SECOND SERMON
SUR
Quœrite ergo primum regnum Bel etjustitiam ejiis.
(Matth., VI, 33.)
Tel est le principe fondamental sur lequel doit être basée toute bonne retraite, vérité mère, si je puis ainsi dire, qui commence, continue et perfectionne la justice dans le prêtre comme dans le laïque, vérité riche et féconde qui suffît seule à qui la comprend bien. Notre salut avant tout : Quœrite ergo primum : voilà, chers confrères, ce que nous prêchons tous les jours à nos peuples ; mais, permettez-moi de vous le demander, comme je me le demande à moi-même, ce que nous disons aux autres, nous le disons-nous à nous-mêmes ? Est-ce notre sanctification, notre salut que nous nous proposons en premier lieu dans les mille pensées qui occupent notre esprit, dans les agitations diverses qui se partagent nos journées? Chers confrères, je n'ai garde de vous accuser, je ne vois en vous que vertu ; mais ce que je sais, ô chose vraiment étrange autant que déplorable I c'est qu'en général ceux-là mêmes qui prêchent tous les jours aux autres la nécessité de se sauver n'en
LE SALL'T 2 05
parlent guère à leur propre cœur. Occupés du salut de nos frères, nous oublions Yb nôtre, nous travaillons beaucoup pour autrui et nous ne faisons presque rien pour nous. Tout entiers au prochain, jamais à nous-mêmes ; tout au dehors, jamais au dedans, nous nous laissons absorber par les soins extérieurs, et il semble que ce que j^ous disons aux autres de leur salut nous dispense de penser au nôtre. On consacrera sans peine des jours entiers, quelquefois même une partie des nuits à la sanctification des âmes, et l'on regrettera la moitié d'une heure qu'il faudrait donner à son propre salut, à l'oraison, à la lecture spirituelle ou à quelque autre exercice de piété. Dès qu'il s'agit de sa propre âme, il semble qu'on en fait toujours trop, on ne s'y applique qu'à regret, on y met le moins de temps possible, ou abrège, on diminue jusqu'à ce qu'on finisse partout abandonner. On conseillera aux autres les pratiques les plus pieuses, les plus propres à corriger leurs défauts, à leur faire acquérir les vertus, à les disposer aux sacrements, à sanctifier les fêtes, à honorer les mystères, et de tous ces avis le prêtre qui les donne n'en prendra pas un seul pour lui, comme si son salut devait se faire à meilleur marché ou méritait moins d'intérêt que celui des autres. On fera trembler ses auditeurs sur le danger de se perdre, et on sera le seul à n'en être point touché, et on descendra de la chaire sacrée tout joyeux d'avoir effrayé les autres, comme si les livres saints n'étaient point
faits pour nous, comme si les vérités les plus terribles ne nous regardaient pas, et que les annoncer aux fidèles fût un privilège qui nous en affranchît nous-mêmes. Pour remédier à ce désordre^ sur lequel sans doute, chers confrères, vous avez gémi plus d'une fois, méditons ensemble quel doit être le zèle d'un prêtre pour son salut, sujet d'une ' première réflexion ; que doit lui inspirer ce zèle s'il est véritable, sujet d'une seconde réflexion. Daigne l'esprit de Dieu nous aider dans un si important sujet!
PREMIER POINT
Cherchez premièrement à vous sauver : Quœrite ergo i^rimum ; cherchez-le premièrement, c'est-àdire plus que les fidèles les plus fervents^ vous qui êtes prêtres et sauveurs des âmes, parce qu'un prêtre doit avoir pour son salut un zèle bien supérieur au zèle des simples fidèles. Cherchez-le premièrement, c'est-à-dire avant tous les intérêts de fortune, de plaisir et d'amour-propre, parce qu'un prêtre doit avoir pour son salut un zèle fort et généreux qui sache sacrifier ce qui passe à ce qui est éternel. Cherchez-le premièrement, c'est-à-dire proposez- vous -le pour but principal dans toutes vos occupations et vos affaires, dans les travaux même de votre ministère, parce qu'un prêtre doit avoir pour son salut un zèle continuel et de tous les moments. Reprenons.
Je dis d'abord que nous devons avoir pour notre
salut un zèle supérieur au zèle des simples fidèles ; et pourquoi, chers confrères ? C'est que mieux qu'eux nous connaissons de quoi il s'agit dans l'affaire du salut ; nous savons qu'il y va d'un immense malheur ou d'un immense bonheur, qu'il s'agit ou d'être à jamais sous les pieds des démons, l'objet de leurs insultes, la proie des flammes, l'aliment du ver rongeur, ou de régner dans les cieux sur un trône éclatant au sein de la gloire et de la félicité ; mieux qu'eux nous savons que le salut est le seul bien nécessaire, avec lequel on peut se passer de tout le reste et sans lequel tout le reste ne sert de rien ; mieux qu'eux, enfin, nous savons tout ce qui en détourne et tout ce qui y conduit. Or, chers confrères, n'est-il pas juste de proportionner nos efforts à la connaissance que nous avons de la grandeur des intérêts qui sont compromis dans cette affaire ? Que l'homme du monde, qui ne voit rien au delà du tombeau, dont toutes les espérances comme toutes les craintes vont se briser contre la pierre du sépulcre, néglige un salut qu'il ignore on qu'il connaît à peine, je le conçois et je le plains plus encore que je ne le blâme ; mais que le prêtre qui, éclairé des lumières de la foi, voit au delà de la vie présente une nouvelle terre et de nouveaux cieux, que le prêtre qui sait qu'à chaque instant la mort peut le saisir et le transporter dans l'une ou l'autre éternité suivant les dispositions du moment, qui en rencontre chaque jour dans l'exercice du ministère des exemples terribles qui ne lui permettent
pas de l'oublier, que le prêtre néglige son salut, qu'il le compromette et l'expose en vivant un seul jour dans un état où il ne voudrait pas mourir, qu'il traite avec indifférence des intérêts si graves, qu'il ne s'en occupe que froidement, qu'il n'y donne pas toutes ses pensées et toutes ses affections, qu'il n'y sacrifie pas toutes ses passions et toutes ses attaches, ah ! voilà, chers confrères, un phénomène moral qui jette tout le ciel dans l'étonnement et rend le prêtre étrangement coupable.
Nous devons avoir plus de zèle pour notre salut que les simples fidèles, et pourquoi, chers confrères ? C'est que le salut du prêtre est une œuvre qui demande plus de soins et d'application, plus de réflexion et d'efforts que le salut des simples fidèles. Le salut du prêtre est mis à cette condition, que sa sainteté surpassera celle du peuple autant que la dignité sacerdotale s'élève audessus de la dignité du simple chrétien : Tantum aliis excellere debemus merito, quantum ipsos prdestamus dignitate^ c'est-à-dire autant que le ciel est élevé au-dessus de la terre, tantum inter sacerdolem et quemlibet probian interesse débet , quantujn inter cœlum et terram discriminis est. Il doit, sous peine d'être infidèle à sa vocation et par conséquent de compromettre son salut, briller dans le firmament de l'Église par la perfection de ses exemples j pour éclairer et échauffer le peuple chrétien, comme les astres les plus lumineux, comme le soleil lui-même, sicut luminaria in
m?/;i«^<9,puisque c'est aux prêtres qu'il est dit : «Vous êtes la lumière du monde, ros estislux miindi; que votre lumière luise au milieu du monde pour en dissiper les ténèbres comme un fanal immense sur une haute montagne : Luceat lux vestra coram hominibus. . . Non potest civitas abscondi supra montem posita. »Etquel malheur, mes frères, si Técueil allait être au lieu du fanal I Le monde alors n'y verrait plus, et, marchant dans les ténèbres, il tomberait dans le précipice. 0 l'affreuse nuit, quand la vie du pasteur qui devait être lumière devient ténèbres ! Si lumeyi quod in te est tenebrœ sunt, ipsœ tenebr% quantdB erunt l Or, chers confrères, une sainteté si haute^ capable d'éclairer le monde, une vertu si pure et si parfaite , ne peut ni s'acquérir que par des efforts peu ordinaires, ni se soutenir que par une vigilance peu commune. Si nous n'en faisons pas plus que les simples fidèles, nous ne remplissons pas notre vocation, par conséquent nous nous perdons, le salut d'un prêtre ne se consomme point à ce prix.
Nous devons avoir plus de zèle pour notre salut que les simples fidèles, et pourquoi^ chers confrères? C'est que, recevant plus de grâces, nous sommes obligés à plus de vertus. Les grâces de Dieu ne sont point des dons sans retour : ce sont des talents qu'il nous confie^ mais à la condition que nous les ferons valoir et lui en tiendrons fidèle compte ; jusque-là chaque grâce devra apporter avec elle devant le redoutable tri-
bunal un degré distinct de mérite et de sainteté. Or, cette vérité présupposée, qui pourra dire toute l'ardeur du zèle avec lequel le prêtre doit poursuivre sans cesse Faffaire de son salut ? S'il se relâche un seul jour, où sont pour ce jour-là, lui serat-il demandé, les fruits du sacrifice et de la communion du matin, les fruits du saint office et de tous les autres moyens de salut qu'il a eus entre les mains ? Cette communion devait l'embraser de zèle pour sa sanctification, et il est tout de glace ; le recueillir, et il est tout dissipé ; le faire avancer dans la vertu, et il est le môme qu'auparavant, éternellementtiède.Ohlquel compte terrible à rendre, et que tant de grâces nous obligent à un zèle immense pour notre salut !
Nous devons avoir plus de zèle pour notre salut que les simples fidèles, et pourquoi, chers confrères? C'est que le démon, qui sait qu'endormir la sentinelle est le moyen de prendre la place et terrasser celui qui commande le moyen de mettre l'armée en déroute ; le monde qui se fait un triomphe de la chute des prêtres et cherche à les faire tomber dans ses filets^ la chair qui est faible, l'esprit qui est prompt à oublier et se distraire, les passions qui fermentent dans le cœur, l'habitude et la routine qui rendent insensible, tout conspire pour faire perdre au prêtre cette innocence de mœurs, cette sainteté de vie, que demandent son caractère et ses fonctions. Or comment ne pas se briser contre tant d'écueils si on ne travaille avec
un zèle plus qu'ordinaire à se pre'munir et se sanctifier?
Nous devons avoir plus de zèle pour notre salut que les simples fidèles, et pourquoi, chers confrères? Cest que le succès de notre ministère en dépend. Si on ne voit en nous qu'une vertu vulgaire, on sera peu touché de nos discours, et nos fonctions seront peu utiles. Nous vivons dans un temps, chers confrères, où le prêtre ne peut faire le bien qu'en frappant les yeux des peuples par de grands exemples : autrefois le sacerdoce révéré était cru sur parole, et la foi passait des pères aux enfants comme un de ces biens héréditaires dont on ne songe pas même à révoquer les titres en doute. Aujourd'hui il en va autrement : le sacerdoce a perdu cette considération première sous le poids des calomnies et des outrages qu'on a déversés sur lui, et il ne peut la reconquérir qu'à force de vertu. La foi est mise en litige avec ses dogmes et ses préceptes, et le peuple, ignorant dans Fart de raisonner, en veut pour preuve préalable la grande sainteté et l'éminente vertu de ses pasteurs^ preuve sensible et palpable^ si je puis ainsi dire, qui demeure rarement sans effet.
A tant de raisons, chers confrères, ajouterai-je que, si nous manquons notre salut, nous serons plus sévèrement punis que tous les autres, puisqu'il est écrit : Qui cognovit volnntatem Domini siii et non... fecit...^ vapidabit multis ; qui autem non cognovit et fecit digna
plagis, vapulabit paucis. Et qui mieux que le prêtre a connu la volonté de son maître ? Mais je crois avoir assez prouvé ma thèse ; et d'ailleurs c'est moins la conviction qui manque aux prêtres que le courage et la force : voilà pourquoi j ai ajouté que le zèle du prêtre pour son salut doit être fort et généreux.
Et ici, chers confrères, quand je considère dans les lumières de la foi tout ce que Dieu a fait pour le salut, tout ce qu'a fait Jésus-Christ son Fils, tout ce qu'ont fait les saints de l'un et l'autre Testament, tout ce que mérite une affaire si grave, en vérité je ne puis concevoir qu'il y ait encore des prêtres tièdes et lâches, qui ne savent pas accorder à Dieu un sacrifice, se faire une violence, s'imposer une privation, rompre une attache. Quoi 1 c'est mon salut qui faisait l'ohjet des conseils de ladorchle Trinité pendant ces longues préméditations qui précédèrent la naissance du monde ; c'est pour mon salut qu'elle a fait jaillir l'univers du néant, semé les soleils et les astres au firmament, fécondé et embelli la terre, créé toutes choses enfin, et là où Dieu a tant fait, je me plaindrais d'avoir trop à faire, je reculerais devant un sacrifice I Quoi 1 c'est pour le salut que le ciel délègue et fait travailler sans relâche sur la terre les princes de sa cour, les plus hauts séraphins : Nonne omnes sunt administratorii spiritus^ in ministeriwn missi propter eos qui hœreditatem copient salutis ? C'est pour le salut que la Providence depuis six mille
ans opère tant de miracles, élève et fait tomber les empires, remue Tunivers, bouleverse les peuples ; et là où Dieu a tant fait, je me plaindrais d'avoir trop à faire, je reculerais devant un sacrifice ! Quoi ! c'est pour le salut que le Verbe de Dieu est descendu des cieux, et que, laissant à d'autres les sceptres et les trônes, il se renferme dans la condition la plus humble, jugeant l'affaire du salut seule assez grave pour l'occuper tout entier ; dès la crèche il prie, il souffre, il pleure ; pendant trente ans il n'a pas dans son cœur un battement qui ne se rapporte au salut ; pendant sa mission il se fatigue, il s'épuise, il oublie la nourriture ; à la fin de sa vie, ô Dieu, que dirai-je ? que mon salut voiis coûte cher ! ô larmes de sang qui coulez de tous ses membres à Gethsémani, ô tristesse, ô agonie qui alliez le faire mourir sans un miracle ; ô croix qui êtes son lit de mort et l'autel de son sacrifice, vous parlez plus haut que toutes mes paroles! Confesseurs de la retraite, si vous trouvez des prêtres qui hésitent devant un sacrifice, qui estiment trop dure une vie de règle et de retraite, de prière et d'études, montrez-leur sur la croix ce corps que les fouets ont déchiré, cette tête que les épines ont ensanglantée, ces pieds et ces mains que les clous ont transpercés^ et qu'ils disent si là où un Dieu a tant fait, ils sont recevables à se plaindre qu'on leur en demande trop, qu'on leur rend le salut trop difficile î Quoi ! c'est pour le salut que Dieu depuis dix-huit siècles
soutient son Eglise contreles assauts du schisme et de l'hérésie, contre les haines conjurées de l'impie et du libertin; c'est pour le salut que, multipliant tous les jours les miracles par millions, il vivifie les dons sacrés sur tous les autels du monde et fait jaillir des éléments grossiers et matériels de nos sacrements des sources fécondes de grâces ; et là où un Dieu a tant fait, on se plaindrait d'avoir trop à faire! Oh! que les saints en jugeaient bien autrement !
