GUÉRARD
Employé à la Caisse de la Boulangerie.
Rue du Faubourg-Saint- Jacques, 17.
Plusieurs blennorrhagies. — Persistance d'il» écoulement chronique pendant dix années, — Rétrécissement mou et vasculaire. — Ablation de la partie malade. — Rétablissement immédiat du cours des urines , et guérison de cet écoulement interminable.' — Bien-être persistant depuis cinq ans et demi. — Traité par MM. les Dn Chanel et Fera t.
( Venu à moi directement.)
Le A avril 1854., M. Emile Dumas, employé, m'est amené par M. Dupoux, que j'avais opéré antérieurement (observation p. 89). M. Dumas était sous l'empire d'une rétention d'urine incomplète, et, sur ma demande, il me remit l'exposé suivant de sa maladie :
« J'ai 28 ans.
« En 1847, je fus malade d'un violent écoulement ; soit qu'il « n'ait pas d'abord bien guéri, soit pour toute autre cause, il a « reparu à diverses reprises.
« En 1850, j'eus un autre écoulement également grave , qui « ne fut guéri que six mois après, et tout aussi imparfaitement « que le premier.
« A la fin de la même année 1850, j'eus un autre écoulement, « mais moins grave que le précédent.
'< Enfin, en 1851, j'eus encore deux de ces mêmes maladies, « et, malgré les soins les plus minutieux et l'abstinence la plus « grande, je n'ai pu me débarrasser de la dernière.
« Aujourd'hui l'écoulement est presque constant.
a Quant à l'obstacle au cours de mes urines, il est considéra- « ble; la quantité de liquide que je rends est expulsée par un jet « gros comme un fil, et mon urine contourne et tombe en pluie, « ce qui me salit.
« Je souffre considérablement en urinant.
« Je me suis fait traiter par M. Chanet, docteur-médecin à «Paris, et M. le Dr Ferat, rue des Dames, 9, à Batignolles; « mais malgré cela l'écoulement n'a pas cessé, et le rétrécisse- « ment devient de plus en plus grand , au point que je suis un « temps fort long à vider ma vessie, qui encore ne se vide pas.»
Je remis M. Dumas au lendemain 5 avril , et je le débarrassai immédiatement.
Je trouvai à la courbure de l'urètre une partie boursouflée et molle qui rétrécissait assez le canal pour qu'une bougie de 1 millimètre et demi fût serrée ; cette partie avait 2 centimètres de longueur, je la fis disparaître, et dès lors M. Dumas rendit ses urines par un jet volumineux et vigoureux.
L'écoulement produit par cette partie malade est presque complètement tari, il reste une humidité du méat (1).
M. Dumas, comme du reste la plupart de mes autres malades , n'a aucunement interrompu ses occupations par suite de l'opération que j'ai dû lui faire pour le rendre promptement à la santé.
Aujourd'hui, 4 novembre 1854, M. Dumas est dans un état parfait. Il m'écrit que son jet est tout comme après l'opération, il est large; qu'il le trouverait magnifique s'il était plus rond, que sa vessie se vide promptement et franchement.
On voit que mon succès aurait été tout à fait complet, si j'avais donné à RI. Dumas un jet d'une entière rondeur, et si j'avais satisfait sa coquetterie. Je pourrais l'obtenir, mais vraiment cela n'en vaut pas la peine. Je laisse donc M. Dumas comme il est sous ce rapport.
Voici la réponse de M. Dumas à mes trois questions de la page 9 ; cette réponse est péremptoire :
(1) Dans le cas de rétrécissement compliqué d'écoulement, jetais souvent cesser l'écoulement par l'opération; mais il faut <\\\% j'attende pour savoir si j'obtiendrai effectivement ce résultat. Dans le cas de M. Dumas, j'ai attendu et je vois que, à peu de chose près, j'ai réussi. Un petit traitement est indiqué ici pour tarir la légère blennorrhée qui persiste; ce malade va y être soumis.
A MONSIEUR. LE BARON HEURTELOl 1>,
31, rue Louis-lc-Graiul.
Ce 31 mai 1859.
Monsieur,
Vous me demandez comme»/ je me porte depuis l'opération que vous (irez bien voulu me foire. Je viens satisfaire à celle demande.
Depuis l'opération que vous m'avez faite j'urine parfaitement bien , cl te jet s'est un peu arrondi; i! csl, d'ailleurs, toujours puissant.
Quant à la douleur que j'ai ressentie pendant l'opération, elle a été insignifiante.
J'ai plus souffert par l'introduction des bougies (qui ne m'ont pas guéri) que par votre opération qui m'a rétabli, sans compter que votre opération a duré un moment et que l'introduction des bougies s'est répétée trop souvent.
Je n'ai pas besoin, mon cher Docteur, de vous assurer de toute ma
reconnaissance respectueuse.
Dumas.
Montmartre, rue des T rois-Frères, '2ô.
Je n'ai à faire sur le cas de M. Dumas qu'une toute petite observation, mais qui a une importance fort grande , puisqu'elle touche à une question que j'ai déjà soulevée et que je soulèverai encore, car elle est fondamentale. On a vu à la lin de l'observation rédigée en 1855 que M. Dumas se plaignait d'avoir un jet aplati après mon opération, et qu'à ce sujet je faisais une plaisanterie sur la coquetterie du malade. Eh bien, comme on le voit, je ne me suis pas rendu au désir insinue par M. Dumas, d'arrondir son jet. Or on voit par la lettre de 4859 que ce jet s'est un peu arrondi tout seul.
Est-ce que ce fait, tout petit qu'il soit, n'a pas sa portée?
A-t-on vu souvent les jets s'améliorer tout seuls après cinq
années? La blennorrhée s'est aussi passée toute seule/ par
le fait de l'opération.
