CHANGEMENTS DE NOMS
(2K1^ 3783. Ministère de la Justice.
M. Jean-Jacques-Joseph LE ROY, docteur en médecine, né et domicilié à Paris, rue Louis-le-Grand, n. 23, est dans l'intention de se pourvoir devant Son Excellence le Garde des Sceaux, ministre de la Justice, à l'effet d'être autorisé à ajouter à son nom patronymique celui de: D'ÉTIOLLES, et à- s'appeler à l'avenir : LE ROY D'ÉTIOLLES, lui et ses descendants.
Ainsi donc M. Jean-Jacques-Joseph Leroy publie que le nom de Leroy d'Étiollcs ne lui appartient pas.
11 publie également qu'il ne peut s'appeler davantage Leroy {d'Étiollcs) entre deux parenthèses, puisqu'il est NÉ à Paris.
Je ne parle pas de ce fait dans une intention mauvaise, puisque cela a été imprimé dans beaucoup de journaux, mais purement pour faire remarquer que celui qui, sans droit, se produit dans le monde, sous un faux nom, ne peut que difficilement être considéré comme un homme vrai.
Or, comme M. Jean-Jacques-Joseph Leroy s'est permis de publier avec profusion beaucoup de faussetés sur mon compte dans de nombreux libelles, faussetés auxquelles je n'ai pas dû répondre, eu considération de la source, il m'importe de donner la preuve que les allégations de ce gentilhomme doivent être accueillies avec réserve.
Tout en espérant que le caprice nobiliaire de M. J.-J.-J. Leroy trouvera enfin dans M. le Garde des Sceaux un cœur tendre et sympathique qui lui permettra de badigeonner son vrai nom de celui d'un autre, nous conseillons à M. Leroy d'abandonner pour le moment une appellation qui n'est pas la sienne, et surtout de ne pas illustrer ce faux nom d'une fausse qualité, celle d'inventeur de la lilhotrilie.... avec laquelle M. J.-J-J. Leroy n'a eu que des rapports.... fort éloignés... et tout à fait intentionnels.
Puisque M. J.-J.-J. Leroy prétend s'être fait un no'mûÀïis la science, il
« plètes, alternées avec des mieux légers. Il me vint des tumeurs « au-dessous des bourses, un mois après l'opération dernière qui « me fut faite. Un jour que je prenais un bain de siège pour me
faut que sa prétention, pour être sérieuse, ne se prête pas au calembour, et alors on l'admettra à déduire ses preuves.... pour l'embarrasser.
Voilà ce que je suis forcé de dire dans cette deuxième édition à M. J.-J.-J. Leroy et à... ses descendants; et je ne le dis, vraiment, que dans mon intérêt privé et pour répondre à des attaques qui n'ont pas de grandes conséquences, venant de M. d'Étiolles, mais qui servent d'armes, contre moi, à quelques imbéciles enclins au bavardage.
Quant à mêler M. J.-J.-J. Leroy aux questions d'intérêt général que j'ai en vue, je ne saurais le faire sans injustice, car M. Leroy n'appartient, bien qu'il l'ait souvent demandé, à aucune des institutions desquelles je combats les abus. M. Leroy en tant que l'inventeur.... de son nom d'emprunt.... a
fait quelque chose d'utile sans doute pour servir d'enseigne , mais
cela ne saurait suffire pour être pris à conséquence dans les questions graves.
Je profite de cette occasion pour supplier M. Leroy d'Étiollesou M. J.-J.-J. Leroy (l'un et l'autre se disent) de cesser les espiègleries nouvelles et malheureusement fatigantes dont il veut bien me gratifier depuis que j'ai publié ma première édition, qui, à mon grand regret, semble lui avoir donné du souci, à savoir : de dépenser son argent à faire contre moi dans les feuilles publiques des parodies diffamatoires de l'annonce de mon livre; à me donner des sobriquets de mauvais goût; à me faire demeurer rue Vide-Gousset ou des Deux-Écus, ce qui est singulier de la part d'un fourrier appelé J.-J.-J. Leroy (*) ; à faire des communications académiques
(*) Voici les œuvres légères de M. le docteur J.-J.-J. Leroy d'Etiolles; j'espère qu'elles le recommanderont a la postérité :
Débats , h juin.
l'HS DE PIERRES URINAIRES.
Le docteur prince Alaton, lauréat de plusieurs instituts, guérit ces maladies instantanément et San! douleurs, par des procédés inédits qui ne sont pas décrits dans le livre qu'il vient de publier chez l'Évéquc, rue des Deux-Écus, 31, à Paris. — Prix : 3 fr. 25. Franco.
Presse, 6 juin.
PLUS DE CALCULS rltl.YAIIll.S.
Le docteur chevalier Blanguelou guérit ces maladies instantanément et sans douleurs par ses procédés inédits, qui ne sont pas décrits dans le livre qu'il vient de publier chez Chateauneiif, éditeur, place Jobard, 1.
Siècle, 23 juin.
Le livre du docteur Bavon Blaguelou, lauréat de plusieurs académies, sur la guérison instantanée o«j rétrécissements, obtient un immense succès auprès îles malades qui se pressent pour l'acheter, chcî M. Maisonvielle, éditeur, nie Vide- Gousset, 1.
On pense bien que toutes ces jolies chu-, : s'élahorenl dans le silence du cabinet, s'exécutent dars
« calmer, une de ces tumeurs s'ouvrit, il s'en écoula de la ma- « Hère fétide, et le trou se referma. Cela se renouvela, depuis, « plusieurs fois dans l'espace de deux années et demie; outre
pour calomnier des procédés qu'il ne connaît pas (*); à me calomnier moimême en disant que je ne suis pas l'auteur de l'instrument courbe pour pratiquer la lithotripsie, assertion contraire à ce qu'il a dit et écrit pendant vingt ans; à présenter au concours de la part de l'auteur supposé de cet instrument, un homme mort depuis dix-huit ans (**), et à recevoir ta ce sujet un démenti public... par un extrait mortuaire (***) ; à faire, à titre de réclame, l'offre d'uue somme d'argent fantastique pour renchérir sur M. Civiale, qui, sous forme d'homme bienfaisant, veut faire croire qu'il est l'auteur de mes découvertes (****); à se joindre enfin, lui, qui n'est rien et ne peut rien, à ceux qui malheureusement pouvant quelque chose, se rendent coupables des abus que je combats et qu'il connaît mieux que personne. Or, cela est mentir à sa conscience et faire un ridicule et vilain métier.
Que M. J.-J.-J. Leroy me permette de lui faire remarquer que toutes ces attaques, que toutes ces calomnies m'atteignent peu, puisque je les reproduis pour faire voir leur néant et leur ridicule ; qu'elles ont un caractère qui est au-dessous de son âge, sinon au-dessous de sa dignité; qu'elles donnent de lui une fâcheuse idée, puisqu'elles montrent qu'il peut se livrer à ces écarts, qu'elles nuisent enfin à ses intérêts, car le public tient à la délicatesse et à la raison de ceux auxquels il confie sa vie, et il ne faut jamais paraître, à ses yeux, manquer de l'une et de l'autre.
Encore une prière.
Que M. J.-J.-J. Leroy, s'il tient à me déconsidérer et à me dépouiller, ne se donne pas insidieusement, pour le faire, le nom de mon ami, car d'abord je n'ai pas cet honneur-là, et M. J.-J.-J. Leroy me forcerait, s'il continuait à me lancer méchamment les expressions d'une feinte tendresse,
l'obscurité, qu'elles n'ont pas même la sanction du courage. Malheureusement pour M. Leroj les grâces de sa plume et la pureté de sa diction furent reconnus, comme sa personne le tut aussi, cl il eut à apprendre à la justice à qui étaient dues ces élucubrations. Interroge le 11 juillet 1856, il aToua qu'il était l'auteur desdites insertions.
C'est tout ce que j'ai voulu" obtenir, car cet aveu suffisait pour me mettre désormais à l'abri d'attaques aussi fâcheuses. En la publiant et en mettant leur auteur en lumière, j'atteins à un triple résultat : je montre la manière de prévenir de telles manœuvres, je réprime leur auteur, et je fais voir à quel genre d'attaque, en nia qualité de novateur, je me trouve exposé. On a bien à me dire que je devrais garder le silence. A cela je réponds que le silence est facile aux tièdes, que d'ailleurs il profite beaucoup trop à ceux qui se conduisent mal, et que celui qui n'a pas le courage de se faire respecter n'a pas celui de faire respecter la société, et qu'en cela il manque à son devoir.
■le suis vraiment heureux d'avoir l'occasion de mettre ici ces petites choses en très-petits caractère* ; elles me laissent de la place pour signaler les grosses.
(*) Voir la note de la page 12.
("*) Compte rendu de l'Académie des sciences du 29 mars 1888, page 633.
("*) Compte rendu de l'Académie des sciences du 23 août 1858, page 334.
(****) Voir la note 1 de la page 21.
« cela, ma vessie se remplissait outre mesure et me causait d'a- « troces douleurs. Toutes les semaines, et à deux ou trois rc- « prises différentes , j'étais pris d'une forte fièvre avec frisson et « chaleur extrême. Celte fièvre durait vingt-quatre heures, et « elle était terminée par des sueurs abondantes qui exhalaient « une odeur urineuse. Alors j'étais obligé de renouveler toute ma « literie, car tout, jusqu'aux matelas, était imprégné d'urine.
