‹ Retraites pastorales et discours diversChapitre 20 sur 36 · TROISIÈME POINT · texte numérisé non relu

TROISIÈME POINT

Le grand procès étant bien instruit, la cause de chacun bien informée, le juste juge va prononcer son arrêt. Soyons attentifs. Il se tourne d'abord vers la droite ; c'est par les bons qu'il veut commencer ; et abaissant sur eux un regard de bienveillance et d'amour: « Yenez, leur dit-il, les bénis de mon Père, prenez possession du royaume qui

VOUS a été préparé dès le commencement du monde : Vcmite, benedicti Patris mei.possidete paratum rohisregnum a constitutione miuidr. Venez; oh 1 la consolante parole pour le bon prêtre ! Aller à Dieu^ son centre, son principe et son tout ! aller à Dieu, qu'il a aimé, qu'il a prêché, qu'il a fait aimer ! Quel délicieux rendez-vous I Venez, les bénis de mon Père ; vous, mes ministres^ mes lieutenants, mes amis, qui avez éh- comme moi et pour moi haïs, persécutés, maudits des hommes, vous serez maintenant les bénis de Dieu; mon Père vous bénit, le ciel vous bénit : Venite, henedicti Patris mei. Prenez possession du royaume qui^ous a été préparé. Un royaume préparé par un Dieu ! quelle magnifique destinée ! 0 Seigneur, vos bontés sont trop grandes envers vos élus, et vous les honorez diV^xcès: Nimis honorificati mnt amici tui, Deus ; ninùs coitfortatiis est principal us eorum. Prompts à obéir à la voix qui les appelle, les élus viennent pleins d'allégresse, ils viennent prendre place sur des trônes, à coté du souverain Juge, comme ses assesseurs vénérables, pour juger avec lui toutes les nations. Les louanges du Dieu qui couronne les justices sont dans leur bouche, dit le prophète, et des glaives à deux tranchants brillent dans leurs mains pour punir les peuples coupables, mettre les rois et les puissants dans les chaînes et exécuter sur eux les jugements du Très-Haut ; car c'est là la gloire que Dieu a réservée à ses saints : Ut faciant in eis judiciiun conscription ; gloria hœc est

omnibus sanctis ejus. Alors sera élevé celui qui maintenant s'abaisse et se plaît à obéir; alors se montrera le front haut et j^lein de confiance le prêtre pauvre et humble, et à ses pieds tremblera le superbe confondu: Tune stabit ad judicandum qui modo se subjecit; tune macjnam fiduciam habebit pauper et humilis^ et pavebit undique superbus. Alors, ô vous que le monde n'a pas connus, qui avez fait le bien dans le secret, vous sortirez de votre obscurité; et comme l'or pur ne brille jamais d'un éclat plus vif que quand on le retire des entrailles de la terre où il était enfoui, vous apparaîtrez en gloire avec Jésus-Christ : Cum Christus apparuerit vita vestra, tune et vos apparebitis eum ipso in gloria. Oh! que vous comprendrez vivement alors combien il était sage de mépriser et les mépris et les louanges ! car qu'importent de vains discours et de frivoles opinions à une àme nourrie de l'espérance d'apparaître en gloire avec Jésus-Christ, son roi. son chef et sa vie? Cum Christus, etc.

Ainsi la Providence fera tomber le scandale delà vertu méconnue ou méprisée. Il ne reste plus que le scandale du vice triomphant, et voici qu'il va en être fait une éclatante justice. Le souverain Juge, se tournant vers la gauche, jette sur les réprouvés un de ces regards terribles dont David a pu dire : «La terre a tremblé, ses fondements ont frémi, parce que le Seigneur l'a regardée ; » et ce regard seul les consterne et les glace d'épouvante. Ils ne reconnaissent plus l'Agneau de Dieu qui efface les péchés

du monde; c'est le lion de la tribu de Juda qui rugit et qui déchire; ses pieds, qui couraient autrefois après la brebis égarée, foulent maintenant le pressoir de la colère du Très-Haut, et ses mains, qui ne s'étendaient que pour recevoir et bénir les pécheurs, ne lancent plus que des foudres. « Ah ! fuyons, s "écrient les malheureux, fuyons la colère de l'Agneau : Ab ira Agni. Oui, fuyez, retirez-vous de moi, maudits : Discedite a me, maledicti. » Eh ! Seigneur, où iront-ils loin de vous, loin de vous la source de la vie, le centre de leur àme, leur premier principe et leur dernière fin? Discedite a me. Allez au feu, in ignem. 0 Dieu, quel supplice ! au feu éternel, m igtiem œteniwn! 0 Dieu, quel désespoir ! « Mais, Seigneur, n'y a-t-il point d'appel de votre justice à votre miséricorde? » Non-parcet ocuhis meus nec miserebor... non addam ultra misereri Israël. » Mais la protection de Marie, mais l'intercession de vos saints ne pourront-elles plus vous fléchir? » Marie et mes saints sont les premiers à applaudir à ma juste vengeance : Lœtabitur justus cutn viderit vindictain. « Mais enfin, ô mon Dieu, votre sang, vos plaies, votre croix... » Ah! qu'ai-je dit ? C'est ce sang même qui crie vengeance contre les pécheurs, ce sont ces plaies qui les accusent, c'est cette croix qui les condamne.