Blennorrhagie violente. — Obstacle à la miction. — Traitement empirique d'abord. — Usage des bougies. — Légère amélioration- — Retour de la slrangurie. — Opération le 6 décembre 1847. — Plusieurs rétrécissements Ires-étroits. — Guérîson immédiate. — Persistance du ÏÏien-être depuis douze années.
[I eau à moi directement.)
M. André Schinnebbb, 52 ans, de Winshim, en Bavière, bottier, rue de l'Échiquier, 14, a eu une blennorrhagie violente en 1836. Il se rendit dans la rue Montorgueil, chez ;)/. Albert, qui lui administra des pilules et un flacon plein d'une liqueur qui ressemblait à du vin du Midi très-épais. Ce traitement fut continué pendant trois mois ; les pilules et le flacon duraient quinze jours. L'écoulement cessa alors et le malade, s'a percevant que ses urines ne coulaient plus librement, retourna chez M. Albert, qui lui donna une bougie pour l'introduire dans son urètre; mais M. Schinnerer ne parvint jamais à accomplir cette prescription. La difficulté d'uriner continua et augmenta surtout après avoir bu un peu de vin ; alors la sortie de l'urine était presque impossible. Bientôt cet état se compliqua d'un sentiment de brûlure près de l'anus, que le malade calmait en s'introduisant du suif dans cette partie. Après sise années de ces souffrances, M. Schinnerer rencontra M. Durocher, de la rue Saint-Merry, auquel il raconta ses douleurs. M. Durocher invita le malade à se rendre chez lui; il lui introduisit dans la vessie plusieurs bougies fines, ce qui ne se fit pas> suivant le dire du malade, sans douleur et sans lui faire perdre beaucoup de sang, surtout dans le commencement. Ce traitement, qui dura trois mois, fut accompagné de bains de siège qui furent pris au nombre de 30 dans l'été de 1843. Sous l'influence de cette médication, le malade urina d'abord avec moins de difficulté , mais le rétrécissement reparut bientôt. Il y a deux ans, en 1845, M. Schinnerer consulta M. le Dr Paris , rue Cadet, qui lui conseilla des douches froides, ce que le malade ne fit pas. Enfin> le
28 novembre, Schinnerer ayant rencontré M. Lavalette (1), un des malades que j'avais opérés quelques mois avant, il vint me trouver, le 6 décembre 18 47.
Je constate un rétrécissement très-prononcé à 5 centimètres. II admet cependant une bougie de 1 millimètre et demi , mais qui passe avec peine ; ce rétrécissement franchi, la bougie se trouve arrêtée à 3 centimètres plus loin. Après avoir fait disparaître ce premier rétrécissement, j'introduis immédiatement une bougie de gomme de 6 millimètres de diamètre qui franchit facilement la place qui était rétrécie, et je rencontre le second rétrécissement, qui se trouve à 8 centimètres; arrivé là, la bougie bute soudainement et ne s'engage pas dans un infundibulum. Je retire la sonde, j'explore avec les moyens appropriés, et je reconnais un rétrécissement de 'S centimètres de longueur, et admettant une bougie fine de 1 millimètre de diamètre ; je fais disparaître ce second rétrécissement, et je pénètre dans la vessie avec facilité et avec une bougie de gomme de 6 millimètres de diamètre. Aussitôt le malade, qui ne rendait ses urines que goutte à goutte, les rend avec un jet plein et. avec une grande force. Pendant tout le temps de l'opération, qui dura, en comptant les explorations, à peu près trois quarts d'heure, le malade n'éprouva pas de douleur et ne rendit pas une goutte de sang.
Le 29 décembre 1847, le malade, en Qu'écrivant que son jet a gardé toute son ampleur, m'envoie le fil qui indique sa force, et ce fil a 1 mètre 10 centimètres de long.
Le 10 juin 1854 (sept ans après l'opération), M. Schinnerer se trouve dans un état parfait, ainsi que le constate la lettre suivante :
« 6 novembre 1854.
« Monsieur le Baron,
« Je vous remercie beaucoup d'être venu vous informer de
(1) Ce malade est en Améiiqueavec Cabet ; c'était un cas fort intéressant, je suis bien fâché de n'avoir pas pu le suivre. Je l'ai cependant suivi quatre années. Son jet s'était conservé; l'état de maladie dans lequel était sa vessie me fait craindre qu'il n'ait encore besoin de mes soins; si je le revois, je publierai son cas, car je l'ai opéré à cette condition.
1851). — Je n'ai pas revu cejnalade.
« l'état de ma santé; je me porte toujours très-bien depuis que « vous m'avez guéri. Si vous me le permettez, monsieur le Baron, «j'irai vous rendre une visite pour vous dire moi-même combien « je suis reconnaissant de m'avoir guéri si promptement et sans « souffrances.
« Signé Sçhiïnjneber., « rue Bergère, 21. »
11 y a 12 années que M. Scbinnerer a été opéré et cependant il continue à se bien porter. Voici la lettre qu'il a écrite en réponse à mes trois questions de la note de la page 9.
Paris, ce 16 avril 1859.
Monsieur le Baron,
Je prends. , comme vous le désirez, la liberté de vous donner de mes nouvelles. Quand je pense que les autres docteurs m'ont fait souffrir longtemps sans résultats et vous, vous m'avez guéri à l'instant même. Voilà 12 ans que je suis toujours parfaitement guéri cl en bonne santé.
Je serai reconnaissant toute ma vie de la bonté que vous avez eue pour moi.
Je suis voire respectueux serviteur,
SCHINNEKKK.
2 1 , rue Bergère.
P. S. Quant à ce que vous me demandez, je n'ai pas souffert du tout pendant l'opération ; quant au traitement par les bougies il m'a fait beaucoup souffrir et elles ne m'ont pas guéri, sans compter les autres inconvénients.