« M. Ferat, des Batignolles, me donnait alors des soins, cornet battant mes nombreuses et insupportables douleurs par des «sangsues, des boissons, et surtout des préparations mercu- « rielles. Ce dernier médicament, poussé au dernier degré, me « mit dans le plus triste état, par l'amaigrissement où me jeta « une salivation excessive. J'en étais là, lorsqu'une complication « malheureuse vint augmenter mon désespoir.
« Les grosseurs qui me vinrent entre les bourses et l'anus, a quelque temps après l'opération dernière que me pratiqua « M. Leroy d'Étiolles, et qui s'étaient plusieurs fois ouvertes et « fermées pour rejeter de la matière, sans cependant donner
à lui faire lire une citation d'un livre encore inédit et qui porte un titre court, simple et plein d'actualité, à savoir : de l'exploitation des sentiments GÉNÉREUX.
C'est une industrie cultivée par des maîtres plus élevés et plus forts que lui et surtout plus adroits.
Je suis persuade qu'après cette lecture M. J.-J.- J.Leroy reculera devant le précipice.
Voici celte citation :
« Qu'un homme poussé par la faim ou par l'intérêt fasse le mal et soit « cruel, il obéit comme l'animal à son instinct mauvais.
Mais que cet homme appelle au secours de ce mauvais instinct les fa- < cultes de son intelligence, il fait servir au mal ce qui lui a été donné ■■<■ pour servir au bien, et conséquemment il se place moralement au-des- « sous de l'animal qui n'a pas cette égide.
« Mais que cet homme appelle au secours de ce mauvais instinct le sen- « timent de l'amitié, qu'il s'en pare aux yeux de tous pour mieux porter « ses coups dans un vil intérêt, qu'il enlace sa victime dans les réseaux « captieux de ses feintes tendresses, certes cet homme doit être bien haut « placé dans l'échelle des êtres malfaisants.
« La brute connaît l'amitié et ne la feint jamais.
« La brute est donc supérieure sous le rapport du sentiment à l'homme « en question. »
« passage à l'urine, prirent tout à coup de l'accroissement, et il me « vint une grosse bosse. M. Ferat fit appeler M. Huguier, qui me « fit appliquer des sangsues sur cette bosse; mais bientôt les trous « de sangsues laissèrent passer Vurine, qui ne s'écoula plus que « goutte à goutte par la verge, et en pluie par les trous nomce breux que j'avais entre les bourses et l'anus.
« M. Huguier chercha à remédier à cet accident en voulant « pénétrer par le canal; mais n'ayant pas de succès, il se déter- « mina à me proposer une grave opération, qui était de m'ouvrir « la partie à l'endroit où l'urine sortait par les trous , et de péné- « trer ainsi. Je m'y refusai.
« Ceci se passait en septembre 1853; je restai dans mon dé- « plorable état jusqu'à ce que, arrivé en janvier, j'entendis parler « de guérisons obtenues dans mon voisinage par M. le baron « Heurteloup , et je me présentai chez lui le 31 janvier 1854. Il « m'examina le 3 et le 7 , et me fit l'opération qui devait me «guérir le 21.
« Depuis cette opération, que je trouvai infiniment «20ms dou- « loureuse et surtout plus prompte que celles qui m'avaient été « faites avec de simples bougies, mon canal est parfaitement lift bre, je n'éprouve plus de douleurs en urinant, ma vessie se « vide complètement, je n'ai plus cette fièvre qui se terminait « par une sueur d'urine qui m'inondait, et ma santé est revenue « à vue d'œil et au grand étonnement des nombreux médecins « qui m'avaient condamné à rester toujours malade et à mourir « bientôt.
« Seulement, M. Heurteloup m'empêche de vider ma vessie « autrement que par une sonde d'argent, d'un fort calibre, que « j'introduis avec une grande facilité, et sans qu'elle me cause la « moindre douleur.
« Aujourd'hui, 25 avril 1854, je n'introduis que rarement ma « sonde, et tous mes trous par où sortait l'urine sont fermés, à « l'exception cependant d'un, par lequel l'urine sort quelquefois « avec assez d'abondance ; mais j'espère que ma santé étant si « bien rétablie, ce dernier trou se fermera, et que je perdrai « bientôt tout le souvenir de ma triste maladie. »
Voilà l'histoire que me conta M. Lépinoy quatre mois après l'opération qui lui rendit immédiatement son canal. Après m'a-
voir donné tous ces détails, M. Lépinoy alla passer deux mois en Belgique, son pays, et il revint avec son trou fistuleux. Il me demanda de le débarrasser de cela; je remis au mois d'août, mais je dus attendre encore par la crainte de l'épidémie régnante. Enfin, le 20 octobre, j'opérai (1) le malade pour sa fistule, et aujourd'hui, 25 novembre 1854, M. Lépinoy est débarrassé de tout ce qui lui rendait la vie si pénible à supporter.
Le rétrécissement de M. Lépinoy était calleux, fibreux dans toute sa longueur, parsemé de valvules dures et résistantes; la partie la plus extrême était un tube dur et cartilagineux ; des concrétions lithiques ajoutaient à cet état de dureté ; probablement, elles correspondaient à l'ouverture interne de la fistule; à partir de 7 centimètres, le canal était malade dans une longueur de 9 centimètres , et c'est dans une si grande étendue que les instruments ont dû se frayer un passage et le rendre permanent. Comme on le voit, le malade ne ressentit pas une grande douleur.
Si l'on considère que les tumeurs du périnée ont suivi, à quelque temps près, le cathétérisme qui eut des suites aussi funestes, on regardera , avec une grande présomption de vérité , ces fistules comme ayant pour principe une cause sur laquelle il n'est pas nécessaire de s'appesantir.
Si l'on considère aussi que M. Lépinoy, lorsqu'il vint se mettre entre mes mains, était dans un état déplorable, amaigri, exhalant une odeur mineuse, remplaçant l'action de la vessie, comme éliminatoire, par une immense diaphorèse urineuse , précédée de terribles frissons, et cela depuis des années, on concevra que l'opération lui a rendu un grand service en rétablissant sa santé générale , en assurant la libre sortie des urines , et en le guérissant, concurremment avec l'opération de la fistule, d'une triste et dégoûtante infirmité.
Ce cas est donc fort beau, et le malade est intéressant à suivre.
M. Lépinoy demeure toujours à Batignolles, rue de Lévis, 31.
(1) Celte opération, faite devant et avec l'assistance de MM. les DPb Delanglard et Arnaud, a été exécutée par des procédés tout à fait nouveaux et fera l'objet d'une communication spéciale aux corps savants ; je n'en parlerai donc pas ici avec détail.
Voici la réponse de M. Lépinoy à chacune de mes trois questions de la note de la page 9 :
Batignolles-Monceaux, ce 10 avril 1859.
Monsieur le Baron ,
En réponse à votre lettre, je me trouve bien heureux et reconnaissant d'avoir à vous dire que mon canal s'est conservé comme vous avez, été assez bon pour me le rendre.
Quant à l'opération, je ne puis dire avoir souffert, car quand vous me coupiez les petites peaux qui me bouchaient, j'éprouvais plutôt un chatouillement qu'autre chose.
Quant aux bougies, vous savez le mal que m'a causé le chirurgien qui m'avait traité avant vous et c'est ce qui m'a donné mes fistules.
Seulement, il m'est arrivé un accident qui n'a aucun rapport avec mon canal, mais avec mes fistules. Par mégarde, je me suis assis par terre en tombant, parce qu'on m'avait ôté une chaise de derrière moi; j'ai senti un craquement, et depuis ce temps, j'ai un suintement de sérosité, car ce n'est pas de l'urine.
Voilà, Monsieur le Baron , ce que je ptiis répondre à votre lettre en toute vérité.
Je suis bien, Monsieur le Baron, votre obéissant et respectueux serviteur.
Stanislas Lépinoy.
Rue de Lévis, 31.
On a vu que j'avais opéré M. Lépinoy, de ses fistules par un nouveau procédé; j'ai dit que je parlerais de ce procédé. J'ai rempli ma promesse en le communiquant à l'Académie de médecine. Ce procédé est décrit, avec figures, dans la Revue de Thérapeutique médico-chirurgicale, du 15 janvier 1856. Ce travail porte le tilre de Mémoire sur la suture profonde.
Blennorrhagie à l'âgé de 18 ans. — Blennorrhée à 30 ans, vernie sans cause appréciable. — 42 ans. — Rétrécissement avec écoulement depuis 20 ans. — Écoulement involontaire des urines par regorgement pendant la nuit. — Jet filiforme. — Rétrécissement de 1 centimètres de longueur et à 9 centimètres de profondeur. — Opéré le 11 juillet 1853. — Disparition du rétrécissement et del' écoulement. — Rétablissement immédiat. — Persistance du bien-être depuis sior ans et demi.
[Envoyé par M. le Dr Dufour, de Villefranche.)
M. Thénabdieu, âgé de 42 ans, employé, demeurant rue Sainte- Anastase , 4, m'est envoyé, le 25 juillet 1853, par M. le Dr Dufour, de Villefranche. Ce malade pisse par un jet extrêmement petit; ce qui demande un temps fort long pour exécuter la fonction. Quelquefois le jet devient un peu plus fort, mais alors M. Thénardier a le désagrément de s'inonder d'urine , car ce jet, devenu plus fort, se résout en une pluie fine qui s'éparpille. De plus, M. Thénardier a une blennorrhée qui lui est fort désagréable.
