ET PUBLIÉES EN
72 ans. -—Une blennorrhagie. — Rétrécissement restant 43 ans à l'état modéré et stationnaire. — Occlusion complète seulement depuis trois années. — Tentatives infructueuses d'introduction des bougies. — J'opère. — Rétablissement immédiat. — Persistance du bien-être depxtis deux années. — État actuel du malade en avril 1859.
M. Tranchant, ancien sergent d'artillerie de marine, 72 ans, a, comme la plupart des militaires, contracté une blennorrhagie. Il avait 25 ans, et il a été quatre mois à se guérir. Elle fut trèsaiguë et traitée à l'hôpital de Toulon. Naturellement l'urètre chez M. Tranchant est très-étroit; aussi devint-il plus étroit quelque temps après la guérison de la blennorrhagie. Ce ne fut que vers la fin de 1856 que Je malade s'aperçut que les urines ne coulaient, quelquefois, que goutte à goutte; ainsi le rétrécissement parvenu ou non à son plus haut degré dura quarantesept ans.
Jusqu'en 1856 M. Tranchant ne fit rien pour obvier à l'inconvénient de pisser avec lenteur et difficulté; mais, après 1856, il mit quelques bougies, ou du moins en voulut mettre quelques-
unes, sur le conseil et avec l'assistance de M. le Dr lrimbault; mais aucune ne put passer.
D'après l'avis de M. Lepicier, un malade que j'avais opéré quelques mois auparavant (voir l'observation de la page 244) , M. Tranchant, qui était parvenu au dernier degré de l'anxiété par la rétention d'urine, vint me trouver le 3 avril 4 857, et je l'opérai le 7 avril suivant, après quelques soins préliminaires.
M. Tranchant, à ce moment-là, éprouvait des douleurs extrêmes, et ne pouvait obtenir de l'urine qu'en se trayant avec effort. L'organe était rouge et tuméfié ; les envies d'uriner se renouvelaient de dix minutes en dix minutes. Les urines étaient catarrhales et ammoniacales. De vives souffrances se faisaient sentir dans le bas-ventre.
Nonobstant cet état défavorable et le grand âge du malade, j'opérai sur un rétrécissement mou , long de quatre centimètres et non central. L'opération fut très-prompte, et très-peu de sang s'écoula.
Aujourd'hui, 24 avril 1859, je n'ai pas revu M. Tranchant depuis le jour où je l'opérai, et voici ce qu'il répond à la lettre que je lui écris, sur le modèle de celle que j'écris à tous mes malades, et qui se trouve dans la note de la page 9 :
Paris, le 24 avril 1859.
Mon cher Docteur ,
Je réponds à votre lettre du 20 courant, mais avant de le faire, je m'excuse de n'avoir pas été vous voir depuis si longtemps que vous m'avez rendu à la santé.
J'ai été depuis votre opération toujours bien, sans le moindre ressentiment de mes anciennes souffrances et cela grâce à vous; je vous remercie donc de tout mon cœur.
Quant aux souffrances que m'a causées votre opération, cela est bien
loin de ce que je m'attendais à ressentir, et véritablement ce que j'ai ressenti ne peut pas être appelé une souffrance.
Comme je n'ai jamais pu introduire de botigies, je ne ptiis bien vous rendre compte de la différence qu'il y a entre la douleur qu'elles causent; mais ce que je puis affirmer, c'est que j'ai infiniment moins souffert pendant que vous m'opériez que pendant le simple essai que j'ai fait, ou que l'on m'a fait pour en introduire.
Croyez-moi, mon cher Docteur, votre bien reconnaissant serviteur,
Tranchant.
117, Quai Valmy.
Étroitesse congénitale du canal. — Rétention d'tirine à l'âge de 4 ans. — Rétention complète il y a dix ans. — Soulagement par l'introduction difficile d'une très-petite sonde. — Essai de dilatation par les bougies . — Impossibilité de les supporter. — Fièvres violentes. — Opération dont le malade atteste la bénignité. — Rétablissement immédiat. — Persistance du bien-être pendant trois années. — État du malade en mai
Le 17 juin 1856, M. Rogeb, pharmacien à Bar-sur-Seine (Aube) , vint me trouver. Il était affecté d'une rétention d'urine datant de fort longtemps, et, sur sa demande, je l'opérai et le guéris le 15 juin suivant. Il repartit pour Bar-sur-Seine deuxjours plus tard ; et, d'après la demande que je lui avais adressée, il m'envoya la note suivante , qui fait connaître les différentes phases de sa maladie. Cette note est datée du 19 mai 1857 :
« Monsieur,
« Depuis mon enfance, j'ai toujours eu le canal très-étroit. « A l'âge de quatre' ans , une rétention d'urine me mit au lit « pour six semaines. Les douleurs que j'éprouvai étaient si fortes « que j'en conserve encore le souvenir. Depuis, j'ai toujours uriné « difficilement. Tous les régimes que j'ai pu suivre n'ont amené « aucune modification; comme je n'éprouvais pas de douleurs « bien vives en urinant, je les ai tous cessés.
« Pendant dix ans de ma jeunesse que j'ai passés en Afrique, « j'ai fait quelquefois des excès de vins généreux et de liqueurs, « sans éprouver plus de gêne dans l'émission de mes urines.
« Il y a dix ans , après m' être livré à l'exercice de la pêche , « j'eus une rétention qui me causa des douleurs horribles; je fus « plus de six heures dans cet état : les lavements, les sangsues, « les fomentations émollientes , les frictions d'huile camphrée « sur la région de la vessie, un bain de plus d'une heure, n'ame- « nèrent aucun soulagement. Après avoir essayé de tout en vain, « mon médecin finit par céder aux sollicitations que je lui faisais
« de me sonder. Vu l'état d'inflammation où se trouvait mon « canal , il ne parvint à m'introduire une sonde , quoique très- « petite, qu'avec la plus grande difficulté; ce qui me soulagea « immédiatement. Deux ou trois jours de repos me ramenèrent « à mon état normal.
« A plusieurs reprises, on essaya de m'introduire une sonde et « de me la faire garder quelques heures, espérant, par ce moyen, « élargir le canal; je fus obligé de cesser, car, après trois ou « quatre jours de ce traitement, j'étais toujours pris d'accès de «fièvre très- violent s , qui cessaient aussitôt la sonde enlevée.
« Je pensais après tous ces essais qu'il fallait vivre dans cette « fâcheuse position, lorsqu'un jeune homme que vous aviez opéré « me parla de vous avec tant d'éloges que je nourris, dès lors, le « projet de me mettre entre vos mains. Je fis venir votre livre, « qui me confirma dans ma résolution. Je dois dire, en passant, « que toutes les attestations qu'il renferme, quelque flatteuses « qu'elles soient, sont au-dessous de la vérité, pour la manière « habile avec laquelle vous opérez; car, dans l'opération que j'ai « eue à subir, j'ai éprouvé moins de douleurs que dans l'intro- « duction des sondes.
« Depuis cette époque (juin 1856) , je jouis d'une santé par- « faite et puis supporter les plus grandes fatigues sans éprouver « aucune gêne; ce que je ne pouvais faire avant. Ensuite, cinq « ou six fois chaque nuit, j'éprouvais le besoin d'uriner, et l'u- « rine ne s'échappait que goutte à goutte , ce qui me fatiguait « beaucoup. Tous ces ennuis ont complètement disparu.
« Si la communication de ma lettre pouvait être utile à déci- « der les personnes souffrantes de cette infirmité à se confier « à vos mains habiles, n'hésitez pas, ce serait leur rendre un im- « mense service.
« Recevez, monsieur le baron, avec l'expression de ma recon- « naissance, l'assurance de mon estime et de mon sincère dé- « vouement.
«Rogek, pharmacien.
« Bar-sur-Seine, le 19 mai 1857. »
Je viens de prier M, Roger de répondre à la lettre contenue dans ma note de la page 9 , et voici sa réponse :
Bar-sur-Seine, le 2 mai 1859.
Mon cher Docteur ,
Je saisis avec empressement l'occasion de vous témoigner toute ma gratitude, relativement à l'opération que vous m'avez faite, il y a trois ans. Depuis cette époque, je n'ai pas éprouvé la moindre douleur ni la moindre difficulté dans l'émission de mes urines, malgré bien des imprudences que j'ai faites dans l'exercice, souvent immodéré, de la chasse.
Je n'ai pas éprouvé la plus petite douleur dans l'opération que vous m'avez fait subir; et, s'il fallait recommencer , je préférerais cent fois votre opération à l'introduction de la plus petite bougie, car le mode de traitement auquel j'avais eu souvent recours avant vous n'avait jamais amené aucune modification dans mon état de santé.
Non-seulement je vous autorise à rendre publique ma déclaration, mais encore je vous en prie, persuadé que ce sera rendre un grand service à ceux que mon exemple pourrait déterminer à se soumettre à la même opération.
Recevez, mon cher Docteur, V expression de toute la reconnaissance de votre tout dévoilé ,
Rogeb , Pharmacien.
Ce cas est certainement très-remarquable. Il met en saillie l'influence d'un canal naturellement trop étroit , — la présence d'un obstacle à la miction sans cause blennorrbagique, — la croissance impassible de cet obstacle , — la difficulté d'introduire des bougies, — l'impossibilité plus grande de les supporter,, — les fièvres qui en sont la suite, — la rétention complète toujours imminente; — et enfin, en opposition à tout cela, le calme général renaissant et toujours persistant sous l'influence d'une opération courte et bénigne, que le malade déclare spontanément lui avoir donné moins de douleurs que V introduction des sondes.
Quatre blennorrhagies. — Traitement par les injections d'azotate d'arfjenf . — Blennorrhée persistante. — Rétentions complètes répétées. — Incontinences nocturnes. — Opération le 11 août 1S57. — Rétablissement immédiat. — Disparition de la blennorrhée. — État du malade en mai 1859.
Le 9 juillet 1847, M. Pailhol, capitaine en retraite, à Vincennes, rue Montreuil, n° 84, me fut envoyé par M. Dessaux, que j'avais opéré quelques années avant (voir l'observation, page 218). M. Pailhol était atteint d'une rétention d'urine presque complète; mais, ne pouvant disposer d'assez de temps pour procéder à une opération qui me paraissait présenter quelques difficultés, je remis à la faire au lendemain, 10 juillet. Je rencontrai un canal très-épaissi , et défendu par des valvules fibreuses et innombrables placées au-devant d'une partie plus profonde, qui présentait un pertuis filiforme de 3 à 4 centimètres de longueur. Il y avait impossibilité de faire passer la moindre bougie, dont la pointe allait se fourvoyer dans les valvulettes fibreuses. Je dus donc faire disparaître ces valvulettes. Je reconnus alors le pertuis, et je remis à quelque temps la fin de l'opération, me réservant de constater l'effet de la première modification que j'avais imprimée à l'organe.
Effectivement, M. Pailhol urina, dès lors, avec plus de facilité, par un très-petit jet filiforme, à la vérité, mais suffisant pour lui permettre de vider sa vessie, ce qu'il n'avait pas fait depuis longtemps, et ce qui le satisfit beaucoup.
Les choses étant remises dans un état plus favorable, et M. Pailhol ayant repris des forces, par suite particulièrement du sommeil qui lui fut rendu, je procédai à l'opération principale, et je convertis le pertuis fibreux en un canal suffisant. Je fis cette opération le 11 août 1857, et je laissai M. Pailhol retourner immédiatement chez lui, à Vincennes.
Plus d'une année après , je lui demandai de m'envoyer l'histoire de sa maladie, et il m'adressa la lettre suivante :
« Monsieur le Baron, « Vous désirez que je vous raconte les diverses phases de la « maladie de laquelle vous m'avez délivré ; je vais Ressayer.
« J'ai eu dans ma vie trois ou quatre écoulements ; tous ont « été traités par des tisanes , baume de copahu et injections au « nitrate d'argent. Il m'était resté un léger suintement qui appa- « raissait de temps à autre et qui tachait mon linge; peu à peu « le jet de mes urines diminua, et je n'y faisais pas grande atten- « tion, attachant cela à l'âge.
« Au mois de juin 1851, je fus pris d'une rétention , au point « de ne plus pouvoir pisser du tout , et qu'il fallut les efforts les « plus grands pour faire sortir mes urines goutte à goutte. Je fus « traité par des sangsues au périnée , des bains de siège et des « tisanes; cela me soulagea un peu, et je pus pisser, mais par « un jet très-mince. Cela continua jusqu'en 4852, où je fus en- « core pris d'une rétention , et que je traitai de la même ma- « nière; depuis cette époque, il y a eu des intermittences, mais « pissant toujours avec beaucoup de difficulté , et des envies « d'uriner telles que je ne pouvais plus sortir de chez moi; la « nuit j'étais obligé de me lever douze à quinze fois, et mes uri- « nés s'épanchaient dans mon lit goutte à goutte; enfin, je ne « pouvais reposer un moment.
« Ayant lu dans les journaux l'annonce dé votre ouvrage sur « la guérison immédiate des maladies des voies urinaires, j'ache- « tai cet ouvrage, et j'y vis toutes les cures merveilleuses que « vous avez faites. Je fus vous trouver le 6 juillet 1857; vous « m'aviez donné rendez-vous pour le 10, et, après une opération a qui n'a duré que très-peu de temps, et incroyable, quant à la « douleur ressentie, car elle fut insignifiante, je pissai immédia- « tement d'un jet continu. Vous m'avez retouché un mois après; « depuis cette époque je continue à bien pisser d'un jet gros et a roide, et n'ai plus de ces envies fréquentes; je reste trois à six « heures sans éprouver de besoin. J'ai 59 ans, je me porte très- « bien , et très-heureux d'être débarrassé de cette cruelle ma- « ladie.
«Veuillez, monsieur le Baron, recevoir mes remercînients et « l'assurance de mon éternelle reconnaissance.