— Mil —
Hypospadias congénital. — Plusieurs blennorrhagies sèches et humides alternatives. — Rétrécissements à la partie prostatique de l'urètre, produits par cette cause. — Cautérisation. — Incision du rétrécissement. — Accident à l'hypospadias. — Orchite consécutive avec abcès. — Traitement sans succès de l'hypospadias. — Bougie à demeure. — Autres rétrécissements à 10 centimètres , produits par cette bougie. — Nouvelles opérations pour guérir l'hypospadias. — Nouvelle orchite. — Abcès autour de l'anus. — Insuccès. — Emploi de l'électricité contre le rétrécissement supérieur. — Succès momentané. — Retour des accidents causés par les rétrécissements. — lre opération. — 2e opération. — La bougie prise en flagrant délit de nocuité. — Rétablissement immédiat sans aucun trouble quelconque. — Traité infructueusement par MM. Chassaignuc, Philips, Wertheimberg, Malgaigne, Huguier. — Persistance du bien-être pendant cinq années.
(Envoya par M. le Dr Huguer.)
Le 10 novembre 1853, mon confrère M. Huguier, de l'hôpital Beaujon, a bien voulu m'envoyer un malade qu'il avait traité pendant longtemps d'un hypospadias, sans avoir été assez heureux pour corriger cette difformité. Le malade, M. 0**% employé, avait aussi des rétrécissements de l'urètre dont il voulait être guéri ; il les avait déjà fait traiter par beaucoup de chirurgiens de renom avant d'entrer sous les soins de M. Huguier : c'était donc pour débarrasser M. 0**¥ de cette dernière infirmité qu'il me fut envoyé. Je priai M. 0*** de revenir le 23 novembre 1853, je t'opérai en deux fois et le guéris. Je transcris l'observation de M. 0*** telle qu'il me l'a remise quelques mois après son opération ; je la ferai suivre de mes observations propres.
« Je m'appelle 0**+ (Toussaint) ; je suis né à Courgeours , « près Mortagne (Orne); je suis âgé de 25 ans et employé.
« Je suis affecté d'un hypospadias depuis ma naissance. J'ai « appris par mes parents qu'après être né, l'on s'était aperçu que « je n'avais pas le méat urinaire ouvert ; on eut recours à un « chirurgien, qui pratiqua une ouverture au-dessous de la partie « inférieure du gland,* au moyen d'un bistouri (1).
(1) Les hypospadias sont ordinairement naturels; celui-ci est remarqua-
« Je conservai toujours cette infirmité, sans être gêné; j'uri- « nais parfaitement droit et d'un seul jet.
« A 21 ans, au mois d'octobre 1849, je contractai une blen- « norrhagie aiguë qui dura près de trois mois et que je traitai « parles moyens ordinaires, le copahu et des injections de nitrate « d'argent en solution.
« Cependant j'éprouvais toujours un petit chatouillement (1) « dans le canal, qui, au lieu de diminuer, augmentait tous les «j ours.
« Vers les premiers jours de mai 1850, j'aperçus un matin une « goutte de pus blanchâtre, suintant au méat urinaire ; depuis « plus de quinze jours, je n'avais cependant pas vu de femme.
« Je m'adressai à un pharmacien, qui me prescrivit des injec- « tions d'extrait de saturne étendu dans de l'eau. Après deux ou « trois injections que je fis le même jour, l'écoulement avait com- « plétement disparu ; mais bientôt il fut remplacé par des douce leurs intolérables de cuisson dans tout le canal. L'émission de « l'urine était très-douloureuse; de plus, il y avait incontinence. « J'éprouvais un puissant besoin d'uriner et la fonction était tou- « jours accompagnée d'extrêmes douleurs; je me mis à combattre « vigoureusement l'inflammation par les anti-inflammatoires et « les calmants. Pendant deux mois je suivis ce traitement; je « n'obtins qu'un très-petit soulagement, qui n'eut aucune durée.
« En juillet 1850, je fus consulter M. Ghassaignac, qui le pre- « mier me sonda; il constata un rétrécissement au bulbe, plus « une inflammation du col de la vessie. Il me fit passer des boute gies en cire, tous les jours, que je conservais dans le canal pence dant une demi-heure; un grand bain tous les deux jours; ti- « sane d'orge et chiendent. Au bout de deux mois de traitement,
ble en cela qu'il est dû à fart, qui aurait bien fait de ne pas placer l'ouverture de l'urètre en dessous, mais bien, autant que possible, à sa place naturelle. Cependant cela était difficile dans le jeune âge; il y aurait beaucoup à dire là-dessus.
(1) J'engage tous les blenuorrhagiques nouvellement guéris à faire attention à ce petit chatouillement; il est souvent le signe d'un rétrécissement qui commence, et souvent aussi il existe lorsque le jet d'urine n'est ni déformé ni amoindri.
« j'étais assez bien, je n'éprouvais plus que quelques douleurs « de temps à autre, mon état était assez satisfaisant, et, sur l'avis « de M. Chassaignac, je cessai le traitement. Je me plaçai de « nouveau, croyant être guéri; mais bientôt les douleurs revin- « rent comme par le passé, quoique je n'eusse fait aucun excès. « Au mois d'octobre 1850, je fus consulter M. Philipps, qui « constata un rétrécissement dans la partie membraneuse, plus « une grande inflammation du col de la vessie , qu'il attribua « aux injections de nitrate. Il commença le traitement par des « bougies en cire, qu'il me faisait garder pendant dix minutes ; c< il me fit des injections d'eau froide dans la vessie. Ce traite- « ment dura deux mois environ ; j'avais obtenu de l'améliora- « tion ; le progrès de la dilatation avait été assez rapide : le n° 8 «passait assez facilement, sans douleurs et *sans rencontrer « d'obstacjes. Toutefois il existait toujours une grande sensibilité « près du col de la vessie; l'émission de l'urine se faisait parfai- « tement et à gros jet: seulement après j'éprouvais toujours une « forte cuisson, qui était très-tenace. M. Philipps me fit une in- « jection, dans la vessie, d'un liquide très-limpide et incolore, « mais dont je ne puis dire le nom et la composition. Pendant « l'espace de trois heures, cette injection me fit bien uriner « douze fois, et j'éprouvai une très-grande cuisson dans toute « l'étendue du canal pendant près de quatre heures.
