‹ Rétrécissements de l'urètreChapitre 10 sur 19 · B ATTEND 1ER · texte numérisé non relu

B ATTEND 1ER

« rue du Vieux-Chemin, 2, à Montmartre. »

Ce cas est tout nouveau; je le place exprès dans ce premier recueil, pour faire voir que je ne publie pas seulement des cas assurés par un long temps de guérison, mais des cas qui viennent seulement d'être opérés; comme, dans les publications subséquentes d'observations, je rendrai compte de l'état des malades qui sont portés dans ce présent recueil, les médecins pourront suivre cette guérison comme les autres.

Voici la réponse de M. Battendier aux trois questions de la note de la page 9 :

Montmartre, 9 avril 1859.

Monsieur,

Je vous remercie beaucoup de l'opération que vous m'avez faite, et je crois celle fois-ci être parfaitement guéri; je suis très-bien depuis.

Je vous assure que l'opération ne m'a pas fait souffrir; je souffrais comparativement beaucoup plus quand je me passais des bougies.

Agréez, je vous prie, Monsieur le Baron, les sincères remcrcimenls de votre tout dévoué serviteur,

Baitendikr.

lï, rue de l'Abbaye, à Montmartre.

M. Battendier espère cette fois-ci être parfaitement guéri; cela

(1) Encore un écoulement a rrêté par le traitement éclectique immédiat.

prouve que j'y suis revenu plusieurs fois. Effectivement, j'ai dû y revenir trois fois, et malheureusement je ne suis pas aussi sûr de sa guérison que lui. M. Battendier est un des cas les plus réfractaires que j'ai rencontrés. Est-ce dû aux traitements et aux épreuves antérieures par lesquelles il a passé ? Je ne saurais le dire; mais son mal résiste beaucoup. Cependant , depuis cinq années, je le mets dans la position de vider sa vessie, mais cela ne persiste pas autant que je le voudrais, et je suis obligé d'y revenir. Mais que feraient les bougies à la place de mon traitement? Il faudrait y avoir recours journellement si elles pouvaient être supportées... et elles ne peuvent pas être supportées. Mon traitement est donc un bienfait, même pour les malades qui y sont réfractaires.

Quatre blennorrhagies abandonnées à elles-mêmes. — Rétention complète. — Abcès urineux. — Ouverture (le ces abcès. — Cal/té/érisme évacuaient- par M. Sellier. — Bougies malgré l'emploi desquelles les rétrécissements marchent toujours. — Occlusion complète. — Entré à Beavjon. — Tentatives inutiles. — Rétrécissements multiples. — Deux fausses routes.— J'opère le 19 octobre et le 6 novembre 1852. — Rétablissement immédiat. — Traité par les D" Robert et Huguier. — Bien-cire persistant depuis huit ans.

[Envoyé par M. le D' Hugiier.)

M. Maurice (Jean-Pierre)., concierge de l'administration des Citadines, boulevard Pigale, 54, à Montmartre, 41 ans, a eu quatre blennorrhagies : la première en 1 830 , et la dernière en 1838. Ces blennorrhagies, contractées en Italie, à Ancône, furent à peu près abandonnées à elles-mêmes. Dans l'intervalle de la première à la dernière de ces blennorrhagies, M. Maurice vit le jet de ses urines diminuer considérablement, d'autant plus que naturellement, et antérieurement à ces inflammations de l'urètre, ce jet était déjà très-peu volumineux.

En 1840, M. Maurice fut pris d'une rétention complète, qui mit sa vie en danger; des abcès urineux se formèrent autour de l'anus et au périnée. Ces abcès furent ouverts par M. le Dr Sellier, qui, grâce à l'habitude de manier la sonde, parvint à introduire clans la vessie une petite algalie et à vider l'organe; cependant, malgré cet heureux cathétérisme, d'autres rétentions eurent lieu à des intervalles rapprochés , malgré V introduction des bouyies (1), ce qui rendait la vie de M. Maurice malheureuse et précaire.

. M. Maurice resta clans cet état depuis 1840 jusqu'en 1852.

A bout d'angoisses, il consulta M. le DL Laroche, qui lui conseilla de s'adresser à M. le D1' Huguier, qui le reçut à l'hôpital Beaujon, pavillon 1, n° 212.

