OMNIA MEA TUA SUNT
(Luc, XV, 3Î.)
Mesdames,
(J^LLE est bien étrange la circonstance où une si douce parole fut prononcée.
Elle résume ce que j'appellerai la scène du fils aîné dans la parabole de l'Enfant prodigue.
Tandis que sur l'ordre du Père se faisaient les préparatifs de réjouissance pour le retour du cadet, le fils aîné était aux champs.
Il rentre à la maison, sa journée finie, sans doute; et, encore à distance, il perçoit un bruit de symphonie et chants joyeux. D'où peut venir cette allégresse? Il est probable que depuis la fuite du prodigue, cette maison avait pris le deuil et l'on n'y chantait guère.
Le jeune homme appelle un serviteur et s'informe : « Qu'est-ce qu'il y a ?
— C'est, lui est-il répondu, votre frère qui est revenu, et votre père a commandé une grande réjouissance. »
Et le malheureux aîné n'en peut écouter plus long. Comment ! tout ce mouvement pour fêter un prodigue, même repentant! Ahl lui ne prendra point part à la fête. Son âme indignée, mordue par un sentiment qui n'est pourtant pas à proprement parler l'envie, un sentiment de hauteur farouche à l'égard des tombés, son âme se révolte, en admettant qu'il puisse rentrer à la maison par la porte ouverte à deux battants.
Le père qui, sans doute, attendait son aîné pour lui mettre son frère dans les bras, apprend ce qui se passe. Il sort et il essuie Torage qu'on devine : u Comment ! on tue le veau gras pour ce sujet la !.. . et depuis tant d'années ! . . . »
A ce moment se révèle tout le cœur paternel dans sa beauté, dans son amplitude de tendresse. Vous le voyez, ce malheureux vieillard entre ses deux enfants, menacé peut-être de perdre l'un quand il retrouve l'autre... Ce que vient de dire l'aîné est une impertinence, en même temps que la vérité : en effet, son père ne l'a jamais convié à des fêtes, le pouvait-il : en aurait-il eu le cœur ? Mais que lui devait-il ?