Je remets ce malade au 27 juillet, et, ce jour-là, je lui donne le pouvoir d'uriner par un jet fort, vigoureux, et rond; je fais disparaître un rétrécissement fibreux, mais encore assez mou, situé à 9 centimètres; ce rétrécissement, assez droit, a 2 centimètres de longueur, et son entrée est à gauche du malade.
M. Thénardier revient se présenter à mon inspection , le 24 avril 1854, neuf mois après son opération. Son état est absolument le même qu'après être sorti de mes mains, c'est-à-dire que la fonction s'exécute toujours avec franchise, sans douleur, promptement , et enfin avec tous les caractères d'un état parfait de l'urètre.
Je profite de la visite de M. Thénardier pour lui demander les circonstances qui ont accompagné sa maladie. Tl me dit : « J'ai « eu une blennorrhagie à 18 ans; dès lors, j'ai commencé à voir « que mon jet diminuait; cependant cette diminution n'a pas « fait de progrès trop rapides, grâce probablement à ma vie ex- « cessivement réglée. Mon écoulement a duré, à peu près, deux
« mois; cependant, sans cause bien évidente, cet écoulement est « revenu après deux années, et a duré encore un mois. Je suis « resté jusqu'à l'âge de 30 ans sans rien voir et sans la moindre « humidité. A 30 ans, et sans cause (1), je me suis aperçu d'un « suintement qui, bien que peu considérable, tachait cependant « mon linge. Je n'ai jamais mis de bougies, bien que, depuis a l'âge de 30 ans, j'aie vu mon jet diminuer considérablement, « jusqu'à ce qu'il devînt filiforme. Une circonstance qui m'était « bien pénible, c'est que, ne pouvant plus pisser, ma vessie res- « tait pleine, et mes urines s'écoulaient involontairement pen- « dant la nuit.
« Grâce à la modification que vous avez su donner à mes or- « ganes urinaires , par une opération prompte et qui ne m'a fait « éprouver qu'une douleur très-supportable, toutes ces désagréa- « blés choses sont complètement disparues. Je ne me sens aucun a besoin de vider ma vessie dans la nuit ; dans le jour, elle se « vide promptement et bien, et enfin ma fonction s'exécute avec « tout le bien-être possible. Je n'ai plus d'écoulement (2). »
Les points qui attirent le plus l'attention dans le cas de M. Thénardier, c'est ce renouvellement d'écoulement à un long intervalle, sans cause bien évidente, et la disparition simultanée et du rétrécissement et de l'écoulement.
Le 17 novembre 4854, j'ai écrit à M. Thénardier de vouloir bien me donner de ses nouvelles , et voici la lettre qu'il m'a fait parvenir.
.< La Villette, 24 novembre 1854.
« Mon cher Docteur,
o Je m'empresse de répondre à votre lettre , qui a éprouvé un « léger retard par- suite de mon changement de domicile. Ma
(1) La cause est dans l'ulcération qui se fait de la partie rétrécie. Cette ulcération doit être au sommet de cette partie ou à sa base, car la portion rétrécie disparue, l'écoulement cesse, comme le prouve le cas que j'écris et bien d'autres, parmi lesquels il en est que je ne puis malheureusement pas mentionner.
(2) Encore un écoulement chronique arrêté par le traitement éclectique immédiat.
a santé est, Dieu merci, toujours très-bonne ; quant à l'organe en « question, il fonctionne toujours avec la même facilité qu'aus- « sitôt après l'opération.
«J'aurai l'honneur, un des jours de la semaine prochaine, « d'aller vous témoigner toute ma gratitude et ma reçonnais- « sance.
« En attendant , veuillez agréer, cher docteur, l'assurance de « mon respectueux dévouement.
« Thénardieb, « présentement rue d'Allemagne, 172.
« P. S. Quant à la permission que vous me demandez, vous « plaisantez, je crois; publiez mon cas, et faites usage de mon « nom. »
Voici la réponse de M. Thénardier à mes trois questions de la note de la page 9 :
13 avril 1859.
Monsieur le Baron,
Je m'empresse de répondre aux trois questions contenues dans la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresscr.
A la première, je répondrai que j'urine toujours très-bien.
A la deuxième, que je n'ai nullement souffert pendant l'opération, qui est trop promptement faite pour que, si elle était douloureuse, on pût s'en apercevoir.
Et enfin à la troisième, que je n'ai jamais fait usage des bougies et que je m'en trouve très-heureux, surtout d'après ce que j'en ai entendu dire tous les jours.
En attendant que j'aie l'honneur de vous voir pour vous faire constater, si vous le désirez, les bons résultats de votre opération qui commence à dater (presque G ans),
Veuillez agréer les sentiments de gratitude et de reconnaissance avec lesquels j'ai l'honneur d'être, Monsieur le Baron , votre très-humble et trèsobéissant serviteur.
Thénardier.
Bue d'Allemagne, 192, à la Villelte.
Rétrécissement et écoulement sans cause appréciable. — Plusieurs traitements par les bougies sans résultats. — 33 ans de souffrances. — Vessie continuellement distendue. — Accès de fièvre intermittente par cette cause. — Accès de fièvre intermittente par la distension opérée par les bougies. — Boudin fibreux remplaçant l'urètre. — Perluis central à ce boudin fibreux. — Blennorrhée. — Deux opérations. — Rétablissement immédiat du coûts des urines. — Cessation des accès de fièvre intermittente. — Cessation de l'écoulement blennorrhagique. — Traité par MM. les Dvs Rue et Bertrand, de Châteauroux, et inutilement par M. Civiale. — Bien-être persistant depuis six ans.
[Malade suivi par M. le Dr Sellier.)
M. ***, de Châteauroux , département de l'Indre , demeurant momentanément rue Louis-le-Grand, 14, a 47 ans.
A Tâge de 14 ans, ce malade a vu son jet diminuer, sans qu'il puisse attribuer cette circonstance à une cause appréciable ; depuis cet âge, le jet a toujours été en diminuant. Vers Tâge de 18 ans, apparut une petite sécrétion qui tachait la chemise, et qui depuis est toujours allée en augmentant. M. *** fut marié à Fâge de 21 ans, il est resté trois années sans avoir d'enfants, et après ce temps, il lui en vint quatre de suite; cependant, à cette époque, le jet de l'urine était extrêmement petit.
En 1838 M. *** vint à Paris, alla consulter Marjolin , qui constata plusieurs rétrécissements; il introduisit des bougies de cire dans ceux qui étaient le plus près du méat, et ces bougies revinrent très-aplaties dans deux endroits différents. M. ***, d'après l'avis de Marjolin, continua à se faire mettre des bougies de cire et de gomme par un médecin , jeune alors , M. Rue. Ce traitement ne produisit que très-peu d'effet, bien qu'il fût continué pendant longtemps. Alors M. *** se résolut à vivre avec son infirmité qui était très-grande, puisque rarement l'urine coulait autrement que goutte à goutte; cependant jamais M. *** n'eut de rétention absolument complète.
Le 23 juillet 1852, M. *** éprouva un grand accident; il reçut un coup de fusil dans le bras , qui traversa le biceps et le coupa
presque en deux. Cette grave blessure, habilement traitée, fut cicatrisée en deux mois.
Un an après le rétablissement de cette blessure, M. *** fut pris d'accès de fièvre intermittente , que, du reste, il avait déjà éprouvés pendant plusieurs mois, quatre ans auparavant. Ces derniers furent traités avec persévérance pendant sept mois, et ils résistèrent à tous les moyens, bien qu'habilement employés par MM. les Drs Rue et Bertrand, de Chàteauroux.
A bout de moyens, ces médecins pensèrent à faire quitter le pays (qui est marécageux) au malade, qui vint à Paris pour se distraire.
Aussitôt son arrivée, il alla consulter M. le Dr Dagnau, qui conseilla à M. *** de se traiter de sa fièvre avant de penser à traiter sa maladie d'urètre, et il engagea le malade à se distraire et à se promener (1).
C'est ce que M. *** fît pendant un mois, mais sans succès; il fut atteint pendant ce mois, plusieurs fois, de fortes attaques de fièvre intermittente , qu'il traita lui-même , à l'exemple de ses médecins de Chàteauroux, par le sulfate de quinine.
Il allait repartir pour Chàteauroux avec tous ses maux , lorsqu'on détermina M. *** à se faire traiter de son rétrécissement; il vint chez moi, mais, ne m'y trouvant pas, il alla s'adresser à M. le Dr Civiale.
M. Civiale reprit le traitement par les bougies, qu'avait employé Marjolin.
Après six semaines de durée , ce traitement n'apporta aucun changement dans l'état de M. ***, si ce n'est de l'avoir excessivement affaibli, par suite des accès de fièvre intermittente qui suivaient la distension de l'urètre malade. L'un de ces accès fut assez violent pour forcer M. ***, qui était allé entendre un concert de Pleyel, à se coucher derrière la porte d'entrée avec un frisson violent. Bien souvent la bougie de cire que l'on employait était retirée tonte courbée et en tire-bouchon de l'urètre, après être restée une demi-heure dans le canal (voyez note 1, p. 136). Évidemment cette bougie n'avait pas été intro-
(1) La suite démontrera qu'il fallait d'abord enlever le rétrécissement.
duite dans le rétrécissement, et cependant elle donnait lieu aux frissons et à l'accès comme si elle eût été introduite : du reste , quand la bougie était placée dans la partie rétrécie, sa pointe seulement pénétrait à 1 ou 2 centimètres.