« Après cette injection, M. Philipps me déclara que j'étais « guéri; il me dit de ne plus m'occuper de mon canal, de vivre « comme par le passé, toutefois en ne faisant pas d'excès. Six se- « maines après ce traitement, ayant toujours vécu d'un régime « très-doux, l'émission de l'urine redevint très-douloureuse et « très-fréquente; je ressentais des élancements très-aigus dans « le canal et surtout dans la partie profonde, et comme un « étranglement au col de la vessie.
« Dans le courant de janvier 1851 , M. Philipps pratiqua la « cautérisation avec le nitrate d'argent au moyen d'une sonde « appelée sonde Lallemand (1); cette cautérisation ne produisit « d'autre effet qu'une très-grande inflammation , une grande
(1) Voyez la note, page 108.
« perte de sang, qui dura près de huit jours , et un surcroit de « rétrécissement. L'émission de l'urine était très-douloureuse et «très-fréquente; outre cela, j'éprouvais des douleurs très-ai- « guës dans le canal et surtout là où la cautérisation avait été « pratiquée.
« M. Philipps me fit recommencer la dilatation du rétrécisse- « ment, toujours au moyen de bougies en cire, pendant près de « trois mois, et quelques injections composées d'eau distillée, « laudanum et sulfate de zinc. Ce traitement ne produisit que « peu d'amélioration, seulement il y avait un peu de progrès de « la dilatation ; toutefois je souffrais toujours, et l'émission de « l'urine était très -fréquente; j'éprouvais une irritation vive au « col de la vessie.
« Au mois de mai 1851, M. Philipps pratiqua la scarification. « D'abord mon hypospadias fut agrandi par l'introduction du « scarificateur ( opération qui eut un triste résultat) , ensuite « j'eus une forte fièvre et une inflammation du testicule gau- « che (1). Après quelques semaines de traitement de cette or- « chite qui n'eut aucun résultat, M. Philipps m'engagea à aller « de sa part me présenter à M. Malgaigne, pour être admis dans « son service.
« Vers la fin de juillet 1851, j'entrai dans le service de M. Malte gaigne, salle Saint-Augustin, n° 83 (hôpital Saint-Louis). « M. Malgaigne me traita d'abord par les cataplasmes et l'iodure « de potassium.
« Après cinq ou six semaines de ce traitement, je sentis de « fortes douleurs dans l'aine et dans le testicule, qui prit plus de « volume et devint plus sensible que lors de la première appari- « tion de l'orchite. M, Malgaigne prescrivit des sangsues sur le « testicule et de petits vésicatoires dans l'aine. Cette médication «fut infructueuse; le gonflement et les douleurs persistèrent et « ne cessèrent qu'après l'ouverture d'un abcès qui m'était venu « au testicule. Pendant plusieurs jours, l'ouverture donna une « grande quantité de pus sanguinolent; à partir de ce moment , « je fus soulagé. Après un séjour de quatre mois à l'hôpital Saint-
(1) Voyez l'observation Fraigneau, page 97, 2e paragraphe.
« Louis, j'en sortis, sur l'avis de M. Malgaigne, bien que je souf- « frisse toujours de mon rétrécissement ; j'urinais très-souvent « et l'émission était très-douloureuse.
« Je fus consulter M. Huguier au mois de décembre 1851; j'en- « trai dans son service, hôpital Beaujon, 1er pavillon, n° 210 , et « plus tard n° 202. M. Huguier me prescrivit de prendre tous les « jours 2 grammes d'iodure de potassium additionné de 12 gout- « tes de teinture d'iode dans 10 grammes d'eau; frictions sur le « testicule avec la pommade d'iodure de plomb; cataplasmes de « fécule, un grand bain tous les deux jours et repos au lit; pasce ser soir et matin des bougies en gomme élastique pendant une « demi-heure. Après deux mois de traitement, j'étais assez bien, « je ne souffrais plus de mon testicule; je conservais toujours un « petit durillon dans l'épididyme, qui resta toujours très-dur; « j'avais toujours de l'inflammation dans la partie profonde du « canal. Après l'émission de l'urine , je ressentais toujours une « forte cuisson, accompagnée d'une douleur lancinante et très- « aiguë.
« Au mois d'avril 1852, M. Huguier pratiqua l'opération de « l'hypospadias, en traversant le sommet du gland avec un bis- « touri étroit et en fermant l'ouverture de l'hypospadias au « moyen d'épingles à suture; il plaça un bout de sonde coupée « dans le canal, d'environ 4 pouces de longueur, que je conservai « près de deux mois sans interruption. Cette opération n'eut pas « un bon résultat; elle ne produisit d'autre effet que l'apparition « d'une orchite du testicule gauche, qui se termina par l'ouver- « ture d'un petit abcès. Quant à l'hypospadias, il fallut se ré- « soudre à pratiquer plus tard une nouvelle opération. On re- « commença de nouveau la dilatation du rétrécissement par les « sondes à demeure, que je ne pouvais conserver longtemps « sans avoir de la fièvre. Sur la demande que je fis à M. Hu- «guier d'essayer, contre mon rétrécissement, de l'électricité « par le procédé de M. Wertheimberg, la permission me fut ac- « cordée.
