ; on y voit combien il estimait cet exercice, combien il y était exact, comment il s'y préparait en se mettant en la présence de Dieu et en invoquant les lumières du Saiïit-Esprit, comment il se représentait son sujet d'oraison, les réflexions qu'il y faisait, les affections qu'il ressentait, les résolutions qu'il prenait ; on y voit comment il commençait par se débarrasser de toute autre pensée, les peines qu'il éprouvait dans ce saint exercice^ les demandes qu'il faisait à Dieu pour obtenir sa grande miséricorde. Et d'abord il commence le premier de ses cantiques par l'éloge le plus pompeux de la loi de Dieu : Beatusvir qui in legeDomini meditabitur die ac nocte^ etc. Remarquez ces paroles :^e<2/z/.st)iV. Quel est cet heureux mortel dont il va chanter les louanges? Est-ce celui qui a une grande puissance, ducrédit, des richesses? Est-ce celui dont la réputation se trouve consignée dans les annales du monde ? Beatum dixerunt populum cui hœc siint. Mais que les vues du roi-prophète sont différentes! Cet homme heureux est celui qui s'occupe jour et nuit
à méditer la loi du Seigneur ; lui-même n'avait point d'autre bonheur : Concupivi salutare tuum^Domine^ et lex tua meditatio mea est. . . Meditabor injustifîcationibus ttiissetiiper. hsiloi du Seigneur était toujours présente à son esprit, et en cela il ne faisait que suivre l'exemple et le précepte de Moïse : Et meditaberis in eis sedens in domo tua et ambidàns in itinere, etc. Il avait un temps fixé pour vaquer à cet exercice : c'était la nuit, lorsqu'il s'éveillait, et le matin au point du jour : Prsevenenmtoculi ?7iei,etc... Deus ^Deiis meus ,ad te de luce vigilo . Grand exemple laissé par ce saint roi à tous les siècles et à toute la postérité. Quand nous nous éveillons la nuit, quand nous nous levons le matin, que notre première pensée soit pour la méditation, consacrons k Dieu les premiers instants de notre journée. Et comment se préparait-il à la méditation? En se rappelant la présence de Dieu et entrant dans des sentiments profonds de pénitence et de componction à la vue de son péché : Qiio ibo a conspectu two ? Et quo a facie tua fugiam? Si ascendero in cœlnm, etc. Si cette pensée le remplissait de consolation : Memorfui et delectatus suni, la vue de son péché le faisait entrer dans des sentiments de pénitence et d'humilité : Miserere mei^ Deiis, etc.; lavabo per singulas noctes^ ÇiiQ....\peccatum meuni contra nie est setnper. Alors il s'animait à faire au Seigneur un humble aveu de ses fautes : Lixi : Confitebor adversion 77ie i?ijustitia?)î^eic... Qui fait bien attention au sens de ces divins cantiques y
trouve de même toutes les parties de l'oraison. On y voit David éprouvant des aridités et des sécheresses, s'excitant alors à la ferveur en recourant à la miséricorde de Dieu et tâchant de s'embraser de son saint amour. Si quelquefois il avait été détourné de l'oraison, il en gémissait : Aruit cor meiim^ quia^ etc. nisiquodlex tua meditatio mea est, tune fo?'te pe^nissem, etc.. Xo'ûkhien sans doute de quoi nous convaincre de l'estime que le grand roi faisait de l'oraison.