M. ***, voyant qu'il n'arrivait à aucun résultat et qu'il s'affaiblissait davantage de jour en jour , revint me trouver le 4 e* juin 4854.
Examiné à l'extérieur, le canal présentait à la vue une saillie très-considérable. Avec la main, on sentait à la place de l'urètre comme un boudin dur, s'étendant de 8 centimètres du gland jusqu'au delà des bourses. Ce boudin dur avait le volume du doigt; il était rénitent, et présentait des nodosités; il avait à peu près 9 centimètres de longueur. N'étant traversé par aucun canal, si ce n'est par le pertuis duquel s'écoulaient les urines goutte à goutte, ce boudin formait un corps compacte et massif.
Le malade était jaune, affaibli au moral comme au physique, et m'imposait une grande circonspection dans l'emploi des moyens à employer pour le guérir : faire un passage dans ce long cylindre massif, sur un malade si mobile, et sujet à un si haut degré aux fièvres intermittentes, me fit douter du succès; cependant j'entrepris de vaincre ces obstacles.
Le 2 juin 1854, j'opérai M. ***. Je commençai par introduire la bougie de cire qu'il me donna , et qui était semblable à celle employée par M. Civiale. Cette bougie, de 3 millimètres 2/3 de diamètre , s'engagait dans le rétrécissement , qui commençait à 9 centimètres du méat : son extrémité pointue s'engageait seule à une profondeur de 2 centimètres 1/2. Ainsi engagée, il fallait une certaine traction pour la retirer, et cette traction était douloureusement ressentie par le malade. Une bougie beaucoup plus petite pénétrait à 1 centimètre plus loin ; mais là, elle était abruptement arrêtée, et le bout revenait émoussé. Évidemment, le traitement par les bougies, prolongé pendant six semaines, n'avait apporté aucun changement dans l'état de M. ***, car ses urines coulaient toujours goutte à goutte, comme au début du traitement.
Je commençai d'abord par faire un passage jusqu'à l'endroit où avait pénétré la petite bougie , ce qui me donna une liberté d'action jusqu'à 42 centimètres. Là, le pertuis tournait subite-
ment à la gauche du malade; c'est ce qui avait arrêté la plus petite bougie; mais la partie qui précédait ce détour ayant été encore élargie, j'enfilai le pertuis dans une longueur de 3 centimètres 1/2; cela me fit arriver à une profondeur de 14 centimètres 1 /2 ; je calibrai à 3 millimètres cette partie antérieure du rétrécissement dans la partie que je venais de dégager, et j'en restai là, bien que je pusse continuer; mais, craignant l'accès de fièvre intermittente, je me contentai d'avoir élargi le pertuis dans une longueur de 5 centimètres 1/2. Dans ce parcours, je sentais, à travers les parois du cylindre, que l'instrument qui opérait l'élargissement était plus près de l'extérieur de ce cylindre que du milieu.
Ce travail , peu pénible pour M. *** , ne fut suivi , à ma grande surprise , d'aucun mouvement de fièvre. Les urines, qui ne coulaient que goutte à goutte, s'échappèrent par un jet petit à la vérité, mais suffisant pour que le malade ressentit un grand soulagement de cette première application des instruments.
Le 6 juin, quatre jours après, je continuai ; je trouvai d'abord la partie antérieure du canal dans l'état où je l'avais mise le 2; celui-ci avait absolument conservé la même largeur, et je pénétrai d'emblée jusqu'au point que j'avais déjà atteint, c'est-à-dire à 14 centimètres 1/2 : là, les instruments furent arrêtés; le pertuis déviait. Après quelques recherches, je le retrouvai; je fis disparaître tout ce qui faisait obstacle à sa direction à peu près droite, et j'enfilai un canal fibreux beaucoup plus dur que ce que j'avais rencontré jusqu'à présent. Ce canal était parsemé d'une grande quantité de cordes fibreuses, qui, détruites, me laissèrent pénétrer jusqu'au cul-de-sac prostatique, que je n'essayai pas de franchir. Je calibrai le tout à A millimètres, et je congédiai le malade.
De ce moment, la miction s'opéra avec régularité, sans presque de douleurs, et par un jet assez considérable. Cependant, cette seconde opération ne fut pas, comme la première, exempte de fièvre : le premier jour, il n'y en eut pas, mais le deuxième et le troisième, des accès se montrèrent à douze heures d'intervalle, et le quatrième jour, je les arrêtai par un mélange de quinine et de morphine. Ces accès, du reste, n'étaient pas complets; ils
s'annonçaient par des frissons immédiatement suivis de sueurs ; un seul fut assez fort, mais moins que quelques-uns éprouvés auparavant, pendant l'usage des bougies.
Le lendemain de la prise du médicament antipériodique, M. *** sortait et pissait au coin des bornes ; les besoins n'avaient plus aucune fréquence; la vessie, se vidant parfaitement et complètement, ne cherchait plus à se débarrasser de son tropplein.
M. *** resta ainsi jusqu'au 18 juin, et, pressé de partir pour Châteauroux, il me pria de l'examiner pour la dernière fois. C'est ce que je fis, et, après avoir régularisé l'urètre dans toute la longueur qui avait été modifiée par les instruments, je calibrai le canal à 5 millimètres, qui est à peu de chose près le diamètre de son canal naturel : immédiatement, le jet prit plus d'ampleur (aucun accès de fièvre ne suivit ce dernier travail dans l'urètre). Le 21, M. *** partit pour Châteauroux, sans que je l'aie suivi plus longtemps, mais en lui recommandant de me tenir au courant de son état, qui me donnait à penser sous le rapport de ce cylindre anormal, qui me semblait devoir influer sur la conservation du nouveau canal, et sous le rapport des accès de fièvre intermittente.
Cette observation est d'un grand intérêt sous plusieurs rapports : c'est un cas de rétrécissement sans inflammation précédente de l'urètre; c'est un cas curieux de transformation fibreuse d'une grande partie de l'urètre dans son entier, et enfin c'est un cas de fièvre intermittente produite par la distension de la vessie, suite de l'obstacle au cours des urines.
Lorsqu'en 1853, M. *** eut pendant si longtemps des fièvres intermittentes, ces accès furent traités sans succès, par tous les moyens possibles, par MM. les Drs Rue et Bertrand, de Châteauroux. Ces médecins "distingués finirent par dire à M. *** que nécessairement il devait avoir des gravelles dans les reins, et que cette cause seule pouvait donner lieu à la persistance des accès. Ces messieurs étaient tout près de la vérité : la cause était effectivement dans l'appareil urinaire , et cette cause était la distension habituelle de la vessie. C'est ce que je dis au malade la première fois que je le vis.
Si les accès de fièvre intermittente cessent d'avoir lieu , cette
supposition deviendra une vérité, et une cause nouvelle de fièvre intermittente sera révélée à la science.
Ce cas est le troisième, observé par moi, de fièvre intermittente dépendant de la distension de la vessie.
Ici l'on voit encore l'emploi des bougies faire naître de forts accès de fièvre intermittente, sans améliorer l'état du malade, et mon opération guérir, en n'amenant que très-peu cette dangereuse complication.
M. le Dr Sellier, médecin de la famille de M. *** pendant son séjour à Paris, a bien voulu suivre avec intérêt les résultats obtenus sur cet intéressant malade, dont je place l'observation dans ce premier recueil pour la mettre plus tôt sous les yeux des observateurs.
Aujourd'hui, 27 juin 1851, M. *** m'écrit : J'urine assez bien, le jet ne s'est point dérangé depuis la dernière opération; il me semble même que la vessie reprend son élasticité et qu'elle se vide mieux.
Aujourd'hui, 45 décembre 4854, M. ***, que ses affaires appellent à Paris, vient me voir. Son jet s'est conservé à peu de chose près comme après l'opération; cependant il éprouve parfois des difficultés momentanées , auxquelles succèdent des jets très-forts. Je sens dans le canal, qui a cependant un peu perdu , quelques irrégularités, que je modifierai plus tard. Pour le moment je laisse le malade tel qu'il est.
Voici où en est ce cas , si éminemment intéressant ; voilà six mois que se conserve un canal percé dans un cylindre fibreux d'une longueur considérable. Probablement il sera nécessaire de le retoucher ; mais , comme je l'ai dit , ce sera l'affaire d'un moment.
Quant à la fièvre intermittente, il n'en est plus question , car M. le Dr Rue, dans une gracieuse lettre, qu'il veut bien me faire l'honneur de m'écrire , me dit: Les fièvres intermittentes , si rebelles à tous les fébrifuges , n'ont plus reparu depuis l'opération que vous avez pratiquée à M. ***, qui m'annonce que sa blennorrhée n'a plus reparu (4).
(l) Encore une blennorrhée enlevée par le traitement éclectique immédiat!
Comme on l'a vu, je fus appelé pour opérer M. V*** par mon confrère et ami M. le Dr Sellier, et je n'ai jamais connu l'adresse de M. V*** à Châteauroux. Je comptais, pour suivre son cas, sur l'obligeance de M. Sellier; mais malheureusement nous avons eu à déplorer sa perte, car, il y a quinze mois, ce bon et excellent confrère, qui jouissait d'une si belle réputation comme médecin et comme ami serviable, nous fut enlevé. Quelques mois avant sa mort, M. Sellier était allé à Châteauroux, et m'avait donné des nouvelles très-satisfaisantes de notre malade. J'ai écrit à Châteauroux; mais il existe, m'a-t-on dit, dans cette ville plusieurs personnes du même nom, et ma lettre n'est pas arrivée à son adresse. J'ai écrit à M. le Dr Rue, mais je n'ai pas reçu de réponse, et je vois sur l'Annuaire de M. le Dr Félix Roubeaux, de 1859, que M. Rue n'habite plus Châteauroux. Je voulais écrire à M. le Dr Rertrand, mais l'imprimeur me presse, et il faut que je termine mes feuilles. Je comblerai cette lacune dans ma troisième édition, si j'ai le temps de la faire. Je me borne à publier maintenant ce que m'a dit M. Sellier avant de mourir : Votre malade de Châteauroux continue à aller fort bien.