« Le 1er juin 1852, M. Wertheimberg commença l'emploi de « l'électricité ; après une douzaine de séances de sept à dix mi- « mîtes, j'avais obtenu une dilatation ; toutefois il y avait tou- « jours de la sensibilité dans la partie profonde du canal . sensi-
« bilité que f avais toujours ressentie depuis le début de mon « rétrécissement. L'émission de l'urine se faisait par un jet et « sans douleur. M. Wertheimberg cessa l'emploi de l'électricité « et me conseilla de faire usage de bougies métalliques, deux fois « par semaine, pendant cinq minutes : par ce moyen, il disait « que je maintiendrais la dilatation de mon rétrécissement, mais « je ne pus faire cela, à cause des nouvelles opérations qui ont « dû être tentées par M. Huguier, pour me débarrasser de mon « hypospadias.
« Ces opérations m'effrayaient un peu ; cependant je m'y ré- « solus.
« Quatre grandes opérations ont donc eu lieu, à différentes « reprises, sans avoir pu obtenir un résultat satisfaisant; ces opé- « rations, pratiquées au moyen d'incisions dans le sommet du « gland et dans la partie inférieure de la verge, furent longues « et douloureuses ; la réunion des parties incisées fut tentée au « moyen d'épingles à suture et fil ciré; je conservais toujours « dans le canal un bout de sonde coupée d'environ 4 pouces de « longueur. A chaque opération, je fus forcé de garder ce bout « de sonde jusqu'à ce que les tentatives eussent complètement « échoué. La première de ces opérations et la cicatrisation qui « dut s'ensuivre dura deux mois; la deuxième, dix jours; la « troisième, trois mois ; la quatrième, trois mois. Aucune n'eut « de succès, et elles donnèrent lieu à deux larges et profonds « abcès, près de l'anus, qui exigèrent des opérations desquelles a je fus longtemps à me remettre.
« Aujourd'hui , 1er novembre 1853 , l'hypospadias existe toute jours, seulement beaucoup plus bas qu'auparavant; de plus, il a y a déformation complète du gland; le prépuce est coupé; « j'ai plusieurs cicatrices, par suite des incisions qui ont été fai- « tes; le peu que je rends d'urine, je le rends en arrosoir par dix « petits jets en pluie fine qui s'écartent et me salissent. Mes pre- « miers rétrécissements , que je constate avec une sonde de « gomme à boule, sont tout à fait revenus; les nouveaux, causés « par les bouts de sonde qui ont été mis dans mon canal, font « des progrès tous les jours. J'éprouve fréquemment le besoin « d'uriner, et peu à la fois ; l'émission est toujours accompagnée «d'une forte cuisson; immédiatement après., je ressens des
« élancements très-aigus, pendant lesquels j'éprouve encore le « besoin d'uriner; joint à cela, je sens toujours une grande douce leur vers le col de la vessie , avec un étranglement accompa- « gné d'une sensation qui nie fait l'effet d'un fer rouge lorsque « j'urine; il me semble que ma vessie devient très-volumineuse « et très-sensible. J'éprouve la sensation d'un gonflement con- « sidérable au col ; derrière ce gonflement , il séjourne de « l'urine; mes urines s'écoulent dans ma cbemise après que j'ai « pissé.
« Le faux canal que M. Huguier m'a fait est presque fermé ; « mon hypospadias est toujours ouvert ; c'est par cette ouverture « que mes urines sortent en grande partie; elles sortent un peu « par le faux canal.
« Après un séjour de vingt-deux mois à l'hôpital Beaujon, je « l'ai quitté le 8 novembre 1853, et je me suis rendu, d'après «l'invitation de M. Huguier, chez M. le Dr Heurteloup , pour « m'ôler mes rétrécissements.
« Ce 4 mai 1854.
« cr*,
« rue Neuve-des-Capucines, 21.»
Mes observations sur le cas de M. 0***.
M. 0*¥* avait un hypospadias juste au-dessous du gland , et il a eu le malheur d'être blessé dans les manœuvres faites pour inciser le rétrécissement. Par suite de cette blessure, l'ouverture de cet hypospadias , qui était bornée par une membrane très-mince, a été reculée d'un centimètre : de là la tentative de M. Huguier pour corriger cette difformité. Mais on a vu que, malgré l'habileté, les soins et la patience de mon confrère, l'hypospadias a résisté. Cependant le faux canal a persisté pen dant quelques jours, peu à la vérité, et s'est ensuite fermé ; il est. à présent réduit à 1 millimètre de diamètre. J'ai tenté deux fois, il y a vingt-cinq ans, de faire un faux canal dans un cas d'hypospadias placé clans ces conditions : je n'ai pas plus réussi
que M. Huguier; aussi je ne le tente plus, par la raison qu'il n'y a pas d'étoffe pour la réunion à l'endroit où est située l'ouverture de Thypospadias. Je suis sûr que si le malade fût tombé dans les mains de M. Huguier lorsque l'ouverture de son hypospadias était presque au bout de la verge, il n'y eût pas touché.
Quant aux rétrécissements, on a vu tous les traitements employés par des chirurgiens de mérite et de haut caractère; eh bien! aucun de ces traitements n'a réussi, et le mien a rendu la miction facile du premier coup. J'y suis bien revenu à deux fois; mais, la première fois, cela a été pour débarrasser l'urètre du rétrécissement traumatique produit par la bougie tronquée que M. Huguier a dû laisser à demeure pour parfaire le faux canal. Cet inconvénient entre dans les nécessités du traitement de Thypospadias, et c'est une raison de plus de laisser cette difformité tranquille.
Une seconde opération a débarrassé M. 0*** du rétrécissement au col qui le tourmentait depuis si longtemps, et cela immédiatement.
J'ai fait la première le 23 novembre 1853, et la seconde le 10 décembre de la même année; j'ai mis un si grand intervalle entre les deux opérations pour un motif qu'il est inutile de dire ici.