Si des saints de l'Ancien Testament nous passons maintenant aux saints du Nouveau, nous verrons en eux le même amour de l'oraison. Qui pourrait après cela n'avoir encore que de l'indifférence pour ce saint exercice? 1° Saint Chrysostome dit que, quand nous entrons en oraison, nous devons nous représenter que nous entrons dans le ciel, que nous allons nous joindre aux esprits célestes, et que là nous offrons à Dieu nos prières comme dans cet encensoird'or dont parle saint Jean : Habentes singuli. . . phialas aureas plenas o doramentorum, quœ sunt brationes sanctoriun. Voilà l'occupation des saints dans le ciel, c'est d'offrir sans cesse à Dieu des prières ferventes, et de lui présenter celles des saints qui sont encore sur laterre : Quando orahas cum lacrymis^ego obtuli orationes tuas Domino. Représentez-vous donc, quand vous êtes en oraison, que votre bon ange est là à côté de vous pour recevoir toutes vos saintes affections, monter ensuite jusqu'au trône de Dieu pour les lui offrir et vous
en rapporter des grâces pour vous soutenir dans la pratique de la vertu. Voilà ce que dit saint Ghrysostome. Ah ! si nous employions ce moyen en Foraison. nous verrions Notre-Seigneur dilater son cœur pour en faire descendre sur nous les grâces les plus abondantes; et puis quel ne serait pas alors notre recueillement ? Jugeons-en par l'effet que produirait en nous la vue du ciel. Oh! si après notre mort nous avons le bonheur d'entrer dans ce séjour délicieux, avec quelle allégresse, avecquelle impétuosité, quels transports nous y ferons oraison! 2° Nous lisons dans la vie de saint Antoine que, retiré dans la solitude, il passait les nuits entières en oraison et que souvent il y goûtait tant de douceurs^ que le matin il se plaignait au soleil de ce qu'il venait troubler les charmes qu'il goûtait dans cet exercice ; et voilà pourquoi tous les saints se retiraient dans le fond des déserts et évitaient le monde avec tant de soin : c'était pour pouvoir converser familièrement avec Dieu. 3° Que dironsnous de saint Martin? Sulpice Sévère dit de lui : Oculis ac manibus in cœlum seinper intentis^ invictum ah oratione spiritumnon relaxabat... Nunquam hora ulladut momentumprdeteriitqiiononaut orationi incumberit^ autsi quid aliud forte agebat, non ideo ab oratione cessabat. Par suite de cette fidélité à l'oraison : Nemo unquam illinn vidit iration. nemo conwiotinn^ nemo mœrentem, nemo ridentem ; imus idemque semper cœlestem qnodammodo lœtitiam vultuprœferens^ extra hominis na-
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turam videbatur ; nunquaminillius ore nisi Christus-, nimqiiam in illius corde nisi pietas, nisi pax, nisi misericordia inerat. Et quand il visitait son diocèse accompagné de ses disciples, ilmarchaitàl'écartpour vaquera la contemplation. 0 effet admirable de l'oraison ! elle élève rame au-dessus de toutes les choses de la terre, et rien ne lui paraît impossible. Quelque tristes que soient les événements, point troublé; quelques joyeux qu'ils soient, point transporté; toujours égal. Oli ! que cette bouche devait être agréable à Notre-Seigneur, qui ne s'ouvrait que pour procurersagloire et prononcer son saint nom ; aussi Sulpice Sévère l'appelle- t-il gemma sacerdotiim . 4° Les Pères du désert : Per diem laborabant^ et noctibus orationi vacabant ; quanquam laborando ah oratione mentali minime cessarent. Ainsi ils sanctifiaient leur travail vil en apparence, puisqu'il ne consistait qu'à faire des nattes et des paniers pour gagner de quoi vivre ; mais grand devant Dieu, puisqu'il était dans l'ordre de sa volonté et accompagné d'un tel esprit de prière. Saint Arsène en particulier, qui avait eu toute la faveur de Théodose, qui n'avait habité que des palais, ayant entendu un jour une voix qui lui dit au fond du cœur : Fuge, tace, quiesce, s'enfuit aussitôt du milieu du monde pour s'enfermer dans la retraite, uniquement occupé de son salut, et se donna pour le reste de ses jours à une vie de silence et d'oraison. Dans les conférences que les solitaires avaient entre eux, jamais il ne prenait la