52 ans. — Plusieurs blennorrhagies. — Rétrécissement commençant en 1841. — Usage des bougies. — Section bilatérale du rétrécissement. — Fièvre. — Succès incomplet. — Retour du rétrécissement. — Rétention complète imminente. — Opération le 30 novembre 1852, sur plusieurs rétrécissements. — Rétablissement immédiat. — Traité par M. Billard, de Rouen. — Persistance du bien-être depuis six ans et demi.
[Venu à moi directement et suivi par M. le Dr Matry.)
M. Roussel, 52 ans, marchand de meubles, rue Saint-Honoré, 66, a eu dans sa jeunesse plusieurs blennorrhagies, dont quelques-unes furent très-inflammatoires; la dernière de ces blennorrhagies fut contractée en 1839.
Dès 1841, M. Roussel commença à s'apercevoir de la diminution dans le jet de ses urines, et cette diminution allait toujours en augmentant, lorsqu'il fut obligé d'avoir recours aux soins d'un homme de l'art; car les urines ne s'écoulaient plus que par un jet insuffisant pour vider promptement la vessie.
M. Roussel s'adressa à M. Billard, de Rouen , qui le soumit à des dilatations successives, pendant deux mois et demi (1), avec des bougies, et chacune de ces séances de dilatation durait une heure.
Après deux mois et demi de ce traitement, M. Billard procéda à une opération, qui consista à introduire profondément, dans l'urètre, un instrument qui contenait deux lames divergentes, et à tirer cet instrument au dehors pendant que les lames faisaient saillie.
L'urètre fut ainsi tranché et divisé très-douloureusement, et, à peine l'instrument fut-il sorti que le sang s'écoula comme si on venait de coupe?' te cou à un coq.
(1) Encore une fois, je. ne fais jamais de ces dilatations qui prennent aux malades un temps fort long et leur donnent des fièvres quelquefois fort graves. J'arrive immédiatement au fait de rétablir le calibre du canal; c'est en cela spécialement que consiste la différence de mes procédés avec les autres.
Le chirurgien recommanda expressément au malade de se rendre chez lui en voiture, et surtout de ne pas uriner en route, dans la crainte qu'il ne se trouvât mal hors de chez lui. Cette précaution était bonne, car M. Roussel, arrivé à son domicile, perdit connaissance lorsqu'il voulut vider sa vessie, tant les douleurs furent excessives.
Cependant M. Roussel, après quelques accès de fièvre, profita d'une opération qui , malgré sa rudesse , avait été très-habilement faite ; il recouvra la faculté d'uriner par un jet beaucoup plus gros qu'avant d'être opéré, et il resta dans cet état pendant un temps assez long.
Nonobstant, le canal recommença à se rétrécir, et arriva au point que les urines ne pouvaient plus s'écouler que goutte à goutte , et que la rétention complète était imminente.
Dans la crainte d'avoir à repasser par le long traitement préliminaire par les bougies, et surtout de se soumettre au terrible procédé de se faire trancher le canal , M. Roussel restait dans cet état, lorsque, ayant rencontré un malade que j'avais traité avec succès, il vint se confier à mes soins ie 30 novembre 4852.
Le même jour je l'opérai , et lui rendis immédiatement son canal. A 16 centimètres, je trouvai un rétrécissement mou à son entrée, qui avait un petit pertuis mamelonné, que j'eus beaucoup de peine à trouver «t surtout à parcourir dans la partie tout à fait antérieure. Cependant, après avoir parcouru la longueur de 1 centimètre environ , j'entrai dans un canal qui pouvait avoir 2 millimètres de calibre ; les parois de ce canal étaient fibreuses, résistantes, dans l'espace de 2 autres centimètres. Là, je trouvai deux ou trois petites valvules fibreuses, et j'entrai dans la vessie; je calibrai l'urètre à 5 millimètres, et je renvoyai le malade chez lui.-
M. Roussel était fort émacié et fatigué par les insomnies que lui causait sa rétention, et était d'une constitution délicate; il avait aussi éprouvé une forte fièvre lorsqu'il fut opéré à Rouen; je ne fus donc pas étonné qu'il en eût une qui dura trois jours, et que M. le Dr Matry, son médecin, traita concurremment avec moi par les antipériodiques, qui eurent un entier succès.
Depuis ce terme , M. Roussel a continué à se bien porter ; sa miction continue à se faire bien , et sa santé est tout à fait rétablie.
Aujourd'hui, 6 décembre 1854, treize mois après son opération, M. Roussel vient me voir sur mon invitation. La miction se fait toujours sans difficulté, et il reçoit la même bougie qu'après l'opération; elle est même un peu plus volumineuse, et ne donne aucune sensation pénible.
Voici la réponse de M. Roussel à mes trois questions de la note de la page 9 :
Paris, le 20 avril 1859.
Mon cher Docteur,
Je me trouve parfaitement bien, et je ne puis que vous remercier de m' avoir mis dans l'état dans lequel je suis.
Quant à la souffrance que j'ai éprouvée pendant votre opération, faite en 1852, je n'en ai pas éprouvé du tout, je dis du tout.
Quant aux bougies, j'ai eu certes beaucoup à m'en plaindre, puisque, j'ai été obligé d'tj renoncer, parce qu'elles me faisaient mal, que je reculais continuellement devant la nécessité de les mettre, et, qu'en définitive, elles m'ont mis dans le bel état où vous m'avez trouvé.
Recevez encore, mon cher Docteur, tous les remerciements de votre tout dévoilé.
Roussel.
Rue Saint-Honoré, 60.
54 ans. — Tuméfaction subite déjà verge et des testicides après une course forcée. — Traitement antiphlogistique. — Injections dans l'urètre. — Écoulement blennorrhagique. — Diminution du jet. — Rétention complète. — Usage des bougies. — Douleurs insupportables. — Cessation de l'usage. de ce moyen.' — Rétentions. — Opération le 13 février 1S53. — Rétablissement immédiat. — Traité par M. le Dv Pailloux. — Persistance du bien-être depuis sept aimées.
[Amène par M. le D' Matrt.)
M. Lamarre, marchand peaussier , demeurant rue Mauconseil, 36, a 54 ans; il est d'une bonne et riche constitution, et il m'est amené, le 13 février 1853, par M. le Dr Matry, étant sous l'empire d'une rétention presque complète : les urines s'écoulent goutte à goutte, avec ténesme et douleurs.
Je l'opère, ei lui donne immédiatement un canal large, laissant écouler un jet assez plein et puissant. Le 15 février, je régularise ce canal, le jet prend de l'ampleur, et je déclare le malade guéri.
Voici l'histoire du malade que m'amène M. le Dr Matry :
M. Lamarre n'a jamais contracté de blennorrhagie par contact; mais, il y a dix-huit ans, étant à Rambouillet, il voulut rattraper une diligence, il courut, et monta dans la voiture en grande transpiration. 11 arriva à Paris, et sans avoir rien ressenti à la verge , il fut étonné de voir trois jours après sa course cet organe et les testicules prendre un volume trois ou quatre fois plus grand qu'à l'état normal. Son médecin, M. le Dr Pailloux , rue Bourbon-Villeneuve, traita cette affection par des bains nombreux et répétés; il employa aussi les injections par l'urètre, quoique le malade n'eût aucun écoulement. La verge et les testicules perdirent leur volume anormal; mais, après deux ou trois semaines, un écoulement s'établit par l'urètre, et les urines commencèrent à s'écouler par un jet moins volumineux. Cette diminution du jet s'accrut pendant plusieurs années, lorsque, il y a douze ans, il fut pris, après un repas de fête, d'une rétention complète. Il se rendit chez le Dr Pailloux, qui le sonda et vida
sa vessie, et le soumit à l'usage des bougies; mais la dilatation que procuraient ces bougies devint insupportable, et le malade finit par les craindre tellement, qu'il en discontinua complètement l'usage.
M. Lamarre vécut six années dans des alternatives de rétention complète et de difficulté d'uriner, jusqu'à ce que son état habituel fût de rendre ses urines par un jet filiforme ou goutte à goutte, mais toujours avec des efforts considérables et de grandes douleurs.
C'est dans cet état qu'il se présenta à M. Matry, qui , voyant qu'une très-petite bougie ne pouvait pénétrer dans la vessie, voulut bien me l'amener.
Comme je l'ai dit en commençant, je fis disparaître immédiatement le rétrécissement de ce malade, qui, sur le moment même , eut un jet considérable, et cela sans lui donner grande douleur : il s'écoula seulement une goutte de sang.
Trois jours après, j'examinai le canal : une bride reslait, je l'enlevai, et, immédiatement, un jet d'un volume considérable s'établit.