C'en est donc fait, tout est fini sans ressource, la sentence est sans appel ; et le souverain Juge, levant la séance, prend son essor vers les cieux. Tous ses saints montent à sa suite et lui font un glorieux

cortège. Ils s'élèvent radieux, triomphants, et font retentir l'air des chants de la victoire et du bonheur. Témoins de ce magnifique spectacle, les réprouvés,les prêtres surtout, sont atterrés. Oh ! qu'ils voudraient suivre tant de confrères, tant d'amis! Mais, ô séparation cruelle! il faut les quitter, les quitter pour toujours, leur dire un dernier et déchirant adieu. Ghers confrères, transportons-nous par la pensée à ce moment suprême, et écoutons les derniers accents d'un de ces pauvres prêtres réprouvés. Il voit s'élever dans le ciel ses confrères qu'il aimait : « Adieu, confrères pieux et édifiants, qui me donnâtes tant de saints exemples, et je ne les imitai pas, tant de bons avis, et je ne les suivis pas. » Il voit ses paroissiens : «Adieu, troupeau fidèle, qui valûtes mieux que le pasteur, vous que j'ai baptisés^ catéchisés, absous, je vous ai montré le chemin du ciel et je n'y suis pas entré ; en vous sauvant je me suis perdu. » Il voit, ô douleur, il voit celle-là qui lui donna le jour : « 0 ma mère, adieu, adieu, mère digne d'un meilleur fils, qui me croyiez un saint parce que j'étais prêtre, adieu, je ne vous reverrai plus. » 0 douleur! ô déchirements! Il voit les saints patrons qui lui furent donnés au baptême, le saint ange député à sa garde : « Adieu, adieu, vous qui prîtes tant d'intérêt à mon salut, tandis que je m'en occupais si peu. » Il voit Marie : «Adieu, Reine du ciel et de la terre, Mère de Dieu, dont je ne suis plus digne de prononcer le nom, vous qu'on

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m'avait tant recommandé d'aimer, d'invoquer, d'appeler du doux nom de mère, et que je priai si peu et si mal.» Il voit Jésus et sa croix : « Adieu, croix précieuse, que je n'ai pas voulu porter; adieu, prince des pasteurs, dont je fus le ministre infidèle, dont je souillai les autels, profanai les sacrements, vous qui vouliez me faire asseoir sur votre propre trône. » Il voit tout le ciel enfin: « Adieu, paradis de délices, sainte Jérusalem, céleste Sion; j'étais fait pour vous, et je me suis rendu indigne de vous; j'ai ouvert aux autres vos sacrés portiques, et je me les suis fermés à moimême. Adieu, Trinité adorable, que j'étais appelé àaimer, à bénir, àloueràjamais; adieu, voustous avec qui je devais régner dans la gloire, adieu, adieu pour la dernière fois. » Hélas ! la terre manque sous ses pieds, l'enfer s'ouvre et l'engloutit.

L'abîme se ferme, le temps est fini et l'éternité commence.

Ainsi, chers confrères, se passera le dernier des jours, ainsi se clora le monde. Quel sera votre sort dans cette solennelle journée? Où sera votre place? Je vous laisse seul à seul avec Dieu pour décider cette grande question. Souvenez-vous seulement que dans ce jour il vous sera demandé compte de cette retraite, de cet entretien : Post hoc autpm judicium. Fasse le ciel que vous vous jugiez si sévèrement vous-mêmes^ que vous échappiez à la rigueur des jugements du Seigneur : Si nosmetipsos dijudicaremus, non utique judicaremur! Amen.

SERMON

SUR

fhunt hi in supiilicium œtcrmim.

Matth., XXV, 46.

Nous avons considéré ce matin le prêtre au tribunal de Dieu. Nous avons vu tomber dans l'éternel abîme celui dont la vie n'a pu soutenir l'examen du juste Juge, Oserons-nous le suivre dans ce lieu de supplices et^ à l'exemple des saints, descendre vivants en enfer pour ne pas y descendre après la mort ? Mais quoi ! faut-il precber l'enfer aux prêtres, et à quoi bon leur dire ce qu'ils ont si souvent dit aux autres ? A quoi bon, chers confrères ? Hélas ] nous l'avons observé ailleurs : c'est qu'en prêchant Fenfer aux autres, on ne se le prêche pas à soimême ; c'est qu'après avoir effrayé les fidèles sur le danger d'y tomber, tranquilles nous-mêmes dans un état et avec des faiblesses qui nous y exposent, nous marchons, les yeux fermés, sur le bord de l'abime, et nous ne songeons pas même à trembler. Cependant, chers confrères, craindre l'enfer est chose recommandée par Jésus-Christ aux apôtres

eux-mêmes (1) ; craindre l'enfer, c'est le moyen de l'éviter ; c'est une barrière nécessaire pour contenir nos passions dans la règle ; c'est un préservatif contre la tentation, un antidote contre le relâchement et la négligence ; c'est une raison décisive de haïr souverainement le péché et de se relever à l'instant, quand on a eu le malheur de faire une chute. Pardonnez-moi donc si j'ose affliger votre sensibilité par un si pénible entretien. Je l'ose, parce que je le crois utile et nécessaire ; la mort et le jugement auraient perdu le droit de nous effrayer, si l'enfer ne venait à leur suite. Voici donc, chers confrères, les deux questions que je me propose de méditer avec vous : Qu'est-ce que l'enfer, et surtout l'enfer d'un prêtre? première réflexion. Que doit produire en nous la pensée de l'enfer ? seconde réflexion. Daigne l'esprit de Dieu nous aider dans un sujet si accablant !

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