parole, et si on le consultait, il renvoyait à d'autres, lui qui était le plus savant de tous, puisqu'il avait été un des diacres de FEglise romaine, et que le pape Damase n'avait cru pouvoir envoyer personne plus digne à l'empereur Théodose. A quoi donc s'occupait ce grand homme dans un silence si absolu ? A l'oraison continuelle : il y consacrait même entièrement la nuit du samedi au dimanche pour se préparer à la communion, entrant en oraison à six heures du soir et n'en sortant que le dimanche matin. Aussi avait-il obtenu au plus haut degré le don des larmes; elles coulaient en si grande abondance, qu'il était obligé de se retirer dans un endroit écarté de l'église pour lui donner un libre cours sans être aperçu. 5° Si nous en venons maintenant à saint Bernard, nous lui entendons donner au pape Eugène ce conseil si sage sur le choix des ordinands : Illos assiimite qui habeant orationis stiidhmi. T Saint Grégoire, dans son PastoraL monument si précieux deFantiquité ecclésiastique, dit : Sitpastor oratione suspensus^ comme suspendu entre le ciel et la terre par la force et la vivacité de son oraison. S*' Saint Thomas nous assure qu'il avait plus appris aux pieds du crucifix que dans tous les livres et sous tous les maîtres ; son étude ne l'empêchait pas d'être en oraison continuelle, et, quand il rencontrait des endroits plus difficiles, il jDriait davantage, puis remerciait quand il avait trouvé le nœud de la difficulté. Quod iste^ ciir 7ionego?DQ là peut-être le peu de succès de nos études ; on étudie
d'une manière tout humaine. Saint Bonaventure, comme saint Thomas, disait avoir tout puisé aux pieds du crucitix; nous lisons même dans sa vie qu'il le haisait si souvent, qu'à la fin il avait emporté toute la matière dont il était composé. Sinamus sanctum laborare pro sancto, disait de lui saint Thomas, l'apercevant par la fenêtre de sa cellule à genoux devant le crucifix et occupé à écrire la vie de saint François. « Que je suis fâché, disait Gerson, d'avoir connu si tard les écrits deBonaventure î J'y trouve un trésor inépuisable d'onction et d'esprit intérieur. »
Les saints des temps modernes ont parlé comme les plus anciens: 1° Le célèbre Gerson, dont il est si souvent fait mention dans l'histoire de l'Eglise gallicane, qui parut avec tant d'éclat au concile de Constance et travailla si ardemment à l'extinction du schisme, aussi saint et élevé dans les voies de la vie spirituelle qu'il était savant, disait : Absque meditationis exercitio^secluso miraciilo, nulluspotest ad perfectissimam christianœ religionis normam attingere ; et ce qu'il disait, il savait le mettre en pratique. Lorsqu'on l'obligea de quitter la capitale et de se retirer à Lyon, il renonça à tout l'éclat du monde pour se livrer sans obstacle au saint exercice de l'oraison, ne conservant de fonction extérieure que celle de catéchiser les enfants, consacrant à ce soin une voix si capable de se faire entendre avec avantage au milieu des plus grandes assemblées, et disant à ce sujet qu'il ne
savait pas s'il y avait quelque chose de plus grand dans la religion que d'instruire les enfants et de former les petits à la piété et à la vertu : voilà ce que lui avait appris l'oraison.
2° Saint Ignace avait ordonné que tous les religieux fissent cbaque jour une heure d'oraison et deux examens de conscience. Saint François Xavier écrivait au recteur du collège de Goa : « Si vous trouvez des novices qui fassent l'oraison avec lâcheté et négligence, il faut les renvoyer comme n étant pas propres aux fonctions et aux emplois de la société. » Ainsi pensait un saint et un apôtre. Donc, nous ne serons propres au sacerdoce qu'autant que nous serons des hommes d'oraison. L'oraison nous est même plus nécessaire qu'aux jeunes jésuites : dans une communauté, on est soutenu par les règles, par les exemples des religieux fervents, tandis que nous autres, dans le monde, nous sommes livrés à nous-mêmes, et, si nous n'entretenons en nous par l'oraison l'esprit de piété et Tamour de Dieu, bientôt nous serons tentés de diminuer nos exercices et de les abandonner même entièrement.
3° Saint Charles voulait qu'on fît rendre compte de l'oraison aux jeunes ecclésiastiques de son séminaire ; et, dociles à cet avis, nous devons rendre compte à notre directeur de la manière dont nous faisons oraison, lui découvrir avec simplicité toutes nos dispositions intérieures. Nous lisons dans la vie de ce grand saint qu'étant à Rome
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il passait quelquefois les nuits entières en oraison dans les catacombes, surtout pendant le jubilé de lo7o ; et la présence seule de cet homme d'oraison fit plus de fruit dans cette grande ville que tous les exercices du jubilé. On ne pouvait le voir passer dans les rues sans être pénétré de piété. Dans les trois jours qui précédèrent le carême il passa quarante heures de suite en oraison pour apaiser la colère de Dieu sur les désordres de ce malheureux temps. Cela nous paraît extraordinaire à nous qui avons peine à passer seulement une demi-heure devant le Saint-Sacrement. L'amour rend tout facile aux saints ; c'est notre lâcheté qui fait que tout nous rebute, et que nous croyons à peine aux effets de la ferveur des saints. Lorsqu'il faisait la visite de son diocèse, il marchait à l'écart pour s'abandonnera l'oraison.
