‹ Retraites pastorales et discours diversChapitre 3 sur 36 · LA VOLONTÉ PROPRE · texte numérisé non relu

LA VOLONTÉ PROPRE

Trois motifs nous en doivent détacher : 1° les exemples de Jésus-Christ; 2^ les devoirs de notre état; 3° l'intérêt de notre propre bonheur.

Adorons le Saint-Esprit nous enseignant, dans les saintes Ecritures, à ne pas tenir bon gré mal gré à notre volonté propre : A vohmtate tuaavertere ; à en estimer le sacrifice comme l'hostie la plus agréable qiji puisse être offerte à JMqvl'. Melior est obedientia qiiamvictimœ ; à l'éloigner de nos actes comme un poison mortel qui corrompt et pervertit jusqu'aux bonnes œuvres, jusqu'aux jeûnes, aux austérités et tout ce qui pourrait être le plus méritoire devant Dieu : Ecce in die jejunii vestriinvenitw voluntis vestra, reproche que le Seigneur fait aux Juifs ; comme le mal enfin qui a creusé l'enfer : Cessetpropria voluntas^ et infermis non erit. Reconnaissons dans ces avis l'amour de l'Esprit-Saint qui veut nous sauver, et promettons-lui de nous détacher de la volonté propre qui nous a déjà fait tant de mal et nous en ferait encore. Trois motifs nous y invitent. La volonté propre est réprouvée dans le prêtre : 1" par les exemples de Jésus-Christ; 2" par les devoirs de son état ; 3" par l'intérêt de son propre bonheur.

1"* Le sacerdoce que Jésus-Chrisl est venu fonder sur la terre est essentiellement un état de «acrifice. Un prêtre n'est plus à soi : Non estis vestri. Sa volonté ne lui appartient plus ; elle est toute à Dieu, toute à son peuple, toute à ses devoirs : toute à Dieu, auquel il doit l'avoir immolée le jour de son ordination, et auquel il doit l'immoler encore tous les jours, en la plaçant sur la patène sacrée près de la sainte hostie ; toute à son peuple, qui doit pouvoir disposer de lui et le jour et la nuit et a un firoit strict sur tous les moments de sa vie, autant que le salut de rame le demande; toute à ses devoirs, qui exigent une abnégation entière pour faire à chaque moment ce qui est dans Tordre de son ministère. Conformément à ce grand principe, Jésus-Christ commence sa vie par un acte d'abandon de sa volonté à celle de son Père : Ingrediens mimdurn...,dicit: Ecce venioiUfacuim^ Deus^ voîuntatem tiiam ; et il consacre ses trente premières années à une seule chose, à obéir : Et erat subditus inis.^i après ces trente ans il se prépare à sa mission par une retraite au désert, c'est par obéissance à VEsprit-Saint : Diictiis est a Sjnritu in desertnm.VQnàdiWi les trois années de sa mission, il ne fait pas un pas, il ne dit pas une parole de son propre mouvement, et son cœur n'a de battement, son esprit de pensée qu'en conformité à la volonté de son Père : Descendide cœlo^ non ut faciam voîuntatem meam. sed voîuntatem ejiis qui niint me... Patrie. Meus cibusest. nt faciam voîuntatem ejus qui

VOLONTE PROPKE Si

misitme. Quse placita simt eifacio semper.Ita, Pater^ quoniam sic fuit placitttm ante te. Aux approches de la mort il répète pendant trois heures : Pater..., non mea voluntas, sed tua fiât. La nature se récrie ; il prend le dessus et redit encore : Non qiiod ego volo, sed quod tu. Non sicut pçjo volo, sed sicut tu.^i que dirons-nous de ce merveilleux et perpétuel renoncement de sa volonté propre entre les mains du prêtre au saint autel ? Là il descend quand le prêtre le veut; il se laisse exposer, renfermer, distribuer à qui Ton veut, faire tout ce qu'on veut sans jamais, depuis dix-huit cents ans, faire le moindre acte de propre volonté. 0 mystère d'abnégation ! comment des prêtres qui Font tous les jours entre les mains peuvent-ils vivre de fantaisies et de caprices, et ne pas faire plier leur propre volonté? Jamais leur main n'a trouvé de résistance dans l'hostie, et eux refusent de se prêter au bon plaisir de Dieu ! Oh ! que les saints prêtres en jugeaient bien autrement ! Domine, quid me vis facere ? telle était la règle de saint Paul ,; tantum adjicies virtuti quantum propriœ substraxeris voluntati^ telle était la règle de saint Jérôme ; le bon plaisir de Dieu est le trésor du chrétien et l'abrégé de toutes les vertus, disait saint Vincent de Paul ; et saint François de Sales ajoutait: « Ne rien désirer, ne rien demander, ne rien refuser, est le secret de la vraie sainteté. » Rentrons en nous-mêmes : est-ce là notre règle de conduite ?