« Pailhol,
« Capitaine en retraite. «
Rue de Montreuil, 84, a Vincennés.
Voici la réponse que M. Pailhol fait à mes trois questions de la note de la page 9, et qui fait connaître l'état dans lequel il se trouve au moment où je publie cette deuxième édition :
Vincennes, 6 mai 1859.
Mon cher Docteur,
Pour répondre à votre lettre et aux trois questions que vous me posez-, je vous dirai avec plaisir d'abord :
1° Que je suis rajeuni; je pisse largement sans la moindre sensation; enfin, sotis le rapport de la miction j'ai vingt ans.
2° Votre opération ne ferait pas se plaindre un enfant de dix ans, et, outre que la sensation est très-peu forte, elle dure si peu, qu'elle serait supportable si elle était vive.
3° Je n'ai jamais mis de bougie, et bien m'en a pris, car je ne sais jusqu'ù quel point je me trouverais si je ne m'étais pas mis dans vos mains tel que la nature m'avait rendu malade.
Vous voyez par ces mots que j'ai pris connaissance de votre introduction à votre deuxième édition, de laquelle vous avez bien voulu m' envoyer les épreuves.
Veuillez, mon cher Docteur, recevoir de nouveau mes remercîmenls sincères et l'assurance de mon éternelle reconnaissance,
Pailbol ,
Capitaine en retraite
Rue de Montreuil, 84, à Vincennes.
Blennorrhagie unique. — Petite tumeur sur l'urètre ayant précédé celte blennorrhagie et indiquant cependant un endroit rétréci. — Rétention complète dont le point de départ précédait la blennorrhagie. — Traitement par les bougies. — Dilatation excessive par les bougies à demeure en peu de temps. — Abcès dans le canal s'ouvrant clans l'anus. — Retour du rétrécissement en un mois. — Le malade urine goutte à goutte. — J'opère. — Rétablissement immédiat. — Bien-être depuis quatre années. — Lettre du malade constatant son état actuel en 1859.
M. Lépicier, bijoutier en argent, 36 ans, a contracté une blennorrhagie à l'âge de 20 ans; elle a duré quatre mois, bien qu'ayant été traitée à l'hospice du Midi par M. Puche. Pendant son traitement, M. Lépicier fit remarquer à M. Puche une petite grosseur dans l'urètre, petite grosseur que M. Lépicier avait découverte parce qu'il éprouvait avant sa blennorrhagie une douleur à cette place lorsqu'il exécutait la miction. M. Puche dit au malade que ce n'était rien, et celui-ci garda sa grosseur jusqu'à ce que, étant à la promenade, et pris d'une envie d'uriner, M. Lépicier eut une rétention à peu près complète; les urines ne sortaient que goutte à goutte. Cependant il ne s'était pas aperçu, avant, de la diminution de son jet, comme cela arrive souvent.
Son médecin, appelé, lui dit de prendre des tisanes rafraîchissantes, et remit à quelque temps le cathétérisme, qui fut pratiqué au moyen d'une petite sonde de gomme que Pon mit à demeure et que l'on augmenta successivement. Parvenu au diamètre de 7 millimètres, cette sonde, qu'on avait laissée à demeure, produisit un abcès dans le canal, qui s'ouvrit dans l'anus (1). Aussitôt, des symptômes graves qui s'étaient montrés cessèrent.
Mais, quelques jours après, il se forma un énorme gonflement au genou, dans les parties externes de l'articulation, et M. Michon dut donner issue à du pus par une incision pratiquée à la partie moyenne de la jambe, vis-à-vis l'angle interne du tibia. Ce mal dura un mois, à peu près.
(1) Encore un effet fâcheux des bougies à demeure.
Gomme on avait néglige la sonde pendant le traitement du genou, le canal se rétrécit, bien qu'un mois auparavant il reçût une sonde de 7 millimètres. Au bout d'un mois, il recevait avec peine une sonde d'un millimètre 1/2(1).
Le malade resta en cet état jusqu'au 20 août 1855, époque à laquelle il vint me consulter. Alors il pissait goutte à goutte, et quelquefois par un filet mou, composé de gouttes qui se suivaient. La rétention complète était imminente.
Le 25 août je l'opérai. La partie rétrécie était composée de tissus fibreux disposés en anneau épais, anneau derrière lequel étaient six ou sept valvules fibreuses que je fis disparaître. Cette partie rétrécie était longue de 2 centimètres 1/2 et était située à la courbure, dans la partie bulbeuse, et ne dépassait pas le ligament triangulaire. A peu près à cette hauteur, on sentait la petite tumeur annoncée par le malade, et qui paraissait faire corps avec sa paroi épaissie.
Voici la réponse de M. Lépicier aux questions contenues dans la note de la page 9. Cette lettre ne répond qu'à une question; mais comme l'observation répond aux deux autres, je la reproduis telle quelle, d'autant plus qu'elle constate, une fois de plus, un fait que j'ai déjà signalé, à savoir l'obstacle qu'apportent les rétrécissements à la propagation de l'espèce.
Paris, ce 2 mars 1S59.
Monsieur le Baron,
En réponse à vos questions, je vous dirai simplement qu'après avoir beaucoup souffert d'une rétention d'urine pour laquelle mon médecin me faisait garder la sonde jour et nuit, il m'est arrivé des irritations à ne
(1) Voilà encore un exemple du peu de temps que dure la dilatation par
les bougies.
pouvoir la retirer; je n'ai pu le faire qu'en prenant des bains de siège; mais alors quelle douleur tout le long du canalt
Après cela il m'est venu un abcès au fondement qui m'a fuit souffrir tin mois, et cela toujours par les sondes. J'ai eu ensuite, par elles, une fièvre qui dura très-longtemps; de là, une tumeur au genou dont il a fallu endurer l'opération. Enfin, j'ai enduré de très-grandes souffrances, et tout cela sans pouvoir me faire uriner. Je fus vous trouver, il y a bientôt quatre ans au mois d'août prochain, et à ma grande surprise, en moins de cinq minutes j'étais opéré sans souffrance ni douleur qu'une légère sensation, et, depuis quatre ans, je continue à bien uriner sans aucune difficulté, et puis il faut vous le dire aussi, depuis votre opération voilà deux enfants qui nous sont survenus; si je vous donne tous ces détails, c'est pour que vous puissiez faire publier mon cas.
J'ai bien l'honneur de vous saluer,
A. Lépiciek,
Bijoutier, ci-devant rue Rambuteau, 33, Actuellement rue Montmorency, 14.
Ce cas est curieux sous le point de vue de la petite tumeur qui précédait la blennorrhagie, qui pouvait faire conclure que cette dernière n'était pas tout à fait la seule cause de l'occlusion subséquente de l'urètre. Il est aussi remarquable et instructif pour éviter de laisser des sondes à demeure dans l'urètre. Il montre aussi avec quelle promptitude les effets de la dilatation disparaissent, et, comparativement, combien le traitement éclectique immédiat a des effets permanents.
Après m'avoir écrit la lettre ci-dessus, M. Lépicier est venu me voir; j'ai examiné le canal, qui, comme on l'a vu plus haut, laissait les urines s'écouler librement; mais cependant j'ai profité de l'examen pour lui donner un peu plus d'ampleur.
Rétrécissement datant de trente années. — Atonie de la vessie tout à la fois idiopathique et sympt orna tique. — Dilatation de ce! organe par l'urine accumulée. — Incontinences fréquentes ducs à cette accumulation et à la mollesse du rétrécissement. — Opéra/ ion le 24 octobre 1858. — Rétablissement immédiat. — Bien-être depuis Six mois. — État du malade en 18,ï9.
Le 20 octobre 1858, je fus consulté par M. B***, âgé de 70 ans, qui depuis longtemps éprouvait une difficulté extrême à exécuter la miction. Évidemment, cette difficulté provenait d'un rétrécissement de l'urètre. Je donnai jour à ce malade pour le 24; je l'opérai et je le guéris. Son rétrécissement était de nature molle et vasculaire, et se trouvait à la courbure de l'urètre; il avait 2 à 3 centimètres de longueur.
Comme ce malade avait pour médecin ordinaire M. le Dr Philipeaux, qui lui donna quelques soins après mon opération, et que j'avais déjà opéré avec succès un de nos confrères que M. Philipeaux m'avait recommandé (voir l'observation, p. 263), je priai ce dernier de vouloir bien consacrer, par son témoignage, le fait que je rapporte maintenant.
Voici la relation de M. Philipeaux :
« Mon cher et honoré confrère ,
« Je vous fais passer, comme vous me l'avez demandé , l'ob- « servation écrite brièvement et au- courant de la plume de « M. B***, mon client, et que vous avez débarrassé, immédiatece ment, d'un rétrécissement de l'urètre datant de trente années. « C'est le deuxième succès de ce genre que vous obtenez sous « mes yeux , et je vous en fais mon sincère compliment.
« M. B**% rentier, âgé de 70 ans, né à Rouen, demeurant à « Paris depuis plus de quinze années, d'un tempérament bilieux, @ d'une constitution robuste, a toujours vécu dans l'aisance. Il « n'a jamais eu que quelques indispositions légères générales. Les « plus sérieuses ont été dues à l'infirmité de laquelle vous l'avez « débarrassé en quelques minutes. Notre malade cependant n'a « jamais eu de. rétention d'urine complète ; mais , comme tous
« les individus affectés d'un rétrécissement , il dit que , lorsqu'il « dînait en ville , il était fortement gêné par l'accumulation de « l'urine dans la vessie, qui le forçait à sortir à chaque instant pour « satisfaire le besoin d'uriner, et pour empêcher peut-être la ré- « tention d'urine d'arriver. Quand le malade ne pouvait satis- « faire instantanément ce besoin, il dit que l'urine coulait goutte « à goutte dans les vêtements ; il dit encore que le besoin était « de temps en temps tellement incessant que, s'il n'était pas dé- « rangé , il restait pendant des quarts d'heure à le satisfaire , et « encore, vingt minutes après, il se trouvait de nouveau repris « du même besoin jusqu'à ce que l'état normal se fût réta- « bii (1); enfin, lorsque notre malade ne pouvait pas, pour une ((cause quelconque, satisfaire complètement son besoin, il « élait pris de vives douleurs dans les régions de la vessie, du « périnée, des reins, et surtout d'une vive démangeaison au « gland (2).
« M. B**% en 4850, avait été soigné par un chirurgien remar- « quable de Rouen, M. Flaubert, lequel l'avait déjà soigné bien « des fois; ce chirurgien avait même cherché à vaincre, mais « sans succès, son rétrécissement, soit par la dilatation, soit par « la cautérisation au nitrate d'argent. Ce chirurgien avait même a engagé notre malade à avoir, comme précaution, toujours chez « lui, des sondes ainsi que des bougies de différentes grosseurs,
(i) Je conseille aux rétrécis de ne pas en arriver à cet état, car la vessie distendue perd son ressort et revient difficilement sur elle-même. Cette rédaction de M. le docteur Philipeaux peint très-bien l'anxiété du rétréci. Que l'on remarque ces derniers mots -.jusqu'à ce que l'état normal se fût rétabli. Cela signifie que la vessie d'un rétréci a des états de crise, ce qui n'est pas étonnant dans un organe à action alternative. Or, l'action alternative des organes "est un riche sujet à étudier; à le bien prendre, tous les organes ont une action alternative; je parle ici des organes qui ont cette propriété au plus haut degré.
(2) Je recommande de faire attention à cette démangeaison du gland. Elle est le signe de toute stimulation dans l'intérieur de la vessie. C'est l'indice que la nature a donné à l'homme pour l'avertir de la nécessité de satisfaire à l'une de nos principales fonctions d'élimination. Sous ce point de vue, la démangeaison au gland est un signe tout à fait physiologique. Ainsi donc, que l'on se méfie de toute démangeaison au gland éprouvée en dehors du besoin de la miction.
« et même de porter toujours sur lui une sonde de petit calibre « dans la crainte qu'un jour il lui arrivât de ne pouvoir uriner; « il lui conseilla même de l'introduire de temps en temps dans « l'urètre.
« Le 26 décembre 1858, M. B*** alla vous trouver à midi, et « il en sortit à midi et demi, après avoir été soumis à votre opé- « ration du rétablissement immédiat du canal de l'urètre, et cela « sans qu'il ait éprouvé de douleurs, assure-t-il. Le même jour, « 26 décembre, j'allai le voir sur les neuf heures du soir. 11 avait « perdu du sang par l'urètre, mais, lorsque j'arrivai, cela venait « de s'arrêter. Je me contentai de prescrire quelques boissons « froides et le repos. Le lendemain , je le revis , et le trouvai en « bonne santé, et l'hémorragie n'avait pas reparu.
« Depuis cette époque, c'est-à-dire depuis plus de six mois, « notre malade n'a jamais rien ressenti du côté de l'urètre, et les « urines coulent parfaitement bien.
« La vie, les habitudes, ainsi que le moral, sont rentrés dans « leur état ordinaire, et maintenant toutes les fois que notre « malade dîne en ville , quoique âgé de 70 ans , il peut rester à « table pendant des heures entières sans éprouver le moindre « besoin d'uriner.
« Enfin, mon cher confrère, notre client me dit, toutes les fois
o qu'il me voit, qu'il ne peut pas songer à son passé sans éprou-
« ver une grande joie du changement complet qui s'est opéré en
« lui depuis votre opération, et il se demande comment il a pu
« vivre pendant trente années avec une telle infirmité, lorsque
« aujourd'hui, c'est-à-dire depuis six mois que vous l'avez opéré,
« il se sent comme s'il n'avait jamais eu de rétrécissement de
« l'urètre.