Un grand nombre d'essais de cathétérisme furent farts sans succès malgré l'habileté de M. Huguier, qui finit par déclarer au

1,1) Encore les bougies vaincues par le rétrocissement; elles ne dilatent donc pas?

malade que son canal était impénétrable. Cependant M. Maurice, qui avait l'habitude de s'introduire des bougies, et que le besoin de vider sa vessie rendait persévérant/ parvint, à force de patience et d'essais, à faire entrer dans le rétrécissement une très-petite bougie, qui lui donnait de temps à autre la faculté de vider le trop -plein de sa vessie par un très-petit jet du volume d'un fil. La possibilité de faire cette évacuation, quelque lente qu'elle fût, soulagea beaucoup le malade, qui depuis longtemps ne se débarrassait de son urine que par regorgement et goutte à goutte.

On engagea M. Maurice à se soumettre à la dilatation forcée au moyen de l'instrument de M ; mais, après quelques essais qui furent faits par l'auteur avec l'assistance de M. Robert, pendant une absence de M. Huguier, essais qui furent très-dou-, loureux, l'instrument ne put être introduit.

Cet. insuccès dégoûta le malade, qui sortit de l'hôpital Beaujon après y être resté pendant vingt jours.

Le 12 octobre 1852, il vint me trouver de la part de M. Huguier.

Je l'examinai le même jour, et je l'opérai le 19 octobre et le 6 novembre.

Le 19 octobre, je détruisis la valvule hymen, dans laquelle les instruments s'engageaient, et plusieurs carnosités, qui, placées en opposition l'une de l'autre, rendaient le canal sinueux, quoiqu'il pût admettre dans cet endroit une plume de corbeau; ces carnosités , assez dures , s'étendaient de 3 centimètres à A centimètres 1/2. A 7 centimètres 1/2, l'instrument rencontra un rétrécissement cylindrique de 4 centimètres. Ce rétrécissement, de i millimètre de calibre dans toute sa longueur, était assez mou; cependant je le fis disparaître sans presque perdre de sang. Enfin, à 11 centimètres, je trouvai une place large de 2 centimètres de longueur; là je fus arrêté par un onglet de la valvule fibreuse dans laquelle l'instrument pochait, et ce n'est qu'après plusieurs manœuvres et l'emploi de plusieurs instruments (1), que je parvins à enfiler le passage qui se trouvait à la partie infé-

(l) J'appelle les instruments avec lesquels j'étudie les défilés à franchir, des clefs.

rieure de l'autre. Je détruisis cet onglet, et je pénétrai sans difficulté à 2 ou 3 centimètres plus loin.

J'en étais là , lorsque M. Maurice me dit qu'à la sensation qu'il éprouvait, il jugeait que j'étais dans une fausse route (fausse route qui avait déjà été reconnue en 1840 par le Dr Sellier), et dans laquelle il s'engageait toujours dans ses tentatives pour introduire ses petites bougies, et qu'il ne parvenait à éviter qu'au moyen d'une torsion particulière qu'il savait donner au mandrin qu'il mettait dans sa bougie.

Je retirai mon instrument; je cherchai à l'engager dans le passage véritable; mais, ayant été quelque temps sans le trouver, je remis à un autre jour la continuation de l'opération.

Le 6 novembre, M. Maurice revint chez moi, urinant déjà beaucoup mieux; le jet avait acquis du volume, allait plus loin, et l'urine passait sans la moindre douleur.

Je continuai l'opération. Le canal s'était conservé dans l'état où je l'avais mis le 19 novembre; je pénétrai d'emblée dans la fausse route que j'avais déjà reconnue, et, la mesurant jusqu'à son fond, j'estimai qu'elle avait 3 centimètres de profondeur. Arrivé au fond, l'instrument était abruptement arrêté par une espèce de mur solide : j'étais sur le ligament triangulaire.