Soutenu par la foi du salut, Abraham abandonne son pays, ses biens, sa famille : Fide... exiit nesciens quo iret^ attendant, dit le texte sacré, une cité dont Dieu lui-même a posé les fondements, la cité du salut: Expectabat enim fundamenta habentem civitatem^cujus artifex etconditor Dez^ç. Soutenu par la foi du salut. Moïse préfère les souffrances et la pauvreté du peuple de Dieu à tous les plaisirs et à tous les trésors de l'Egypte : Magis eligem affligi cum 2^opulo Dei^ qiiam temporalis peccati hôbere jucunditatem^ majores divitias œstiinans thesaiiro Mgyptiormn impropei'him Christi; aspticiebat enim in rémunéra tionem. Pressés du seul désir du salut, tous les prophètes n'ont cherché autre chose dans les pages brûlantes de leurs divins oracles : Be qua sainte exquisierunt atque scrutati sunt prophetae. Et n'est-ce pas aussi le salut que cherchaient uniquement tous ces solitaires et ces martyrs de l'ancienne loi dont l'Apôtre nous décrit la vie et les supplices ? Circtiierimt in melotis^ in
pelliblis caprinis, egentes^ angustiati^ affllciï...^ in solitudinibiis errantes^ in ?7iontibi(s, et speluncis, et in cavernis terrœ... ; alii ludïbria et verbera experti, insuper et vincula et carceres ; lapidati sunt, secti sunt^ tentati simt, in occisione gladii mortui sunt. Et que prétendaient tous ces autres solitaires et martyrs de la loi nouvelle, dont la vie et la mort vous sont connues ? Que prétendaient tous ces saints prêtres qui châtiaient durement leur corps et le réduisaient en servitude, dont le cœur était détaché de tout, dont l'esprit était sans cesse en présence de Dieu, dont tous les jours étaient pleins de saintes œuvres et de travaux apostoliques? Chers confrères, vous le savez,ils n'avaient en vue que le salut. Tant qu'ils furent sur la terre, ils crurent qu'on n'en pouvait jamais trop faire pour un intérêt si grave, ils craignirent toujours de n'en pas faire assez ; et maintenant qu'ilssont au terme, loin de croire en avoir trop fait, s'ils pouvaient avoir des regrets, ce serait de n'en avoir pas fait mille fois davantage pour une affaire dont le succès donne tant de bonheur et dont l'issue malheureuse est si épouvantable. Or, chers confrères, tous les saints ayant acheté le salut àun si haut prix, qui pourrait trouver trop pénibles et les sacrifices et les violences, et l'attention soutenue et les efforts généreux que demande le salut du prêtre ? Ah ! fallùt-il s'arracher l'œil, se couper le bras, sacrifier sa santé, sa vie, il n'y aurait pas à hésiter un instant, parce que rien ne peut être mis en balance avec l'alternative du ciel ou de l'enfer
pour toujours. Il n'y a donc point à dire : il m'en coûte d'être continuellement aux prises avec moimême pour crucifier ma chair, observer mes paroles, réprimer mes vivacités, recueillir ma dissipation, sacrifier mes goûts, contrarier ma volonté. Mon cher confrère, il faut vous sauver, et ce n'est que par là que les saints se sont sauvés. n n'y a point à dire : « Il m'en coûte de me séparer du monde, de ses sociétés et de ses plaisirs, de renoncer au jeu, à mon argent, à mes aises. » Mon cher confrère, il faut vous sauver, et ce n'est que par là que les saints se sont sauvés. Il n'y a pointa dire : « Il m'en coûte de quitter certaines occasions qui me plaisent et où cependant il y a plus à perdre qu'à gagner pour mon salut, de souffrir une contradiction, de supporter une humiliation. » Moucher confrère, il faut vous sauver, et ce n'est que par là que les saints se sont sauvés. Ah ! chers confrères, si l'on y pensait!... Et cependant qu'avons-nous à faire autre chose ici-bas que d'y penser ? Tous^ tant que nous sommes en ce monde, nous devons tous les moments de notre existence à cette seule affaire; quant à nos autres sollicitudes, ou il faut les convertir en moyens de salut, si elles sont dans l'ordre de Dieu, ou il faut les abandonner si elles n'y sont pas. L'on se dit : « J'aspire à telle position, et, dès que je l'aurai obtenue, le salut sera mon unique affaire. » Erreur, mon cher confrère : le salut n'est point une affaire du lendemain, c'est l'affaire du jour présent, de
l'heure qui sonne, de la minute qui s'envole ; pas un instant dans la vie que Dieu et la prudence nous permettent de donner à un autre soin. Par conséquent, quoi que nous ayons àfaire^ en publi<: ou en particulier, chose sainte ou chose profane, nous devons tout rapporter au salut, tout converti!en moyens d'y arriver. Nil'amour de nos aises et de nos goûts, ni l'habitude, ni la nécessité, ni les vues de fortune, d'honneur ou de plaisir ne doivenl plus présider à nos déterminations et à nos actes le salut seul doit motiver comme fin dernière notre conduite de tous les moments. Par conséquent, ;i chaque action, je dois me demander : « Qu*import(ceci pour mon salut éternel ? Quid hoc ad œternitatem ? » Est-ce une chose contraire aux intérêts de mon salut, seulement dangereuse, seulement inutile pour mon salut ? Je dois me l'interdire, mon salut est mon tout ; je ne dois m'amuser à rien de ce qui n'y tend pas, moins encore m'arrêter à ce qui l'expose, moins encore me permettre ce qui le compromet. Est-ce une chose avantageuse pour mon salut ? Je dois m'y porter de toute l'ardeur de mon àme, sans examiner si elle est de précepte rigoureux ou de simple conseil. L'homme du monde ne calcule pas si chacune de ses démarches est rigoureusement nécessaire pour faire réussir ses desseins ; il suffit qu'elle lui offre plus de chances desuccès. J'ai à choisir entre deux partis qu'on me propose, entre deux conseils qu'on me donne ; de quel côté me
â 1 V RETRAITE PASTORALE. SERMONS
toiirnerai-jo ? Quid hoc ad éeteniitatefu ? Yo'ûà la règle de mon choix, règle sûre, in variable, précise, qui me fait discerner dans un instant tout ce qui est bien et tout ce qui est mal. Ces jours passés dans l'oisiveté, la frivolité, la bagatelle : Quid hoc ad deteniitatem ? QiQS maisons que je fréquente, ces sociétés, ces repas, ces parties de plaisir ; Quid hoc ad œternitatem ? Cet esprit de dissipation et d'irréflexion, cette familiarité avec les choses saintes, ces manières dures envers le prochain, ce> oraisons mal faites ou entièrement omises, ces exercices de piété délaissés, cette vie sans règle et sans étude : Quid hoc ad œteniitalem? Ohl chers confrères, que nepuis-je graver cette parole sur les murs de vos demeures, sur les meubles à votre usage. sur certaines sommes d'argent que la cupidité amasse : Quid hoc ad œternitatem? Sur ces tables de jeu où un prêtre de la même main dont le matin il a sacrifié son Dieu, sacrifie tout ensemble la décence et la dignité de son état, le patrimoine des pauvres, son temps, son instruction, son repos même quelquefois et sa santé : Quid hoc ad œternitatem ? Que ne puis-je la graver à l'entrée de certaines maisons, au litre de certains livres inutiles, souvent dangereux, entête de ces feuilles publiques dont la lecture trop prolongée absorbe un temps que réclament la piété et les sciences ecclésiastiques ! Quid hoc ad œternitatem ? Que ne puis-je la redire sans cesse à vos oreilles, la tenir sans cesse présentée vos regards, et la faire marcher en quelque sorte
LE SALUT ± i 1)
(levant vous comme la colonne qui dirigeait Israël dans le désert ou l'étoile qui conduisait les mages ! Il ne me resterait plus pour assurer votre salut qu'à vous exposer toutce que cette pensée doit vous inspirer. Ce sera le sujet de la seconde partie.
SECOND POINT
Nous sommes tous ici-bas, chers confrères, des voyageurs qui avons à nous rendre à la cité du salut ; c'est là le terme commun de notre pèlerinage. Or, pour se rendre à un lieu dont on est éloigné que faut-il ?Premièrement, rompre les liens qui enchaînent les pieds au point de départ; secondement, suivre la voie sûre qui conduit au but ; troisièmement, ne pas s'arrêter dans samarcheni s'en laisser distraire ; et tels sont précisément, chers confrères, les effets que doit produire en nous la pensée du salut. Elle doit premièrement nous faire rompre toutes les attaches qui retiennent ici-bas notre cœur captif ; deuxièmement, nous faire marcher d'une volonté ferme dans la voie des saints, la seule qui conduise au ciel ; troisièmement, exciter notre vigilance pour ne nous laisser ni arrêter ni distraire dans notre marche, pas même par les occupations les plus saintes.
Souvent sans doute, chers confrères, vous avez gémi en entendant parler de prêtres avares et intéressés qui convoitent plus l'argent que le salut de leurs ouailles, de prêtres amateurs d'eux-mêmes, qui recherchent plus ce qui les flatte qui ce qui plaît
à Jésus-Christ, de prêtres remplis d'attaches qui semblent avoir placé leur patrie ici-bas, et dont le cœur enchaîné à la terre par mille fibres ne connaît point de plus grand bonheur que de pou voir se dire : « J'ai de quoi vivre à mon aise. » Vous avez de quoi vivre, mon cher confrère ; mais avez-vous de quoi mourir ? Yos provisions pour le grand voyage de l'éternité sont-elles faites, ces provisions de vertus et de mérites, la seule monnaie avec laquelle s'achète le ciel ? Vous avez de quoi vivre, cest-à-dire que vous avez de quoi vivre vingt ou trente ans sans privations ; mais avez-vous de quoi vivre vingt ou trente millions de siècles sans d'horribles supplices ? Avez-vous de quoi vous soustraire à une éternité de malheurs ? Vous avez de quoi vivre, mes chers confrères. Eh ! plus ou moins de jouissances pendant le temps si court de la vie, pendant la durée d'un éclair, qu'importe ? le salut seul est tout, tout le reste n'est rien : richesses, plaisirs, jouissances, éclat des honneurs, bruit de la renommée, vains jeux d'enfants indignes d'occuper un moment la pensée, incapables de soutenirun quart d'heure de réflexion chrétienne sans se faire profondément mépriser; car sans le salut de quoi tout cela nous servira-t-il? Quid jyrodest homini? Et avec le salut qu'en avonsnous besoin? N'aurons- nous pas dans le royaume de Dieu tous les vrais biens? On demandait un jour à un prêtre qui avait compris la doctrine du salut : «Combien vaut votre place ? — Ma place, répond-
il, me vaut le ciel ou Tenfer : l'enfer, si je m'en acquitte mal ; le ciel, si je la remplis bien : c'est là le seul revenu qui m'intéresse ; pour tout le reste, je n'en fais pas plus de cas que la boue : car Quid prodest homini ? » Avec ce seul mot. chers confrères, toutes les attaches se brisent, tous les liens se rompent, toutes les prétentions disparaissent, l'argent devient vil comme l'ordure, et le cœur, libre de toute entrave, pousse le cri de l'Apôtre : Omniaarbitro)' ut^tercora, \U Christiimlucrifaciam. Tout ce qui n'est pas Dieu ou le salut lui est à dégoût, il n'en veut plus; ce sont de faux biens qui détournent du but, distraient de la fin ; c'est une charge qui préoccupe et embarrasse le chrétien voyageur vers la céleste patrie ; il s'en sépare au moins d'affection et le foule sous les pieds : Omnia arbitror ut stercom^ ut Christum lucrifaciam. En vérité, chers confrères, il y a lieu de s'étonner comment des prêtres, qui prêchent tous les jours cette doctrine, peuvent tenir encore à quelque chose ici-bas et avoir pendant cette courte \ie quelqu'autre prétention que de se sauver. Pournous, soyons plus conséquents, rompons ces attaches qui enchaînent nos pieds, et, libres enfin, élançonsnous d'une volonté ferme dans la voie des saints, la seule qui sauve.
Oui, chers confrères, comprenons-le bien. Pour nous sauver il nous faut une volonté ferme d'être des saints, le salut ne s'obtient qu'à ce prix. Quand on veut aller quelque part et qu'il n'y a pour s'y
rendre qu'un sentier peu spacieux, angusta via., qu'une porte très étroite où l'on ne passe qu'en faisant effort, contendite hitrare per anrjxistam portam^ il faut suivre la trace de ceux qui sont parvenus au terme. Quand on a à faire une œuvre très difficile où échouent la plupart à leur grand détriment, il faut prendre pour modèles le petit nombre d'habiles qui ont réussi. De même, chers confrères, si nous voulons nous sauver, nous devons poser en principe qu'il nous faut être des saints, parce que les saints sont les seuls qui aient trouvé la voie étroite du salut, les seuls qui aient eu le secret du succès ; et de là nous devons conclure qu'il nous faut sans cesse avoir devant les yeux les exemples de ces hommes éminemment sages, comme un phare qui nous éclaire, une règle qui nous dirige. A chaque moment, pour ainsi dire, nous devons nous demander que feraient, que diraient, que penseraient les saints en cette circonstance, afin d'agir, de parler et de penser comme eux. Nous allons monter à l'autel ; comment s'y présenteraient les saints? Avec quelle pureté dans la conscience, quelle ferveur dans l'âme, quel recueillement dans tout l'extérieur ! Imitons-les partout. Xous allons faire une prière: c'est Foraison, c'est le saint office ; comment les saints s'acquitteraient-ils de ce devoir? Quel profond respect devant les grandeurs de Dieu ! Quelle attention dans l'esprit, quelle dévotion dans le cœur, quelle modestie dans le maintien ! Imitons et commençons .