« Piiilipeaux, D. M. P. »
Ce cas que M. le Dr Philipéaux a bien voulu prendre la peine de rédiger avec tant de détails, est fort remarquable sous le point de vue du prompt retour de la vessie à son état de contraction normale, après avoir été distendue si longtemps par l'accumulation des urines. Il est vraiment surprenant qu'à l'âge de 70 ans ce phénomène se présente si tranché. Chez les personnes moins âgées, cela arrive quelquefois d'une manière aussi nette,
mais il s'en faut que cela soit toujours ainsi. Lorsqu'on traite par les bougies ou par des dilatations successives, on fait pissoter les malades pendant un temps fort long avant de la dilater tout à fait; la vessie reçoit une espèce d'éducation pour revenir à sa contraction naturelle (quand elle y revient); mais lorsqu'on rétablit immédiatement le calibre du canal dans son entier, il n'en est pas de même, le retour vers une contraction normale est dû à la vessie, qui se contracte tous les jours de plus en plus et finit par se vider complètement.
Il est des malades qui ont la disposition contraire, dans le cas de rétablissement immédiat du calibre entier ; c'est qu'ils vident leur vessie trop vite , et que les parois , qui ont été si longtemps sans se trouver en contact, y entrent subitement, et quelquefois avec assez de force pour que le malade en ressente une vive sensation. Mais cette sensation reste inconnue dans son essence au malade , qui l'attribue à ce qui vient d'être fait dans son urètre.
Il est encore un fait important à remarquer chez M. B***, c'est qu'il eut des rétentions d'urine longtemps avant que le canal fût fermé : c'est que, chez lui, la vessie fut frappée d'atonie avant, et indépendamment du rétrécissement. Il y a des malades atteints simplement d'atonie de la vessie, M. B*** a été de ceux-là. Le rétrécissement est venu ajouter à sa cause d'atonie, et l'organe avait contracté d'autant plus l'habitude de se distendre. De là, les incontinences si fréquentes... par regorgement.
Voici la lettre que M. BY** m'écrit en réponse aux trois questions de la note de la page 9 :
Paris , ce 22 juin 1859.
Mon cher Baron ,
En réponse à votre petit billet, je vous dirai que je me trouve bien, que votre opération ne m'a pas fait souffrir et que les bougies, qui ne m'ont pas guéri , ont été pour moi une cause de douleurs et qui se sont renouvelées chaque fois qu'il en a fallu introduire.
Tout à vous de cœur, J. B.
Plusieurs blennorrhagies. — La dernière, contractée en 1823, résiste quoique vigoureusement traitée. — Apparition du rétrécissement immédiatement après. — Le malade me consulte en 1833. — Je le renvoie à Pasquier. — Traitement par la cautérisation et la dilatation pendant trois mois. — Douleurs prolongée s pendant trois autres mois. — Retour de la maladie. — J'opère le 10 avril 1858. — Rétablissement immédiat. — État du malade en mai 1859.
Le 3 avril 4858,, M. Dentel, ancien militaire et surveillant an palais de Meudon, qni m'avait autrefois consulté, vint me trouver dans un état de rétention presque complète, état qui durait depuis longtemps, et qui causait au malade, en sus des désordres locaux, des désordres généraux qui compromettaient son existence. Je l'opérai le 10 avril 1858, je le guéris, et quelque temps après je lui demandai de me faire connaître les différentes particularités qui avaient trait à sa maladie.
Voici sa narration :
« J'ai 66 ans; j'ai servi trente et un ans dans l'artillerie à cheval. « J'ai eu dans ma jeunesse plusieurs blennorrhagies ; la dernière « est de 1823. Elle fut très-longtemps à être guérie, quoique je « la fis traiter militairement, au Gros-Caillou, par M. Poisson. « Depuis cette époque, 1823, je fus rétréci d'une manière sup- « portable ; mais, bientôt, j'en vins à ne plus pisser que de la « grosseur d'un fil. Je vous consultai en 1833, lorsque vous « vîntes d'Angleterre et que vous habitiez Paris. Vous examinâ- « tes mon canal et vous constatâtes un rétrécissement; mais « comme vous deviez repartir pour les pays étrangers, vous me « recommandâtes à M. Pasquier, qui me traita.
« Je restai trois mois en traitement, pendant lesquels je fus « cautérisé trois fois, et je me soumis à l'emploi des bougies, Ce « traitement fut très-douloureux, et je me ressentis trois mois « après de la cuisson excessive que me causa la cautérisation. « Cela me fit six mois de souffrances. Mon jet d'urine ne fut pas a beaucoup accru, mais je reculai devant un traitement à faire « à nouveau, le premier m'ayant été trop pénible à supporter.
« Je restai dans cet état de mal pissant jusqu'en 1852, époque « à laquelle je repassai à l'état de rétréci gros comme un fil et a goutte à goutte; enfin j'en arrivai à la rétention complète, et, « apprenant que vous veniez de publier un ouvrage sur le traite- « ment des rétrécissements de l'urètre, je vins vous voir, vous « m'opérâtes, et, à ma grande surprise, vingt-quatre heures après, «j'urinais parfaitement bien, et j'ai continué à le faire jusqu'à « présent. »
L'occlusion du canal chez M. Dentel était due à des brides enchevêtrées, qui empêchaient qu'aucune bougie pût pénétrer. Ces brides, plutôt fibreuses que fongueuses, étaient peu sensibles, et elles disparurent avec facilité et sans causer de douleur au malade. Ces brides, que l'instrument faisait vibrer tant elles étaient sèches, s'étendaient dans l'espace de 7 à 10 centimètres de profondeur. Après ces brides, je rencontrai un espace libre qui me -permit de pénétrer jusqu'à un centimètre du ligament triangulaire. Là, je rencontrai un pertuis qui laissait passer un instrument d'un millimètre de diamètre. Je donnai 6 millimètres de calibre à ce point et l'opération fut terminée.
Voici la réponse de M. Dentel aux trois questions de la note de la page 9 :
Palais de Meudon, le 14 mai 1859.
Monsieur,
Permettez-moi de vous renouveler mes remcrciments au sujet du traitement que vous m'avez fait. Je porte à votre connaissance, en réponse à la lettre que vous m'avez adressée :
1° Que je me trouve parfaitement guéri, et cela en peu de temps ;
2° Que j'ai peu souffert par Vopéraiion que vous m'avez faite;
3° Que j'affirme que le traitement, par la bougie est supérieur sous le rapport de la douleur, qui est presque nulle par votre opération.
Veuillez agréer, monsieur, mes remercîments sincères et l'assurance de mes sentiments respectueux,
Dentel ,
Surveillant au palais de Meudon , y demeurant.
32 ans. — Une blennorrhagie. — Injections styptiques. — La blennorrhagie revient à intervalles. — Douleur au gland. — Retour journalier de ces douleurs à heure fixe. — Le rétrécissement se caractérise en 1853. — Pincement au bout de la verge pendant la marche. — Arrêt subit du jet de Vitrine. — Ces signes sont indicatifs de la pierre. — J'opère le 11 octobre 1853. — Je guéris du même coup le malade de son rétrécissement et de fa pierre. — Bien-être persistant depuis six années. — Lettre du malade faisant connaître son état en mai 1859.
Le 3 octobre 1853, M. Geoffroy, demeurant rue du Bouloi, cour des Fermes, âgé de 32 ans, m'a été adressé par M. France, pharmacien, rue Saint-Louis. Voici les détails que ce malade, qui était dans un état de rétention presque complète, me donna :
« En 1847, j'ai eu une blennorrhagie qui a duré pendant un « mois, et qui s'est passée par l'usage des injections. Trois mois « après, un très-petit écoulement a reparu, et, en même temps, « j'ai ressenti de vives douleurs dans le gland qui duraient pence dant une heure , et qui revenaient périodiquement tous les « soirs. L'intervalle qui séparait ces douleurs était entièrement « calme, à moins toutefois que je ne prisse quelque chose d'ex- « citant. Alors j'avais deux douleurs par jour, et cette douleur « supplémentaire me venait immédiatement ou presque immé- « diatement après mon écart de régime.
« Je restai dans cet état pendant huit mois. Cela a résisté aux « pilules de copahu, de cubèbe, mais cela cédait à une injection « dans l'urètre, dont je ne sais pas la composition, et qui m'a «été donnée par M. France, pharmacien. Je crois que c'était « un astringent végétal.
« De 4848 à 1853, j'ai eu plusieurs reprises de cet écoulement « et de ces douleurs, et toujours à l'issue de dîners. Chaque fois « j'ai eu recours à mon injection qui arrêtait les symptômes.
« Pendant tout ce temps-là, je ne me suis pas aperçu de dirai* « nution dans le jet de mes urines, mais c'est seulement parce « que je n'y faisais pas attention; car, au commencement de a cette année (1853), je fus frappé du petit calibre du jet de mes
« urines, et aussi de la persistance de mes douleurs, que je ne « pus faire passer, même avec l'injection à laquelle je devais le « calme que je me procurais après chacun de mes accès anté- « rieurs. Je remarquai aussi que mes urines étaient glaireuses. « Je vins vous voir., il y a un mois, et vous me prescrivîtes un « traitement qui fit disparaître ces symptômes, que vous me dites « résulter d'une légère inflammation de la vessie.
« Maintenant voici mon état : toujours douleur au méat uri- « naire et un pincement à cet endroit lorsque je marche. Presque « tous les soirs sur les six heures , avant l'heure du dîner, ces « douleurs me prennent plus vivement et me durent presque « toute la soirée ; le jet de mes urines est mince comme un fil , « saccadé , et dans mes crises du soir il y a rétention complète « ou presque complète. Lorsque mon jet est un peu plus fort « qu'à l'ordinaire, il s'arrête, comme si une porte et une trappe « fermaient le col de la vessie. Ces arrêts sont accompagnés d'une « douleur très-vive, que, quelquefois, j'ai beaucoup de peine à « supporter (1). »
Evidemment, j'avais affaire à un malade qui était en même temps rétréci et pierreux . Malgré son état de délabrement et la faiblesse de constitution de M. Geoffroy, je vis qu'il s'agissait de sa vie, et je me décidai à le guérir, si je le pouvais, des deux maladies en même temps. Je procédai à cette opération le 11 octobre 1853. Je trouvai un rétrécissement fibreux, très-étroit, admettant serrée une bougie fine de 1 millimètre 1/2. Je le fis disparaître. Il commençait à 10 centimètres du méat et finissait à 12.
Le canal élargi , je procédai de suite à l'examen de la vessie , dans laquelle je trouvai des incrustations de triples phosphates, déposées sur le col de l'organe, et, dans la vessie, une pierre arrondie, lourde, de 6 centimètres, à peu près, de circonférence. J'en fis incontinent l'extraction immédiate au moyen de mon
(1) On lira avec fruit le travail que je viens de publier, et qui est intitulé, De Z'Art de broyer les pierres dans la vessie humaine démontré par de nombreuses figures, suivi d'une instruction pour reconnaître la maladie de la pierre et ses degrés sans avoir recours à la sonde.
Lorsqu'on aura lu ce travail on pourra facilement se rendre compte des symptômes ressentis par M. Geoffroy.
percuteur à cuillers et à marteau , et je renvoyai le malade chez lui.
Le 19 octobre suivant,, je procédai à un examen. Je trouvai le canal aussi large que le jour même où je lui rendis son calibre; je fis l'extraction de quelques dépôts lithiques qui adhéraient encore au col, et, depuis ce temps -là , M. Geoffroy jouit d'une parfaite santé.
Voici la lettre que M. Geoffroy m'adresse en réponse à mes trois questions de la note de la page 9 :
Montmartre, le 2 mai 1859.
Mon bien cher Docteur,
Je m'empresse de répondre aux questions que vous m'adressez.
Lorsque je fus vous consulter vers la fin de 18àb, j'étais affligé d'un rétrécissement de l'urètre qui remontait déjà à plusieurs années et j'accusais tous les symptômes caractéristiques de la pierre.
Vous m'avez opéré du rétrécissement d'une façon véritablement immédiate, et cela d'une façon si complète, ^«'immédiatement après, dans la même séance, vous avez pu procéder à l'introduction de l'instrument né' cessaire pour extraire les calculs, instrument d'un volume considérable, si on le compare à la petite bougie qui quelques jotirs avant buttait contre le rétrécissement et en faisait connaître la place. Cet instrument a pu être introduit sans difficultés 7 ou 8 fois de suite; tout cela a été accompli dans une séance d'une heure environ; j'ai perdu une ou deux gouttes de sang, et n'ai ressenti qu'une douleur très-supportable, bien inférieure aux craintes que j'avais conçues par avance; l'opération a été accomplie dans votre cabinet, sans assistance d'aucun aide, et j'ai pu regagner mon domicile en voiture dans un état, relativement fort calme.
Je dois ajouter pour répondre à une de vos questions que vous ne m'avez introduit avant l'opération qu'une seule bougie qui vous a servi à constater le rétrécissement.
Quant à l'état actuel du canal, il est aujourd'hui ce qu'il était le lendemain de l'opération, je puis votes l'affirmer et voici pourquoi : vous savez que j'avais avant votre opération un catarrhe vésical entêté à ce point qu'il a résisté jusqu'à présent à toutes les médications jwssibles; or, cha-
que fois qu'un spasme nerveux me fait éprouver des difficultés à opérer la miction, je vérifie l'état du canal et j'introduis facilement, malgré ma maladresse, une sonde en caoutchouc du même numéro qu'il y a cinq ans.
Voilà je pense ce que vous désiriez savoir; si vous avez besoin d'autres renseignements ne vous faites pas faute de vous adresser à moi, je serai toujours empressé de vous répondre.
Agréez les sentiments de profonde gratitude de votre bien dévoué serviteur,
Geoffroy.
CitéVéron, 11.