M. Lamarre avait à l'entrée de l'urètre trois énormes valvules fibreuses, en panier à pigeon : l'une était en haut, à 1 centimètre; l'autre en bas, à 2 centimètres; la troisième en haut, à 4 centimètres. A 10 centimètres commençait un rétrécissement fibreux, étroit à ne recevoir qu'un calibre de 1 millimètre. Ce rétrécissement, très-dur, avait 5 centimètres de longueur; au delà le canal avait son calibre naturel.
Ce cas est rendu curieux par cette circonstance que la cause de ce rétrécissement n'avait pas pour principe le contact sexuel.
Aujourd'hui, 3 décembre 1854, près de deux années après son opération, M. Lamarre m'écrit qu'il se porte toujours bien, et qu'il n'éprouve ni douleurs ni gène.
Voici la réponse de M. Lamarre à mes trois questions de la no'c de la p;ige 9 :
Neuilly-sur-Seine, ce Ih avril 1859.
Mon cher Docteur,
J'ai reçu votre lettre et m'empresse d'y répondre. Vous me demandez comme je me trouve depuis sept ans que j'ai été opéré par vous, de la rétention d'urine. Je réponds franchement, bien.
Vous me demandez aussi si j'ai beaucoup souffert pendant l'opération? Rappelez-vous, Docteur, que le premier jour d'opération en vous quittant, vous m'avez conseillé de prendre le lit.
Le même soir, à 9 heures, vous êtes venu me voir et m'avez trouvé sans m'étre couché, étant tout émerveillé d'uriner à grand jet; c'est assez dire que la souffrance était bien supportable.
Depuis 15 ans je souffrais le martyre par les sondes qui m'ont donné les fièvres intermittentes. Les bougies de cire qui me ruinaient et me donnaient la chair de poule chaque fois qu'il fallait les introduire, les chan- ger, les rechanger, et les garder; enfin, quand on m'a conduit vers vous, et il était temps, vu qu'une bougie de la grosseur d'une aiguille à tricoter ne pouvait y être introduite, et depuis que vous m'avez opéré, aucune bougie ne m'est entrée dans le canal de l'urètre pour me faire uriner, chose que je fais parfaitement.
Recevez, Docteur, les salutations de votre affectionné
Lamarre ,
Rentier, avenue de Neuill'y, 141.
Ancien marchand de peaux, rue Mauconseil, 36.
Blennorrhagie ancienne. — Rétrécissements fibreux d'un centimètre de long, 2 millimètres de large. —Paraplégie. — Paresse de vessie par suite de cette paraplégie. — Impossibilité d'uriner par cette cause et par le rétrécissement. — Opération le 15 juillet 1854. — Rétablisse meut immédiat. — Bien-être persistant depuis cinq ans et demi.
{Envoyé par M. le Dr Horteloup.)
Sur la recommandation de mon distingué confrère et ami , M. Horteloup , médecin de l'Hôtel-Dieu , j'avais opéré avec succès, il y avait neuf mois, M. Quesnel, ancien militaire, âgé de 52 ans, d'un paquet hémorrhoïdal énorme.
Ce malade , qui demeurait à Melun , rue du Palais-de-Justice, 47, était atteint de paraplégie, qui frappait d'inertie trèsprononcée, mais cependant incomplète, les membres inférieurs, le rectum et la vessie. M. Quesnel vidait incomplètement et avec beaucoup de peine ces deux derniers organes lorsque je le laissai partir pour Melun, après l'avoir débarrassé de ses hémorrhoïdes.
La cause de cette difficulté de vider la vessie n'était pas seulement dans la paralysie de cet organe, mais encore dans un rétrécissement de l'urètre, provenant d'ai\ciennes blennorrhagies , qui lui empêchait d'introduire dans sa vessie la sonde avec laquelle il pouvait vider l'organe ; il se plaignait aussi d'une cuisson insupportable, lorsqu'il rendait le peu d'urine qu'il pouvait expulser naturellement.
Je le laissai partir, cependant, dans cet état pour prendre un peu d'air , dont il avait été privé quelque temps à l'occasion de son traitement antérieur; mais, le 11 juillet, il m'écrivit qu'il ne pouvait plus uriner du tout, et qu'il ne pouvait plus introduire sa sonde, de manière qu'il était dans des tourments continuels et qu'il était absolument privé de sommeil.
Je le fis donc venir de Melun, et, le 13, il arriva. Je constatai qu'effectivement, à 14 centimètres de profondeur, il existait un anneau fibreux d'un centimètre de long et ne pouvant admettre
qu'une bougie de 2 millimètres de diamètre. Évidemment cet obstacle , qui n'aurait pas arrêté les urines d'une manière complète chez un malade avec une vessie non paralysée , était un empêchement suffisant pour donner à M. Quesnel tous les tourments que cause une strangurie complète.
Le 15 juillet 1854, je le fis venir chez moi, et je le débarrassai de son rétrécissement.
Le 24 , M. Quesnel est reparti pour Melun, bien soulagé, urinant, malgré sa paralysie, avec beaucoup plus de facilité. Le jet était augmenté , sans être volumineux et fort , et pour l'obtenir, M. Quesnel n'avait plus besoin déjouer autant du ventre, suivant son expression ; il sentait encore un peu la chaleur qu'il éprouvait en pissant , et il était enfin dans un état favorable et sans rétrécissement. L'urètre recevait sans difficulté une bougie de 7 millimètres de diamètre.
M. Quesnel pourra donc introduire facilement une sonde pour vider sa vessie paresseuse , si elle ne recouvre pas un peu plus de puissance d'expulsion. J'espère peu ce bon résultat, mais je lui ai conseillé de profiter de son canal pour vider complètement sa vessie deux fois par jour; peut-être cette vessie, étant vidée, prendra-t-elle plus de ressort. M. Quesnel suivit mon conseil.
Le 5 décembre 1854, M. Quesnel m'écrit de Melun que, bien que sa vessie soit toujours paresseuse, il a cessé de se sonder, car, le jet de l'urine étant devenu plus facile depuis l'opération, il peut vider sa vessie.
Ce succès est fort beau, car il prouve quel secours peut apporter aux personnes paralysées la désobstruction de l'urètre. Cependant je suis persuadé , vu l'état très-avancé de paralysie qui afflige M. Quesnel, qu'il ne vide pas sa vessie complètement, et que l'urine qu'il expulse, il le fait en jouant du ventre, suivant son expression plaisante, mais pleine d'exactitude.
11 fera bien de continuer l'usage de son double cathétérisme journalier.
M. Quesnel est toujours paralysé, et sa vessie est frappée d'une atonie complète et sans aucune force d'expulsion. Il m'apprend, par une lettre du mois de janvier, qu'il jouit toujours du canal que je lui ai donné, et qui lui permet d'introduire sa sonde et de vider l'organe lorsqu'il le juge convenable.
Ce cas montre que de rendre le canal libre pour introduire une sonde, afin de provoquer la sortie artificielle de l'urine, est un service encore plus grand à rendre à un malade rétréci dont la vessie est complètement paralysée, que de rendre un canal au rétréci dont la vessie est contractile. Car le paralysé ne peut plus rendre une goutte d'urine et le rétréci pisse encore un peu. Il vide mal sa vessie sans doute, mais le paralysé ne la vide pas du tout. Au simple rétréci il faut peu de passage pour pisser, et conséquemment on donne ce qui est seulement utile. Au paralysé il faut beaucoup de passage, car non-seulement il faut qu'il puisse introduire une sonde, mais il faut qu'il puisse l'introduire facilement. Un large passage lui est donc nécessaire.
Il n'y a pas que les hommes à vessies paralysées auxquels la possibilité d'introduire des sondes est précieuse, il y a encore tous ceux qui ne peuvent vider leur vessie par suite d'un obstacle mécanique au col, obstacle mécanique qui a bien des manières de se présenter, et qui rend absolument nécessaire l'évacuation artificielle de l'urine. Cela fait saillir l'importance de donner à ces sortes de malades un large canal qui se conserve.
La classe de ces derniers malades est nombreuse et nécessiterait une monographie.
Simple blennorrhagie toujours persistante. — 35 ans. — Injection au nitrate d'argent. — Insuccès. — Autres injections. — Insuccès. — Rétrécissement.— Rétentions complètes.' — Rétrécissement à 8 centimètres très-étroit. — J'opère le 19 mars 1854. — Rétablissement immédiat. — Traité par MM. les Dr° Bonduel et Lacauchie. — Bien-être persistant depuis six années.
. 4 [Envoyé par M. e Dr Ferrât.)
M. Dessaux, demeurant à Batignolles, ancien fourrier dans les tirailleurs de Vincennes, employé à la préfecture de police, service des aliénés et des enfants abandonnés, vient me trouver le 18 mars 1854, parce qu'il ne pouvait uriner par suite d'un rétrécissement de l'urètre. Je l'opère et le guéris, le lendemain 19. Tl vient me voir, le 22 avril , pour me faire constater l'état favorable dans lequel il se trouve^ et, sur ma demande, il me raconte ainsi le commencement et le progrès de son mal :
« J'ai 35 ans ; en 1840, j'attrapai un écoulement, qui fut traité, « à l'hôpital militaire de Saint-Omer, par une injection au nitrate « d'argent. Cette injection ne me guérit pas. Je m'adressai , « en 1849, à M. le Dr Bonduel, de l'hôpital du Roule, et à M. le « Dr Lacauchie, chirurgien en chef du même hôpital. Ces mes- « sieurs m'ordonnèrent diverses injections, des bols au copahu « et des pilules de térébenthine. Rien n'y fit, je conservai encore « mon écoulement.