LE SALrr -2 2:\
On nous propose une sortie, un voyage, une partie de plaisir; que feraient les saints ? Y iraient-ils^ et, supposé qu'ils y fussent, comment s'y conduiraient-ils? Nous sentons en nous une disposition à la légèreté qui dissipe, à l'humeur qui se fâche, à l'amour qui veut se produire; que feraient les saints à notre place? Comme promptement ils se recueilleraient dans le secret de leur cœur, pour se rappeler le divin modèle des élus, Jésus-Christ, sa sainteté, sa douceur, son humilité. Faisons de même et nous nous sauverons.
Mais peut-être quelqu'un dira: « Moi, je n'aspire pas à être un saint ; je veux vivre comme le commun et me borner à remplir ma place honnêtement de manière à ne mériter aucun reproche. » Quoi! mon cher confrère, vous n'aspirez pas à être un saint! Et vous oubliez donc que le ciel n'est fait que pour les saints, que quiconque ne sera pas saint n'y aura point entrée, et que, comme dans l'éternité il n'y aura point de milieu entre le ciel et l'enfer, il n'y en aura point entre être un saint et être un réprouvé. Vous n'aspirez pas à être un saint! Et vous supposez donc que TApôtre des nations, que l'Ange de l'École, que les Pères de Trente et les docteurs de l'Eglise qui ont épuisé toute l'énergie du langage pour dire la sainteté que demande le sacerdoce, ne sont que de vains déclamateurs qui ont exagéré la doctrine ! Vous voulez vivre comme le commun I Et vous êtes donc bien sûrs que le commun des prêtres
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sera sauvé? Oh ! mon cher confrère, que je désirerais que vous eussiez raison ! Je donnerais pour cela tout le sang de mes veines; mais devant Dieu, (jui dois-je croire, ou vous qui pensez ainsi, ou saint Augustin^ saint Cyprien, saint Chrysostome» <jui m'affirment le contraire ? Non arbitror inter sacerdotes multos esse qui salvi fiant ^ sed nniHos /dures qui pereant. Je comprends que cette terrible parole n'est point une proposition absolue. Elle est relative aux temps et aux lieux; mais est-il bien sûr qu il y ait plus de ferveur aujourd'hui dans le clergé qu'au temps des Chrysostome à Constantinople, des Cyprien à Carthage^ des Auj<ustin à Hippone; et que l'opinion qu'avaient ces saints du clergé de leur époque ne soit plus vraie du clergé de nos jours ? Ah ! mes chers confrères, je tremble que vous n'ayez tort, je tremble pour vous, je tremble pour moi, je tremble pour mes frères dans le sacerdoce, et je vous en conjure^ au nom de votre éternité, ne vivez plus comme le commun des prêtres, mais bien comme les saints prêtres. Il le faut,, ou votre salut est en grand péril. Vous me direz: « Mais comment y réussirai-je, moi dont la vie jusqu'à présent a si peu ressemblé à celle d"un saint?» Comment, mon cher confrère? Le voici en deux mots : veuillez d'une volonté ferme être un saint, et vous le serez ; le moyen est infaillible, car que ne peut pas dans l'homme une volonté ferme aidée de la grâce qui ne manque jamais à qui la demande? Voyez les Ignace, les
Xavier, les Augustin : ils conçurent un jour la volonté ferme cFètre des saints, et certes ils en étaient loin alors ; vous savez ce qu'ils sont devenus. Voyez saint François de Sales ; il se dit un jour: « Il n'y a que trois saint François, je veux être le quatrième; » et il l'a été. Voyez les hommes du monde qui ont une volonté ferme de faire fortune ou d'arriver aux honneurs ; cette volonté leur donne l'énergie de lutter contre tous les ohstacles, de hraver les fatigues, les périls et la mort même. Oh ! si nous avions une volonté aussi arrêtée, aussi ferme, aussi tenace d'être des saints, que nous le serions sûrement et bientôt! Notre mal, c'est que nous ne le voulons pas franchement, nous n^osons nous y décider, la sainteté nous épouvante, la sainteté qui est si belle, qui est le secret du bonheur sur la terre comme dans le ciel. Nous disons encore: * Je le voudrais bien! » en sous-entendant la condition qu'il ne nous en coûterait aucun sacrifice ; mais nous ne disons jamais : « Je le veux ; » c'est une détermination prise, une résolution prononcée ; oui, je veux être un saint et je le serai. En un mot, nous ne le voulons que d'une volonté faible, lâche, sans énergie, d'une de ces velléités impuissantes et stériles dont l'enfer est plein, d'un de ces demi-vouloirs du paresseux que les désirs tuent, qui veut et ne veut pas ^ qui se dit : Le lion est dans le chemin Ja lionne est sur la route, ils vont me dévorer. Or ce n'est pas ainsi, chers confrères, qu'on devient un saint; pour y réussir, il
faut se mettre ce projet fortement en tête, le prendre à cœur, le poursuivre à outrance en se disant, en se répétant souvent : « Oui, je veux être un saint, mon parti est pris: je le veux, quoi qu'il m'en coûte; je le veux, quoi qu'on en dise et qu'on en pense. » Car, hélas ! le respect humain retient quelquefois les prêtres eux-mêmes: Trepîdavenmt timoré ubi non erat timor ;\^ le veux, non pour demain, mais pour aujourd'hui, pour ce moment même : Tïixi: mine cœpi.
Sans doute, chers confrères, après cet acte de honne volonté, vous serez exposés à être arrêtés ou distraits dans votre marche ; très souvent les choses extérieures, les travaux même du ministère font invasion dans l'âme, la préoccupent et l'absorbent, de telle sorte que si on ne veille sur soi, on s'oublie, l'on se perd de vue avec T affaire dé son salut. Vous opposerez à cette difficulté la vigilance qui retient le cœur, qui le garde pour empêcher qu'il ne s'épanche, et, à l'aide de ce moyen, vous avancerez dans la voie des saints sans être arrêtés ni distraits dans votre marche par les occupations ou les affaires. C'était là ce que recommandait saint Paul à Timothée : Attende tibi et doctrine; attention sur vous-mêmes, sur votre cœur en premier lieu ; le ministère ne vient qu'en second : Attende tibi et doctrinœ. C'est ce que prescrit saint Grégoire le Grand à tous les pasteurs des âmes: Sit pastor... internorwn curam in extcrionim occupatione non minuens. Mais c'est sur-
tout ce que dit admirablement saint Bernard, dans son beau livre de la Considération, au pape Eugène. Ce saint docteur, voyant son ancien disciple placé sur la chaire pontificale, craint que la sollicitude de toutes les églises ne lui fasse oublier la garde de son cœur, la sollicitude de son propre salut; et dans les alarmes de sa tendresse il lui adresse ces conseils si pleins de l'esprit de Dieu où se révèlt toute la sensibilité de sa belle âme : « 0 mon père, lui dit-il, prenez garde de vous donner tout entier aux autres sans rien réserver pour vous : Noli dare te totuni illis^ nihil tui tibi relinquens. Si vous voulez être tout à tous, je loue votre charité, mais pourvu qu'elle soit vraiment universelle ; et comment le sera-t-elle si vous vous en exceptez vousmême? Quomodo plena.te excliiso'? Pour qu'elle le soit véritablement, il faut que vous vous receviez à votre tour dans le secret de votre intérieur; il faut que ce sein paternel qui recueille tout le monde vous recueille vous-même pour examiner vos besoins et y porter un prompt remède : Colligat te intra se sinus qui omnes recipit. Vous êtes redevable aux sages et aux ignorants ; n'y aura-t-il donc que vous à qui vous vous refusiez? Solinega^ te tibi? Maàs, ô mon père, que vous servira de sauver tous les hommes, si vous vous perdez vousmême ? Quid prodest^ si uni versos lucreris, teunum perdens? » Puis l'homme de Dieu ajoute ces belles paroles : « Je vous recommande donc de ne vous livrer ni tout entier ni toujours à Faction exté-
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rieure, mais de réserver pour la réflexion une partie de votre cœur et de votre temps : A^o)i totiim tp nec semper dare actioni, sed considerationi aliqind tiii et cordis et teinporis seqiiestrare. » Remarquez, chers confrères, il faut réserver une partie de son cœur^ aliquid cordis, c'est-à-dire le tenir parmi les plus grandes occupations recueilli au dedans, doucement élevé vers Dieu par la droiture de l'intention et toujours maître de lui-même; il faut réserver une partie de son temps, aliquid temporis, c'est-à-dire se ménager les moments nécessaires pour les exercices de piété qui, retirant l'âme des choses extérieures et la rendant tout entière à elle-même, réparent le déchet, suite inévitable du travail, retrempent ses forces et renouvellent en elle le zèle de sa sanctification. Ainsi les saints entendaient la garde du cœur, et ils ne concevaient pas le salut possible avec la dissipation qui épanche l'àme tout entière au dehors, ou sans les exercices de piété qui la recueillent au dedans.
Suivons ces belles maximes, chers confrères, et ne vivons plus que pour le salut. Tout occupés que nous sommes des autres, soyons-le encore plus de nous-mêmes, et si l'àme du prochain nous est chère, que la nôtre nous le soit encore davantage. Qu'il ne soit pas dit que des prêtres se laissent surpasser par des laïques en zèle pour le salut; que notre zèle soit fort et généreux, qu'il soit continuel et de tous les moments; et, pour le rendre utile, rompons toute attache à tout ce qui ne peut
pas nous conduire au salut; ayons une volonté ferme d'être des saints, et veillons à la garde de notre cœur pour ne pas le laisser envahir par les choses du dehors. L'Esprit-Saint vous crie : « Ayez pitié de votre âme, miserere animai tiiœ. » Entendez ce cri, chers confrères ; il serait par trcp lamentable que le sauveur des autres fût lui-même un réprouvé, et qu'après nous être par la loi de notre état soumis à une vie de sacrifices et interdit les jouissances du monde, nous fussions encore privés dos jouissances du ciel, malheureux pour Féternité. Ayez donc pitié de votre âme, miserere animse tiiœ; ayez-en pitié dans tous les temps, mais surtout dans cette retraite qui peut-être pour plusieurs sera la dernière de la vie et va décider de leur sort éternel ; ayez pitié de votre kmQ^miserere anxmse tuœ; purifîez-la par une bonne et prompte confession, sanctifiez-la par de ferventes prières, étudiez toutes ses infirmités pour les guérir, toutes ses inclinations mauvaises pour les redresser, tous ses défauts pour les corriger, tous ses dangers pour les éloigner, et assurez son salut par ces résolutions généreuses qui font les saints. Amen.
SERMON
En propono in conspectu vestro hodie benedictionem et maleclictionem. (Deux,, xi, 26.)
Messieurs,
Nous disions qu'il ne faut apprécier les choses d'ici-bas que par leur rapport avec le salut : Qiiid hoc ad œternitatem ? Conséquemment à ce principe, je me demande : quel rapport y a-t-il entre le sacerdoce et le salut de celui qui en est revêtu ; quelle est l'influence de Tun sur l'autre : Quid hoc (idxternhatcm ?Et, à cette question, deux réponses bien différentes se présententàmoi.D'uncôté, quand je me rappelle la vie de tant de saints prêtres qui ont honoré le sacerdoce par de si hautes vertus, je ne puis qu'admirer la puissance de sanctification que recèle un état qui a produit tant de prodiges ; et je me sens pressé de m'écrier : « Qu'il est bon pour le salut d'être prêtre ! » D'un autre côté, quand je pense à tant de ministres qui ont déshonoré par leurs mœurs cette éminente dignité, quand je repasse dans mon esprit tant de désordres que la Providence tient cachés aux regards des peuples
pour ne pas ébranler leur foi, je ne puis que me dire à moi-même en frémissant : « Il faut donc que cet état recèle bien des dangers, puisque tanl y périssent ; » et volontiers je m'écrierais dans un sens contraire : « Qu'il est terrible pour le salut d'être prêtre! » Oui, cliers confrères, tel est l'état ecclésiastique, au jugement de saint Augustin, rien de plus lieureux, rien de plus malheureux. Rien de plus heureux si Ton veut vivre en bon prêtre ; rien de plus malheureux si on ne le veut pas. Officia presbijterii apud Deiim nihil beatius, si co modo inclitetnr quo noster imperator juhet ; sed nihil apud Deum nmcrius^ et tristii/s^ et damnabilius, si pcrfunctorie res acjatur. Double sujet de cet entretien.
PREMIER POIM
Rien de plus heureux que le sacerdoce quand on veut vivre en bon prêtre. J'y admire deux ordres de grâces inestimables l'un et l'autre, dont l'un nous préserve du mal, l'autre nous porte au bien.
Il est dans le sacerdoce des grâces préservatrices. Pour les connaître et les apprécier, il n'y a qu'à comparer les malheurs de l'homme du monde qui en est privé et le sort heureux du prêtre qui en est favorisé.