Ce cas se fait remarquer sous plusieurs points de vue. D'abord, la faible constitution du malade; son état maladif habituel; les grandes douleurs que lui faisait éprouver sa double affection ; la petitesse naturelle d'un urètre duquel je devais faire disparaître la grande étroitesse maladive; la nécessité de procéder à Y extraction immédiate de la pierre, pour ne pas compliquer davantage toutes ces circonstances défavorables de la présence des fragments et de la nécessité de l'extraction ultérieure. Eh bien, toutes ces difficultés furent surmontées avec bonheur, grâce surtout à l'énergie, à la confiance et à la bonne humeur spirituelle du malade. Qu'il soit dit en passant que , lorsqu'un malade se présente au chirurgien dans des circonstances morales aussi favorables, il double l'adresse, la confiance et l'intelligence de celui qui opère. Avis aux méticuleux et aux craintifs.
Antécédents fâcheux du côté de la poitrine. — Eczéma aux oreilles. — Apparition d'accidents du côté de la vessie. — Disparition correspondante de l'eczéma des oreilles. — Crainte de la maladie de la pierre. — Examen. — Constatation du rétrécissement de l'urètre. — Traitement pendant dix années par les bougies et les sondes d'étain. — Ces moyens deviennent insupportables. — L'évacuation des urines ne se fait plus que goutte à goutte. — J'opère sur l'invitation de son parent. — Gué rison immédiate et radicale. — Disparition des autres symptômes des désordres de la vessie qui duraient depuis si longtemps , malgré un état cancéreux de l'estomac.
Le 25 août 4855, mon confrère M. le Dr Gillet de Grandmont m'amena M. Dupras, l'un de ses parents, qui depuis longtemps souffrait d'une rétention d'urine; je l'opérai et le guéris de cette infirmité le 30 du même mois, bien que ce malade ne me semblât pas dans des conditions très-favorables sous le rapport de la santé générale.
J'ai demandé à mon confrère de vouloir bien me donner la note relative à son parent, duquel je n'ai pas eu de nouvelles depuis son opération , et voici sa réponse :
Paris, ce 25 avril 1859.
« Mon très-cheb confrèbe ,
« Voici les notes que vous m'avez demandées sur votre ma- « lade, M. Dupras, principal du collège de Laon (Aisne).
«M. Dupras , d'une bonne constitution apparente, grand et « fort, avait été atteint, à l'âge de 24 ou 25 ans, d'une gangrène « localisée du poumon gauche, qui mit longtemps sa vie en dan- « ger; mais la jeunesse et les bons soins finirent par triompher « de cette rare et cruelle affection, qui le laissa depuis toussant « et expectorant, de façon à faire redouter une affection pulmo- « naire.
« M. Dupras, quoique toussant toujours, est ainsi arrivé jusce qu'à l'âge de 38 ans , affecté seulement d'un eczéma aux
«oreilles, qui avait déformé les conduits auditifs externes et « modifié les pavillons de l'oreille. Frappé d'une surdité préce coce, il se confia aux soins du Dr Deleau, sans résultats avance tageux.
« Bientôt M. Dupras , qui était exempt de tout antécédent face cheux de la vessie, ressentit à cet organe une douleur qui se « faisait sentir surtout pendant la nuit. Cette douleur partait du « pubis, gagnait le creux de l'estomac, s'étendait à la colonne « vertébrale jusque dans la région des reins; dès ce moment il « fut sujet à des alternatives de constipation et de diarrhées; ce puis il remarqua que ses urines déposaient une matière blan- « che , épaisse , contenant des pellicules ; que sa miction était « moins facile, et qu'enfin les dartres des oreilles avaient presque « disparu. Cette coïncidence, les souvenirs que son père était « mort d'une affection calculeuse de la vessie , le décidèrent à « venir consulter à Paris.
«M. le Dr Rayer trouva qu'il y avait entre l'affection de la peau « et la maladie de la vessie une analogie complète. Un régime « convenable , des dépuratifs , des amers , des bains simples et « composés, des eaux sulfureuses, améliorèrent l'état de la vessie ; ce le catarrhe disparut, mais les douleurs nocturnes persistèrent. « Bientôt, il survint une difficulté croissante d'uriner, qui fut préce cédée d'un écoulement muqueux ; l'idée de la pierre revint à ce l'esprit du malade. De nouveau il consulte divers médecins ce spéciaux; aucun ne trouve de pierre; mais tous constatèrent ce un rétrécissement très- étendu, et conseillèrent l'emploi des « sondes graduées pendant plusieurs années, dix ou douze ans ce au moins. M. Dupras apprit à se les mettre lui-même , et surce tout à s'introduire des sondes d'étain de grosseurs graduées, ce Bientôt ces sondes devinrent d'une introduction de plus en plus ce douloureuse et"de plus en plus difficile; l'urine ne s'écoulait ce plus qu'avec beaucoup de souffrances par un petit jet bifurce que, quelquefois goutte à goutte. Malgré des précautions infice nies, les souffrances de M. Dupras étant devenues plus vives, ce il se détermina à vous consulter.
ce Par un premier examen qui ne fut pas douloureux , votre ce opinion était fixée, et trois jours après, par une opération d'une ce durée de quelques minutes , et que le malade annonce être à
« peine plus cuisante que l'examen, il put immédiatement rendre « son urine avec facilité. Après quelques jours de repos à Paris, « pendant lesquels il ne se montra pas de fièvre, il pouvait, huit « jours après son opération, ouvrir la chasse dans le département « qu'il habitait; depuis cette époque, il ne se plaignit plus de la « vessie, mais la maladie de l'estomac se déclara l'année silice vante, avança avec une désolante persistance, et près de trois « ans après votre opération il succomba, à l'âge de 53 ans, à une « perforation cancéreuse de l'estomac, au grand regret de sa face mille.
« GlLLET DE GRANDMONT. »
Docteur de la Faculté de Médecine de Paris.
Ce cas est rendu remarquable par les circonstances défavorables dans lesquelles j'opérai, par la promptitude du succès, par la disparition de tous les symptômes qui indiquaient depuis si longtemps une altération profonde de la vessie, et enfin par cette circonstance que l'estomac cancéreux resta silencieux pendant et après l'opération.
Ce cas est, du reste, un exemple de la guérison radicale, puisque cette guérison a persisté pendant toute la vie du malade.
Blennorrhagie en 1831. — Elle se guérit assez promptement. — Répétitions de cette blennorrhagie. — Diminution subite du jet de l'urine. — L'abstinence de femmes ne rend pas de volume au jet. — Rétention complète par suite du froid. — Essai des bougies filiformes. — Impossibilité de les introduire. — Opération le H avril 1855. — Je retouche le 6 décembre 1856. — Rétablissement du cours des urines. — État du malade en 1859.
M'. Victor Lepage, fabricant de bois de fauteuils, rue de la Roquette, 5, a contracté, en 1831, une blennorrhagie, qui, traitée par les antiphlogistiques et le cubèbe, se passa assez vite, mais qui eut quelques réapparitions de temps en temps. Le malade n'opposa à ces blennorrhagies à répétition aucun traitement; elles disparaissaient seules.
Au mois de juin 1849, M. Lepage vit le jet de ses urines subitement diminuer à un degré considérable à la suite d'un travail forcé. Le malade se sevra immédiatement de tout contact sexuel pendant deux années pour voir si le jet de ses urines se rétablirait ; mais ce fut sans succès.
Au commencement de 1851, après s'être exposé au froid dans un chantier, M. Lepage fut pris d'une rétention complète. Il appela M. Troncin, rue d'Angoulême, qui le mit à l'usage des cataplasmes placés sur le périnée et sur l'urètre, et d'un sirop particulier, en lui promettant un jet gros comme le petit doigt. Après en avoir pris une quarantaine de demi-bouteilles, la rétention complète cessa, mais le jet resta filiforme, et les envies d'uriner s'accrurent en proportion de l'action diurétique du sirop et des boissons.
Le 10 février 1855 une nouvelle rétention complète se manifesta, ce qui engagea M. Lepage à appeler M. le Dr Roussin, qui parvint à introduire une petite bougie d'un millimètre dans le commencement du rétrécissement sans pouvoir passer outre. Cela procura cependant au malade la faculté de rendre ses urines par son petit filet habituel; mais il fallut recommencer sans plus de succès.
Le 10 mars 1855 M. Lepage me fut envoyé par un malade
que j'avais opéré et guéri quelque temps auparavant, M. Lénard ; mais, malade moi-même, je fus forcé de remettre l'opération.
Le 4 avril M. Lepage vient me voir. Il urinait très-fréquemment, et les envies d'uriner demandaient à être satisfaites surle-champ; la quantité qui s'écoulait chaque fois, et goutte à goutte, serait contenue dans un œuf. Une douleur dans l'hypogastre et dans les aines se fait habituellement sentir. Le malade se trouve ordinairement en proie aux angoisses de la rétention complète.
J'opérai immédiatement; mais je trouvai presque à l'entrée de l'urètre une si grande quantité de filaments fibreux enchevêtrés que je dus n'en faire disparaître que dans l'espace de 3 centimètres, à peu près. Cela fait, je pénétrai presque immédiatement dans une portion de canal libre, et j'arrivai ainsi à une profondeur de 16 centimètres. Là, je fus arrêté par d'autres lacis fibreux. Je laissai là l'opération, après avoir tenté d'introduire une bougie très-mince; mais elle ne pénétra pas davantage que celle avec laquelle je commençai à explorer le canal.
Cependant, voulant savoir si cette partie profonde qui arrêtait mes instruments était la cause de la rétention, je laissai le malade à lui-même.
Les urines, dès lors, coulèrent avec facilité, par un jet petit à la vérité, mais qui se faisait sans effort. La vessie se vida, les anxiélés cessèrent, et enfin le malade revint à un état de tranquillité qu'il ne connaissait pas depuis longtemps.
Le 6 décembre 1856 je m'occupai de rendre le reste du canal libre, après avoir acquis la certitude que la partie profonde de l'urètre, bien que fortement embarrassée des lamelles fibreuses, n'était pas la cause de la rétention complète. L'urine coulait entre ces lamelles fibreuses.
Depuis ce temps M. Lepage se porte bien et urine avec facilité.
Je juins ici la lettre de M. Lepage en réponse aux trois questions de la note de la page 9 :
Paris, 29 mai 1859.
Monsieur le Baron,
Je réponds aux questions que vous me demandez.
1° Comment je me trouve maintenant sous le rapport de la miction?
Je vous dirai que je me trouve très-bien.
2° Si j'ai beaucoup souffert par l'opération que vous m'avez faite ?
Je n'ai pas plus souffert pendant votre opération que quand je voulais uriner et que je ne le pouvais pas.
3° Ce que je pense de l'usage des bougies dilatantes sous le rapport de la souffrance et des résultats consécutifs?
Je dis que les bougies ne guérissent pas et font beaucoup souffrir.
Je vous salue et suis votre serviteur,
Victor Levage,
Fabricant de bois de fauteuils.
Rue de la Roquette, 5.
46 ans. — Rétrécissement très-progressif. — D'abord simple diminution du jet sans accidents. — Augmentation subite du rétrécissement par suite d'un exercice trop violent. — Rétention complète. — Impossibilité d'introduire une sonde. — Une bougie fine est introduite. — Soulagement.— Accumulation de l'urine dans la vessie. — Elle coule goutte à
goutte. — J'opère le 15 mai 1855. — Rétablissement immédiat. —
Persistance du tien-être pendant quatre, années. — État du malade en
Le J5 mai 1855, mon confrère i\l. le. Dl Phiiipeaux, aide de physiologie comparée au Jardin des Plantes, vint me prier de donner des soins à un de nos confrères, M. le Dr X***, qui depuis longtemps était affecté de rétrécissement, mais qui venait de ressentir de tels inconvénients de cette maladie, qu'il se trouvait forcé de recourir à mes soins.
M. le Dr Philipeaux ayant bien voulu me donner quelques mois après la relation des circonstances de la maladie de M. le Dr X***, je reproduis cette relation :
Paris, ce 5 février 1859.
« Mon honoké Confbère,
« Je m'empresse de vous donner, comme vous paraissez le « désirer, l'observation du cas de rétrécissement duquel vous « avez débarrassé notre confrère M. X"**, que j'ai eu l'honneur « de conduire chez vous.
« M. X***, âgé de 46 ans, d'un tempérament mixte, tenant « cependant plus du tempérament bilieux que de tous les autres, « n'a jamais été malade, si ce n'est de l'indisposition, ou mieux « encore de l'infirmité de laquelle vous l'avez si heureusement « guéri.
« Depuis quelques années M. X*** avait vu le jet de ses urines « diminuer de volume, mais sans qu'il y fit une attention bien « grande.
« En 1848, noire confrère, après une longue course à cheval,
a se trouva si fatigué, qu'il fut obligé de se mettre au lit, et le (( lendemain il se leva tout courbaturé.
« Le même jour, vers midi, et après avoir déjeuné, il voulut « satisfaire le besoin d'uriner, mais il ne le put. C'était la pre- « mière fois de sa vie que pareille chose lui arrivait; il en fut « fort impressionné. M. X*** rentra immédiatement chez lui et « prit un bain. Après être sorti de ce bain, il essaya pour la « seconde fois d'uriner, mais avec autant d'insuccès que la « première fois. Le malade dit qu'à partir de ce moment, de « vives douleurs se firent sentir au bas-ventre et dans la région « du périnée.
« Son moral s'affaissa davantage et il m'envoya chercher pour « le sonder.
« Dès mon arrivée j'essayai le cathétérisme, mais en vain, car « la sonde ne put pas pénétrer, le malade étant affecté d'un ré- « trécissement considérable de l'urètre. N'ayant pas sur moi des « bougies, je fus obligé de lui conseiller une application de « sangsues au périnée, de le faire mettre dans un bain de siège, « et de lui faire appliquer sur le bas-ventre des cataplasmes a émollients.