4'^ Saint François de Sales, dans la retraite de son sacre, prit la résolution de se lever tous les jours à quatre heures pour commencer la journée par une heure d'oraison, se proposant d'y donner encore une demi-heure le soir ; et il conseillait la même pratique à sainte Chantai et à toutes les âmes qui le consultaient ; à d'autres qui n'avaient pas autant de temps, il conseillait trois quarts d'heure le matin et un quart d'heure le soir ; enfin il exigeait de toutes les personnes qui se mettaient sous sa conduite quelles s'appliquassent à l'oraison qu'il regardait comme l'âme de la vie spirituelle. Mais quand il parlait des ecclésiastiques, il allait
plus loin : il appelait Foraison l'âme du sacerdoce, et disait que sans elle un prêtre ne peut remplir les fonctions de son ministère. Ainsi Foraison faisait ses délices et toute sa vie ; et de là cette douceur inaltérable au milieu des plus grandes contradictions, cette paix au milieu du tumulte des affaires. 0° Saint Vincent de Paul, ce prêtre dont la mémoire doit être si chère à toutes les âmes pieuses et ecclésiastiques, a établi l'heure d'oraison dans ses communantés, et pendant quarante ans et jusqu'à sa dernière vieillesse, lors même qu'il était accablé par l'âge et les infirmités, il se rendait toujours un des premiers à l'oraison : là il donnait les plus solides instructions sur ce sujet, faisait répéter l'oraison deux fois la semaine, et disait que la vocation tient à l'oraison et l'oraison au lever du matin. Ayant été instruit que le rel àchement s'était introduit dans une de ses communautés, il en examina longtemps la cause devant Dieu et se convainquit que c'était la négligence de l'oraison. Dans les conférences des mardis, où se rendait tout ce qu'il y avait de plus distingué dans le clergé de Paris, toujours il recommandait l'oraison. Quand il préparait les ordinands, il insistait toujours longuement sur Toraison, leur disant que sans l'oraison ils ne pourraient jamais être de bons prêtres ; que c'était dans l'oraison qu'il fallait se remplir des vérités du salut pour les annoncer aux autres. Quand il envoyait ses prêtres en mission, il leur recom-
mandait avant tout l'oraison, leur disait de ne jamais monter en chaire avant d'avoir fait oraison, parce qu'un prêtre qui a bien fait son oraison ne parle plus d'après ses propres idées et ses propres lumières, mais diaprés les mouvements et les lumières de l'Esprit-Saint ; il s'exprime avec feu et parle de l'abondance d'un cœur échauffé et tout embrasé par le Saint-Esprit. Il exigeait la même pratique de toutes les personnes qu'il dirigeait dans le monde, et il l'inspira tellement à ces pieuses assemblées des dames de la charité, que de là la pratique de l'oraison passa dans plusieurs familles considérables où l'on répétait l'oraison comme à Saint-Lazare. Qui, après cela, pourrait douter des avantages et delà nécessité de l'oraison? 6° M. Alain de Solminiac, lié avec saint Vincent de l'amitié la plus intime, parla huit jours de suite sur l'oraison à une retraite d'ordination, et exigea des ordinands avant de leur conférer le sous-diaconat la promesse de faire toujours une heure d'oraison, s'ils le pouvaient, tant il en avait senti l'indispensable nécessité. Il disait que pour converser avec un homme d'oraison il ferait quatre vingt-dix lieues, tant il avaitd'estime pour l'oraison; il était persuadé qu'un prêtre d'oraison est capable de produire les meilleurs fruits de salut et de sainteté dans ceux qui l'approchent. Il disait encore que, s'il y avait à choisir entre la messe et l'oraison, il vaudrait mieux manquer la messe que l'oraison ; et la raison en est qu'une messe dite sans oraison
et par conséquent sans une véritable préparation, est ordinairement mal dite et ne produit que peu de fruit, au lieu que l'oraison supplée la messe, réchauffe et ranime. Dans les premiers temps de son sacerdoce, il en faisait une heure avec sa communauté ; plus tard sept à huit heures par jour et à genoux, et il arriva à un état d'oraison si parfait, qu'il ne pouvait plus faire de considérations. Dieu s'emparait aussitôt de son cœur, et sa prière n'était plus qu'un simple regard de cette infinie bonté. Aussi fit-il dans son diocèse un bien si prodigieux, qu'on le nomma le saint Charles Borromée de la France.
7° M. de la Motte, encore séminariste, avait un si grand zèle pour l'oraison, qu'il prenait plaisir à s'entretenir de ce saint exercice avec une de ses sœurs qui était religieuse. Etant prêtre, il réunissait les dimanches de jeunes ecclésiastiques pour leur apprendre à faire oraison ; dans ses missions et ses retraites il inspirait même aux gens du monde le goût de l'oraison. Etant évêque, il recommandait à tous ses prêtres l'oraison, leur disant qu'il répondait du salut de ceux qui seraient fidèles à faire tous les jours leur oraison, parce qu'en effet il est impossible de conserver de l'affection au péché mortel en se livrant tous les jours à l'oraison, à la méditation des vérités éternelles.
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