Le premier malheur de l'homme du monde, c'est l'ignorance en matière de religion. Il est délaissé dans un vide affreux de connaissances religieuses, par là même livré sans frein aux passions qui le tyrannisent, exposé sans antidote à la contagion des
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maximes mondaines, des préjugés et des usages. Presque jamais il n'entend retentir à ses oreilles et ne voit écrit devant ses yeux d'autre évangile que ces axiomes de l'enfer : heureux les riches, malheureux les pauvres; heureux ceux qui jouissent, malheureux ceux qui souffrent ; d'où résulte pour lui un péril continuel de laisser pervertir son cœur par ces doctrines mensongères, obscurcir sa vue par ce nuage qui l'enveloppe. Mais vous, ô trop heureux prêtre, la foi vous préserve de ce malheur ; elle vous montre à nu la fausseté des principes du monde; et sa lumière pure vous dirige à travers les ténèbres épaisses qui couvrent la terre, comme autrefois l'Israélite fidèle au milieu de l'Egypte idolâtre. Mieux que les chrétiens même les plus instruits, vous connaissez la religion avec la magnificence des preuves sur lesquelles elle repose, les beautés de sa doctrine, le sublime de ses mystères que l'Apôtre se glorifiait d'avoir enseigné aux anges même. Mieux qu'eux, vous connaissez les amabilités infinies de Dieu, les titres de Jésus et de Marie à Famour de nos cœurs, tout ce qu'on gagne à être vertueux, tout ce qu'on perd à ne l'être pas, la manière de combattre les tentations et de se défendre du vice, toutes les voies de la perfection^ tous les secrets de la sainteté ; et ces connaissances inestimables qui nous rendent le salut plus facile, non seulement vous pouvez les accroître chaque jour par l'étude, la lecture et la prière, mais l'obligation qui vous est imposée de
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les communiquer aux autres vous met dans l'heureuse nécessité de vous les développer toujours davantage à vous-mêmes, puisqu'on ne peut instruire les autres sans s'instruire soi-même, puis- (ju'enseignerest le meilleur moyen d'apprendre, et qu'il en est de la science des choses divines comme de la flamme qui devient plus vive en se communiquant, comme du fer qui se rouille par le repos et devient plus luisant par l'usage.
Un second malheur de l'homme du monde, c'est d'être jeté forcément dans un embarras d'affaires qui, le préoccupant du présent, semblent ne pas laisser place dans son esprit à la pensée de l'éternité : ce sont des devoirs publics àremplir, un état à exercer, une famille à établir, une fortune à conserver ou à étendre, mille rapports de société à entretenir; et parmi tout ce tumulte de soucis et d'inquiétudes qu'il est difficile de faire marcher de front l'affaire de son salut, sans jamais la perdre de vue ! Mais vous, ô trop heureux prêtre, libre des sollicitudes qui travaillent toutes les classes de la société, vous n'avez à penser qu'aux choses du ciel. Opérer votre salut par la prière et les bonnes œuvres, prêcher le salut par vos discours et vos exemples, voilà votre unique affaire ; et pour que vous n'en soyez pas distrait^ la société A'ous décharge des fonctions publiques et des services communs qu'elle exige du reste de ses membres ; elle s'engage même à fournir à vos besoins ; et n'eussiez-vous pas, comme Notre-Seigneur, où
reposer la tête, tout vous sera donné sans qu'il vous faille quitter la prière et les pensées du ciel; de telle sorte, ô sainte liberté de notre état, ô heureux affranchissement des chaînes qui pèsent sur les enfants du siècle! de telle sorte qu'élevés au-dessus des sollicitudes qui troublent, des soins profanes qui inquiètent, nous n'avons d'autres fonctions que les mystères sacrés, d'autres occupations que les choses saintes, d'autres emplois que les bonnes œuvres; et l'embarras des affaires, les vicissitudes du sort, les renversements de fortune ne peuvent arriver jusqu'à nous : Non accedit ad te malum^ et flatjellum non appropinquahit tahernacuh tuo.
L'homme du monde, en butte à l'opinion, est doublement àTétroitdans le chemin de la vertu, resserré par ses passions qui le pressent, resserré plus encore par le monde qui l'observe, censure sa piété, et voudrait le faire rougir de sa vertu même. Mais, le prêtre, chers confrères, ohl que sa condition ici encore est meilleure ! Le prêtre est poussé au bien par cela même qui en détourne les autres, et le respect humain qui fait les mondains vicieux lui impose la loi de s'abstenir de l'apparence même du mal. Toute sa personne est en spectacle, et il ne peut se permettre rien d'imparfait ou de moins édifiant, que le monde aussitôt n'en fasse une éclatante justice, et ne venge les moindres fautes par les traits acérés de sa censure.
Que dirai-je ? L'homme du monde, obligé par
les bienséances, de fréquenter certaines sociétés, de se conformer à certains usages, de vivre dans une atmosphère corrompue et corruptrice, rencontre de toutes parts les objets les plus propres à irriter la passion, à enflammer le désir, à séduire le cœur. Hélas ! que deviendrions-nous si nous étions à sa place ? Mais le prêtre, ô heureux privilège de notre vocation ! le prêtre est libre de ces périlleux assujettissements, et les bienséances de son état, la sainteté de son caractère, la gravité do ses fonctions, la sainte austérité même de son vêtement, tout l'éloigné du monde, tout lui crie qu'il n'est pas du monde, qu'il est dispensé d'en fréquenter les cercles, d'en suivre tous les usages: Vosdemundo non estis;ei qu'il doit ressembler aux anges qui remontent au ciel après avoir rempli leur mission sur la terre, ou à l'étoile qui rentra dans le firmament après avoir conduit les Mages : doctrine approuvée par le monde même qui estimée d'autant plus un prêtre qu'il le voit moins dans ses assemblées, pourvu qu'on le trouve toujours ou dans le cabinet appliqué à s'instruire, ou au pied de l'autel occupé à prier, ou au tribunal pour entendre les pécheurs, ou près de la couche du malade pour le consoler, ou dans la chaumière du pauvre et de l'ignorant pour le soulager et l'instruire.
Ainsi, chers confrères, tandis que les laïques, ballottés par des tempêtes qui fontchanceler jusqu'aux plus fortes vertus, tomber quelquefois même jus-
qu'aux cèdres du Liban, se débattent entre la vie et la mort, nous vivons tranquilles dans le sanctuaire comme dans un port assuré, comme dans une île fortunée, élevée au-dessus du niveau des mers, oùl'on goûte les délices d'une vie calme et paisible, quoique entouré des plus horribles tempêtes. Là, préservés tout à la fois de l'ignorance, de l'embarras des affaires . du respect humain et des dangers du monde » nous pouvons chanter avec le psalmiste : « Le Seigneur m'a tiré dos grandes eaux, et sa tendresse m'a placé dans un lieu sûr : Asmmpsitme^ de aqtiis miiltis et eduxit me in latitiidinem , quia voluit me. Là, nous jouissons des avantages de la retraite sans aller la chercher à travers les déserts ; et chaque presbytère est comme un monastère élevé au milieu du monde, sans être du monde, où, dit un saint, le prêtre qui doit être un ange à l'église, un apôtre en public, peut encore être un chartreux dans sa vie privée.
Telles sont, cher s confrères, les grâces de préservation qui nous entourent ; et que dirons-nous maintenant des grâces de sanctification ? Je les trouve d'abord dans les rapports journaliers du prêtre avec son Dieu. Yoyez-le, ce bon prêtre, inondé de grâces par tous ses exercices de piété, auxquels il a grand soin d'être fidèle parce qu'il comprend qu'il faut faire passer son salut avant celui des autres, se remplir avant de se répandre : Impie aris ji^^i^i^qùam effundere ; être un bassin qui verse de sa plénitude et non un canal qui de-
meure à sec après avoir arrosé les campagnes : Concham,non c«;i«/em. Yoyez-leàroraison dès le lever, de l'aurore : Prœvenerunt oculimei ad te diluculo. Là il entre pour tout le jour dans un saint recueillement, sa foi se ranime et plus claire et plus vive, son cœur s'embrase et sa volonté forme de saintes résolutions. Ainsi préparé, il remonte à l'autel, et là, que de grâces nouvelles il recueille I Une seule communion, a-t-on dit, suffit pour faire un saint . Qu'est-ce donc d'une messe ? qu'est-ce donc de la messe quotidienne ? La messe, me disait un jour un saint prêtre, est mon brevet de prédestination. Je m'attache à la dire de mon mieux, et tant que j'y serai fidèle je suis sûr de mon salut. Qu'y a-t-il, en effet, mes frères, de plus propre à détacher le cœur de la terre et à l'élever en haut que d'avoir, chaque matin, le ciel sous ses yeux, le ciel entre ses mains, le ciel dans sa bouche, le ciel dans sa poitrine? Qu'y a-t-il de plus sanctifiant que de s'identifier chaque jour avec Jésus-Christ, de manière à pouvoir dire selon toute la vérité de la lettre : Vivo jcan non ego^ vivit vero in me Christus. Puis pour le reste de la journée quel frein contre les tentations, quelle leçon de sainteté et d'innocence, quelle invitation pressante à la vie parfaite, dans cette double pensée qui ne devrait jamais sortir de l'esprit du prêtre : « J'ai communié ce matin, je me prépare à communier demain ! » Que si toutefois le prêtre, restant encore homme après s'être nourri du pain des anges,
était tenté d'oublier le Dieu qui le matia s'est fait sa victime et sa nourriture, supposition, pour le dire en passant, qui donnerait une désolante idée de sa reconnaissance ; mais enfin si ce malheur arrivait, et que le prêtre fût plus facile à oublier l'amour à proportion que l'amour s'épanche plus abondamment sur lui, que de moyens je vois se rassembler autour de son cœur pour le rappeler à son Dieu ! Plusieurs fois le jour, le saint office retire son àme des pensées de la terre^ la remet en rapport avec le ciel, et la remplit de tout ce qu'il V a de plus pieux dans la prière, de plus édifiant dans les vies des saints ou les écrits des Pères. Puis sont réparties à divers moments ces autres sources de salut que renferment les exercices ordinaires à un bon prêtre, et la visite du Saint- Sacrement qui recueille ses pensées, réchauffe sa piété, et la lecture spirituelle qui l'éclairé sur ses devoirs et ses défauts, et les examens particuliers et généraux qui lui révèlent tout le secret de son cœur, et la prière angélique du chapelet qui lui ouvre le canal des trésors célestes.
11 y a mieux que tout cela encore, chers confrères : ce sont les grâces attachées aux fonctions sacerdotales. Ici observons d'abord que ces fonctions, tendant toutes au salut des âmes, sont par cela seul la source des grâces les plus précieuses, puisque convertir une àme, c'est faire plus, dit saint Chrysostome, que si maître de l'univers on en distribuait la valeur aux pauvres : Plus tamen
cffeceris si unam converteris animam ; c'est être cher à Dieu comme la prunelle de ses yeux, est-il dit dans le prophète : Si separaveris pretiosvm a vili, quasi os meum eris ; c'est couvrir^aux regards de la justice divine, la multitude de ses péchés: Qui converti fecerit peccatorem ah errore viœsuœ. . . , operiet mùltitudinem peccatorum ; c'est mériter une des plus helles places du paradis : Qui ad justitiam erudiunt multos^ fuUjebunt quasi stellœ in perpétuas œternitates. Chaque œuvre de zèle monte devant le trône de Dieu, y fait entendre comme une voix qui demande miséricorde pour le prêtre : Ergone Jonathas morietur qui fecit sahitem hanc maqnam in Israël ? et Dieu reconnaissant le comble et l'enivre de grâce à proportion qu'il répand sur les peuples les bénédictions de son ministère : Anima quœ benedicit imping uabitur^ et qui inebriar^ ipse quoque inebriabitur . Puis, de ces fonctions même, exercées en esprit de foi, jaillissent des grâces nouvelles sur le prêtre pieux. Tout ce qu'il fait pour les autres tourne au bien de son âme et devient pour lui un aliment de piété, une leçon de ferveur. Aux fonts sacrés, les paroles et les cérémonies si vénérables du baptême retrempent sa foi, lui rappellent la grandeur du chrétien, son union à Jésus- Christ, ses immortelles espérances et ses engagements de mourir à tout ce qui n'est pas Dieu pour ne plus vivre que pour Dieu. A la table sainte, son cœur se déborde d'amour envers le Dieu prodigue de lui-même, et la divine hostie qu'il distribue est
dans ses mains comme un charbon ardent qui le consume et l'embrase. En chaire, il redit à son cœur toutes les saintes vérités du christianisme, et vn cherchant à pénétrer les autres il se pénètre luimême. Près de la couche du malade ou du moribond, il apprend par ses yeux le néant de toutes les choses humaines, la brièveté et Tincertitude de la vie, et la nécessité de se tenir toujours prêt.
Et que dirai- je des grâces du saint tribunal? Un prêtre me disait dans la première année de son sacerdoce : « Le confessionnal est pour moi un trésor de grâces et de biens spirituels. » Vousl'avouerai-je, chers confrères, je ne comprenais alors qu'imparfaitement cette parole ; mais depuis que l'expérience me Ta apprise, je la répète avec délices. Oui, le confessionnal est pour Tâme du prêtre qui le veut un trésor de grâces et de biens spirituels. Là, le prêtre se rappelle que dans cet auguste ministère tout surhumain il tient la place de Jésus-Christ, et qu'il en doit emprunter toutes les pensées et tous les sentiments, pour dire aux âmes ce que leur dirait ce divin Directeur et leur conseiller ce qu'il leur conseillerait. En conséquence, il se tient constamment et amoureusement uni à lui, et que de grâces, chers confrères, dans cette union divine ! Puis, quels que soient les pénitents^ il trouve toujours un profit à en tirer pour sa propre âme. Tantôt à la vue d'un fervent laïque prosterné àsespieds et meilleur que le prêtre, il entre dans une sainte
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confusion, s'encourage à une vie plus parfaite, et pour rendre meilleur encore ce pénitent déjà si bon, il lui dit tout ce que nos mystères ont de plus touchant, Jésus-Christ de plus aimable, et la vertu de plus parfait. Ces bonnes paroles, en passant par son cœur, réchauffent et l'embrasent ; c'est pour lui comme une oraison. C'est mieux encore, car dans Toraison il est parfois distrait, ici il ne pense qu'à ce qu'il dit ; dans l'oraison il est parfois bien tiède: icâsachant qu'on n'allume qu'avec du feu, il est le plus fervent qu'il peut. Tantôt à la vue d'un pécheur entraîné par sa faiblesse, ou rebelle à la grâce, ses entrailles s'émeuvent, son zèle l'enflamme, il prie le (âel, il conjure le coupable ; nouvel Ambroise. il le force à pleurer ses fautes en les pleurant le premier, et chaque aveu qu'il en obtient est pour lui, et une leçon de faiblesse humaine, et un sujet de bénir Dieu qui la préservé de la même chute, et un avertissement de se tenir sur ses gardes, de veiller et de prier. D'autres fois, c'est une âme en peine qu'il console, une âme découragée qu'il ramène, une àme tombée qu'il relève, et le bien qu'il fait aux autres lui est fait à lui-même : Benefacit animœ suœ virmisericors ; c'est un pénitent dont les accusations exactes l'instruisent sur son propre cœur et lui font découvrir des défauts qu'il n'y voyait pas ; c'est une âme convertie qui se jette entre ses bras comme l'enfant prodigue entre les bras de son père, et la ferveur du nouveau converti le rend fervent lui-même. Enfin en tous il observe, il recon-
naît l'action de la grâce qui travaille et change ces cœurs, la main de Dieu qui façonne son ouvrage et relie les pierres vivantes destinées à l'édifice éternel de la cité sainte ; et le moyen de vivre ainsi tous les jours au milieu des miracles, de suivre de l'œil et de toucher du doigt pour ain^i dire l'action de l'Esprit-Saint dans les âmes, et de ne pas prendre à cœur sa propre sanctification !