Cela constaté, je me livrai à la recherche du canal véritable. Après quelques manœuvres et changement de clefs, je reconnus l'onglet qui séparait ou qui me semblait séparer la fausse de la vraie route; j'en rencontrai une placée sur la gauche du canal, je m'y engageai ; mais je fus arrêté à 4 centimètre \ /2. L'inclinaison très-forte de cette seconde fausse route me fit douter que je fusse dans le vrai chemin; je repris donc l'onglet, et, après un mouvement que je fis faire au malade, comme s'il voulait uriner, je m'engageai dans le vrai canal, que j'élargis à mesure que j'avançais. Enfin, après avoir parcouru ainsi une longueur de 4 centimètres, à peu près, dans un canal fibreux et dur, je pénétrai dans la vessie.

Je régularisai le tout au calibre de 6 millimètres, qui était, à peu près, le calibre naturel du malade, et j'introduisis une bougie du même volume.

Depuis ce temps, la miction s'est toujours conservée.

Cette observation est très-curieuse sous le rapport des obstacles

variés à la miction, des fausses routes, et de la promptitude avec laquelle tous ces obstacles ont été surmontés; heureusement que le canal ne présentait aucune ulcération , végétation ou gonflement variqueux.

M. Maurice continue à se bien porter, ainsi que le constate une lettre qu'il vient de m'écrire, datée du 8 novembre 1854; mais il m'adresse un singulier reproche. Il me dit dans sa lettre : « Il «n'y a qu'une chose qui me contrarie maintenant, j'ai peur « d'avoir trop d'enfants; car ma femme n'en avait plus depuis « six ans. Elle m'en a déjà fait un depuis votre opération, et j'en « crains un autre. » (Voyez la note % page 36.)

Comme je l'ai dit déjà, les rétrécis deviennent impuissants, et le traitement éclectique immédiat leur rend immédiatement la faculté génératrice. Du reste, si M. Maurice craint les enfants, il n'a qu'à venir prendre mes avis.

Voici la réponse de M. Maurice aux trois questions de la note de la page 9 :

Paris, te Ui avril 1859.

Monsieur le Baron, Je réponds à votre lettre datée du 10 de ce mois, dans laquelle vous me demandez comment, j'urine; je vous dirai donc que depuis V époque où vous m'avez, fait la petite opération, j'ai uriné assez bien, mais je profiterai de la même occasion pour que vous me donniez un peu de rélargissement; cela ne pourra pas vie faire de mal.- J'irai vous voir samedi prochain, qui est le 16 de ce mois.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur le Baron, avec le plus grand respect,

votre tout dévoué serviteur.

Maurice.

Marchand de vin, me de la Pompe, 133, à Passij.

Ainsi donc M. Maurice, opéré en 1852 dans les circonstances défavorables que l'on vient de lire, a conservé son canal sept années, sans que je le retouche. Le jour indiqué/a ferai faire à ce malade un nouveau bail avec la facilité de miction, si, toutefois, j'ai besoin d'y revenir.

Plusieurs bhnnorrhagies. — Rétrécissement datant de plusieurs années. — S/ranr/urie. — Opération le 18 juillet 1854. — Rétablissement immédiat. — Bien-être conservé depuis cinq ans et quatre mois.

[Envoyé par M, le Dr Dcfoi'r, de Villefranche.)

Le 13 juillet 4854, M. le Dr Dufour (de Villefranche) voulut bien m'adresser M. Ramon de La Sagba, membre correspondant de l'Institut, avec les plus vives recommandations, pour que je le débarrasse d'un rétrécissement de l'urètre porté presque à son plus haut degré, aussi vite que j'avais débarrassé les malades qu'il m'avait adressés précédemment. (Voyez les observations, pages 116 et 124.)

Ayant mon temps retenu jusqu'au 16, je pris ce jour avec M. de La Sagra, et, pour complaire à mon confrère, je lui renvoijai le même jour son malade guéri.

M. de La Sagra avait eu dans sa jeunesse, comme nous en avons presque tous, plusieurs blennorrhagies qui s'étaient terminées par un rétrécissement, lequel rétrécissement était déjà considérable il y a trois années; le jet n'avait plus que la grosseur d'un fil, qui encore s'éparpillait en pluie fine, et les envies d'uriner se renouvelaient avec tant de fréquence, la miction était si pénible, que la vie n'était plus tenable.