« Deux heures après je revins voir M. X***, mais cette fois « muni de bougies très-fines, que j'introduisis dans la vessie, et « aussitôt je vis une certaine quantité d'urine couler; mais, dans « la crainte de voir encore la rétention survenir, je fixai la bou- « gie pour la nuit. A partir du lendemain les urines reprirent « leur cours; seulement le malade se trouvait fortement gêné « par ce liquide qui s'accumulait dans la vessie, et, de plus, il « urinait fort mal.
« Notre confrère voyant qu'il urinait trop souvent, goutte « à goutte, ce qui lui faisait craindre la rétention complète; « qu'il éprouvait dé telles douleurs de reins, qu'il était obligé « de se coucher, et que ces douleurs qui le prenaient par l'envie « d'uriner allaient jusqu'à le faire tomber en syncope, je trouvai « qu'il lui fallait recourir au souverain remède, le rétablissement « du calibre, et je vous l'envoyai sans avoir fait d'autre traitece ment que celui de 1848, qui, vous l'avez vu, fut bien peu de « chose.
« Le 15 mai 1855 M. le Dr X*** s'est présenté chez vous à onze
« heures du matin ; il en est ressorti à onze heures et demie, après « avoir subi votre opération, et depuis ce jour, c'est-à-dire de- « puis plus de quatre ans de guérison parfaite, la vie de notre « confrère est complètement changée. C'est ce qu'il vient de me « dire, en m'assurent qu'il verrait avec plaisir que vous publiiez « son observation pour servir à témoigner de l'importance de « votre découverte.
« Agréez, mon honoré confrère, l'assurance de ma bien haute « considération.
« Philipeaux. »
Cette observation est un avertissement salutaire à ceux qui regardent comme chose indifférente la diminution du jet de l'urine. Bien qu'ils pissent encore bien ou à peu près bien..., à ce qu'ils croient..., ils sont tout prêts de se trouver sous le coup d'une rétention complète, qui les prend subitement lorsqu'ils s'y attendent le moins. Or, cela est grave, surtout lorsqu'on se trouve loin de tout secours. Il y a plusieurs années, un officier étranger se trouvait à Paris. 11 vint me consulter; il urinait encore assez bien, mais sa vessie commençait à devenir paresseuse. Je lui conseillai de se débarrasser de l'obstacle qui ne lui permettait pas d'accomplir la miction dans toute son ampleur. 11 remit à plus tard, lorsqu'il serait plus avancé, se munit de bougies de. précaution, partit pour une mission dans l'extrême nord, et mourut en Sibérie dans un état de rétention complète.
Le cas de M. le Dr X*** était un cas simple, et il montre que le traitement éclectique immédiat, lorsqu'on l'emploie d'abord, fait obtenir une guérison prompte et permanente.
Quant à la radicalité, j'espère que notre confrère M. X*** ne nous en donnera la preuve que dans un très-grand nombre d'années (lire la page 951
Voici la réponse de M. le Dr X*" à mes trois questions de la note de la page 9 :
Paris , 26 juin 1859.
Mon bien honoré confrère,
Vous me dites de vous écrire un petit mot pour répondre aux trois questions relatives à l'opération que vous avez bien voulu pratiquer sur mol.
A ces questions je réponds :
1° Que je me trouve aujourd'hui aussi bien qu'aussitôt après votre opération, et j'opère parfaitement bien;
2° Je n'ai pas, pour ainsi dire , éprouvé de douleur par cette opération ;
3° Je n'ai pas mis de bougie avant d'être opéré, si ce n'est celle qui m'a été introduite par notre confrère Philipeaux, et je ne suis conséquemment pas compétent pour en parler. Seulement, j'en ai mis à d'autres et je puis dire que ce n'était pas si bénin et si prompt que ce que vous m'avez, fait.
Agréez , cher et bien honoré confrère, les assurances de via bien vive reconnaissance.
/ 'ne seule blennorrhagie d'une longue durée. — Injections slyptiqu.es. — Biennorrhée persistante pendant 10 années. — Rétrécissement vase ulaire depuis trois ans. — Fièvre d'accès par distension de la vessie. — Inflammation chronique de cet organe. — J'opère le 8 mai 1857. — Guérison du rétrécissement et rétablissement immédiat. — Guérison de la biennorrhée. — Persistance du bien-être depuis deux années. — État du malade en 1859.
Le 7 mai 1857, M. Goldnei ■, commerçant, demeurant rue de l' Arbre-Sec, 54, vint me trouver dans une anxiété fort grande. Sans être pour le moment dans un état de rétention complète, il urinait goutte à goutte avec douleur et rendait avec peine des urines fétides. Je me décidai à l'opérer le lendemain, après lui avoir fait suivre les précautions que je prescris ordinairement. Quelques mois après l'avoir rendu à la santé, il vint me voir, je lui demandai les détails relatifs à sa maladie, et voici ceux qu'il me donna :
« J'ai AO ans, je me suis toujours bien porté, mes fonctions « urinaires ont toujours été normales; j'ai contracté, comme « beaucoup d'autres, une blennorrhagie qui a duré six mois. « Je n'ai eu que celle-là. Je l'ai traitée par des injections stypti- « ques et le copahu à l'intérieur. Je ne me suis aperçu d'une « diminution dans le jet de mes urines que sept années après la « cessation de mes symptômes blennorrkagiques. Cependant, je « ne fus jamais guéri complètement, car je conservai une blen- « norrhée que rien ne put faire passer.
« Il y a trois années, je commençai à m'mquiéter sérieuse - « ment; mon jet d'urine devenait de jour en jour plus petit, et « enfin j'arrivai au moment -où je ne pouvais plus uriner que « goutte à goutte, et quelquefois pas du tout.
« Alors j'étais pris de frissons, de fièvres d'accès; les dou- « leurs étaient atroces. Je ne dormais plus, j'étais obligé de me « lever tous les quarts d'heure pour rendre une urine qui ex- « halait une odeur fétide et qui me brûlait au passage.
« J'étais dans cet état lorsque j'entendis parler de vous par
« M. Ravet, rue de Richelieu, 102, qui m'engagea à me faire « traiter par votre méthode, et c'est sur son indication que je « vins vers vous pour me faire opérer avec un succès dont je « vous suis bien reconnaissant.
« Du reste, je le dis en riant, mon ami recueillit la récompense « qu'il avait méritée pour m'avoir donné une si bonne direction, « car, après ma guérison, il vint se mettre lui-même entre vos « mains pour recevoir le même bienfait. Entre nous, je crois « bien lui avoir servi de ballon d'essai, et certes je ne lui en « veux pas. »
Le cas de M. Goldner était un cas simple sous le rapport de la maladie tant qu'existant sans la complication de résultats de traitements antérieurs. En effet, il n'avait été ni dilaté, ni cautérisé, ni incisé. Il en était venu, comme je le dis dans l'introduction de cette seconde édition, à l'état de rétréci comme la nature le fait, eh bien, malgré cela, j'ai peu vu de rétrécissements aussi composés que celui de ce malade. D'une extrémité à l'autre du canal il existait comme des toiles friables qui s'étendaient d'un côté du canal à l'autre et qui s'enchevêtraient l'une dans l'autre. Ces toiles, très-minces, existaient plus spécialement dans la partie antérieure de l'urètre dans l'espace de 15 centimètres, à peu près; elles commençaient tout près du méat. Au delà du ligament triangulaire il y en avait encore, mais en moins grande quantité. Je détruisis toutes ces petites membranes, qui, lorsque je les traversais, me donnaient la sensation de briser des toiles d'araignées assez résistantes. Aucune bougie , quelque déliée qu'elle fût, ne pouvait passer, et, si Ton insistait, il s'écoulait du sang.
Je parvins cependant dans la vessie en déblayant le passage , mais la nature de ce rétrécissement me faisant craindre une hémorrhagie, je ne fis qu'un passage très-étroit, deux millimètres au plus de diamètre.
Depuis ce temps, les urines se sont écoulées par un jet franc, peu gros d'abord, mais dont le volume a augmenté depuis l'opération. J'ai déjà observé ce phénomène d'augmentation du calibre du canal après l'opération et de l'amélioration du jet, et spécialement chez un jardinier fort âgé dont je donnerai peutêtre l'histoire dans ce volume.
M. Goldner depuis son opération se porte fort bien, et voici ce qu'il répond à mes demandes contenues dans la note de la page 9.
Paris , le 5 mai 1859.
Monsieur le Baron,
Je réponds à votre lettre du 2 mai, que je n'ai pas mis de bougies avant de me faire traiter par vous et que je ne puis par conséquent vous dire si elles m'auraient donné plus de mal que l'opération que vous m'avez faite.
Tout ce que je ptiis dire, c'est que ce que vous m'avez fait ne m'a pas donné de douleurs. Seulement le soir j'ai eu de la cuisson en urinant, mais cela a disparu promptement.
Quant à mon état actuel, il est tel que vous l'avez fait, c'est-à-dire que ma fonction s'exécute avec facilité.
Ma blennorrhée qui me tourmentait beaucoup est passée presque après l'opération et n'est plus revenue.
Je vous remercie encore, Monsieur le Baron, et je reste votre bien reconnaissant ,
J. Goldner , Commerçant, rue de l'Arbre-Sec, 54.
Je n'ai à mettre aucune opposition à ce que vous rendiez mon cas public, les bonnes choses ne peuvent être trop connues, et c'est à ce titre que je vous demande de le faire.
Votre très-dévoué ,
J. Goldner.
Une seule blennorrhagie. — Le canal commence à se rétrécir deux années après. — Traitement par les bougies pendant 4 mois et i 8 jours.
— Mieux. — Retour du rétrécissement. — Effets de l'hygrométrie. — Retour aux bougies. — J'opère en 1857. — Rétablissement immédiat.
— État du malade en 1859.
M. Petit, gardien attaché au Musée du Louvre, vint, sur l'indication de M. Lair, l'un de ses camarades au même Musée, que j'avais opéré et guéri quelque temps avant (voir l'observation de la page 280), me demander le même service dont il avait le plus pressant besoin. Je l'opère et le guéris le 49 février 1857.
M. Petit a eu une seule blennorrhagie en 4835, lorsqu'il était militaire. Il s'est traité lui-même par du mercure et des tisanes. Ce traitement a duré deux mois et demi, après lesquels la blennorrhagie a cessé. Les urines commencèrent à mal couler, seulement depuis \ 0 années, après de grandes fatigues et des affections morales; forcé de se faire traiter, il le fut dans la maison de santé du Roule, par M. le docteur Paris, qui le soumit au régime des bougies pendant 4 mois et iS jours. Après ce traitement fort long, le malade put mettre une sonde assez volumineuse (six millimètres), et, au moment où il sortit de la maison de santé, il urinait assez bien, mais après quelque temps il s'aperçut que dans certains jours où l'atmosphère était chargée d'humidité il urinait avec plus de difficulté (4). Bientôt M. Petit fut obligé de recourir de nouveau aux bougies. Il les mit d'abord avec des intervalles de quelques jours, mais peu après il dut en mettre tous les jours et les laisser à demeure pendant une heure.
(1) Il arrive très-fréquemment que, pendant les temps d'humidité , le malade pisse moins bien ; cela est une indication de rétrécissement. Chez les personnes qui se sont longtemps traitées par la dilatation au moyen des bougies, et dont les parois du canal se sont épaissies, ce phénomène se présente à un plus haut degré. Cela tient probablement à ce que ces parois épaissies soumises à l'hygrométrie se gonflent, et rétrécissent le pertuis par lequel s'échappe l'urine.
Cependant la bougie finit par s'étrangler et être vaincue par le rétrécissement, et le canal, devenu de plus en plus étroit, ne permit plus d'introduire la plus fine bougie, et les urines cessèrent de couler autrement que goutte à goutte.
C'est dans cet état que M. Petit, apprenant de M. Lair qu'il venait d'être opéré par moi, vint me demander mes soins.
Le rétrécissement chez ce malade était situé à la courbure de l'urètre; il commençait à quatre centimètres au-devant du ligament triangulaire et s'étendait un peu au delà de ce ligament. Il était fibreux, inégal, parsemé de petites brides multiples trèsdures et placées particulièrement à la partie supérieure du canal.
Après l'opération, je laissai M. Petit retourner à ses affaires lorsqu'il eut pris un repos de vingt-quatre heures, et, depuis ce temps, la miction est rétablie.
Voici la lettre que M. Petit m'envoie en réponse à mes trois questions de la note de la page 0.
Montmartre, le 12 mai 1859.
Monsieur le Baron, Je réponds aux trois questions que voies me faites l'honneur de m' adresser :
1° Je me trouve très-bien sous le rapport de la miction, je pisse largement;
2° Je n'ai pas souffert du tout dans le moment de l'opération que vous m'avez faite;
3° Je souffrais beaucoup plus en me sondant moi-même que lorsque vous m'avez opéré, et de me sonder moi-même ne m'avançait à rien sinon à m'irriter beaucoup. Je n'ai pas besoin de vous dire que lorsque j'ai été traité par les bougies j'ai souffert beaucoup plus. J'ai eu la fièvre, sans compter beaucoup d'autres inconvénients, et tout cela sans me guérir comme vous l'avez fait en un moment.
J'ai l'honneur d'être, Monsieur le Baron, votre très-humble serviteur ,
P. Petit.
Rue Neuve-Pigale, 14, à Montmartre.
Blennorrhagie à l'âge de 18 ans. — Injections de nitrate d'argent. ■ — Pas de résultats fâcheux. — Injection d'un fort vinaigre de toilette par erreur.— Accidents graves. — Rétention complète en 1856. — Usage de sondes d'étain qui se tordent. — On les remplace par des sondes d'argent.— J'opère. — Rétablissement immédiat. — Persistance du bienêtre depuis trois années. — État du malade en mars 1859.
Le 10 avril 1856 , M. le capitaine de gendarmerie Roger, en résidence à Colmar, se présenta chez moi atteint d'une rétention à peu près complète d'urine; je l'opérai le 12 et je le guéris.