Je sais, chers confrères, que nonobstant toutes ces grâces le ministère ecclésiastique n'est pas sans péril. Oui, il y a des dangers au saint tribunal. Mais le bon prêtre les conjure en se tenant uni à Dieu par la prière, abimé dans l'humilité par la déhance de lui-même, et alors ces dangers se changent en sources de salut. Il y a des dangers dans les rapports obligés avec le monde ; mais, d'un côté, comme le bon prêtre ne s'y expose que par zèle, Dieu le préserve de la contagion, ainsi que les trois Hébreux dans la fournaise qui respecta jusqu'à la frange de leurs vêtements ; de l'autre, les désordres et les misères dont il voit le monde inondé lui en inspirent le dégoût, lui apprennent à le mé- }>riser autant qu'à aimer sa vocation ; et il devient meilleur par ces rapports-là même.
Vous le voyez donc, chers confrères : tout dans le ministère ecclésiastique tourne au bien du prêtre, s'il le veut ; chaque fonction lui est une leçon ; chaque ministère lui offre une grâce, et la sanctification des autres devient la sienne propre. Oh î qu'il fait donc bon être prêtre quand on veut vivre
en prêtre ! mais aussi qu'il est terrible do l'être quand dans un ministère si saint on veut encore vivre en homme : Nihilapud Dcum iniseriiu et tri.stius et damnabilms, sujet de la seconde partie.
SECOND POINT
Qu'il est désolant, chers confrères, de s'égarer en portant le flambeau qui montre la voie, de s'aveugler au milieu de la lumière, de périr en sauvant les autres !
Triste destinée du prêtre qui n'a pas Fesprit de son état ! Je vous la raconterai par un simple exposé des faits, sans y mêler un seul trait que mon œil n'ait vu ou mon oreille entendu. Ce prêtre commence d'abord par se rendre inutiles toutes les grâces du sacerdoce. Dieu^ par une bonté incomparable, l'avait séparé du monde, placé dans le sanctuaire comme dans une arche de salut ; et voilà que, cédant à la nature qui aime le monde, veut le voir par curiosité ou être vue par vanité, il se jette hors de cette arche sainte, se mêle dans le monde, fréquente les sociétés et les cercles, en partage la dissipation et les jeux ; et Ton voit, au grand scandale des fidèles, les pierres du sanctuaire dispersées dans les places publiques, les hommes de Dieu changés en hommes du siècle et les anges du Seigneur associés aux enfants de Satan. Dès lors, perdant toutes les grâces de préservation que lui offre son caractère, il se trouve en butte à
tous les périls du monde ; et ses maximes qu'il entend, ses exemples qu'il voit, ses séductions auxquelles il s'expose, tout le dissipe, l'amollit, le corrompt ; tout compromet son salut d'autant plus efficacement que les grâces de sanctification attachées à son état se trouvent par là même frappées de stérilité. Et que pourrait-il retirer de l'oraison, sinon l'ennui et le dégoût, lui dont l'âme habituellement dissipée, remplie des images des créatures et des pensées du siècle, est toute vide des choses de Dieu, en proie à ses éternelles évagations ? Que pourrait-il retirer du saint sacrifice, sinon une effrayante responsabilité, lui qui célèbre sans respect, consacre sans piété, communie sans amour, fait Faction de grâces sans reconnaissance, si encore il la fait, et ne pense plus de tout le jour au sacrifice du matin ? Que pourrait-il retirer du saint office, lui pour qui ce sublime ministère n'est que le jeu des lèvres qui se remuent et non point le cri d'un cœur touché, une récitation aussi précipitée que fastidieuse et non point une prière qui unisse à Dieu et sanctifie? Et si les exercices de piété qui sont pour d'autres un aliment de ferveur sont stériles pour lui, toutes les fonctions sacrées ne lui profitent pas davantage, parce qu'il les exerce sans esprit de foi et sans pénétrer le sens dont elles sont pleines^ avec froideur et indifférence, ennui et dégoût, plus par contrainte que par amour, comme un vil métier qu'il faut bien faire, plutôt que comme un
ministère honorable aussi sanctifiant pour le ministre qui le remplit que pour le fidèle qui en est l'objet. Toutes ses exhortations ne sont que pour les autres, il ne s'en aplique rien à lui-même ; ses frères se nourrissent du pain céleste qu'il leur rompt, et lui périt d'inanition ; ils boivent des eaux salutaires qui coulent de sa bouche comme d'une fontaine publique, et lui se meurt de soif sans en boire. « Ah ! lui crie saint Bernard, buvez donc avant les autres de l'eau de votre puits : Bihe aquam de cisterna tua^ et ensuite vous la ferez découler comme un ruisseau sur les places publiques : Deriventur fontes tui foris et inplateu aqiias divide ; enseignez-vous vous-même, vous qui enseignez les autres : Doee teipsiim, qui altos doces ; a te tua cogitatio inchoet. » Mais non : il fait de son salut une question à part, qui n'a rien de commun avec tout ce qu'il dit aux autres ; et ces discours, fruits de son imagination ou d'un travail tout humain plutôt que d'un cœur pénétré par Toraison, échauffé par l'amour, ne font pas dans son âme la moindre impression de grâce. Ainsi, chers confrères, là où le bon prêtre trouvait tant de sources de salut, celui-ci n'y trouve que stérilité ; ce qui était entre les mains de l'un un si puissant moyen de sanctification, est entre les mains de l'autre un instrument inutile et sans effet.
Encore s'il n'était qu'inutile I mais il ne tarde pas à lui devenir dangereux et mortel. Car chaque
communion, chaque sacrifice, chaque moyen de sahit est une grâce, et toute grâce qui ne rend pas meilleur rend plus coupable par le fait seul de l'abus. 0 Dieu, que deviendra donc celui qui, après avoir tant reçu, se présentera vide devant vous? Ah I il y a en cela seul de quoi faire frémir. El cependant, chers confrères,] e ne vous ai encore point montré le prêtre se perdant là où l'autre se sauve, trouvant la mort dans les sources de la vie, et buvant le poison qui assoupit, endort et tue là où le bon prêtre renouvelle tous les jours ses forces spirituelles ; je n'ai point encore exposé à vos regards les colonnes du sanctuaire tombées en ruine et ses pierres jetées dans la boue, le feu sacré perdu dans la fange, l'or pur obscurci et les prêtres qui devaient faire Tornement de l'Eglise devenus son déshonneur. Pénétrons donc plus avant et ayons le courage de le suivre de l'œil, ce prêtre qui. après s'être rendu inutiles les grâces de son sacerdoce, s'en va à la damnation éternelle.
Son premier pas vers l'abîme, c'est de ne plus attacher d'importance à son salut ; triste conséquence, chers confrères, des fonctions publiques même les plus saintes, quand elles ne sont pas exercées avec un esprit de vigilance, de recueillement et de prière I Dès lors elles entraînent une dissipation inévitable, un état habituel d'inattention sur sci qui fait qu'absorbés et distraits par la vie extérieure» nous ne vivons presque jamais avec nous-mêmes ; occupés autour de nous, nous ne songeons point
à nous, ou, si quelquefois la pensée de noire salul nous vient à l'esprit, nous la laissons promptemenl disparaître comme une pensée sans importance ; à force de parler du salut aux autres, l'âme s'y habitue, et n'y voit ])lus, si je puis ainsi dire, qu'une chose banale peu digne de sa sollicitude ; à force d'avoir les plus terribles vérités sur les lèvres, on se familiarise avec elles et elles finissent par ne plus être qu'une routine qui ne dit rien au cœur ; c'est-à-dire, ô chose désolante! que le prêtre s'ôte à lui-même ce qu'il donne aux autres, il s'appauvrit en les enrichissant, se refroidit en les échauffant, s'endurcit en les touchant ; et il ne lui faut souvent qu'avoir prêché un certain nombre de fois sur une vérité pour y devenir tout à fait insensible. De là son éternité sans intérêt à ses yeux au prix de toutes les choses extérieures, qui seules l'enivrent ; de là sa vie entière comme emportée dans un tourbillon d'affaires, de connaissances et de visites, de conversations, de jeux et de lectures frivoles qui ne laissent pas place dans ses pensées à cette grande question : « Où en suis- je de mon salut ? est-ce en vivant de la sorte que les saints se sont sauvés ? » De là le sang de Jésus-Christ bu tous les jours à l'autel sans réveiller une pensée de foi, un sentiment de piété, et devenu comme ce fleuve delaFableoùle prêtreboit chaque matin l'oubli de sa conscience et de son éternité. Oh ! malheur à qui vase briser contre cet écueil, mettre le pied dans cet abime ! L'Apôtre en frémissait d'épouvante : Ne
cum aliis prœdicaverhn ^ipse reprobus efficiar. » Au dernier jour, dit Jésus-Christ, plusieurs viendront me dire : N'avons-nous pas prophétisé en votre nom, chassé les démons, opéré des miracles : et je leur répondrai : Retirez- vous de moi, ouvriers d'iniquité, je ne vous connais pas ; vous avez pensé aux autres et vous vous êtes oubliés vous-mêmes.» L'importance du salut ainsi oubliée, le prêtre fait un second pas vers Tabime ; il laisse de côté les exercices de piété et l'étude, et ne connaît plus d'autres règles de conduite que ses goûts et ses caprices. En commençant le ministère, tous ses moments étaient sanctifiés par une règle de vie où la piété et l'étude avaient leur place marquée ; mais bientôt la lâcheté que l'assujettissement fatigue, l'amour des aises et de la liberté, l'exemple et quelquefois les railleries des prêtres relâchés l'ont fait changer de sentiment et de conduite : peu à peu il a tout abandonné, et^ pour se tranquilliser sur ces omissions, s'est fait une conscience nouvelle. « C'était là. se dit-il, une leçon de séminaire. » Et cela seul suffit pour être un titre à son dédain et à son mépris. La ferveur du séminaire est devenue dans sa langue un mot caustique et plaisant, tant il en est déchu ! et il croit avoir fait l'homme d'esprit quand, en voyant la régularité d'un jeune lévite, il a dit cette horrible parole qui fait frémir le ciel et tressaillir l'enfer : « Laissez-le faire, il deviendra comme nous. »Ah I Dieu l'en préserve ! chers confrères ; car voyez ce qu'est devenue la vie
du prêtre qui tient ce langage : une vie oisive et désorilonnée, mère de l'ignorance et de tous les vices, a pris la place de cette vie réglée et occupée qui l'instruisait et le sanctifiait tout à la fois ; bientôt promenant dans le monde son désœuvrement, il en a pris l'esprit, contracté la contagion ; il n'a plus de temps à donner à Dieu et à son salut, tout est pour la bagatelle^ et la partie même du bréviaire prescrite avant le sacrifice ne trouve plus d'autre place que celle de l'oraison, laquelle finit en peu de temps par disparaître tout à fait de sa journée. 0 Dieu ! alors tout est consommé ; l'omission habituelle de l'oraison, si on ne s'en corrige, c'est le sceau de la réprobation imprimé sur la vie du prêtre. Bientôt, à force de monter à l'autel, il a acquis l'afîreux courage d'offrir le divin sacrifice sans le faire ni précéder par la préparation, ni accompagner par Fattention de l'esprit, moins encore parla dévotion du cœur, ni suivre par l'action de grâce. Bientôt, à force d'administrer les sacrements, d'aller et venir dans le lieu saint, il est parvenu à se défaire de cette religieuse frayeur, de ce profond respect qu'on lui avait tant recommandé au séminaire, de cette réserve qui édifie, qui dit et fait tout avec décence ; et on le voit, au grand scandale des fidèles, précipiter les cérémonies auxquelles il ôtc toute leur majesté, aussi bien que les paroles sacrées qui ne sont plus dans sa bouche que des sons confus et inarticulés, balbutiés par une langue qu il semble accuser d'être encore
2r;0 RETRAITE PASTORALE. — SERMONS
trop tardive. Bientôt enfin tout son ministère n'est plus qu'une affaire d'habitude et de routine; et les mystères les plus adorables, les exercices les plus faits pour toucher la piété, ne trouvent plus en lui que la froideur du marbre et rinsensibilité de la pierre. Oh ! que les temps sont changés ! Autrefois, timide et tremblant devant les tabernacles ou dans la dispensation des sacrements, il avait la candeur et la modestie d'un ange ; une sainte frayeur faisait chanceler ses pas dans le sanctuaire et gémir son âme sous le poids des vêtements sacrés ; de ses yeux s'échappaient de douces larmes de tendresse, de confiance et d'amour, et ses mains, non encore accoutumées à toucher le pain des anges, semblaient partager Témotion de son cœur. Aujourd'hui il porte à l'autel et dans toutes ses fonctions unairlibre et familier qui annonceune âme dissipée et sans foi ; il traite les sacrements avec une irrévérence scandaleuse et une indécente audace. Autrefois, pénétré de l'excellence de son état et de la sainteté de son ministère, il veillait continuellement sur lui pour se conserver toujours pur, et la moindre faute, une tache, une imperfection le faisait trembler, l'humiliait et l'affligeait ; aujourd'hui^ vivant sans réflexion, libre dans ses regards, ses pensées et ses paroles, peu scrupuleux sur ses fréquentations et les liaisons d'un cœur qui s'amollit, il ne songe pas même à examiner le mal qu'il fait, et il monte à l'autel ou administre les sacrements, chargé de fautes inaperçues. Quelquefois la
conscience l'avertit comme malgré lui, et alors il hésite, il doute s'il doit passer par-dessus ce qu'il appelle si faussement un scrupule ; mais il faut aller, on l'attend, et le voilà qui va dispenser le sang de Jésus-Christ sans savoir si c'est avec les mains de Judas ou les mains d'un prêtre fidèle ; il continue ses fonctions avec cette conscience douteuse et embarrassée, il risque le sacrilège en tremblant d'abord, puis sans rien craindre, et bientôt il en a fait l'horrible apprentissage. Car qui sait fermer les yeux sur un doute raisonnable en pareille matière, saura bientôt fouler sous les pieds le sacrilège certain : l'un et l'autre se touchent de près ou plutôt se confondent. Et voilà ce qui m'explique comment des prêtres que l'idée du sacrilège effrayait d'abord, se sont ensuite si aisément familiarisés avec ce crime épouvantable et ont suie dépouiller de toute son horreur pour le mettre à leur usage, troisième pas vers la damnation.