Comme M. de La Sagra m'arrivait vierge de bougies, que son canal n'était ni battu ni durci, la guérison fut obtenue immédiatement, sans douleur, sans recherches ; car je sais comment la nature fait les rétrécissements, et je n'avais pas là à étudier les détours et les sinuosités, les" cicatrices et les végétations que produit Y art.

Depuis l'opération, la santé de M. de La Sagra s'est parfaitement conservée; la miction s'exécute comme après l'opération, c'est-à-dire par un jet large, puissant et plein.

Voici la lettre que je reçois de Madrid; car M. de La Sagra, savant distingué, est député aux cortès.

«Madrid, 19 novembre 1854.

« Mon cher et honorable docteur,

« Je trouve, à mon arrivée ici, la lettre que vous m'avez adresse sée lorsque j'étais absent, car cette année a été pour moi de « continuelles fatigues de voyage. Nonobstant cela, la guérison « instantanée que vous avez opérée de mon urètre a été si parce faite, que je n'ai pas éprouvé le moindre accident; mon jet se « conserve dans toute sa force et sa plénitude.

« Telle est, mon honorable ami , la réponse à votre aimable « demande sur l'état de ma santé. Je vous autorise non pas seu- « lement à citer mon cas sans y mettre mon nom, comme vous « me le demandez, mais aussi avec mon nom en toutes lettres. « Plût à Dieu que la publication de vos observations contribue à « généraliser l'admirable procédé au moyen duquel je me trouve « heureusement guéri d'une infirmité si pénible ! Grâce à vous, « mon cher docteur, je pourrai siéger à nos cortès constituantes, « sans quitter les débats, pendant les longues heures que nous « allons leur consacrer.

« Je vous donnerai de mes nouvelles de temps en temps, car « je me souviens de vous tous les jours, et vous savez dans quels « moments.

« Veuillez agréer l'expression sincère de mon amitié et de ma « reconnaissance.

« Votre dévoué ,

« Ramon de La. Sagra. »

J'ai mis cette lettre tout au long dans ce recueil pour montrer un malade reconnaissant, spirituel, philosophe, et bien guéri.

Je place ici la réponse de M. Ramon de La Sagra à mes trois questions de la note de la page 9.

Paris, ce 13 juin 1850. Mon honorable Docteur,

Je vais répondre très-brièvement aux trois questions que vous voyiez bien m'adrcsser :

1« Je me trouve parfaitement bien.

2° La douleur, quoique vive, était supportable, surtout à cause de sa très-courte durée. Je serais très-disposé, dans ce moment, à souffrir une douleur pareille, pendant un temps cinq ou six fois plus long, pour me débarrasser d'une maladie semblable cinq ou six fois moins gênante.

3° Je n'ai jamais songé à employer les bougies dilatantes, sachant bien que le canal de l'urètre n'était pas de métal, ni d'aucune autre matière dilatable.

Voici, mon cher Baron, tout ce que je puis dire, cqmme constatation d'un fait qui m'a laissé pour éternel souvenir une vive reconnaissance.

Veuillez agréer mes salutations sincères.

Ramon dk La Sacra.

Rue de Rivoli.

— 18fi —

Plusieurs blennorrhagies. — SI ranguries . — Deux rétrécissements traités par la cautérisation. ■ — Rechute. — Nouvelle strangurie. — Traitement par les bougies. — Plusieurs rétrécissements fibreux et anciens. — Rétention complète produite par une pierre enclavée. — Tentatives inutiles de cathétérisme. — Fièvre violente avec plusieurs jours de perte de connaissance. — Rétablissement des voies naturelles sans que le malade en ait conscience. — Guérison immédiate et radicale. ■ — Traité par MM. Ducamp et Gœury-Duvivier. — Persistance du bien-être pendant six ans et quatre mois.

{Amené par M, Goeory-Di'vivier.

Le 26 juin 1850, M. Gœury-Duvivier, qui s'occupe avec succès du traitement des maladies des voies urinaires, vient chez moi avec M. Guillaume, ancien capitaine/rue Caumartin, 71, qui était atteint d'une rétention complète d'urine. M. Gœury me dit qu'outre des rétrécissements très-forts, il pensait que M. Guillaume avait une pierre engagée dans l'urètre ; c'est cette complication qui avait engagé M. Gœury à m'amenerle malade; je donnai donc des soins à M. Guillaume, et après sa guérison cet officier me communiqua l'histoire de sa maladie, que je transcris ici, et que je recommande à l'attention , parce qu'elle me semble intéressante.