Le rétrécissement traumatique produit par la bougie, pendant le traitement de Thypospadias, était composé d'un tissu cicatriciel boursouflé et saignant qui fermait le passage; je le fis disparaître. J'en fis autant au rétrécissement du col; celui-là était fibreux, à valvulettes d'une longueur de 2 centimètres. Aussitôt cette partie rétrécie disparue, la miction s'opéra immédiatement par un gros jet qui s'est parfaitement conservé depuis.
Quant à ces opérations, je laisse parler le malade, qui les raconte ainsi.
Relativement à la première, il dit :
« Après un séjour de vingt-deux mois à l'hôpital Beaujon, je « l'ai quitté le 8 novembre 1853, et je me suis rendu, d'après « l'invitation de M. Huguier, chez M. le Dr Heurteloup pour « m'ôter mes rétrécissements.
« Le 23 novembre, je suis allé me mettre à la disposition de « M. le baron, qui m'a fait placer sur un petit lit. M. le baron a
« procédé à l'exploration de mon canal, et, après cet examen, il « s'est muni d'un instrument dont je ne puis dire la forme, car « un rideau avait été placé devant moi (1); tout ce que je puis « dire, c'est que je ne sais pas ce que cet instrument m'a fait, « mais depuis qu'il est entré dans mon canal , j'urine bien plus « facilement, je sens parfaitement que j'ai le canal plus libre, qu'il « a été enlevé quelque chose qui faisait obstacle, et pourtant je « n'ai pas souffert ni senti qu'une lame m'ait coupé. Du reste, « je n'ai pas saigné, ou du moins c'est si peu de chose que ce « n'est pas la peine d'en parler; j'ai la ferme confiance qu'une « fois que cet instrument sera entré jusque dans la vessie, je « serai guéri complètement, car il ne fut pas plutôt retiré que « M. Heurteloup m'introduisit dans la partie opérée une bougie « beaucoup plus grosse que celle que je passais avant et qui « n'avait que 2 millimètres. »
Je ne voulus pas attaquer le même jour le rétrécissement du col, je le remis à une autre fois. M. 0*** revint le 10 décembre, et ce jour- là, je calibrai son canal à 8 millimètres, en faisant disparaître le rétrécissement du col. Je ne mets pas ici la narration de M. 0***, parce qu'elle ressemble à l'autre, si ce n'est cependant qu'il exprime sa surprise d'avoir été guéri sans douleur, sans fièvre, et sans accidents quelconques.
Depuis il a été parfaitement bien portant, à l'exception cependant d'une inflammation de poitrine, pour laquelle je l'engageai à aller se mettre sous les soins de M. Huguier, qui eut alors l'occasion de constater, pendant longtemps, son bien-être sous le rapport de la miction.
Mais tout ce que je viens de dire n'est pas la partie la plus intéressante de l'observation de M. 0*** ; cette partie intéressante, la voici : on a vu qu'une sonde avait été laissée à demeure pour parfaire le nouveau canal; on a vu aussi que l'ouverture de Vhypospadias s'était largement rouverte; eh bien! cette large ouverture a laissé voir les effets de la bougie dans le canal; ce canal présentait , là où il aiwit été en contact avec la bougie, un tissu dur, argenté et fibreux ; par l'ouverture de
(1) Voyez la note 1 de la pase 1 2 i
l'hypospasdias, le malade faisait, en pressant, sortir des paquets de végétations molles et rouges dont je dus faire l'ablation.
Je regarde ce fait comme considérable dans la science, car il fait prendre, de visu, la bougie en état de nocuité; si, après deux mois de séjour, elle a pu produire un tel effet sur le malade que f examine, quel effet peut-elle produire sur le malade qui en fait usage pendant dix, vingt ou trente ans, comme cela se voit?
M. 0*** continue à être bien portant, et Ton sait toujours où il demeure en s'adressant chez M. Hervé, rue Saint-Hyacinthe Saint-Honoré, 4. Son cas est très-curieux à suivre.
M. 0*** (Toussaint) (1) a conservé son urètre tel que je l'avais rétabli , ainsi que le constate la lettre suivante, qui est fort longue, et de laquelle j'élague les parties inutiles :
9 janvier 1859.
Monsieur le Baron,
Il y a bien longtemps que je ne vous ai donné de mes nouvelles, je vous en demande pardon, et je vous promets qu'il n'en sera plus ainsi.
J'ai bien du nouveau à vous apprendre, je me suis marié depuis que je vous ai écrit, et si ma poitrine ne me donnait pas d'inquiétude, je serais le plus heureux des hommes.
Maintenant il faut que je vous parle de mon canal. Je me suis présenté à vous après avoir été dilaté, brûlé, coupé et taillé, et je fus assez heureux pour, il y a quatre ans, être débarrassé en quelques minutes de ma cruelle infirmité'. A vous parler franchement , je me trouvai si heureux que je restai pendant bien longtemps sans croire à ma guérison, pensant toujours qu'un jour ou Vautre je verrais revenir mes atroces douleurs. Eh bien, il n'en a rien "été jusqu'à présent; depuis cette époque, j'urine parfaitement par un jet soutenu et sans aucune douleur. Dernièrement, par pure curiosité, j'ai pris une bougie à boule pour vérifier l'état de mon canal, j'ai trouvé la partie profonde dans le même état que vous
(1) Voir la note de la page 105.
l'aviez mise; mais à l'entrée, à l'endroit où fai eu en contact les bouts de sonde coupés, j'ai senti deux bourrelets. S'ils augmentent, j'aurai recours à vous pour m'en débarrasser, si toutefois vous le jugez convenable.
Daignez agréer, Monsieur le Baron, l'assurance de l'éternelle reconsance de votre tout dévoué ,
0*** (Toussaint).