Le 20 mars 1859, j'ai reçu de ce malade la lettre suivante qu'il m'a envoyée spontanément, et je ne puis mieux faire que de la publier telle qu'elle est , car elle montre en même temps un beau cas de guérison, un malade reconnaissant et philanthrope, et elle répond à mes questions de la note de la page 9.
Voici la lettre de M. Roger :
Orléans, 20 mars 1859.
Monsieur le Docteur,
Lorsqu'au mois d'avril 1856, après avoir lu votre ouvrage sur les rétrécissements, je me confiai à vos bons soins, je vous promis, l'opération terminée, de nous donner quelques détails sur l'affection qui m'amenait chez vous et de vous faire connaître les résultats de cette opération.
Trois ans se seront bientôt écoulés, et ce laps de temps est bien suffisant pour pouvoir juger de la sûreté de votre méthode; aussi je puis, en toute connaissance de cause, vous tenir ma promesse.
Dès l'âge de 18 ans, j'eus un écoulement qui, tantôt faible, tantôt trèsintense, persista jusqu'à l'âge de 28 ans , époque à laquelle, par suite d'une fluxion de poitrine et d'une fièvre cérébrale, pour lesquelles j'avais été condamné par les médecins, celte affection cessa complètement sans laisser aucune trace.
Dans cet intervalle de temps les remèdes les plus violents m'avaient été
indiques, tels que des injections au nitrate d'argent; cependant je ne remarquais pas une plus grande difficulté pour uriner, lorsqu'il y a sept ou huit ans, un léger écoulement s' étant déclaré de nouveau, je voulus me faire une injection au tannin: deux flacons de formes et de couleurs semblables se trouvaient sur ma fable , contenant, l'un du tannin , l'autre du vinaigre très-fort de toilette; je fis une injection de ce dernier par méprise: aussitôt une douleur affreuse s'ensuivit et je reconnus bientôt mon erreur.
Dès ce moment la difficulté d'uriner commença; enfin au mois d'avril l8o6, peu d'instants après avoir pris deux 2)ctits verres de kirclicn-wasser le matin, une rétention complète se manifesta; deux médecins furent appelés; les sondes en étain se tordaient et ressortaient eu lire-bouchon sans pouvoir arriver jusqu'à la vessie, il fallut donc employer de fortes sondes en argent; après deux heures et demie d'opération pendant lesquelles ces Messieurs alternaient, une trouée se fit et la vessie put alors se vider, mais avec hémorrhagie. La sonde avait fait fausse route.
C'est alors, Monsieur le Docteur, que, me rappelant le contenu de votre ouvrage que j'avais fait venir de Paris quelque temps auparavant, je partis de Colmar dans un assez piteux état peu de jours après cette opération, pour me confier à vos soins.
Vous m'avez opéré le surlendemain par voire méthode et m'avez enlevé, comme avec une gouge (l), toutes ces membranes fibreuses qui obstruaient le canal, sur une étendue de plus de six centimètres; cependant, arrivé à un certain point, voire instrument a fait couler quelques gouttes de sang, ce qui n'avait pas encore eu lieu; vous cessâtes l'opération dans la crainte qtie le sang ne pénétrât dans la vessie.
Quant à la sensation que m'a fait éprouver le travail de votre instrument, je ne puis mieux l'assimiler qu'à celle qu'on éprouve lorsque quelqu'un vous pince sans trop de force, c'esl-à-dire que cette sensation n'est nullement douloureuse.
maintenant le résultat est que depuis trois ans je n'ai pas cessé d'uriner comme tout homme en bonne santé; aussi je me fais un devoir de proclamer bien haut l'efficacité de votre méthode et d'engager tous les rétrécis que je rencontre à avoir recours à vous.
En attendant le plaisir que j'aurai bientôt d'aller vous remercier moimême, je vous prierai, Monsieur le Docteur, d'agréer l'assurance de mes sentiments les plus dévoués.
E. Roger,
Capitaine de gendarmerie, résidant à Orléans.
P. S. Dans l'intérêt public je vous autorise à insérer tout ou partie de celle lettre dans les publications que vous pourrez faire.
(1) Il faut remarquer que je laisse parler les malades, et que je n'altère
L'opération que je pratiquai chez M. Roger présenta quelques anomalies qu'il est bon de faire remarquer. La partie rétrécie était située à la courbure, vers le bulbe, mais il était alterné de parties molles et fibreuses. Les parties molles donnèrent trèspromptement du sang qui ne s'écoula qu'en très-petite quantité, 10 à 12 gouttes, mais ces gouttes-se succédèrent avec rapidité. Cela me rendit circonspect. J'employai donc contre les parties fibreuses un moyen qui me permit de ménager les parties saignantes et variqueuses, et je rendis le canal aisément franchissable pour le flot de l'uriné et aussi pour le sang s'il s'en écoulait; mais il ne s'en écoula pas.
En général, lorsque après une opération dans l'urètre on craint que le sang ne puisse s'écouler, il faut bien veiller à ce qu'il ne pénètre pas dans la vessie, car alors il s'amasse dans l'organe, et amène des accidents qui sont quelquefois fort graves.
Le cas de M. Roger est remarquable encore sous ce rapport, qu'il est un de ceux où le canal s'élargit après l'opération au lieu de diminuer. Ceci est un phénomène particulier à ma méthode d'opération, car je ne l'ai jamais vu lorsque je traitais autrefois, ou par la dilatation, ou par la cautérisation, ou par les incisions (1).
pas les lettres qu'ils veulent bien m'écrire. Oii va voir bientôt que ma gouge est bien innocente.
(1) On perd trop de vue que j'ai mis en usage tous ces procédés et bien d'autres, avant de me servir de ceux que j'emploie maintenant. Il y a même à présent des malades craintifs qui demandent qu'on les traite par les bougies, tant le préjugé a de la force. Eh bien, je les traite comme ils le désirent, car il vaut mieux un traitement palliatif que pas du tout. Seulement, comme je n'ai pas de temps à perdre pour faire en trois ou quatre mois ce que je fais en un moment, je charge quelques jeunes gens de ce métier facile, et, le plus souvent, les malades le font eux-mêmes..... à leur détriment.
Faible constitution. — Blennorrliagie à 18 ans. — Renouvellement dis la blennorrliagie avec hématurie. — Difficultés d'uriner. — Symptômes de pierre. — Dilatation. — Une petite pierre est rendue. — Rétentions complètes. — Traitement par M. Nélaton. — Bougies. — Dilatation avortée. — Fièvres. — M. Nélaton sent une pierre. — Tentatives nouvelles de dilatation. — Insuccès. — Le malade vient me consulter. — Je l'opère le 2b juin 1850. — Je le guéris en même temps de sa pierre, de son rétrécissement et de son écoulement. — Emploi du système rf'extraction immédiate par mon percuteur à cuillers. — Rétablissement immédiat. — Persistance du bien-être depuis neuf années. — État du malade en 1859.
M. Sandre (Julien-Félix), rue de Lappe, 55, 32 ans, ébénistemécanicien, d'une constitution faible quoique saine, ti 'a éprouvé dans sa vie d'autre maladie que des convulsions dans son jeune âge, convulsions qui s'accompagnèrent d'un grand amaigrissement et d'une déformation considérable des extrémités inférieures, principalement de la jambe et de la cuisse droites, et qui donnèrent à sa constitution une apparence de faiblesse.
A l'âge de 18 ans, il fut atteint d'une blennorrhagie aiguë qui se compliqua d'une inflammation aiguë de la vessie, inflammation qui fut accompagnée d'un pissement de sang. Entré à l'hôpital Saint-Antoine, sa maladie fut combattue par les émollients et les injections nitrées. Le troisième jour, le pissement de sang étant disparu, M. Sandre demanda sa sortie. Trois mois après, sans causes appréciables, il fut repris d'un écoulement léger, accompagné d'une difficulté d'uriner qu'il fit traiter par les Albert, les Marie, les Troncin et autres. Nonobstant, il conserva son écoulement et se trouva affligé d'un rétrécissement de l'urètre.
En 1842 , allant voir un de ses amis qui était à l'hôpital Necker, malade de la pierre entre les mains de M. Nélaton, il fut frappé de la ressemblance des symptômes qu'il éprouvait avec ceux ressentis par ce malade. Gela engagea M. Sandre à aller voir M. Nélaton, qui introduisit des bougies, et au -bout de neuf jours de dilatation un petit calcul d'un jaune foncé et de la grosseur d'un très-pelit pois fut évacué.
Pendant une année M. Sandre se trouva assez bien, mais au
bout de ce temps, l'écoulement et le rétrécissement qui n'avaient pas cessé s'accrurent et furent combattus l'un et l'autre par le malade lui-même au moyen de bougies qu'il s'introduisait de temps en temps, surtout lorsque la fatigue déterminait des rétentions complètes graves, rétentions qui mirent quelquefois le malade en danger, car l'une d'elles dura deux fois vingt-quatre heures. Du reste, M. Sandre ne pouvait ordinairement uriner qu'en se sondant préliminairement (1).
En 1845, M. Sandre fut pris d'une forte colique néphrétique , pour laquelle il entra dans l'hôpital du Havre ; il y resta dixsept jours.
M. Sandre vécut dans cet état précaire et douloureux jusqu'au 2mai 1850, lorsque, ses souffrances devenant extrêmes, il se déterminait entrer à l'hôpital Saint-Louis, dans le service de M. Nélaton, salle Saint-Augustin, n° 29. Il resta dans cet hôpital pendant sept semaines, durant lesquelles on tenta d'introduire des bougies pour dilater le canal, tentatives qui, bien qu'elles ne produisissent que peu de résultats, déterminèrent pourtant de grandes soulfrances.
Cependant M. Nélaton put un jour introduire une petite bougie de gomme au moyen d'un mandrin de fer, et, après cette introduction, il éprouva la sensation d'un corps étranger situé dans la vessie. On en continua l'introduction qui se faisait avec une certaine force, mais M. Sandre éprouvait alors des fièvres violentes, et des coliques très-fortes le prenaient dans le basventre et dans la région des reins.
(1) Ceci est le signe que te rétrécissement est fibreux et élastique. Ce sont, après les rétrécissements spongieux, et après les rétrécissements fibroso-musculairesv les plus difficiles à guérir. On voit que celui de M. Sandre n'a pas résisté a mes procédés.
Je distingue pour mes opérations les rétrécissements en rétrécissements fibreux simples, — vasculaires, — spongieux, — musculaires, — lamelleux, — tendineux, — cribleux. Toutes ces variétés principales se combinent ensemble, et leurs combinaisons se compliquent souvent de la forme spasmodique, qui est due ordinairement à la contraction des bulbo-caverneux. Quelquefois la forme spasmodique tient au spasme des tissus, mais cela est bien rare. L'opérateur qui mettra en œuvré ces procédés devra tenir compte de tout cela.
Enfin, M. Sandre, fatigué de ne pas voir arriver sa guérison, sortit de l'hôpital le 16 juin 1850, vint me trouver le dimanche 23, accompagné par un malade que j'avais opéré quelque temps auparavant.
Je le priai de venir le mardi suivant 25, pour être examiné.
Effectivement, il avait un rétrécissement très-considi rable et situé très-profondément, rétrécissement que je fis incontinent disparaître. Une sonde introduite, je constatai la présence d'une pierre à V extraction de laquelle je procédai sur-le-champ, et je renvoyai le malade de la rue Louis-le-Grand au faubourg Saint- Antoine chez lui, où il dîna confortablement.... malgré ma recommandation de s'abstenir; mais rien de fâcheux n'en résulta.
Quelques semaines après, M. Sandre eut quelques douleurs néphrétiques que je dus combattre par les antiphlogistiques, jusqu'à ce qu'il rendît une petite pierre de phosphates mélangés , de la forme et du volume d'un gros grain de blé , entouré de cristaux aigus. Dès lors les coliques néphrétiques cessèrent.
J'employai, pour guérir M. Sandre de son rétrécissement, le traitement éclectique immédiat, et pour lui enlever sa pierre, qui était d'un certain volume (deux centimètres de diamètre) , le système de L'extraction immédiate, que je mets en usage au moyen de mon percuteur à cuillers et à marteau (1).
Voici la réponse que M. Sandre m'adresse au sujet de mes trois questions de la note de la page 9. Bien que cette lettre ait un autre caractère que celles 'des autres malades, je la reproduis telle qu'elle est parce qu'elle appuie fortement la justesse de la relation que je viens d'imprimer et que je fis dans le temps sous
(l) C'est ce système que j'ai présenté en 1846 à l'Académie des Science et qui n'a pas encore été l'objet d'un rapport. Pauvres gens!!! (Voir la protestation à la fin du livre.)
la dictée du malade ; je la reproduis aussi*parce que M, Sandre n'a pas seulement senti le besoin de me répondre relativement à son rétrécissement, mais aussi celui de me parler de sa pierre, maladie qui le préoccupait beaucoup, surtout avec un passage assez solidement obstrué pour avoir résisté à des tentatives de guérison aussi bien dirigées que multipliées.
Je reproduis encore la lettre de M. Sandre pour donner l'idée de la sollicitude avec laquelle certains malades demandent la publication de l'observation de leur maladie et de leur guérison,. dans l'intérêt de tous.
Quant aux compliments à moi adressés par un cœur reconnaissant et par une plume naïve, je les imprime, bien persuadé que l'on supposera que je n'en accepte qu'une faible partie, et que je désire vivement qu'ils soient mérités dans leur entier par d'autres que par moi.
Prions Dieu pour cela qu'il n'y ait plus ni coteries, ni amphitryons, ni simoniaques ni spéculateurs en bienfaisance.
Belleville, ce 10 avril 1859.
Monsieur le Baron,
Je vous écris ces quelques lignes, d'abord pour vous répondre, et ensuite pour vous prier de vouloir bien insérer dans votre prochaine édition mon cas, dans l'espoir de décider les malheureux atteints de la pierre qui vous liront, à venir vous demander de leur rendre l'immense service que vous m'avez rendu d'une façon si prompte et si complète.