Ici, chers confrères, je succombe sous le poids d'un sujet si lamentable ; je crains d'affliger par un si grand scandale les sentiments élevés que vous avez de la sainteté du prêtre. Mais il est bon, il est utile pour réveiller la vigilance de considérer dans la retraite que, quand le prêtre n'est pas un saint, il devient bientôt un grand coupable ; quand il n'est pas pur comme les anges, il devient bientôt horrible comme les démons. Il faut donc que votre foi sache bien que, lorsque le prêtre s'est encouragé au sacrilège par une première hardiesse contre Dieu,
de laquelle il ne lui est arrivé aucun mal, le remords s'en va de son cœur. Il continue en paix ses sacrilèges avec ses fonctions, remet à un temps indéfini le recours au saint tribunal, sans égard pour le saint concile de Trente qui fait de la confession immédiate une loi si sévère : Quam primum confiteri débet ; sans respect pour le sang de Jésus-Christ qu'il profane, sans souci pour son éternité qu'il compromet ; et lors même qu'il cède à la pensée de se confesser, tantôt il cache sa faute par mauvaise honte et ne fait qu'ajouter un sacrilège nouveau à ses sacrilèges anciens ; tantôt il s'accuse sans contrition sincère de ses fautes, sans aucun brisement de cœur sur ses profanations qu'il n'accuse peutêtre même pas ; et d'une manière comme d'une autre il continue ses sacrilèges convertis en habitudes ; et son âme roule tranquille de profanations en profanations : c'est l'aveuglement de l'esprit, c'est l'endurcissement du cœur ; d'où le retour au bien est aussi rare que difficile. Les laïques se convertissent encore ; les vérités de la religion les touchent, ou les remords de la conscience les ramènent : il n'a fallu qu'un Nathan pour convertir David, que les premières prédications de Jonas pour convertir les Ninivites, que la lecture de la vie de saint Antoine pour convertir deux courtisans de l'empereur, que quelques sentences de saint Paul pour fixer les délais d'un Augustin. Mais le prêtre qui s'est égaré tient en quelque sorte de l'inflexibilité des mauvais anges et ne revient près-
;li(3 jamais. Les miracles de Jésus-Clirist eussent oiîverti Tyr et Sidon ; ils n'ont fait qu'endurcir les prêtres de la synagogue. « Depuis, disait un prêtre d'une épouvantable franchise, que j'ai porté au calice des lèvres sacrilèges, je bois l'iniquité comme l'eau et je ne connais plus le remords. » Hélas non ! chers confrères, il ne le connaît plus, il est tranquille dans le crime, tranquille comme ie cadavre qui n'a plus ni principe de mouvement ni signe de vie. Et qui pourrait le retirer de cet état ile mort? Les exercices de piété ? mais il n'en fait plus. Les grâces dé Dieu? mais depuis si longtemps elles coulent inutilement sur son cœur: il s'est endurci contre elles ; et puis le Seigneur va toujours les diminuant en proportion des résistances. ()n dirait qu'il a déjà prononcé l'arrêt : In terra sanctorum iniqua gessit, etnon videbit gloriam Domini. Les avis et les exhortations ? mais le prêtre n'en reçoit plus : Non est qui doceat illiim; et, mieiix que le paralytique, il peut dire : Hominem n.u fiabeo. On n'ose pas lui parler, on craint de blesser son amour-propre par une remontrance, de ne gagner autre chose que sa haine en lui disant la vérité : Inimicus vobis factus sum^ venim dicens ; et quand môme on oserait, que pourrait-on lui dire qu'il ne sache déjà et n'ait dit mille fois aux autres? Les vérités qu'on prêche à un laïque peuvent le convertir, dit saint Chrysostome, parce qu'elles ont pour lui le frappant de la nouveauté : Quia quasi novum aliquid audiens expavescit ; mais elles ne
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peuvent rien sur les prêtres, elles sont pour eux un moyen usé auquel leur âme n'est plus sensible : Clerici,si mal'i fuecïnt .inemendahiles sunt. 0 Dieu ! que l'expression est dure ! Heureusement qu'elle n'a pas été dite pour un temps de retraite ! Mais hors de là elle n'est que trop vraie, et écoutez-en la raison : Omnia enim quœ sunt in scripturis anUoculos inveterata, vilia œstimantw\ et quidqiiid terribile est, usu vilescit. Xi la honte d'une vie si peu conforme à leur état ne les confond, ni l'horreur de la mort dans le péché ne les intimide, ni la sévérité des jugements de Dieu ne les embarrasse, ni les menaces de lenfer ne les inquiètent. Quidqidd terribile est, usu vilescit. De là ce train de vie éternellement le même, de là cette rareté des conversions des prêtres : on dirait qu'ils sont confirmés dans l'impénitence.
Chers confrères, je vous ai montré les deux voies où marchent tous les prêtres ; j'ai placé en quelque sorte sur chacune d'elles les signaux auxquels vous les reconnaîtrez : dans l'une marche le bon prêtre, se préservant de tous les dangers du monde, fidèle à ses exercices qu'il accomplit avec ferveur et à son règlement qu'il exécute avec amour, faisant servir à son propre salut les fonctions même par lesquelles il travaille au salut de ses frères ; dansl'autre, marche le prêtre qui se damne, ne tirant aucun fruit de toutes les grâces de sa position, n'attachant point d'importance à son salut et aux moyens de l'opérer, vivant sans règle, négligeant
1NFLUE>CE Dl' SACERDOCE SUR LE SALUT 25u
l'étude et ses exercices, se façonnant par la routine à monter à l'autel avec une conscience douteuse pour y monter ensuite avec une conscience ouvertement sacrilège, et enfin s'endormant dans cet épouvantable état pour ne plus se réveiller qu'au fond des enfers.
J'aime à croire, chers confrères, que vous marchez tous dans la voie du saint prêtre et que les caractères que j'en ai tracés ne sont que votre histoire. Si cependant, dans l'examen que nous allons faire de notre conscience, quelques-uns des caractères du prêtre qui se damne apparaissaient à nos regards, si déjà nous avions fait quelques pas dans cette voie de mort, ah ! sortons-en promptement, la chose presse, il y a péril dans le retard, et rentrons dans la voie du saint prêtre, la seule qui mène au ciel.
A77îe7î.
SERMON
SUR
Sclto et vide quia malum et amarum est reliquisse te Dominum Deum tuum. (Jerem., ii, 19.;
Messieurs,
Comme le salut est la seule chose que l'homme ait à fah^e en ce monde, le péché, qui est le seul obstacle au salut, est aussi la seule chose que l'homme ait à craindre : Una res est pertimescenda, pe ce ai um y àis'àii saint Chrysostome; et tout vrai chrétien doit faire dire de lui comme ce grand évèque : cet homme ne craint que le péché : Hic homo nil nisi peccatum timet. Oh î que je voudrais, messieurs, faire entrer ces sentiments dans vos âmes 1 Mais comment m'y prendrai-je pour vous faire sentir l'énormité du péché : c'est quelque chose de si épouvantable, que la raison s'abîme et se perd dans ce mystère d'horreur. Le prophète, qui seul a pu égaler les lamentations aux calamités, est embarrassé lui-même pour peindre un mal si afïreux ; tantôt il s'écrie : «0 peuple d'Israël^ considère, médite, approfondis quel malheur c'est d'avoir abandonné le Seigneur : Scitoet vide...;y> tantôt, à la seule pensée du péché, tout hors de
lui-même, il appelle toutes les créatures à partager son étonnement : « 0 cieux, soyez dans la stupeur, portes du ciel, soyez inconsolables : Ohstiipe^cite, cœli^ super Jioc^et^portdoejus^ desolamini vehe- 7nenter. »En d'autres endroits, il répète les mômes images, puis il emploie de nouvelles figures, toujours il revient sur Fénormité du péché : on voit qu'il craint de n'être pas compris. 0 trop justes alarmes ! qui pourra comprendre tant d'horreur ? Essayons toutefois, messieurs, de méditer ensemble, autant que nous le pourrons, combien le péché est horrible : 1° par les caractères de noirceur qu'il renferme en lui-même ; 2° par la haine que Dieu lui porte; 3° enfmpar les maux épouvantables qu'il attire sur le pécheur. Tel sera le sujet et le partage de cet entretien, où, quoique nous parlions plus spécialement du péché mortel, vous verrez cependant que la plupart de ces traits conviennent aussi au péché véniel et, par conséquent, combien il est horrible lui-même.
PREMIER POINT
Je distingue, messieurs, dans le péché, trois caractères de noirceur faits pour provoquer l'horreur de toute âme honnête : c'est un mépris de Dieu, c'est la violation de ses droits les plus sacrés, c'est un attentat de lèse-majesté divine.
Et d'abord, c'est un mépras de Dieu. Dieu dit à l'homme :« Faites ceci, je vous l'ordonne; ne faites pas cela, je vous le défends. »Etrhomme,àquison
Dieu parle ainsi, n'en tient aucun compte ; il omet ce que Dieu lui ordonne, il fait ce que Dieu lui défend. Voilà le péché, messieurs, même le péché véniel. Or dans une pareille conduite quel mépris de Dieu I ]N''y eût-il point d'ordre formel, mais un simple désir, je trouverais déjà une irrévérence choquante à ne pas plier sous l'autorité des désirs d'un Dieu, et à dire par le langage de sa conduite : « Tant que vous ne m'ordonnerez pas la verge à la main, je n'en ferai rien ; il ne me suffit point de savoir que la chose vous plait.» Et tel est, messieurs, pour le remarquer en passant, le désordre de l'imperfection volontaire. Mais que ce grand Dieu commande et que l'homme lui résiste, que Dieu dise : « Je le veux, moi le maître du monde, le roi des ci eux. à qui seul appartient la puissance, la majesté, l'empire, je le veux, et si vous n'obéissez, je vous mettrai dans le feu. » Qu'il le dise, et que l'homme détourne l'oreille^ n'est-ce pas là, messieurs, un mépris horrible ? Quand un roi parle, tout tremble sous son commandement, et ses moindres désirs sont des ordres ; nous-mêmes, qui ne sommes rien, nous voulons qu'on nous obéisse, et nous nous indignons contre ceux qui s'opposent à nos volontés, surtout si ce sont des inférieurs, des gens de néant, des esclaves. Et notre grand Dieu commande, et nous lui désobéissons ; il lève son bras menaçant, et nous résistons ; tout dans l'univers plie sous ses volontés adorables ; le ciel, la terre, l'enfer même, tout tremble et frémit devant
LE PKCHE 2o9
ses moindres ordres ; et nous seuls dans la nature nous refusons de courber la tète, nous foulons ses lois sous nos pieds î et qu'est donc l'homme pour résister à un si grand maître ? Quid est homo ? Une vile créature, une poignée de poussière, la faiblesse, la petitesse môme, un ver de terre que Dieu pourrait à chaque instant anéantir d'un regard et qu'il tient par miséricorde suspendu entre le néant et Tenfer. Voilà celui qui du fond de sa misère ose secouer le joug de la dépendance et désobéira celui à qui tout obéit; la faiblesse résiste à la toute-puissance, le néant à l'infinie majesté ! Ah ! il faudrait comprendreTexcellence desperfections divines pour (•omprendre l'horreur de l'outrage. Et cependant, messieurs, ce n'est encore là que le péché véniel. Mais, tout véniel qu'il est, c'est l'offense d'un Dieu. Donc il renferme une malice dont la profondeur ne peut être connue que de Dieu seul, puisque la gravité d'une injure s'accroît en proportion de la prééminence de la personne offensée sur celle qui offense, et que Dieu seul connaît toute la distance entre lui et nous, entre le Créateur et la créature, le fini et l'infini. C'est l'offense d'un Dieu; donc l'anéantissement de tous les hommes et de tous les anges serait incomparablement un moindre mal qu'un seul péché véniel, puisque l'un ne ferait que le mal de la créature et que l'autre est le mal du Créateur. C'est une offense de Dieu. Donc un seul péché véniel ôte à Dieu plus de gloire que ne peuvent lui en procurer pendant l'éternité entière
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tous les hommes et tous les anges réunis ensemble, puisque ce ne serait jamais là que quelque chose de très borné, le prix des hommage^ décroissant en proportion de la grandeur de celui qui les reçoit et de l'infériorité de celui qui les rend, tandis que le péché véniel renferme quelque chose d'infini dans sa malice, en tant qu'il est roffense d'une majesté infinie par une créature d'une infinie bassesse. C'est une offense de Dieu. Dmc, faites-y attention, messieurs, cette conséquence est une suite de la précédente ; donc le péché véniel est quelque chose de si affreux, que tou< l'univers, tous les efforts de tous les anges et de toutes hommes eussent été impuissants pour en expier un seul : il fallait pour cela le mystère de Flncarnation tout entier.