M. Guillaume s'exprime ainsi :

« A la suite des blennorrhagies que j'ai eues comme bien d'au- « très militaires, j'ai vu, vers l'année 1807 ou 1808, le jet de « mes urines diminuer; j'urinais avec cuisson. Je fus dans cet « état pendant plusieurs années, lorsqu'en 1823 je fus atteint « d'une rétention d'urine complète. J'ai été trouver M. Ducamp; « il a reconnu un rétrécissement à A pouces, qu'il lui fut impos- « sible de passer avec la plus petite bougie. Il fut obligé de se « servir de la bougie armée, avec laquelle il me cautérisa d'avant « en arrière pendant cinq fois; à la cinquième application, l'urine a partit par un jet. Ce traitement dura deux mois. Cela obtenu, « M. Ducamp examina le canal, reconnut un autre rétrécisse-

« ment à 18 lignes plus loin que celui qu'il venait de détruire « par le caustique, et il se préparait à détruire ce second rétré- « cissement qui était moindre que le premier,- lorsqu'il mourut.

« Je restai avec ce second rétrécissement jusqu'en 1839, épo- « que à laquelle je fus repris d'une rétention complète; je m'a- « dressai à M. Gœury-Duvivier, qui me traita par les bougies, « les sondes d'étain et le caustique, et m'élargit le canal de ma- « nière que j'urinai plus facilement au moyen de sondes que je « m'introduisais assez souvent. Cependant plusieurs fois j'eus « recours à M. Gœury pour me dilater mon canal qui se rétré- « cissait de temps en temps.

a Le 26 juin 1850, je fus encore pris d'une rétention cornet plète; je m'adressai encore à M. Gœury-Duvivier, qui, après « m'avoir sondé sans pouvoir pénétrer dans la vessie, m'a dit « qu'il sentait des callosités et des pierres qui ne permettaient « pas aux bougies d'entrer, et il me dit ces propres paroles : a Je vous ferais bien un canal, .mais eela pourrait durer trop « longtemps ; je vous conduirai chez M. Heurteloup, qui, en « très-peu de temps, vous fera un canal neuf.

« Effectivement, je fus le même jour chez M. Heurteloup avec « M. Gœury, et M. Heurteloup, après avoir examiné le canal, « jugea convenable, vu les tentatives qui avaient été faites et le « sang que j'avais perdu, de remettre au lendemain le traitement « qu'il voulait me faire.

« Le lendemain, lorsque M. Heurteloup vint, il me trouva au « lit avec une fièvre violente qui ne lui permit pas de m'opérer « autrement qu'en m'introduisant une petite bougie jusque dans «le rétrécissement, ce qui me donna la faculté de vider ma « vessie goutte à goutte, et me soulagea beaucoup.

« Je restai avec la fièvre et avec ma connaissance pendant « quatre jours, jusqu'au 1er juillet, époque à laquelle je perdis « le sentiment, et je restai pendant huit jours sans avoir la moin- « dre conscience de ce qui se passa.

« Après ces huit jours, je fus tout étonné et bien satisfait de « voir que je pissais facilement et sans douleur par un jet fori « et volumineux, et que je vis M. Heurteloup m/introduire en « riant des bougies qui m'effrayaient par leur volume; elles « avaient i ligne? de diamètre.

« Depuis ce temps jusque aujourd'hui 14 juillet 1853, j'ai uriné « parfaitement, par un jet volumineux, sans douleur, sans au- « cune cuisson, et enfin comme j'urinais dans mon jeune âge.

«Paris, le 14 juillet 1853.

« Guillaume, ancien capitaine, « rue Caumartin, 71. »

Comme on le voit, lorsque je me rendis chez ce malade, il était sous l'empire d'une fièvre violente qui me força à remettre l'opération qui devait le guérir; je me bornai au palliatif d'une bougie qui, introduite jusqu'à la pierre qui effectivement était dans le canal, comme M. Gœury l'avait très-bien reconnu, eut l'heureux effet de faire sortir l'urine goutte à goutte. Cependant le malade, quelque temps après, perdit connaissance et resta sept jours dans cet état.