Ma maladie, je crois, date de mon enfance. A l'âge de 7 à S ans, je me sentais des douleurs de vessie et j'eus îin écoulement; je possédais un trèspetit canal; vous moins avare que la nature, vous m'en avez fait un d'îine dimension plus que raisonnable. Jusqu'à 1 8 ans je devins tous les jours plus malade. Je voijais, bien des médecins, qui finirent, ne sachant pas ce que j'avais, par me traiter pour le mal vénérien. Je courus alors les Albert, les Marie, les Troncin et autres, qui me procurèrent d'affreuses rétentions de 36 à 48 heures.
J'eus affaire au docteur N étalon pendant 5 à 6 ans ; il me traitait par la dilatation. J'avais le canal dans un affreux état, et la seule introduction d'une sonde me faisait souffrir le martyre.
Je traînai cette malheureuse existence jusqu'en 1850, époque à laquelle je rencontrai le nommé Vanackère qui venait d'être opéré par vous. Il me mit en rapport avec vous, J^e 8 juillet 1850, trois jours après, vous
me débarrassiez de mon rétrécissement et de mon calcul; en trois ou quatre minutes fêlais guéri sans douleur ni perte de sang. Je dis guéri, car il y a 9 ans de cela cl je ne vis réellement que depuis cette époque. J'étais avant votre opération dans un tel état de fièvre, d'épuisement et de faiblesse, que ma famille pensait que je devais finir dans vos mains. Quel fut l'étonnement de mon père qui venait au-devant de mol, me trouvant descendant tranquillement votre escalier ! Je lui contai ce qui venait de se passer, il n'y voulait pas croire. Arrivé chez mol je mangeai d'un bon appétit, je dormis jusqu'au lendemain. C'était un rêve et pourtant II dure depuis neuf ans.
Non! l'opération n'est pas longue et elle est moins douloureuse que l'introduction d'une sonde; non! il n'y a pas de perte de sang.
Je votis prie donc de me rendre le service, après tous ceux que vous m'avez rendus, de mettre mon cas dans votre livre afin d'engager les personnes atteintes de cette affection d'aller vous trouver sans hésiter, car j'ai été assez longtemps malade et j'ai vu assez de docteurs et soi-disant, pour pouvoir affirmer que vous seul pouvez guérir réellement celte maladie.
Agréez les sentiments respectueux tfe celui qui ne vous sera jamais assez reconnaissant ,
Sandre,
Propriétaire, rue des Envierge, 12, à Belleville.
Rétrécissement et blennorrhée survenus sans- causes appréciables. — Traitements pendant cinq années. — Usage itératif des bougies. — Obligation d'y renoncer. — Aggravation des symptômes. — Rétentions complètes. —Je pratique l'opération. — Rétablissement immédiat du cours des urines. — Guérison de la blennorrhée. — Traité antérieurement par M. Rkord et d'autres médecins. — Persistance du bien-être depuis deux ans. — État du malade en 1859.
M. Laie, employé attaché à la restauration et à la conservation des antiquités égyptiennes du Louvre, demeurant rue de PArbre-Sec, 52, fut atteint, en 1851, après quelques mois de mariage, et sans causes appréciables, de difficultés en urinant et d'une blennorrhée, accidents qui avaient été précédés et accompagnés de pertes de sommeil et d'altération de la santé générale. Les érections étaient devenues pénibles et douloureuses. Ayant eu une rétention d'urine presque complète, le malade alla trouver un médecin qui donnait des consultations dans une pharmacie; ce médecin employa le cathétérisme pour faire uriner M. Lair, et se contenta d'ordonner des cataplasmes, frictions, tisanes et pilules. Une partie de ces médicaments devait agir comme émollients et l'autre partie était destinée à suspendre l'écoulement. En effet, M. Lair éprouva quelque soulagement du cathétérisme et l'écoulement diminua un peu. Malgré ce traitement, le mal n'en persista pas moins.
Quelque temps après, une rétention complète s' étant de nouveau produite avec recrudescence de l'écoulement, le malade alla voir M. Ricord, qui prescrivit de la tisane de chiendent, avec sirop 3'orgeat, des bains et des lavements; puis il passa huit ou dix fois des bougies. Ce traitement eut également pour effet d'améliorer l'état du malade, et l'écoulement disparut pendant un temps.
Malgré ce mieux sensible, les souffrances du malade continuaient toujours; il resta dans cet état à peu près une année, au bout de laquelle l'écoulement revint, ainsi que des difficultés d'uriner encore plus grandes que précédemment. M. Lair fut
obligé de suspendre ses occupations, et, sur le conseil qu'on lui donna, il alla voir M. le Dr Sisti , qui ne put la première fois, après des essais infructueux, pratiquer le cathétérisme, ce qui exaspéra les douleurs du malade, à qui l'on fit prendre de la tisane pour dilater, des pilules d'une formule inconnue, de lïodure de potassium. On répéta le cathétérisme à l'aide d'une sonde que le malade gardait quelques heures. Tout ceci n'eut d'autre résultat que d'amener des troubles digestifs chez M. Lair.
Pendant toute la durée de ces différents traitements, chacun des médecins qui ont soigné M. Lair lui avait recommandé l'usage des bougies matin et soir, l'introduction desquelles bougies était pour le malade d'une douloureuse difficulté, et quelquefois de toute impossibilité.
Malgré ces bougies, la miction ne se faisait pas, et le malade, pissant quelquefois goutte à goutte, éprouvait de grandes douleurs et une grande anxiété.
C'est dans cet état que M. Lair vint me trouver. Après avoir constaté sa maladie, je l'opérai le 25 septembre 1856, dans la même séance, et sans aucun traitement préalable. Après l'opération, M. Lair franchit lui-même tout son canal sans rencontrer d'obstacle. Cela se fit sans qu'il sentît aucune des douleurs qu'il éprouvait auparavant par l'introduction des bougies.
Depuis ce temps, M. Lair a continué à se bien porter, les urines coulent librement, et la blennorrhée a disparu.
.T'ai prié M. Lair de vouloir bien répondre aux trois questions placées dans la note de la page 9, et, au lieu d'avoir adopté la forme de lettre, il a employé celle d'une déclaration. J'imprime cette déclaration telle qu'elle m'a été envoyée, afin de ne lui rien faire perdre de son caractère de vérité; ce fait prouve aussi, plus que tout autre, le moins de douleur que cause mon opération comparativement au traitement par les bougies, et surtout son résultat plus décisif.
Voici l'écrit de M. Lair :
Aujourd'hui le 28 avril 1859, je déclare qu'ayant été affligé d'un rétrécissement du canal pendant plusieurs années, auquel s'était joint un écoulement, je déclare, dis-je, avoir été opéré par M. le docteur baron Heurteloup, à la date du 25 septembre 1856, et avoir été guéri sur-lechamp des deux affections. Je jouis, depuis la même époque, d'une parfaite santé et me trouve disposé à satisfaire à tous les besoins de la vie, sous tous les rapports, qu'un homme à mon âge est susceptible d'éprouver.
Je déclare aussi avoir très-peu souffert pour l'opération, et n'avoir eu aucune suite fâcheuse ni difficile à supporter, n'ayant été obligé de cesser mes occupations habituelles que pendant un jour seulement après celui de l'opération.
Je dirai aussi, relativement à l'usage des bougies dilatantes, qu'il est fâcheux pour les personnes atteintes de cette maladie qu'ils'ne connaissent pas les résultats obtenus par M. le baron Heurteloup, car d'après le dire de tous les médecins qui m'ont traité, et qui m'avaient obligé pendant trois années d'en faire usage, en me recommandant de ne paj négliger de m'introduire une bougie soir et matin ou au moins une fois par jour, opération toujours très -douloureuse et surtout très-ennuyeuse, et pourtant avec M. le baron Heurteloup je n'eus aucunement besoin de ces instruments. Si par hasard je m'écartais quelque peu du régime qui m'était prescrit , soit dans le choix de mes aliments où de mes boissons, ou encore si je faisais le moimlre excès contrairement à mes habitudes, je ressentais dès le lendemain plus d'irritation dans le canal, et il m'était impossible alors de m'introduire la bougie, mais même on doit penser que j'éprouvais plus de difficulté pour uriner, ce qui m'obligeait à avoir recours assez souvent au médecin, soit pour prendre de nouveaux médicaments, soit pour me faire passer les bougies, on en doit conclure que j'ai éprouvé alors de grandes souffrances.
Et pour preuve de ce que j'avance, qui m'est personnel, je dirai aussi qu'un employé, comme moi de l'administration du Louvre, a été abandonné atissi par différents médecins, et a dû se résigner à se passer des bougies tous les matins et à prendre des tisanes tous les jours. Pendant dix ans il s'est traité ainsi; lorsque j'ai pu lui faire connaître M. le baron Heurteloup, qui l'a opéré , il y a dix-huit mois, il a été également guéri de suite parfaitement, maintenant il n'a plus besoin, ni moi non plus, d'avoir recours à aucun instrument ni médicament , ni de faire choix de ses aliments ni de ses boissons , et lorsque nous nous trouvons en société nous faisons comme tout le monde et nous nous portons aussi bien le lendemain que les jours précédents.
Ce sera avec un grand plaisir que je verrai figurer, avec mon nom, cette
réponse aux (rois questions posées par M. le baron Heurteloup, dans sa prochaine édition.
Recevez, Monsieur le Baron, mes salutations respectueuses.
P. Lair.
Rue de V Arbre-Sec, 52.
Attaché à la restauration et la conservation des antiquités égyptiennes au Louvre.
Ce cas est certainement très-remarquable, d'abord parce qu'il s'agit d'une blennorrhagie sans les causes ordinaires qui la produisent. Il s'agit aussi d'un rétrécissement et d'une blennorrhée qui en sont la suite. On voit le traitement par les bougies donner lieu à l'amendement momentané des symptômes, maison voit de même le retour des accidents. On voit ce traitement aboutir à une aggravation de l'état du malade; on voit le malade forcé d'y renoncer, avoir recours à mon opération, et sentir immédiatement toutes ses souffrances disparaître et.... ne plus revenir!
Prodromes d'affection nerveuse générale. — Irritation concomitante de la vessie. — Douleur. — Pus évacué. — M. trois étoiles reconnaît un rétrécissement.— Six mois de traitement. — Inflammation du canal et de la prostate. — M. quatre étoiles traite à son tour. — Dilatation, injections. — Le malade est mis pour plusieurs semaines au lit. — Retour à M. trois étoiles. — Le cubèbe et les injections échouent. — Envoi du malade à M. cinq étoiles. — Prouesses de M. cinq étoiles. — Effet des bougies de cire. — Abcès et fistules au périnée. — Opinion du malade sur M. cinq étoiles. — Recours à M. six étoiles. — Bougies à demeure. — La fistule se ferme. — Douleurs atroces et catarrhe opiniâtre. — M. six étoiles sonde pour voir s'il n'ij a pas de pierre. — Il n'y en a pas. — Ce cathétérisme rouvre la fistule. — Cela force de n'uriner qne par les sondes. — Cessation momentanée du catarrhe, mais douleurs intolérables persistantes dans la vessie. — J'opère le 19 mai 1858. ■ — Je rends immédiatement la faculté d'uriner sans sonde et sans fistule. — Bienêtre sous ce rapport persistant depuis une année. — État du malade en 1859.
Dans le mois d'avril 4 858, M. A. Sm. se présenta chez moi dans un état de santé déplorable, pour me demander si je pouvais faire quelque chose pour le soulager, et me remit l'histoire de sa maladie, et des différents traitements auxquels il s'était soumis depuis Tannée 1848, époque à laquelle il commença à souffrir. Je publie cette narration telle qu'elle m'a été donnée ; je la ferai suivre de mes observations.
« En novembre 1 848 ma santé a commencé à s'altérer, et dece puis cette époque elle ne s'est pas rétablie.
« Les premiers froids de l'automne me causèrent une agita- « tion nerveuse, inconnue jusque-là. Il s'y joignit des douleurs « qui me prirent à la nuque, descendaient le long de l'épine a dorsale et des flancs pour se fixer définitivement dans le bas- « ventre. Mon médecin ordinaire ne connaissant point ce mal, « me calma cependant peu à peu par des cataplasmes et des « bains.
« En même temps, je m'aperçus qu'en lâchant mes urines je « perdais à la fin, toutes les fois, à peu près la valeur d'un petit « verre à liqueur fortement chargé de pus.
« J'allai voir M. trois étoiles, qui me déclara que la maladie
« dont je venais d'être atteint était une névralgie, et que le susdit « pus témoignait d'une irritation à la prostate sans importance.
« Cette irritation ne se calma cependant pas, et, sur le conseil « d'un médecin, j'allai de nouveau voir M. trois étoiles pour « explorer mon canal, afin de s'assurer s'il n'existait pas de ré- « trécissement.
« En effet, j'étais très-rétréci. et M. trois étoiles me traita. Ce « traitement dura cinq à six mois, et je fus obligé de l'inlerrom- « pre pendant six semaines pour une violente inflammation sur- « venue au canal et à la prostate.
« Un ou deux ans après cette époque mon rétrécissement reu parut. J'allai alors trouver M. quatre étoiles, qui me traita « quelque temps par la dilatation, et puis par des injections, fai- « tes. dit-il, pour arrêter l'écoulement.
« Ces injections me causèrent d'affreuses douleurs à la pros « tate et à la vessie. M. quatre étoiles les continua néanmoins, « jusqu'à ce qu'une inflammation intense de la vessie me clouât « plusieurs semaines au lit. Là-dessus je quittai M. quatre étoi- « les. L'écoulement devenant toujours de plus en plus violent, « je retournai voir l'aimable M. trois étoiles. Pendant deux mois « il me traita par le cubèbe et les injections, mais sans aucun « succès. Le talent de M. trois étoiles échoua complètement.