Les deux bourrelets sont effectivement dus, comme le pense M. 0**% au contact de l'angle formé par les sondes coupées dont la carre a blessé le canal. Cependant, comme on le voit, les bourrelets n'ont pas fait de grands progrès depuis six années. Depuis que j'ai publié ce cas, j'ai vu un grand nombre de rétrécis avec hypospadias. 11 y a une année, j'en ai opéré un qui nonseulement présentait cette disposition, mais qui n'avait pour ainsi dire pas de canal, c'est-à-dire que ce canal n'a jamais eu, lorsque le malade était dans son état naturel, plus d'un millimètre de calibre. Or un rétrécissement survenu dans ce canal si étroit ne laissait plus sortir l'urine que par un jet... invisible. L'anxiété était grande; je dus donc opérer; mais il n'y avait pas d'étoffe, car le canal était mince comme une feuille de papier. J'ai donc fait le passage aux dépens de la lame fibreuse qui sépare les deux corps caverneux, ou qui correspond à cette place.
A peine si j'ai eu du sang.
Quatre blennorrhagies. — Traitements variés. — Blennorrhée persistante. — Traitements encore plus variés. — Insuccès malgré le talent des médecins. — Opération le 5 septembre 1849. — Disparition du rétrécissement et de l'écoulement. — Rétablissement immédiat. — Persistance du bien-être pendant quatre années. — Traité infructueusement par MM. Hirchfeld, Ricord et Collée.
[Envoyé par M. le Dr Delaunay.)
M. le Dr Delaunay, mon voisin, voulut bien m'amener, le
5 septembre 1850, M. le comte de Ce malade, interrogé, me
donna les détails suivants :
« J'ai 40 ans, je suis d'une bonne constitution. J'ai contracté dans ma vie quatre blennorrhagies simples : la première en 1840; elle dura deux mois, pendant lesquels je ne fis aucun traitement, bien qu'elle fût assez violente; abandonnée à ellemême, cette blennorrhagie se termina par résolution, en suivant ses phases ordinaires. La deuxième fut contractée en 1843; celle-ci fut également violente, ne fut traitée que par les bains, car je n'étais pas dans la condition de faire un traitement ostensible. Obligé de me livrer aux dissipations qu'exige la société, mon testicule droit s'enflamma ; je fus traité par les antiphlogistiques et comme orchite simple. Sous l'influence du traitement qu'exigea cette orchite, la blennorrhagie disparut. La troisième fut contractée en 1847; celle-ci fut traitée par les injections de nitrate d'argent et celles de sulfate de zinc, et fut arrêtée après quinze jours de traitement. En 1849, au mois de juin, étant en Prusse, je contractai ma quatrième blennorrhagie. Je traitai celle-ci par les injections de nitrate d'argent et les bains de mer; mais ces bains, assistés de quelques chasses sur les dunes, augmentèrent l'écoulement. Bientôt je vis le jet de mes urines diminuer, tout en conservant mon écoulement. A la fin de juillet, je vins à Paris consulter M. Ricord, qui me traita par la décoction d'uva ursi, le cachou, les capsules de cubèbe et d'alun, et les injections de sulfate de zinc. Ce traitement, quoique assez actif, ne réussit pas, et, bien qu'il
« durât tout le mois d'août, je me trouvai dans le même étal « qu'avant.
« Passant à Nantes en septembre, je consultai M. le Dr Collée, « élève de M. Ricord, qui me fit cesser le traitement de son mai- « tre. II me donna le citrate de fer, le cubèbe avec le citrate « d'alumine et de potasse; des injections avec le vin rouge du « Midi et l'extrait de ratanhia. Ce traitement n'eut pas plus de « succès que l'autre. Cet insuccès engagea M. le Dr Collée à exact miner l'état de l'urètre. Une petite bougie introduite produisit « un léger écoulement de sang. M. le docteur conclut de cette « petite expérience, qu'il n'y avait pas de rétrécissement, et or- « donna de continuer le traitement, qui finit par arrêter l'écou- « Iement.
« Cet état dura jusqu'en mai 1850. Après quelques fatigues « éprouvées à Vienne, à cette époque, avec une femme saine, je « vis mon écoulement revenir. Je consultai M. le Dr Hirchfeld, « de Vienne, qui ordonna d'abord des injections de sulfate de « zinc, injections qui produisirent seulement des intermittences « dans l'écoulement. Voyant cet écoulement résister à son trai- « tement, M. le Dr Hirchfeld examina l'urètre, et constata l'exis- ■ tence d'un rétrécissement qu'il traita par l'introduction des « bougies qu'il me fit garder une demi-heure matin et soir. Kii « même temps, il me faisait continuer les injections styptiques, « et me faisait prendre des bains de siège. Je fis ce traitement « pendant trois mois sans succès; je vins à Paris au mois de sep- « tembre 1850. J'allai consulter M. le Dr Delaunay, qui m'amena « chez vous. »
L'examen me fit découvrir le rétrécissement que M. le Dr Hirchfeld avait reconnu ; ce rétrécissement, qui était mou et vasculaire et situé à la partie profonde de l'urètre, n'était pas considérable; il recevait une bougie de 3 millimètres serrée; je pensai que sur son sommet ou à sa base se trouvait la lésion organique qui donnait lieu à cet écoulement qui durait depuis si longtemps. Du reste, la miction se faisait encore d'une manière suffisante pour que la vessie pût se vider.
Je fis donc disparaître la partie rétrécie, et aussitôt le jet, qui n'avait que le volume d'une paille, prit celui d'une plume d'oie. L'écoulement fut immédiatement arrêté ; seulement il resta pen-
dant quelque temps un léger suintement qui inquiétait M. le
comte de , qui devait se marier. Après quelques semaines,
ce suintement disparut (4); peut-être était-il dû à la modification que j'avais dû faire subir au canal plutôt qu'à la maladie ancienne.
