AU PÈLERINAGE DU SACRÉ-CŒUR A PARAY-LE-MONIAL
Mes fr
Adorabimus in loco ubi steternnt pedes ejus. Nous adorerons le Seigneur dans le lieumême
où il a posé les pieds.
(Ps., cxxxi, 7.)
ères,
En mettant le pied sur le sol de Paray, ne vous a-t-il pas semblé entrer sous de nouveaux cieux et sur une nouvelle terre ? C'est ici une terre sainte qu'ont foulée les pieds ^sacrés du Sauveur ; une terre privilégiée que Dieu s'est choisie préférablement auxcitésillustres^pour y manifester au monde sa tendresse infinie sous le symbole de son Cœur qui en est Fexpression visible la plus touchante. Le prophète célébrait autrefois les grandeurs de la petite ville de Bethléem, parce qu'en elle devait se montrer au monde le Messie promis ; et toi, ô ville de Paray ^ volontiers je t'appliquerais le même éloge. Tu es petite aux regards humains; mais aux regards de la foi tu es grande entre les plus nobles cités, parce qu'un Dieu ta choisie pour être le ber-
PL-LERl^AGE A l'AHAÏ-LE-.MONIAL o 0 .}
ceaiule la dévotion à son divin Cœur, comme Faurore de ce beau soleil destiné à éclairer, à échauffer le monde et lui montrer la route qui doit le sauver: Nequaquam minima es in jmncipibus Juda; ex te exiet dux qui regat po^mlummeiwi /^me/. Heureux, mes frères, d'être arrivés dans un lieu si saint, profitons de notre bonheur. Recueillons-nous, et que cette bénite journée soit la journée la plus sainte de notre vie. Comprenons ce que nous avons à faire ici et faisons-le dignement. Notre devoir peut se résumer en deux mots : amende honorable pour réparer le passé, conversion et prière pour préparer Tavenir.
i° Amende honorable pour réparer le passé. Dieu, mes frères, laisse pécher les nations parce qu'il respecte le libre arbitre ; puis, après le péché commis, il les frappe parce qu'il est juste, si elles ne réparent pas en lui faisant amende honorable^ ou il leur pardonne parce qu'il est bon, si elles se repentent. Cette loi de la Providence est écrite à toutes les pages de l'histoire. Israël pèche, et il est frappé par la guerre, la peste ou la famine ; il fait pénitence, et il est délivré. Encore quarante jours et Ninive sera détruite, crie le prophète Jonas aux Ninivites ; les Ninivites font pénitence, et Ninive est sauvée. Notre France au moyen âge subit d'épouvantables calamités ; elle vient en pèlerinage à Notre- Dame de Paris, tombe à deux genoux pénitente et humiliée, etle fléau cesse ses ravages. Que ces exemples nous instruisent. Mes frères, nous aussi,
nous avons beaucoup péché. Qui en revenant sur son passé ne trouve à réparer bien des torts, à demander pardon coQime le publicain, en baissant les yeux, se frappant la poitrine et disant comme lui: « Dieu, ayez pitié de moi qui suis uu pécheur : Deus^propitius esto inihi peccatori? » et remarquez-le bien, mes frères, nos torts personnels ne sont pas les seuls à réparer en ce jour.
Nous avons à réparer les torts de toute la France, parce que c'est ici un pèlerinage national, au nom de toute la patrie en deuil ; nous avons à réparer les torts de l'univers entier, parce que quand on aime on souffre de tout ce que souffre la personne aimée, de quelque côté que lui vienne la souffrance ou l'injure, et Ton sent le besoin de lui en faire réparation. « 0 amour ! s'écriait sainte Thérèse ! ô amour, vous n'êtes point aimé, vous êtes méconnu, outragé, méprisé, je vous en demande mille fois pardon, et avec bonheur je donnerais tout mon sang, je souffrirais tous les martyres pour réparer ce grand mal de Famour qui n'est point aimé. » Mes frères, si la sainte parlait ainsi en son temps^ que dirait-elle en nos jours? Car, hélas ! aujourd'hui combien le mal est grand! Aujourd'hui il n'y a presque plus sur le globe de nation catholique. 0 Angleterre qui t'appelais jadis la terre des saints ; ô catholique Espagne , ô Italie centre de la foi, ô Allemagne, ô Pologne, ô royaumes et empires du Nord qui donnâtes tant de saints à l'Eglise, qu'êtesvous devenus? Et toi, ô France, ô ma patrie,