Messieurs, y pensons-nous, quand nous le commettgns si facilement ? Pensons-nous surtout que ce péché, que tous les tourments des martyrs et toutes les pénitences des anachorètes ne sauraient expier, nous le commettons en présence même de Dieu et sous ses propres regards; nous lui désobéissons en face, ce qui est un nouveau degré de mépris. Que dirait-on, en effet, d'un serviteur qui, sous les yeux mêmes de son maître^ violerait ses ordres, contredirait ses volontés ? ?s 'appellerait-on pas une pareille conduite l'excès de l'impudence et du mépris? Et voilà cependant, messieurs, ce que nous faisons tous quand nous péchons. Nous savons que Dieu tient sans cesse la majesté de ses
regards fixée sur nous, qu'il voit non seulement nos actions extérieures, mais jusqu'à nos plus secrètes pensées, jusqu'aux moindres mouvements de notre cœur ; nous le savons ; et nous qui ne voudrions pas pécher sous les yeux d'un valet, nous péchons sous les yeux de Dieu, nous le respectons moins que tout ce qu'il y a de plus vil parmi nos semblables ; et cela non pas une seule fois, mais des millions de fois, tous les jours et presque à toute heure. 0 patience de mon Dieu !
Et cependant, messieurs, ce n'est encore laque le péché véniel. Que dirons nous donc du péché mortel? Ah ! ici les expressions manquent, la raison est à bout l'iniquité a aussi ses mystères. Au moins, dans le péché véniel, l'homme ne renonçait pas entièrement à l'amitié de son Dieu et ne changeait pas ses droits au ciel avec l'enfer ; mais ici l'homme voit qu'il va rompre tout à fait avec son Dieu, encourir sa haine, se mettre en butte à sa grande colère, et il n'en tient aucun compte, et le regard de son Dieu enfureur n'a rien qui l'effraie ; s'il savait en péchant déplaire autant au monde qu'à Dieu, nuire à son honn eur, à sa fortune, à ses plaisirs autant qu'à son innocence, il se garderait d'en rien faire ; mais en péchant il n'offense que Dieu, il ne perd que l'amour et l'estime de Dieu; cette considération ne l'arrête pas. 0 mépris épouvantable de Dieu ! il voit qu'il ne s'agit plus de vengeances temporelles, de peines qui passent; mais que le grand Dieu, qui vit dans les siècles des siècles, prenant en main son tonnerre^,
ouvrant son éternité, développe contre lui toute la puissance de ses vengeances, toute la longueur de son bras, et il n'en tient aucun compte, et il se satisfait en dépit des menaces de son Dieu, et il pousse à bout la puissance divine en foulant sous les pieds la barrière la plus puissante qu'elle ait à opposer au péché. En vérité, messieurs, est-ce trop de l'enfer pour ce mépris ? Il voit que son Dieu ne lui demande que des choses infiniment jusles et infiniment saintes que sa conscience lui dicte, ([ue sa raison approuve, d'où dépend sa perfection, sa félicité et le bon ordre de sa vie ; et il n'en tient aucun compte, etilméprise l'ordre de Dieu en dépit de sa raison, en dépit de sa consience. Il voit qu'agir ainsi, c'est mettre en balance avec Dieu. . . eh quoi donc? Quis ut Deus ? une délectation passagère, une bagatelle, un rien, un plaisir misérable de boue et d'ordure qui n'entre dans l'àme que pour y porter le malheur avec le remords, une vile passion, un désir de se satisfaire ou de plaire à quelqu'autre. Et puis à la vue de ces deux objets que son esprit balance, comme s'il y avait quelque égalité, lequel sacrifierai-je, lequel épargnerai-je ? Barabbam an Jesum ? Et la passion, l' amour-propre, le désir de se satisfaire l'emporte, et Dieu est sacrifié et la boue a le dessus sur Dieu : Non hunc^ sed Barabbam. Il voit enfin qu'en agissant ainsi, il se sépare^ s'éloigne de Dieu, la source de tous les biens; qu'il se donne au démon et se plonge avec lui dans l'abîme de tous les maux. Mais n'importe ! il ne veut point de Dieu
LE PÉCHÉ 2li:î
ni de tous ses biens, il lui préfère le démon et tous ses maux. Oh ! quel crime et que le Seigneur l'accable justement de ses anathèmes ! Vœ eis quoniam recesserunt a me.
Mais voici, messieurs, qui est plus grave encore. Non seulement le péché est un mépris horrible di; Dieu, c'est encore une violation sacrilège des droits les plus saints et les plus inviolables. Qu'y a-t-il, en effet, de plus saint et déplus inviolable que la foi des traités, que les droits de l'autorité légitime, que les liens sacrés de l'amitié et de la reconnaissance ? Or le péché, et même le péché véniel^ viole tous ces droits, rompt ou du moins relâche tous ces liens. Sur les fonts du baptême, nous avons fait avec Dieu un traité solennel, un contrat sacré par lequel nous nous sommes engagés, en face du ciel et de la terre, à être tout à lui, à renoncer à ijousmêmes, au monde et au démon pour ne plus vivre que pour lui. Cet engagement, nous l'avons renouvelé à notre première communion, à la tonsure, au sous-diaconat, mille fois dans la réception des sacrements et dans les épanchements de notre cœur devant les tabernacles. Et, après des engagements si formels et si répétés, nous avons poussé la trahison et le parjure jusqu'à quitter Dieu pour le démon, le Créateur pour la créature : c'est ce que nous avons fait chaque fois que nous avons péché. 0 foi des traités, où êtes-vous ? ô serments violés î o chrétien déloyal î ô traître et parjure !
Encore si ce n'était qu'à l'égard d'un esclave h
qui nous ne devons rien ; mais, ô horreur du péché ! c'est envers celui qui, indépendamment de nos serments, a sur nous tous les droits de l'autorité la plus légitime. Il est notre Créateur, il est notre Père, il est notre Roi. Comme notre Créateur, tout notre être est à lui et toutes les actions lui en appartiennent du même droit que les fruits d'un champ appartiennent à son propriétaire ; comme notre Père, il a droit à toute la tendreese, la docilité et ralfection de la piété filiale, et son droit est d'autant mieux fondé que c'est à lui une bonté toute gratuite, une charité infinie de nous prendre pour ses enfants : Videte qualcm charitatem dédit iiobis Pater ut filii Dei uominemur et simii^; de se faire appeler notre Père : Pater noster qui es in cœlis; et de réclamer ce titre avec instance, la preuve en main : Xu/nguid non ipse est pater tinis, gui possedit te,et fecit etcreavit te ? Comme notre Roi, il a droit de nous imposer ses lois, d'exiger de nous la soumission et Tobéissance. Orque faisonsnous^ messieurs, par le péché ? Nous employons l'êfre même que nous tenons de notre Créateur, que nous ne conservons que par lui, à l'outrager, et nous nous faisons de ses bienfaits même des armes pour l'offenser, usant de l'esprit qu'il nous a donné pour penser le mal, du cœur pour le désirer, de la langue pour le dire, des mains pour le faire, de la lumière qui devait éclairer nos bonnes œu'STes pour éclairer nos crimes; en sorte qu'il semble n'avoir tout créé que pour servir au
péché, comme il s'en plaint amèrement par son prophète : Servire me fecisti in peccath tim. Que faisons-nous par le péché ? Enfants dénaturés, enfants ingrats, nous répondons aux soins et à la tendresse du plus aimant des pères par des mépris et des outrages. Nous devrions être attentifs à ses moindres désirs, et nous résistons même à ses ordres ; ce bon père a la douleur de voir ses enfants mettre le désordre dans sa maison, ses enfants qu'il aime si tendrement, à qui il a tout donné , se révolter contre lui, mépriser ses avis et ses volontés, ot violer toutes les lois de la piété filiale jusqu'à le forcer de redire la plainte du prophète : Filios enutriviet exaltavi, ipsi aiUem spreverimt me. Cognovit hos possessoreni suum et asinùs prœsepe domini sui; Israël aiïtem me non cognovit etpopidus meus non intellexit. Que faisons-nous, messieurs, parle péché? Nous nous mettons en désobéissance ouverte à notre Roi légitime, en pleine révolte contre son trône : Nolwnus hune regnare super nos. Ni l'éclat de sa majesté ne nous arrête, ni la douceur de son sceptre ne nous attire, ni Fautorité de ses lois ne nous retient.
Et de la part de ses prêtres, combien cette infidélité doit être plus sensible au cœur de Dieu ! Ecoutez aussi comme il en parle dans le psaume : Si inimicns meus maledixisset miki, sustinuissem utique,..\ tu vero homo imanimis^ duxmeus et notus meus^ qui simul mecum didces capiebas cibos, in domo Dei ambidavimus cum consensu. Yoilàbien le
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prêtre : le familier, le confident, l'intime ami de Dieu.
Encore si cette amitié divine n'était que comme celle des hommes, qui est le plus souvent stérile, elle serait déjà si honorable que ne pas la cultiver serait un crime. xMais ce qui nous rend coupables à l'excès, c'est que cette amitié de Dieu a ét!3 féconde pour nous en toutes sortes de biens. Nous n'aAons rien qui ne nous vienne de sa tendresse : le ciel et la terre nous sont des présents de sa main ; notre création, notre conservation, l'incarnation, la rédemption, l'eucharistie, tous les sacrements, toutes les grâces que nous recevons à chaque moment sont autant de faveurs dont chacune demanderait un cœur entier pour les reconnaître dignement ; et au lieu de ces hauts sentiments de gratitude, dont nous devrions être tout pénétrés, que faisons-nous, pécheurs que nous sommes ?Non seulement nous ne remercions pas notre bienfaiteur, nous ne l'aimons pas, mais nous l'offensons, nous Toutrageons. Baignés de son sang répandupour nous, nous nous armons contre lui ; chargés de ses bienfaits, nousle crucifions. 0 noirceur! ô ingratitude I « -Mon peuple, s'écrie le Seigneur, que vous ai-je donc fait et en quoi avez- vous à vous plaindre de moi ? Popule 7neus^ qiddfeci tihi aiit quid inolestus jui tibi ? Sont-ce mes bienfaits qui attirent vos outrages ? Mu/ta bona opéra ostendi vobis.. .; propter quod eorum opus me lapidatis ? Est-ce parce que je vous ai créés, parce que je suis mort pour vous,
parce que je vous ai régénérés enfants de Dieu, que vous me crucifiez? Propter qiiod eorinn opus yne lapidatis ? Voyez l'étable où je pris naissance, la terre que j'arrosai de mes sueurs et de mes larmes, ma pauvreté, mes humiliations, mes douleurs, ma croix, mon sang : Propter quod eorum opus me /«^;^Va^2.^ ?» Trop justes reproches, messieurs ! Nous rougirions d'être ingrats envers un homme notre bienfaiteur, et nous ne rou^^issons pas d'être ingrats jusqu'à l'excès de l'outrage envers un Dieu qui a fait pour nous e1 le ciel et la terre, qui nous a tout donné jusqu'à lui-même ! Ah ! cette affreuse ingratitude nous ravale au-dessous du démon, car le démon outrage un Dieu qui, loin de le rechercher, l'abandonne, et nous un Dieu qui, non content de nous rechercher, s'immole pour nous. Le démon s'endurcit sous les coups de la vengeance et nous sous les traits de l'amour ; le démon ne persiste dans le mal que parce que Dieu le réprouve, et nous, nous y persistons,lors même que Dieu veut nous sauver et nous rappelle par autant de bouches que nous lui avons fait de plaies, et répand sur nous autant de grâces que nous lui avons porté de coups mortels.