Ge cas est un bel exemple du pouvoir du traitement éclectique immédiat, car on voit à combien de traitements variés, administrés par d'habiles praticiens, a résisté cet écoulement qui faisait depuis longtemps le tourment du malade.
Mon confrère M. le Dr Delaunay m'envoie la lettre suivante, qui prouve que la guérison de M. le comte de *+* a été aussi persistante que prompte :
Paris, ce 2 juin 1859.
Monsieur et très-honoré confrère,
Vous me faites l'honneur de me demander si chez M. le comte de*"*, que je vous adressai, il y a plusieurs années, pour être opéré d'un rétrécissement avec blennorrhée, et qui fut débarrassé si promptement par votre méthode de sa fâcheuse infirmité, la guérison a continué à se maintenir.
Je m'empresse de vous répondre que M. le comte de *** n'a plus rien éprouvé depuis cette époque, et que la fonction s'exécute aussi normalement que possible. ' .
Recevez, Monsieur et honoré confrère, l'assurance de mes sentiments
les plus distingués.
Delaunay,
D. M* Pi
(t) Encore un écoulement arrêté* en même temps que je fais disparais tre le rétrécissement.
Mennorrhagies anciennes. — Écoulements chroniques. — Partie rétrécie de 14 à 17 centimètres de profondeur, et existant depuis 21 ans. — En 1847, M. Ricord traite par les incisions et les bougies. — Mieux pendant quinze jours. — Le rétrécissement revient. — Le malade reste, de 1847 à la fin de 1854, à l'état de strangurie. — Je l'opère et le guéris, le 14 octobre 1854, du rétrécissement et de l'écoulement. — Rétablissement immédiat. — Persistance bornée du bien-être. — Opérations consécutives pour l'entretenir.
(Venu à moi directement.)
M. Battendier, ancien employé, vient me voir le 19 septembre 1854. Il est âgé de 53 ans, et est atteint d'un rétrécissement de l'urètre produit par une blennorrhagie ancienne; ce rétrécissement ne lui permet de vider sa vessie que goutte à goutte, et il est accompagné d'un écoulement.
Je remets son examen et son opération à une époque que je ne puis préciser, et je ne puis lui assigner un jour qu'à un mois de là, le 14 octobre 1854.
Ce jour-là je l'opère et lui rends immédiatement la faculté d'uriner par un jet large, puissant, se faisant sans douleur ou à peu près, immédiatement après l'opération. La partie rétrécie était à 14 centimètres et s'étendait à 17 ; elle était molle, variqueuse dans la première moitié, assez dure dans la seconde. Je fis disparaître le tout sans grande douleur, si ce n'est cependant par la première impression d'une bougie, que j'introduisis d'abord pour reconnaître les lieux (1).
Le 17 octobre , M. Battendier vient me voir; il urine comme il urinait immédiatement après l'opération, a eu un peu la fièvre le soir qui l'a suivi, et enfin est dans une grande joie.
Je demande à M. Battendier son histoire, et il me la raconte en ces termes :
(l) J'emploie quelquefois la bougie comme accessoire dans mon traitement. Eh bien ! c'est un l'ait extrêmement remarquable» que bien souvent le malade se plaint davantage de la bougie que des instruments, même pendant que ces derniers agissent.
« Je suis rétréci depuis vingt et un ans et peut-être un peu « plus. J'ai eu une seule gonorrhée à lage de 19 ans; il y a vingt « et un ans, mon rétrécissement était assez considérable pour « m'obliger de recourir aux soins d'un médecin ; je m'adressai à « M. le Dr Nicod, qui était alors attaché à l'administration Laffîtte « et Caillard, administration de laquelle je faisais moi-même « partie. M. Nicod me passa des bougies pendant quelques mois; k cela me fit mieux pisser.
« Mais mon rétrécissement revint, et comme M. Nicod m'avait « appris à m'introduire des bougies, je me livrai à cette pratique « pendant quinze ans au moins. Mais ces introductions devinrent « douloureuses et accompagnées de si peu d'effet ( car je fus ce obligé de diminuer le volume de mes bougies jusqu'au plus a petit calibre) que j'en vins au point de ne plus uriner du « tout (1).
« A bout de tourments, je m'adressai, en 1847, à M. Ricord, « qui me traita avec les bougies , et qui me coupa l'intérieur du « canal à huit reprises différentes, et m'introduisit toujours des « bougies plus fortes à mesure des coupures.
« Ce traitement dura six semaines. Je pissai assez bien après ; « mais ce mieux ne dura que quinze jours, après lesquels mon « canal commença à se rétrécir de nouveau. Alors je fus obligé « de remettre les bougies que, de même que dans mes premiers « traitements,^ fus forcé de diminuer en grosseur, jusqu'à ce « que je n'en puisse plus mettre du tout, et que je ne puisse plus « pisser.
« C'est dans cet état que je suis venu vous trouver, envoyé à « vous par M. Dupoux, sergent de ville, que vous avez guéri, il « y a plus d'une année. » (Voir l'observation, p. 89.)
Vingt jours après son opération, M. Battendier vient me donner de ses nouvelles, et écrit ce qui suit au bas de son observation :
« Aujourd'hui A novembre, je viens dire à M. Heurteloup que,
(1) Encore une bougie qui est vaincue par le rétrécissement; clans ce cas, son introduction est accompagnée, chaque/ois qu'on l'introduit, de douleurs, et cela pendant quinze ans, douleurs bien plus grandes que je n'en ai produit une seule/ois pour opérer et guérir
a bien que mon jet n'ait pas la même grosseur qu'après l'opéra- « tion, je vide ma vessie très-vile et très-bien; je viens lui ap- « prendre aussi avec une grande joie que mon écoulement (1) est « tout à fait arrêté et que ma chemise, qui était toujours salie, « est maintenant parfaitement propre.