Le 4 juillet, je profitai de ce temps de torpeur pour rétablir le cours des urines en faisant disparaître tout ce qui faisait obstacle, c'est-à-dire les parties rétrécies du canal et la pierre qui se trouvait derrière ou plutôt enclavée entre deux rétrécissements ; cette pierre avait, à peu près, le volume d'un très-petit haricot. Une petite proéminence avait été rompue et trouvée par M. Gœury; il me l'avait montrée en m'amenant M. Guillaume.

Plusieurs pierres très-petites étaient dans la vessie, j'en fis immédiatement l'extraction (1).

Tout cela s'est passé absolument sans que le malade en ait eu conscience. L'opération a duré quelques minutes, et comme, malgré la largeur du canal nouveau que j'avais fait, M. Guillaume ne vidait pas sa vessie pendant qu'il était sans connaissance, j'étais obligé de lui introduire la sonde dont l'emploi l'étonna si fort lorsqu'il revint à lui.

(1) M. Guillaume est l'un des cinq malades desquels j'ai déjà parlé, et que j'ai guéris en même temps et de leurs pierres et de leurs rétrécissements. Je mets le cas de M. Guillaume dans ce recueil parce que ses pierres étaient petites et que ce cas est plus curieux sous le point de vue du rétrécissement que sous celui de la pierre.

M. Guillaume s'est parfaitement porté depuis son opération,' et son jet s'est conservé large et puissant (1). Il demeure toujours rue Caumartin, 7J.

M. le capitaine Guillaume a conservé jusqu'à la tin de ses jours le canal que je lui avais donné. La lettre suivante le prouve :

Mon cher Confrère, •

Vous me demandez des renseignements sur un de mes anciens clients, qui a été aussi le vôtre, M. le capitaine Guillaume, 71, rue Caumartin. En consultant mes notes, je trouve que ce malade est mort le 9 août 1856 d'une affection étrangère à la vessie; le canal de Vurèire était parfaitement libre, car fui pu pratiquer le cathérisme sans la moindre difficulté dans les derniers moments de la vie.

Veuillez agréer, mon cher confrère, l'assurance du profond respect de votre très-humble serviteur.

Tena m ,

Médecin par quartier de S. M. l'Empereur, 8, rue Mogador.

(1) Cependant, il y adeux années, par suite de l'imprudence que M. Guillaume avait faite de se mettre entre deux fenêtres ouvertes, tout chargé de pluie et tout en sueur, il fut pris d'un état fluxionnaire dans le périnée qui fermacomplétement l'urètre et empêcha la miction pendant deux jours. Des bains et des saignées firent cesser cet état et le canal revint sans cathétérisme au diamètre normal ; cependant lastrangurie étant complète, il a fallu employer les moyens de cathétérisme d'urgence, et cela sans succès; la fluxion comprimait tellement le canal que rien ne put passer. J'aurais bien faitun canal, mais comme la rétention ne résultait pas (^obstructions dans le canal, mais d'une compression autour du canal par les parties gonflées, je dus m'abslenir. C'est le seul cas d'occlusion du canal par fluxion que j'ai vu dans toute ma vie.

o2 ans. — Jilennorrhagie en 1824. — Rétrécissement depuis vingt ans. — Rétention. — Cathétérisnie forcé. — Petit succès. — Retour du rétrécissement.— Opération de M. Leroy d'Étiolles. — Insuccès. —Nouvelle opération par le même. — Insuccès. — Apparition de tumeurs au périnée.— Rétentions complètes. — Abcès. — Réapparition des tumeurs et des abcès. — Fièvres d'accès pour éliminer par la peau l'urine retenuCi — Apparition de fistules ur inaires. — Évacuation des urines par le périnée.— Oblitération complète du canal.—' Opération. — Rétablissement immédiat. — Persistance des trous fistuleux malgré le rétablissement du canal. — Opération pour enlever les conduits fistuleux . — Guérison définitive des fistules. — Traité sans succès par MM. les D1'3 Montazaux, Fogère, Jowj, Garnier, h'ojret, et Leroy d'Étiolles. — Persistance du canal depuis six années. .

[l enu ii moi directement.)