«Dès 1843, j'avais commencé à m'apercevoir d'une grande « diminution dans le jet de mes urines, et, depuis cette époque « jusqu'en mars 1854, cette diminution augmenta, au point que « mon canal fut tout à fait fermé, et que je fus souvent sous les « angoisses d'une rétention complète. Alors mon ventre se gon- « fiait outre mesure, des douleurs atroces empêchaient tout « mouvement et toute marche, et je ne pouvais me soulager que « par des efforts longs et violents, au moyen desquels je faisais « sortir mes urines goutte à goutte , avec une lenteur qui me « désespérait. Au mois de mars 1854, M. le Dr Ferrât, des Bati- « gnolles, où je demeure, qui depuis longtemps connaissait mon
« état, me dit : Allez-vous-en trouver M. le baron Heurteloup, « et il vous fera uriner tout de suite. C'est ce que je fis le 18 « mars. Je vins vous trouver , vous me fîtes revenir le lende- « main 19 , et après m'avoir fait une opération incroyable quant « au résultat obtenu, car j'urinai à flot immédiatement , et in- « croyable quant à la douleur ressentie, car elle fut insignifiante, « je me trouvai débarrassé de mes deux infirmités : un écoule- « ment qui me durait depuis quatorze ans, et que rien n'avait « pu arrêter, et un rétrécissement qui , outre qu'il me causait « d'atroces souffrances , mettait ma vie en danger. « Aujourd'hui, 22 avril, je me trouve très-bien. » Le rétrécissement de M. Dessaux était à 8 centimètres; il était fibreux, de 2 centimètres 1/4 de long, laissant passer avec peine un calibre d'un millimètre 1/4; quelques valvulettes barraient l'entrée.
J'ai écrit à M. Dessaux, le 7 décembre 1834, pour qu'il ait la bonté de me donner de ses nouvelles , et il m'a envoyé la lettre suivante :
« Batignolles, le 9 décembre 1854.
« Monsieur le Babon,
« J'ai l'honneur de vous faire connaître (en réponse à la lettre « que vous avez bien voulu m'écrire) , avec plaisir et bonheur, «que, depuis l'opération habile et peu douloureuse que vous « m'avez faite le 19 mars dernier, je vais très-bien; ma santé « est tout à fait rétablie, et mes urines se rendent parfaitement.
« Un tel bienfait, monsieur le baron, ne peut être oublié; « aussi je vous prie de vouloir bien croire à toute ma gratitude.
« Non-seulement je vous autorise à publier mon cas, mais je « crois que, dans l'intérêt de la science et de ceux qui souffrent, « vous devez le publier.
« Veuillez, monsieur le Baron, agréer l'hommage de mon res- « pect et de ma reconnaissance,
« Dessaux.
« Batignolles, rue de la Paix, 48, et commis a la préfecture de police, 6e bureau, l,e division. »
Voici la réponse de M. Dessaux à mes trois questions de la note de la page 9 :
Batignolles , ce 18 avril 1859.
Monsieur le Docteur,
En réponse à votre lettre du to du courant, j'ai la satisfaction de vous apprendre que je fonctionne toujours bien ; mes urines s'écoulent bien, seulement je me passe quelquefois une bougie malgré votre recommandation, mais par peur, car je ne peux pas me persuader qu'une petite opération faite, il y a déjà tant d'années, m'ait rendit le canal aussi libre qu'il est ; peut-être je vous demanderai de me l'élargir davantage, mais pour le moment cela n'est pas nécessaire.
Quant à la douleur que m'a causée votre opération, elle est de beaucoup inférieure à celle que j'éprouvais quand je m'élargissais forcément'le canal. C'est un fait positif et je vous en donne ici l'assurance en vous disant Merci, Merci.
Agréez, cher Docteur, l'assurance de toute ma gratitude, avec laquelle ie reste pour toute la vie votre tout dévoué,
J. Dessaux,
Employé de l'administration centrale de la Préfecture de police.
Une seule blennorrhagie contractée avec une femme saine. — Rétrécissement.— Traitements multipliés sans succès. — Continuation de la biennorrhagie, malgré des soins prolongés. — Traitement par M. Ricord. — Insuccès. — Par M. Cottereau. — Insuccès. — Essai de cathétérisme par M. Velpeau. — Insuccès. — Traitement par M. Mettais. — Insuccès.— Par M. Aussandon. — Insuccès. — J'opère le 27 novembre 1847. — Rétablissement immédiat, etguérison du rétrécissement et de l'écoulement. — Bien-être persistant depuis douze années.
[Envoyé par M. le D' Aussandoh.)
M. Vànackèbe, 33 ans, de Bruges (Belgique); il est fabri* cant de chaussons de satin, et demeure rue Gabriel, 2, à Montmartre.
Il éprouva, au mois de décembre 1845, les premiers symptômes d'une blennorrhagie, suite d'un contact avec une femme avec laquelle il vivait depuis trois mois , et qui , sur l'invitation de M. V..., consentit à se laisser visiter. Aucun symptôme quelconque , aucun signe ne put donner à suppose?' que celle femme fût malade.
M. Vanackère alla consulter M. Ricord, qui déclara au malade qu'il avait une mauvaise chaudepisse, et la traita pendant quatre mois : tisane, copahu à haute dose (10 capsules le matin et le soir). Après trois jours de ce traitement , une inflammation considérable du testicule droit se manifesta, ce qui fit dire à M. Ricord que cela n'était rien , et que cela arrivait souvent : cetteinflammation du testicule dura six mois. La blennorrhagie ayant, persisté , M. Ricord la traita par les injections de solution de nitrate d'argent, qu'il répéta tous les jours pendant quinze jours.. Chacune de ces injections produisit une sécrétion abondante^ de mucus blanchâtre, qui coulait presque toute la nuit (le nwlade s'injectait le soir). Après quinze jours de ce traitement, q*ii^ laissa l'urètre dans le même état, M. Ricord en fit succéder d'autres : telles que vin de Roussillon ou eau de roses, 100 grammes; tannin, 1 gramme; alun, 50 centigrammes. Cette dernière injection fut répétée pendant trot* semaines. A celle-là
succéda une autre : eau de roses, 200 grammes ; sulfate de zinc, acétate de plomb, 50 centigrammes; cette dernière injection fut faite également pendant trois semaines. Ces deux dernières injections ne s'accompagnèrent pas de la quantité de mucus que détermina l'injection au nitrate d'argent; bien qu'elles fussent répétées deux fois par jour, elles n'amenèrent aucun changement dans la maladie (1).
Désespéré de ces traitements sans effet, M. Vanackère alla chez M. le Dr Cotteerau, qui donna une ordonnance très-compliquée, composée de neuf articles , dont le dernier était ainsi conçu : « 9° de temps en temps, aspirer un peu de pommade camphrée par les narines. Ce 8 août 1846. »
Ce traitement fut suivi pendant six mois , et fut accompagné de quelque soulagement et d'un peu de diminution de la chaudepisse; mais bientôt tout revint dans le même état, et le malade resta trois mois sans faire aucun traitement. Après ces trois mois, les symptômes s'aggravèrent, et au mois d'avril 1847, le malade reprit le traitement de M. Cottereau, qu'il continua pendant quatre mois sans succès.
Désespéré de plus en plus, M. Vanackère alla consulter M. Velpeau à sa clinique, qui, voyant que le malade ne pouvait plus uriner, essaya de le sonder, mais sans succès. De chez M. Velpeau, M. Vanackère alla chez M. le Dr Mettais, qui prescrivit un opiat composé de cubèbe, de copahu et de poudre de noix de galle, qu'il fit prendre au malade, trois fois par jour, sous forme de bols; à cela, M. Mettais ajouta de nouvelles injections au nitrate d'argent; le tout sans résultat.
Ce traitement ayant été vain, M. Mettais prescrivit une cuillerée de sirop de térébenthine matin et soir, et de nouvelles injections avec l'iodure de fer, mais encore sans résultat.
(1) Si j'insiste sur ces traitements et si je les donne avec tant de détails, c'est pour faire voir que les malades qui sont guéris par le traitement éclectique immédiat ont cependant passé par les meilleures mains et ont été soumis à des traitements tels que la science les prescrit; cependant, on voit l'inanité fréquente de ces traitements et souvent leur nocuité. Or, si on relit la fin de mon Mémoire, on verra que c'est le but que je me propose d'atteindre en publiant ces observations.
Tous ces traitements différents menèrent le malade jusqu'au mois d'août 1847. A cette époque. M. Yanackère alla voir M. le Dr Aussandon , qui donna, pour faire des injections, une eau dont le malade ne connaît pas la composition. Ces injections ne faisant rien, il administra la potion de Chopart, à prendre en une seule fois : le courageux avala cette horrible potion, mais encore sans succès.
Cette potion fut suivie de pilules de térébenthine et de tisane de bourgeons de sapin du Nord; ce fut encore sans succès.
Enfin le malade se plaignant à M. Aussandon de sa difficulté d'uriner, qui était parvenue au plus haut degré, ce médecin songea à sonder M. Yanackère; mais, bien que les tentatives fussent répétées plusieurs fois , il ne put parvenir à pénétrer, et il m'envoya le malade le 27 novembre 1847.
Ce jour-là même je l'opérai, et je le guéris immédiate men des deux maladies qui faisaient depuis si longtemps son désespoir, le rétrécissement et l'écoulement (1); seulement, l'écoulement persista quelque temps sous forme de suintement habituel, qu'un traitement approprié fit disparaître.