Voilà ce qu'est le péché. Avons-nous, cependant, énuméré tous ses odieux caractères ? Non ; il en reste un, le plus affreux de tous. Le péché est encore un attentat de lèse-majesté divine; il s'en prend à Dieu lui-même, à Dieu dans son être suprême et ses adorables perfections,à Dieu dans la
personne de Jésus-Christ son Fils bien-aimé. Je ne sais, messieurs, si jamais vous y avez fait attention. Mais, en considérant à fond le cœur du pécheur, vous verrez que les désirs ne tendent à rien moins, ô chose horrible à dire ! qu'à l'anéantissement de Dieu même. Sondons en effet, messieurs, tous les mouvements de notre âme et rendons-nous-en compte à nous-mêmes. Quand nous péchons, n'y a-t-il point en nous quelque chose qui voudrait que Dieu ne détestât pas notre péché, ne gênât en rien notre vanité, notre impureté, notre orgueil, afin de pouvoir nous y livrer à l'aise? N'y a-t-il point en nous quelque chose qui voudrait bien que Dieu ne connût pas notre péché, et qu'il fût en notre pouvoir de le dérober à la sévérité de ses regards ; que Dieu ne pût pas punir si rigoureusement noire péché et qu'il y eût un moyen de décliner sa vengeance ? Or, messieurs, avez-vous jamais pesé tout ce qu'ont d'épouvantable ces vœux secrets, cachés dans les replis du cœur du pécheur, sans qu'il s'en rende compte à lui-même ? Désirer que Dieu ne déteste pas, ou ne connaisse pas, ou ne puisse pas punir si sévèrement notre péché, n'est-ce pas désirer que Dieu ne soit ni infiniment saint, ni infiniment intelligent, ni infiniment puissant? Or, désirer que Dieu soit privé de sa sainteté, de sa science, de sa puissance, n'est-ce pas désirer son anéantissement même, puisqu'il répugne que Dieu puisse exister sans sa sainteté, sans sa science et sa puissance infinies ? 0 mon
Dieu, que le péché est donc épouvantable ! Et voilà sans doute en quel sens la psalmiste a dit que le pécheur a nié dans son cœur l'existence de Dieu : Dixit insipieiu in corde siio: Non est Deiis. Mais ce n'est pas tout, messieurs, le pécheur s'en prend encore à Jésus-Christ pour renouveler les tourments de la passion du Sauveur et le crucifier de nouveau : Rursiim cnicifige7ites sibbnetipsis Filhun Dei. Pour entendre ce mystère d'horreur, il suffit de vous rappeler quelle fut la cause de la mort de Jésus-Christ. Ce ne fut pas certes la rage de ses bourreaux ni la rigueur des supplices ; il est mortpar volonté et non point par force : Oblatus est quia ipse voluit. Et ce qui a déterminé sa volonté à tant de douleurs et d'ignominies, ce sont nos péchés dont il avait résolu de prendre sur lui la peine, nos péchés pour lesquels le Père éternel Tavait établi victime: Eiim quinonnoverat peccatum,pro nobis peccatian fecit. N'y en eùt-il eu qu'un seul à expier, ce seul péché l'eût réduit aux angoisses du jardin des Olives et à la mort du Calvaire. Donc, messieurs, chaque fois que nous péchons mortellement, nous posons la cause entière et parfaite de la mort d'un Dieu, nous faisons tout ce qu'il faut pour immoler un Dieu; ce n'est pas notre faute s'il ne tombe pas sous nos coups. Et si Jésus-Christ vivait sur la terre encore passible et mortel, notre péché le ferait encore souffrir et mourir : Rursuni crucifigentes, etc. Et il y a plus, messieurs: par chacun de nos péchés nous l'avons
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fait réellement et souffrir et mourir. Du jardin des Olives ou du haut de la croix, il embrassait d'un seul coup d'œil tous les péchés que nous devions commettre ; et à chaque péché qu'il aperçoit, déchirement de plus pour son âme, douleur de plus pour son corps, glaive nouveau ajouté à cent millions de glaives qui lui perçaient le cœur, nouvel instrument de mort dont il est frappé et qui leût accablé tout seul quand il n'y en aurait pas eu cent millions d'autres. Pour chaque genre de péchés qu'il découvre à la lueur de sa science infinie, il lui faut donc encore endurer de nouveaux tourments, de nouvelles ignominies. Et c'est ainsi, messieurs, que, quoique dix-neuf siècles avant notre naissance, notre orgueil par la main des soldats couronnait sa tète d'épines, notre mollesse par les bras des bourreaux déchirait tous ses membres, clouait à la croix et ses pieds et ses mains, et nos coupables attaches lui blessaient son cœur : Riirswii cruciflrj entes ^ etc. 0 mon Dieu, encore une fois que le péché est donc épouvantable ! Quoi! chaque fois que j'ai péché.j 'ai été le meurtrier d'un Dieu, un vrai déicide, et chacune de ses plaies est mon ouvrage ! Ah ! je me fais horreur à moimême. Au moins, ceux qui ont crucifié Jésus-Christ sur le (Calvaire ignoraient qu'il mourait pour eux^ qu'il était leur Messie, leur Dieu, et jamais ils ne l'eussent crucifié s'ils l'eussent connu pour le roi de gloire ; et moi. je sais qu'il est mort pour moi, qu'il est mon Dieu, et je le crucifie de
nouveau, je redresse sa croix au fond de mon cœur et j'en renouvelle toute Fignominie. Au moins ils ne l'ont crucifié qu'une fois, et moi combien de fois ? Hélas ! tout le temps que j'étais dans l'habitude du péché, je lui tenais continuellement le poignard dans le sein et je perpétuais le déicide. Au moins, quand ils le crucifiaient, mon Sauveur mourait avec joie, parce que sa mort nous sauvait; et moi quand je le crucifie par le péché, c'est une mort qui de toutes parts n'a rien que d'affreux pour lui, pas un côté consolant, parce qu'elle ne sert qu'à ma perte^ il n'est immolé qu'à ma réprobation. 0 déicide mille fois pire que le premier ! ô attentat de lèse-majesté divine I L'avions-nous jamais compris, messieurs ? Oh ! que Dieu a donc raison de haïr et d'abhorrer le péché î Mais voyons jusqu'à quel point il le hait et l'abhorre : sujet de la deuxième réflexion que nous allons parcourir brièvement.
DEUXIEME POINT
Pour VOUS faire comprendre, messieurs, la haine de Dieu contre le péché, je ne m'arrêterai point à vous répéter tous les anathèmesdontilFaccable dans les saintes Lettres. Sans considérer ce que Dieu a dit, il suffit de voir ce qu^il a fait; sa conduite dit assez hautement ce qu'il en pense.
Le péché, messieurs, ne fût-il que véniel, provoque tellement la haine de Dieu que dans l'autre vie il lui réserve des feux et des tourments qui, à l'éter-
nité près, sont une espèce d'enfer, et que, dès cette vie, il Ta souvent puni par d'épouvantables châtiments consignés dans FAncien Testament. La femme de Loth se permet une curiosité inconsidérée, une mort subite la saisit ; un homme est surpris ramassant un peu de bois au jour du sabbat, qu'il soit lapidé et qu'il meure, dit le Seigneur; Moïse conçoit une légère défiance de Dieu, il n'entrera point dans la terre promise qu'il avait mérité de voir par quarante années de services; un prophète par complaisance reste un peu plus qu'il ne fallait là où on l'avait envoyé, un lion sort de la foret et l'égorgé; David, par unesecrète vanité, fait faire le dénombrement de son peuple, soixante-dix mille de ses sujets sont frappés de la peste. Omon Dieu, qu'est-ce donc que lepéché véniel devantvotre sainteté infmie, et si le péché véniel, messieurs, déplaît tant à Dieu, qui pourrait dire jusqu'où va sa fureur contre le péché mortel? Vous parlerai-je ici de cette éternité épouvantable de supplices, de ces étangs de feu, de ces démons acharnés, des pleurs et des sanglots, des grincements de dents, des cris de rage et de désespoir? Vous dirai-je pour qui tant de tourments? C'est pour les enfants de Dieu, pour des créatures qu'il chérissait jusqu'à leur donner tout son sang. Et comment donc son cœur s'est-il changé? Ils ont commis un seul péché mortel; et ce péché a soulevé toute sa colère, converti son amour en une implacable fureur; ce seul péché fera peser sur eux pendant l'éternité entière tout le poids de ses ven-
geances. Voilà, messieurs, comme Dieu hait le péché; mais. pour ne pas nous étendre outre mesure, considérons seulement les horribles peines dont Dieu a puni le péché en cette vie.
Les anges dans le ciel se rendent coupables d'une seule pensée d'orgueil, et à l'instant même pour ce seul péché ils sont précipités à jamais au fond des abîmes. Ici, messieurs, attention à toutes les circonstances. Chacune d'elles nous fait sentir la haine épouvantable de Dieu contre le péché. « Ces anges sont le chef-d'œuvre de la création, ce sontdespurs esprits brillants d'une admirable beauté, revêtus des plus magnifiques perfections; l'intérêt de la gloire de Dieu semble demander leur grâce. Mais n'importe! ma sainteté ne peut souffrir rien de souillé , qu'ils tombent au fond de l'abîme. S'ils restent dans le ciel, ils rendront à Dieu des louanges ineffables pendant Téternité ; s'il sont précipités dans les enfers, ils vomiront à jamais des blasphèmes contre lui, et feront commettre jusqu'à la fmdu monde des millions de crimes aux hommes sur la terre. Mais n'importe, toute considération doit disparaître devant la haine dont je poursuis le péché; qu'ils tombent au fond de l'abîme. Ils n'ont commis qu'un seul péché, c'est leur première faute et encore ce n'est qu'un péché de pensée; ils n'en sont pas venus aux actes. Mais n'importe, ma sainteté ne peut souffrir rien que de parfaitement pur ; qu'ils tombent au fond de Tabîme. » 0 sainteté de mon Dieu, que vous être sévère! que votre haine contre
le péché est impitoyable! Ah! que deviendrai-je donc? Si pour une seule pensée inefficace, vous punissez avec tant de rigueur les officiers de votre cour, quelle sévérité n'exercerez-vous pas contre le dernier de vos serviteurs coupable de mille trahisons, qui a péché non seulement une fois et par pensée, mais des millions de fois et par tous ses sens, et par tous les membres de son corps, et par toutes les puissances de son âme, et contre la phipart de vos commandements et ceux de votre sainte Église : Si sic actuin est cum Angelo^qiiid de me fiel terra etcinere? Les anges ainsi précipités des cieux. Dieu, pour remplir les trônes qu'ils avaient laissés vacants, créa l'homme pour être heureux et immortel ici-bas et passer de là dans la gloire. Cet homme fait un péché, et lequel, messieurs? une légère intempérance, il mange un fruit; et pour ce péché, pour ce seul péché, Dieu, entrant dans sa grande colère, frappe un coup qui retentit à la fois dans tous les siècles, qui atteint à la fois toutes les générations. Pas un seul des descendants de ce père coupable n'échappera. 0 bras du Seigneur, quel coup vous venez de frapper ! Qui pourrait en mesurer toute la force et toute la pesanteur? Non seulement Adam est dépouillé de la justice originelle, la grâce sanctifiante et les dons du Saint-Esprit lui sont ôtés, tous les brillants privilèges dont il était revêtu lui sont enlevés, chassé honteusement du paradis, condamné à toutes sortes de maux et à la mort ; mais encore toute sa postérité est enveloppée
dans son châtiment. Pour ce seul péché, la terre ne donnera que des ronces là où les sueurs de l'homme ne l'auront pas fécondée ; l'ignorance, la concupiscence, le désordre de Timagination et des sens, les misères de la vie, les maladies et la mort affligeront tous les enfants de ce père coupable, les meurtres et les incendies, la famine, la guerre et la peste, les ruines et les tempêtes désoleront la face du globe. Pour ce seul péché tous les hommes naîtront enfants de colère, ennemis de Dieu, esclaves des démons, incapables du paradis, enclins au mal. Pour ce seul péché, ah ! voilà qui surpasse toute pensée, un nombre presque infini d'enfants parmi les chrétiens , plus encore parmi les infidèles, serontprivés à jamais delà vue de Dieu, damnés pour l'éternité. Et pourquoi parler ici des enfants! Pour ce seulpéché, tous les hommes, sans en excepter un, devaient périr, tout l'univers devait être damné^et ce n'est que par une bonté toute gratuite que la miséricorde de Dieu a offert, du haut de la croix, un moyen de salut au genre humain qui allait périr. Oh! messieurs^ qu'estce donc que le péché ? quel monstre épouvantable ! Un seul péché de désobéissance amène tant de fléaux et mérite que tous les hommes de soixante siècles soient damnés !
Toutefois, messieurs, il est un autre théâtre où Dieu nous montre d'une manière plus frappante encore toute l'étendue de sa haine contre le péché : c'est le Calvaire. Transportez-vous en esprit, messieurs, au pied de la croix, contemplez celui
qui y est attaché, comptez toutes ses plaies, parcourez toutes ses douleurs, voyez toutes ses ignominies. Qu'a donc fait ce patient d'un genre nouveau? C'est le plus innocent de tous les hommes, c'est l'innocence même; il n'a fait que de saintes œuvres; qu'est-ildonc? C'est le Fils unique de Dieu. Dieu aussi bien que son Père, celui que le Père aime par-dessus tout. Mais pourquoi donc le faire souffrir et mourir ainsi? Il s'est donné caution pour le péché ; il s'est chargé de nos crimes, et s'en est établi la victime : voilà toute la raison de son supplice. 0 horreur étrange de Dieu pour le péché ! Quoi ! parce que Jésus en a pris sur lui l'extérieur et la ressemblance, le Père céleste ne voit plus en lui qu'un pécheur infâme, abominable, maudit, factu^ pro nobis maledictum. sans que la qualité de Fils, ni l'amour de Père, ni tout ce qu'il y a d'aimable en Jésus, ni tout ce qu'il y a de doux et de tendre dans un cœur divinement paternel, puisse contrebalancerun seul instanlThorreur que lui inspire la juste apparence du péché ! Quoi! pour cela seul, il ne voit plus en ce cher Fils ([u'un objet d'horreur insupportable à ses regards, et c'est pour lui comme un besoin de décharger sur sa tète toute sa vengeance, comme s'il ne lui appartenait en rien! Quoi ! pour cela seul il l'abandonne et le livre à la fureur des Juifs, il le traite comme le plus infâme et le plus abominable des hommes ; et, après des opprobres inouïs, des souffrances inconcevables, sans aucun égard à ce qu'il
e^l son Fils, il le fait mourir par le supplice le plus cruel et leplushonteuxqui fut jamais: Propter scelus [topidi 7nei joercussi eiim. 0 Dieu ! que ce spectacle nous développe bien dans tout son jour la haine incroyable dont vous poursuivez le péché ! Ah ! pouviez-vous nous en donner une idée plus forte et plus vive? Non, sans doute, messieurs, la sagesse de Dieu n'a pu rien concevoir, sa puissance rien exécuter de plus énergique contre le péché ; et (^land une fois le fond du cœur s'est pénétré de cette pensée, le péché est si horrible en soi qu'il couvre d'horreur le Fils même de Dieu, obscurcit sa gloire et sa beauté, le rend infâme et abominable ; le péché est si horrible en soi qu'il met en fureur le Père contre sonFils,cePëresi débonnaire contre un Fils si aimable, il ne reste plus rien à faire qu'à se couvrir le visage de honte et de confusion et à se dire à soi-même dans une sainte frayeur : « Si l'apparence seule du péché est si horrible aux yeux de Dieu dans son propre Fils, que sera-ce de la réalité dans un sujet déjà abominable par lui-même aux yeux du Père éternel? Si un bois inhabile à brûler passe ainsi parla fournaise, que sera-ce du bois propre à être consumé par le feu ? Si in vividi ligna hoc faciunt. in arido quid fiet ? » Mais le péché, messieurs^ ne fût-il pas un mal si horrible en soi et dans l'estime de Dieu, les maux épouvantables qu'il attire à sa suite suffiraient pour nous le faire éviter. Vous le verrez dans une troisième et courte réflexion.