‹ Retraites pastorales et discours diversChapitre 5 sur 36 · L'UNION DE L'AME AVEC JÉSUS · texte numérisé non relu

L'UNION DE L'AME AVEC JÉSUS

1** En quoi consiste cette union ; 2° motifs qui doivent nous la faire recliercher et pratiquer.

Rendons nos hommages d'adoration, de louanges^ d'amour à Jésus-Christ, comme au souverain bien de nos âmes, auquel il est si bon, si doux, si délicieux de s' unir et de rester uni dans le temps et dans l'éternité : Adhœrere Deo bonumest ; et prionsle de nous faire connaître la nature de cette union et les motifs qui doivent nous la faire rechercher et pratiquer.

I. Et d'abord, en quoi consiste cette union de l'âme avec Jésus ? L'Eglise nous l'enseigne par trois paroles que le prêtre prononce tous les jours à l'autel : « Gloire à Dieu, dit-elle, par Jésus-Christ, avec Jésus-Christ et en Jésus-Christ : Per ipsum et ciim ipso et m ipso ; » et tels sont les trois caractères de l'union de l'âme avec Jésus-Christ. Pour être uni avec lui, il ne faut plus penser, parler et agir que par son esprit, /><?r ipsum; à son imitation, ciim ipso ; en société avec lui, et in ipso.

Ne plus penser, parler et agir que par l'esprit de

Jésus-Christ, j)er ipsum^ c'est ne plus se laisser conduire par sa volonté propre et ses inclinations naturelles, par F amour de soi-même et de ses aises, par l'impétuosité du caractère et l'ardeur bouillante des désirs ; c'est renoncer aux caprices et aux fantaisies, au propre esprit et au propre jugement, aux maximes et aux goûts du monde ; c'est se vider tellement de soi-même^ qu'on ne tienne point à ses idées même dans les choses les plus louables et en apparence les meilleures ; c'est se vider tellement du monde, qu'on méprise ce qu'il estime, qu'on fuie ce qu'il recherche et qu'on compte pour rien ses jugements et ses maximes; c'est enfin entrer dans un détachement si total et si parfait de soi-même et de tout ce qui est créé, qu'on n'ait plus d'autre volonté que la très sainte volonté de Dieu, d'autre règle que son bon plaisir ; qu'en conséquence, saintement jaloux de lui plaire^ on le consulte dans le calme du recueillement, qu'on Técoute dans le silence de l'intérieur, qu'on suive avec générosité ses salutaires inpressions et qu'on se laisse en tout conduire par son esprit adorable : per ipsum. Ainsi une âme unie à Jésus ne vit plus de sa propre vie, comme dit le grand apôtre, c'est Jésus qui vit en elle comme l'àme de toutes ses opérations, c'est Jésus qui y commande et qui y règne ; tout en elle se fait par l'impulsion de l'esprit de Jésus dont elle est pleine, et pensées et affections, et jugements et paroles et actions, tellement qu'elle peut bien dire : Vivo jeun non ego,

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vivitvero in me Christus. Elle ne craint rien tant que de faire sa propre volonté, de suivre son propre esprit, et jusque dans les moindres choses elle cherche avec une sainte, mais douce inquiétude^ à se conformer à l'esprit de Jésus-Christ, qui est un esprit d'obéissance, d'humilité, de pauvreté, de mortiiication, de charité et de douceur. Voilà le premier caractère de l'union avec Jésus-Christ, 'per ipsum.

Le deuxième caractère, c'est de se proposer en tout Jésus pour modèle et de s étudier à faire toutes choses comme il les faisait lui même, cum ipso. Une âme qui aspire à cette bienheureuse union s'arrête souvent dans le cours de ses pensées et de ses actions pour se demander à elle-même : « Que penserait, que dirait, que ferait maintenant Jésus- Christ s'il était à ma place? Quidnunc Christus ? » Elle se représente ce divin Sauveur placé dans la position où elle se trouve, se remettant devant les yeux toutes ses actions pour y conformer sa propre conduite ; toutes ses dispositions intérieures pour les retrac'er en ille ; la manière, dont il priait, conversait, travaillait, mangeait pour se rendre en toutes ces choses semblable à lui ; et elle goûte une joie délicieuse à se considérer comme un disciple ignorant, mais avide d'apprendre à l'école çle son maître. Le maître opère avec une perfection qui ravit, puis, se tournant vers son disciple, il lui dit : « Fais comme vous m'avez vu faire : Exemplum dedi vobis..., inspice, et fac secundum exemplar.

L'âme unie à Jésus s'empresse aussitôt de copier son modèle et c'est ainsi qu elle fait toutes choses à son imitation^ ciun ipso.

Enfin, le troisième et dernier caractère de l'union avec Jésus, c'est d'associer toutes nos pensées et actions aux pensées et actions de Jésus, in ipso ; en sorte que dans chacune nous ayons le désir et la volonté de l'unir à quelqu'une semblable qu'aura faite Jésus-Christ pendant sa vie mortelle ; par exemple, nos oraisons à ses oraisons, notre travail à son travail, nos conversations à ses conversations, nos souffrances à ses souffrances, nos contradictions à ses contradictions, nos intentions à ses intentions, nos repas à ses repas, et notre sommeil même à son sommeil : pratique des plus sanctifiantes, car par là nos actions acquièrent un prix ineffable aux yeux de Dieu le Père, qui, prenant une complaisance souveraine en son Fils ou ce qui porte son image, regarde d'un œil tout particulier de complaisance les actions même les plus basses, dès qu'il les voit unies et identifiées à celles de ce Fils bien aimé ; et Jésus-Christ luimême^ faisant découler sur notre action les mérites de l'action semblable qu'il a faite le premier et à laquelle nous nous unissons, lui communique une dignité incomparable : ce qui fait dire à Blosius : Bona opéra illius qui istitd pie observât, excedunt incomparabiliter bona opéra ejiis qui non observât. Voilà en quoi consiste l'union de l'âme avec Jésus ; et maintenant quels sont les motifs qui

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