2° La volonté propre est repoussée dans le prêtre par les devoirs de son état. Rien n'est essentiel à un prêtre comme Fesprit d'ordre et rien n'est désordonné comme la propre volonté. Avec la propre volonté, point de règles dans l'emploi de ses journées, et dès lors tout est mal fait. Sans règle pour l'oraison : on la fait mal, parce qu'on ne l'a pas préparée la veille; ou on Tomet entièrement, soit parce qu'on ne s'est pas levé à temps, soit parce qu'au moment de la faire on a eu le caprice de faire autre chose, soit parce qu'on a remis au matin l'office qui devait être dit la veille. Sans règle pour son bréviaire : ou on le retarde à heure indue ou on le précipite de manière à n'y mettre ni attention ni piété et à songer plutôt à finir promptement qu'à prier dévotement. Sans règle pour l'heure de la sainte messe : on frustre la piété des fidèles ou l'on désole leur patience. Sans règle pour ses exercices de piété : on omet la lecture spirituelle, la visite du Saint-Sacrement, l'examen journalier de sa conscience ; on néglige l'étude de l'Ecriture sainte et de la théologie, la préparation des prônes et des catéchismes, sous prétexte que le temps fait défaut, et cependant on en trouve pour lire les nouvelles, pour le jeu, la bagatelle, les conversations frivoles ou les études de caprice. Le prêtre qui tient à sa volonté propre fait tout à contretemps, parce que le caprice est essentiellement irrégulier ; il étudie quand il faudrait prier, il prie quand il faudrait étudier, il sort quand il faudrait

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garder la retraite et il garde la retraite quand il faudrait sortir ; il va de mauvaise grâce à tous ses devoirs parce qu'il n'y va pas de bonne volonté, il fait attendre les pénitents au tribunal, les malades sur le lit de mort; il traite durement quiconque contredit ses caprices, contrarie ses volontés ou n'exécute pas avec empressement ses moindres ordres; s'il commande, il veut être obéi; s'il parle, il veut être écouté, il faut que tout cède à sa parole, et par là il scandalise les fidèles ou dégoûte les âmes de la religion. Ah ! combien d'âmes brûlent en ce moment dans les enfers pour avoir été rebutées ou traitées durement par un prêtre ! Tant il est vrai que la volonté propre dans un prêtre est réprouvée par les devoirs de son état.

3° La volonté propre dans le prêtre est réprouvée par l'intérêt de son bonheur. La volonté propre, également inépuisable en désirs et opiniâtre dans ses attaches, ne fait que des malheureux. Ces désirs se heurtent, se froissent l'un contre l'autre ; ce qu'on veut le matin, on ne le veut plus le soir. De là le mécontentement de soi et l'amertume de la vie. Ces désirs se heurtent encore contre les désirs d'autrui. Ce que veut celui-ci, celui-là ne le veut pas. De là des divisions, des querelles qui engendrent des tristesses. Ces désirs se heurtent même contre l'impossible, on veut l'incompatible ; et de là vient qu'on se fâche, on s'impatiente, on murmure ; on est dans un poste, on en veut un autre; on s'imagine qu'on sera toujours mieux là où l'on

n'est pas. Enfin on cherche le bonheur ici et là à travers le monde, à travers la solitude, et nulle part on ne le trouve parce qu'on le cherche dans la satisfaction de ses désirs et de ses volontés, tandis qu'il ne se trouve qu'en y renonçant ; et voilà pourquoi dans le monde tous se plaignent, tous ne parlent que de malheur ; hélas ! ils disent bien vrai. Oui^ toujours ils seront malheureux tant qu'ils n'auront pas fait le sacrifice de leurs désirs et de leurs volontés jusqu'à dire sincèrement : Pater, fiat voluntds tua sicut in cœlo et in terra. Mais, le jour où ils auront dit du fond du cœur cette divme parole, comme ils seront heureux ! quand par le sacrifice de sa volonté au bon plaisir de Dieu qui règle ou permet tout, on a appris à accepter de bon cœur toutes les peines de la vie, on trouve ces peines non seulement supportables, mais douces, tant fonction de la grâce tempère la dureté de la croix. Quand on se détache de sa volonté, que de peines on s'épargne ! On est bien avec tout le monde : jamais de divisions, de rivalités, de contentions, parce qu'en tout ce qui est permis on sait faire ployer sa volonté et qu'on aime mieux céder son droit que de le soutenir aux dépens de la charité. On est mieux encore avec Dieu, parce que, voyant en tout ce qui arrive la volonté de Dieu, on est toujours content. Que tout change autour de nous, qu'on soit dans un lieu ou dans un autre, dans la jouissance ou la privation, on se dit : Dieu le veut ; c'est son bon plaisir. C'est tout ce que je

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