Le rétrécissement de M. Vanackère était un rétrécissement fibroso-vasculaire , et probablement c'est sur le sommet de la partie hypertrophiée que se trouvait la modification de tissu qui donnait lieu à la sécrétion puriforme qui avait résisté à tant de traitements et depuis si longtemps. Ce rétrécissement était à 14 centimètres de profondeur, et avait 2 centimètres de longueur.
J'ai écrit, le 27 novembre 1854, à M. Vanackère pour connaître son état actuel , et voici la lettre qu'il m'a envoyée en réponse :
« Beaugency, ce 6 décembre 1854.
« Mon bon Docteub,
a J'ai été pendant plusieurs années entre les mains des plus « habiles , sans avoir eu le moindre soulagement.
(1) Encore une blennorrhée chronique enlevée par le traitemeut éclectique immédiat!
«J'ai eu le bonheur que M. Aussandon a bien voulu m'envoyer « chez vous, et en dix minutes vous m'avez guéri complètement; « depuis plus de sept années que vous avez bien voulu m'opérer, « je n'ai plus rien ressenti.
« Veuillez, mon bon docteur, faire comme vous l'entendrez de « mon cas et faire usage de mon nom , afin que le public con- « naisse ce que vous avez bien voulu faire pour moi.
« Veuillez , mon bon docteur, recevoir de nouveau mes re- « mercîments , et l'assurance de mon éternelle reconnaissance.
« Votre tout dévoué serviteur,
« Vawackère.
« P. S. Je ne demeure plus à Montmartre, mais au Ghamp- « d'Asile, près de Beaugency, département du Loiret; c'est ce « qui vous expliquera le retard que j'ai mis à vous répondre. »
Voici la réponse de M. Vanackère à mes trois questions de la note de la page 9 :
Montmartre, 23 mai 1859.
Mon bon Docteur ,
En réponse à votre lettre, réponse que vous me priez de faire brève, je vous dirai:
1° Que f urine gros comme te petit doigt, fa,cilement, et pas du tout pendant la nuit;
2° Que votre opération ne m'a pas fait ce que Von appelle souffrir ;
3° Que les bougies par lesquelles f ai été traité par ce pauvre M. Aussandon, qui vient de mourir si malheureusement, ont été pour moi la cause de bien des douleurs , douleurs qui ont duré bien longtemps sans me guérir.
Elles ont plutôt augmenlejnon mal.
Je vous renouvelle, mon bon Dr.cteur, les assurances de ma bien vive reconnaissance.
Vanaciîhuk.
Rue Gabrielle, 8.
Ce cas ne prouve rien autre chose si ce n'est qu'un rétréci peut être bien guéri après de rudes épreuves, car, comme M. Vanackère le dit, il eut fort à souffrir du traitement par les bougies.
Je prends ici l'occasion d'exprimer un bien grand regret de la perte de notre confrère Aussandon, qui, comme le dit M. Vanackère, vient de mourir bien malheureusement. C'était un bon médecin et un homme d'esprit.
C'est le quatrième médecin nommé dans ma première édition, et mort depuis sa publication, à la mémoire duquel je paye un tribut de regrets, tribut qui devient un devoir, puisque ce livre a pour but de rappeler le passé.
Blennorrhagie en (851.— Traitements variés, pendant huit mois, par M. le Dr Romieu. — Insuccès. — Traitements variés par M. le DT Sauvel. ■ — Insuccès. — Traitements variés par 31. le Dr Ricord , pendant plusieurs mois. — Insuccès. — Usage des bougies, — Insuccès. — Injections de tous genres. — Insuccès. — Opération le 10 décembre 1853. — Rétablissement immédiat.— Persistance du bien-être depuis six années.
{Venu à moi directement.)
Le 1er décembre 1853, M. Reclus, contrôleur des travaux chez notre célèbre fabricant d'instruments de chirurgie, M. Liier, vint chez moi avec son fi!s, pour le faire traiter d'un écoulement invétéré, compliqué d'un rétrécissement parvenu à un très-haut degré. Mes affaires ne me permirent d'opérer le malade que le 10 décembre. Cette opération eut un plein succès, et du même coup je fis disparaître l'obstacle à la miction et la blennorrhée. M. Reclus fils, auquel j'avais demandé la relation de ses traitements antérieurs, me la remit quelques mois après; je la transcris ici :
«Monsieur le Baron,
« Lorsque vous m'avez opéré, il y a quelque temps, pour me guérir d'un rétrécissement du canal de l'urètre et d'un écoulement, je vous ai promis de vous tenir au courant de l'effet qu'aurait produit sur moi votre opération. Vous qui êtes habitué à des guérisons très-promptes, vous ne' serez pas étonné d'apprendre que je suis entièrement guéri; mais moi, qui souffre depuis si longtemps, je ne puis pas comprendre qu'une opération de quelques minutes ait pu me guérir d'une maladie de laquelle des médecins réputés comme étant très-habiles n'avaient non-seulement pas pu me débarrasser après de très-longs traitements, mais qui, de plus, me faisaient pressentir que je serais longtemps encore avant d'en être complètement guéri.
« C'est au mois d'octobre 1851 que l'écoulement s'est déclaré; j'étais, à cette époque, à la Rochelle. Je fus trouver M. le-doc-
teur Romieu, le plus en renom de cette ville, qui me traita pendant huit mois, et ce traitement fut sans succès. Voici quel fut ce traitement : Il me fit prendre pendant un mois des tisanes , des grands bains et des petits bains locaux de mauve ; pendant ce temps je souffrais en urinant et j'avais des douleurs de reins. Pour calmer ces douleurs, il me fit prendre de l'eau de chaux, qui me calma un peu ; ce traitement n'ayant pas d'effet, il fut remplacé par le poivre cubèbe et deux injections. Après avoir pris le cubèbe, les douleurs revinrent plus fortes ; alors M. le docteur Romieu remplaça le cubèbe par des pilules au copahu , et toujours des injections (la formule de ces injections fut souvent changée). Je suivis pendant huit mois le 'traitement, et l'écoulement n'avait pas entièrement disparu ; il me restait encore une goutte (appelée goutte militaire) et des douleurs de reins, et mes urines commencèrent à s'écouler par un jet très-petit.
« Je restai pendant deux mois sans écoulement, et, après ces deux mois, ennuyé de souffrir, je me mis entre les mains de M. le Dr Sauvet, dans la ville, qui me fit suivre un traitement qui dura quatre mois. Les médicaments furent à peu près les mêmes; les douleurs disparurent un peu, mais l'écoulement resta toujours le même.
« Je quittai la Rochelle pour venir à Paris, et, aussitôt arrivé, je fus trouver M. le Dr Ricord, dont j'avais beaucoup entendu louer l'habileté pour ce genre de maladies; il me traita pendant plusieurs mois. Il commença par m'introduire deux bougies; ensuite, il me fit prendre des pilules de copahu et des injections de toute espèce. Enfin, ne voyant pas d'amélioration , il m'ordonna des injections au nitrate d'argent : ce dernier traitement me fit beaucoup souffrir et me laissa une grande irritation dans le canal, et, de plus, une grande difficulté pour uriner. Après cela, je restai quelques mois sans traitement; mais, ne voulant pas demeurer dans cet état maladif, et ne sachant plus à qui m'adresser, je fus trouver M. Claude, pharmacien, qui vend des sirops qui m'avaient été recommandés. 11 me traita pendant deux mois; il me fit prendre pendant un mois des sirops dépuratifs et des bains. Le reste du temps, je pris du sirop appelé citrate de fer, et deux injections de sa composition. Ces sortes de drogues n'ont produit sur moi aucun effet; l'écoulement
était toujours resté le même; mais la difficulté d'uriner, qui s'était déclarée précédemment, n'avait fait qu'augmenter et en était venue à l'état grave où vous l'avez vue.
« Je termine, Monsieur le Baron, en vous priant de me croire pour toujours votre obligé ,
« Reclus , «■ rue Màcon, 44.
« P. S. Mon patron continue à bien aller, il vous fait ses compliments (1). »
M. Reclus, qui, aujourd'hui 10 décembre 1854, vient me voir sur mon invitation , me dit que son état de bien-être a toujours continué, que son jet conserve toujours la même ampleur, et que, quant à l'écoulement, il est entièrement disparu, et cela aussitôt après l'opération Ç2) .
Voici la réponse de M. Reclus à mes questions de la note de la page 9 :
Paris, le k mai 1859.
Mon cher Docteur,
Tétais absent lorsque votre lettre est arrivée; il faut donc ne pas vous étonner du retard que j'ai mis à vous répondre; f arrive de Bordeaux et je me hâte de le faire.
Je me porte admirablement bien; depuis votre admirable opération, rien n'a bougé. Certainement non, elle ne m'a pas donné de souffrance, car on ne peut appeler souffrance quelques sensations de piqûres.
(1) Aussitôt que j'eus opëréM. Reclus, son patron, qui était absolument dans les mêmes conditions de maladie, vint immédiatement me demander des soins ; je le guéris de même.
1859. — Le patron de M. Reclus est demeuré aussi bien guéri que lui.
(2) Encore une blennorrhée enlevée par le traitement éclectique immédiat !
Quant aux bougies, je ne peux pas vous dire le plaisir qu'elles causent, car avant d'aller vous voir, je n'en n'avais pas mis. Recevez, mon cher Docteur, les salutations de votre tout dévoué,