INSTALLATION DE M. HAMON A
j assume sous ma responsabilité les intérêts de la gloire de Dieu dans cette grande paroisse, l'honneur de sa religion, le respect de son nom, ses sacrements, son culte, la dilatation de son règne dans les cœurs, la conversion des pécheurs qui Font abandonné et des tièdes qui le servent mal, le soutien dos faibles qui chancèlent, l'amélioration des bons qui doivent toujours croître et s'avancer vers une vertu plus haute, comme le soleil levant vers son midi ; ah ! je sens cette étole pastorale peser sur mes épaules comme un poids immense^ comme une montagne. Quand je me dis à moi-même que de la manière dont je remplirai ma charge dépendent non pas vos fortunes, vos santés ou vos vies, mais ce qui est incomparablement plus grave, vos intérêts éternels, les destinées futures de vos âmes dont une seule vaut mieux que tout l'univers, Falternative enfin du ciel ou de l'enfer pour un grand nombre d'entre vous; quand je me dis que je suis le Moïse chargé de vous conduire à travers le désert de la vie jusqu'à la terre promise, et que, si dans le trajet une seule àme se perd par ma faute, j'en répondrai sur la mienne ; que je suis le pilote préposé au navire qui doit nous porter tous au rivage de la bienheureuse éternité, et que si, par une négligence, le navire vient à sombrer, un seul passager à faire naufrage, j'en rendrai un compte terrible, ah! Seigneur, je serais tenté de fuir comme Jonas lorsque vous vouliez Tenvoyer prêcher la pénitence à
lièè DISCOURS DIVERS
Ninive. Je ne puis méconnaître votre parole qui me dit : « Ya prendre la conduite de ce peuple, » mais elle me glace d'épouvante : Domine^ audivi auditionem tucun et timui.
Encore ma mission ne se borne-t-elle pas à l'éternité : elle embrasse même le temps présent, le soin des malades, le soulagement des pauvres, la consolation des affligés, la réconciliation des ennemis, l'intérêt actuel de chacun de vous qui ne pouvez trouver que dans la religion le repos de l'âme, le calme de la conscience, l'intérêt des familles que la religion bien entendue et bien pratiquée peut seule rendre heureuses, l'intérêt de la paroisse en général, dont l'état moral, l'ordre et la paix tiennent essentiellement aux connaissances et aux pratiques religieuses. Grand Dieu! quelle mission est donc la mienne !
Et cependant, mes très chers frères, ce n'est encore là que la moitié de ma charge. Je viens ici renouer la chaîne des traditions rompues, représenter la Société de Saint-Sulpice qui, pendant plus d'un siècle, a gouverné cette paroisse avec tant de gloire pour la religion, tant de bonheur pour les âmes, ressusciter enfin l'œuvre de M. Olier et faire revivre cette communauté de prêtres si belle dès son aurore, si féconde en fruits de salut, si riche en modèles de vie sacerdotale, cette communauté qui renouvela Paris, qu'admira la France, qui rejouit toute l'Eglise. Hélas! qui suis-je pour une telle œuvre? La rougeur, quand j'y pense, me