Le 31 janvier 485-4, M. Lépinoy, coiffeur, demeurant à Batignolles, rue de Lévis, 31, vint me trouver sur l'indication de plusieurs malades guéris antérieurement par moi dans son voisinage, et particulièrement de M. Dupoux (voy. l'observation, page 77). Ce malade avait l'urètre presque complètement obstrué, si ce n'est tout à fait, et il rendait ses urines par sept ou huit trous qu'il avait au périnée, à 2 pouces de l'anus.

Le cas de ce malade étant très-compliqué, je dus l'examiner a deux reprises différentes, le 3 et le 7 janvier, et étudier son canal avant de me résoudre à opérer.

Les examens terminés, examens pendant lesquels je détruisis quelques valvulettes fibreuses afin de me donner de la place pour faire mes explorations, j'attendis quelques jours pour faire donner une forme particulière à quelques clefs (voy. la note page 1-46), et le 21 janvier, je rendis immédiatement au malade un canal de 7 millimètres.

11 restait les trous fistuleux par lesquels l'urine s'écoulait; mais comme j'avais déjà obtenu la guérison de fistules en donnant une libre issue aux urines (4), je conseillai à M. Lépinoy d'attendre

(1) Voyez l'observation Racine, page 97. Il m'est arrivé plusieurs fois d'obtenir cet important résultat.

pour connaître si cette heureuse circonstance ne se présenterait pas pour lui. C'est ce qu'il fit.

J'attendis quelques mois, et, clans cet intervalle, je demandai à "M. Lépinoy de me dire son histoire, qu'il me raconta en ces termes le 25 avril 1854 :

« J'ai, me dit M. Lépinoy, 52 ans; je jouis d'une bonne consti- « tution, je n'ai jamais eu de maladie, si ce n'est un échauffe- « ment que j'ai contracté le 22 juillet 182-4, il y a trente années ; « cet échauffement m'a duré quatre mois , après lesquels il a « cessé complètement. Dès ce moment, le jet de mes urines a « commencé à diminuer. Dès 1826, le jet était déjà très-petit, à « peu près de la grosseur du petit bout d'une dent de fourchette. « Je suis resté dans cet état jusqu'en 1835. En 1836, je m'adressai « à M. le Dr Montazaux, qui, voyant que je ne pouvais uriner, fit « venir un chirurgien de l'hôpital de la Pitié , qui me sonda en « pénétrant avec violence, et en me faisant ressentir une douleur « affreuse; le sang coula en abondance. Cependant, pendant « deux années, je pissai avec un jet un peu plus fort, mais avec « des efforts considérables.

« En 1838, je passai par les mains de MM. les D1S de Fogères, « de Jouy, Garnier et Noiret, qui, après une consultation, firent « demander M. Leroy d'Étiolles.

« M. Leroy d'Etiolles me fit des tentatives, pendant trois jours a durant, tentatives qui m'ont fait beaucoup de mal, et, après « ces trois jours, il parvint enfin à me mettre des petites bougies « et un instrument, et me dit que fêtais opéré. Cependant je ne « m'aperçus pas, après ces opérations, qui me furent si doulou- « reuses, que je pissasse mieux. Après six mois, pendant les- « quels je restai dans le même état qu'avant, je me décidai à « retourner chez M, Leroy d'Etiolles (1), qui m'introduisit avec « force une sonde qui me fit rendre un verre de sang, et je m'en « retournai chez moi, pissant'très-peu, mais malade d'une fièvre

(1) J'avais mis ici une note dans ma première édition, que je remplace par celle qui va suivre , afin de varier l'instruction de mes lecteurs.

J'ai souligné ce mot d'Étiolles toutes les fois qu'il a été question du chirurgien qui a trouvé ce nom de son goût, parce que, depuis la loi sur

« violente, qui me mit au lit pour un mois, et qui me lit attein- « dre la fin de l'année 1849.

« Depuis 1849, je restai sous l'influence de rétentions com-

les titres, particules et faux noms, M. Leroy a publié que cette rallonge, qu'il fait retentir si souvent, était un nom de caprice.

En effet, voilà ce qu'on lit dans le Journal général d'affiches du mercredi 28 avril 1858, n° 17,012 :

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