« Sur l'avis de M. Cazeriàve, le savant médecin de Saintce Louis, je m'adressai, présenté par un petit mot de lui, à « M. cinq étoiles.
« Je croyais toucher à la fin de mes maux. J'eus pleine et en- « tière confiance en M. cinq étoiles, que je considérais, décoré
« de son titre de membre (obtenu de quel droit?
« personne n'a jamais pu me répondre), comme le plus habile « de son siècle.
« Mon erreur ne fut pas de longue durée. Il n'est pas le plus « habile, mais le plus grossier, le plus brutal personnage que « j'aie rencontré de ma vie.
« C'est le vrai type du paysan du Danube; il cherche à inspi- « rer de la confiance par des brusqueries et par l'indifférence « qu'il vous témoigne; il ne quitte son rôle de muet que pour. « lâcher des phrases saccadées, pleines de brutalité; jamais pour « vous éclairer sur l'état de votre santé, et pour cause.
« Eh bien ! ces façons-là lui réussissent à merveille; on a con-
« fiance dans cet . . . déguisé en homme, et on se laisse
«faire en dévorant ses larmes (1), soutenu par l'espoir d'une « prochaine guérison. Mais cette guérison n'arrive jamais.
« Au bout d'un mois de traitement par des bougies d'un calice bre très- fort, le périnée s'enflamma et devint très-douloureux; « la vessie fut atteinte également.
« Je lui parlai à plusieurs reprises de mes souffrances, mais « en vain; il ne m'écouta pas et continua.
« Au bout de quelques jours je me réveille un matin avec une « fièvre horrible et un abcès épouvantable au périnée, abcès « urineux qui a mis ma vie à deux doigts de sa perte.
« Ce triste accident était le résultat de son inhabileté, de son « aveuglement entêté et de sa brutalité (2).
« Il vint me l'ouvrir, me fit une large plaie, qui donna issue « à une forte quantité de sang mêlé d'urine.
« Je lui remis les honoraires de l'opération qu'il venait de « me faire. Il les empocha sans honte et sans vergogne.
« Je dus garder mon lit deux mois consécutifs. Je fis appeler « à ce moment M. trois étoiles, qui fut indigné de la barbarie de
« M. cinq étoiles; le DT trois étoiles me dit : Écrivez à ce
« qu'il est malheureux qu'on ne puisse pas traîner un bourreau « comme lui devant une cour d'assises, et ajoutez que c'est moi, « trois étoiles, qui vous autorise à lui écrire ainsi.
« Après cela, j'ai été trouver M. six étoiles, qui me traita « d'une manière plus douce.
« 11 me cautérisa, et la plaie fut refermée, mais pour se ronce vrir. Il me mit alors des bougies permanent es, changées de ca-
(1) Celui qui arrache de tels cris d'angoisse et de telles plaintes à un malade, d'ailleurs bienveillant, est-il bien le même que celui qui, oubliant le lieu où il est, passe sa vie à faire écrire, moyennant argent, des articles de boniment dans lesquels il exalte la légèreté de ses larges mains et la prudence que lui inspire la bonté de son cœur?
(2) Et aussi du grossier procédé d'enfoncer avec violence d'énormes bougies de cire avec un pouce large, puissant et vainqueur, malgré les cris des malades. C'est une plainte que je reçois continuellement de ceux qui ont été soumis à ce supplice. Est-il donc si déplacé de faire la guerre aux procédés féroces?...
« libre de douze en douze heures, et cela pendant trois jours. «Immédiatement je pris les bains de mer, en ayant soin de « n'uriner qu'avec la sonde. De retour à Paris, M. six étoiles, « supposant la fistule refermée, me conseilla d'uriner sans sonde. « C'est ce que je fis; et, en effet, la fistule étant fermée, il ne « survint aucun nouvel abcès. Mais le rétrécissement reparut « bientôt. Je luttais contre lui en passant de temps en temps « une bougie.
« Les douleurs de vessie, qui m'avaient par intervalle souvent « quitté, reparurent en mars dernier 1854, et depuis elles ne «m'ont pas quitté; et, comme toujours quand ces douleurs « existaient, l'urine s'échappe en partie troublée.
« M. six étoiles me conseille de nouveau les bains de mer. Je « ne pus les prendre longtemps, car ils m'irritèrent trop la vessie « ou la prostate. De retour à Paris, M. Chomel m'expédia à « Bagnères-de-Luchon (Pyrénées). Je pris ces bains, et après « trente jours, je revins à Paris. •
« En novembre, au lieu du petit flux blanc, un catarrhe de « vessie se déclara; il fut extrêmement opiniâtre, et tout ce qui « me fut administré, eau de goudron, capsules de térébenthine, « ne firent que m'irriter.
« Pour examiner s'il y avait une pierre, M. six étoiles m'ex- « plora la vessie; il n'y trouva rien, ni à la prostate.
« Mais cette opération déchira probablement la cicatrice inlé- « rieure de la fistule, car mon ancien abcès revint et s'ouvrit.
« Depuis, il s'est rouvert encore deux fois, aussitôt que je « cessai d'uriner avec une sonde. L'abcès fut accompagné cha- « que fois de huit jours de souffrances et de fièvre.
« J'urine maintenant depuis quatre semaines, toujours avec la « sonde; le catarrhe est guéri; mais mes douleurs intolérables « de la vessie n'ont pas cessé.
« 28 avril. »
J'opérai ce malade, duquel je publie la très-intéressante observation , le 19 mai 1858, et depuis ce temps son canal est resté ouvert; les urines s'écoulent facilement, la fistule n'est plus revenue, et tout cela a été obtenu dans un moment, sans avoir
donné lieu à de la souffrance; et je suis à même d'obtenir immédiatement, et quand je le voudrai, ces mêmes avantages s'ils venaient à s'amoindrir. Cependant, ce n'est pas du rétrécissement que ce|te observation tire son plus grand intérêt. Sous ce point de vue, je me borne seulement à dire que voici un malade qui vient fortement à l'appui de l'efficacité de mon traitement contre la maladie qui m'occupe. M. A. Sm. a eu beau s'approcher des étoiles et se placer en plein firmament, il n'a pas été assez fortuné pour recevoir pendant un bien grand nombre d'années l'heureuse influence d'astres aussi resplendissants! ! !
M. A. Sm. avait deux maladies, le rétrécissement d'abord, et une autre affection trop peu connue, que je désigne depuis longtemps sous le nom d'en/ thème foudroyant de la vessie (1). Très-souvent cette seconde maladie est la conséquence de la première; quelquefois il n'en est pas ainsi. On a vu que dans le commencement des souffrances de M. A. Sm. l'une et l'autre de ces maladies ont été complètement méconnues, et qu'elles furent traitées de névralgie et d'irritation sans conséquence de la prostate (voir la note 1 de la page 132), et que ce ne fut qu'après plusieurs mois que l'on découvrit le rétrécissement et que l'on entreprit son traitement, traitement qui, bien que tenté avec successions d'efforts par plusieurs chirurgiens de distinctions... variées, n'aboutit pas à la guérison... loin de là.
M. A. Sm. m'est donc arrivé rétréci, blessé et affligé de son érythème. Or, cet érythème était idiopathique ou dépendait du rétrécissement, ou participait de ces deux essences. Il fallait donc savoir ce qu'il en était, et pour résoudre ce problème il fallait commencer par faire disparaître le rétrécissement; c'est ce que j'ai fait. Ce rétrécissement était particulièrement déterminé par un de ces développements valvulaires, formés en panier à pigeon, tourné du" côté de la vessie, et qui quelquefois se développait lorsque les urines s'écoulaient. Alors celles-ci étaient arrêtées; il en restait derrière l'obstacle, et des ulcères atoniques
(1) Véry thème foudroyant de la vessie est une maladie tout à fait spéciale, sui generis, qui a ses caractères tranchés, ses degrés, ses développements, sa durée, et que t'on appelle trop souvent une maladie nerveuse. L'érythème foudroyant ou douloureux demande aussi une monographie.
perforants déterminaient la fistule, qui fut un si grand motif de chagrin pour le malade. En faisant disparaître la valvule épaisse qui produisait ces accidents, j'ai pu obtenir la miction sans que la fistule se rouvrît.
Mais si. j'ai pu établir une miction facile, je n'ai pas obtenu le calme de la vessie. Le malade souffre toujours de son érythème, moins sans doute (ici M. A. Sm., auquel je lis cette observation, me prie d'écrire beaucoup moins sans doute) que lorsque les urines ne coulaient pas facilement, mais assez pour rendre bien désirable d'apporter du soulagement dans un organe éprouvé depuis si longtemps. C'est ce que je me propose de tenter; mais il me faut attendre encore quelque temps, car il est possible que les accès de cette terrible maladie continuent à s'éloigner davantage par le seul fait de la miction, facile.
Je remets donc à dire ce qui sera advenu de cet intéressant malade à ma troisième édition; et, en ce faisant, je donnerai aux médecins et aux chirurgiens l'idée d'établir un genre de clinique que j'appellerai clinique sans rémission, en opposition avec celle qui permet le retour sur les assertions premières, en les noyant dans le silence. Ici, scripta manent , cela est sans rémission. Un journal de clinique établi sur ce principe, corroboré du principe de l'authenticité suivie, aurait son intérêt
et il serait un journal rare.
Je place ici la réponse de M. A. Sm. à mes trois questions de la note de la page 9, comme la preuve de ce que j'ai maintenant mission de prouver, à savoir :-la persistance du rétablissement de la miction sans produire de fistule, le peu de douleur causée par mon opération, et les douleurs incomparablement plus grandes que produisent les impuissantes bougies.
Voici la réponse de M. A. Sm. à mes trois questions de la note de la page 9 :
Paris, ce S juillet 1859.
Mon bien cHer Docteur,
Pour répondre d'une manière catégorique aux trois questions que vous me faites, je vous dirai que j'urine toujours bien sans sonde et sans fistule, que votre opération ne m'a donné que très-peu de sensation-pénible, et que j' ai souffert longtemps et beaucoup de l'introduction des bougies et des autres traitements que j'ai eu à supporter.
Du reste, j'ai détaillé tous mes malheurs dans la rédaction que je vous ai remise dans le temps et que je vous autorise à publier.
Agréez, bien cher Docteur, les assurances de dévouement de votre bien reconnaissant serviteur.
22, rue Montholon.
Plusieurs blennorrhagies. — Elles sont traitées par les Injections astringentes. — Un rétrécissement apparaît après la troisième. — Rétention complète un an après. — Efforts inutiles de beaucoup de médecins pour y remédier. — Le malade se soulage lui-même en se sondant. — Impuissance des médecins de Rennes. — J'opère le bjuin 1858. — -Rétablissement immédiat. — 'État du malade en i 859.
En juin 4858, M. Mahé. pharmacien à Quintin (Côtes-du-Nord), me fit l'honneur de venir me demander mon assistance pour le soulager d'une rétention d'urine dont il souffrait depuis longtemps, et qui avait persisté malgré les efforts tentés par beaucoup de médecins pour lui donner du soulagement. Le rétrécissement qui donnait lieu à cette rétention n'avait pu être surmonté, et le malade se trouvait dans une anxiété extrême.
Je procédai à son opération le 4 juin 1858, après l'avoir examiné le 31 mai, et avoir constaté que j'avais affaire à un malade d'une sensibilité extrême et rendu nerveux par de longues souffrances antérieures.
Malgré ces circonstances éminemment défavorables, je guéris immédiatement ce malade, quoique l'état très-complexe de son canal me donnât à faire disparaître trois rétrécissements fibrovasculaires, l'un situé à 10 centimètres, l'autre à 13, et le troisième à 19 centimètres de profondeur.
Après avoir opéré M. Mahé, je le priai de vouloir bien écrire lui-même l'exposé de son cas et de ses impressions. Je publie cet écrit.
« Paris, 5 juin 1858é
« Monsieur le Baron,
« Vous m'avez demandé l'historique de ma maladie, je ra'em-, « presse de vous être agréable.
« Dans l'année 1817 j'eus le guignon de contracter une bien- « norrhagie, que je fus obligé de laisser s'éteindre d'elle-même, « par l'impossibilité dans laquelle je me trouvais de la soigner. « En 1820, une deuxième, qui fut un peu soignée par des tisa-
« nés et des injections astringentes. En 1824, une dernière., dès « la fin de laquelle je m'aperçus d'une diminution notable dans «le jet des urines; depuis, cette diminution n'a fait qu'aug- « menter jusqu'en 1825, époque à laquelle je fus tout à coup « frappé d'une rétention complète. Tous nos docteurs firent « leurs efforts pour m'en débarrasser, par les sondes, par les « bougies; mais toutes les tentatives n'eurent d'autre résultat « que de me faire beaucoup souffrir. Enfin, désespéré, après « des applications de sangsues, des bains, des cataplasmes, sans « aucune amélioration, j'essayai moi-même et je réussis à faire « pénétrer une bougie dans le rétrécissement. En la retirant « l'urine partit; mais, à dater de ce jour, il n'y eut plus moyen « d'uriner sans l'introduire, opération qui bien souvent présence tait de grandes difficultés causées par des gonflements et les « grandes frayeurs que me donnait ma position de rétréci.
« Cette position a presque constamment duré, tantôt mieux, « tantôt plus mal. Ce voyant, je me rendis à Rennes dans l'année « 1837, espérant, au centre de la Faculté, trouver du soulage-
« ment à mes souffrances Erreur; je revins dans le même
« état, ne devant qu'à moi le peu de soulagement que j'éprou- « vais.
« Aujourd'hui, A juin 1858, je viens d'être opéré par vous, « Monsieur le docteur baron Heurteloup, avec toute la dextérité, «la délicatesse et la célérité qui accompagnent toujours une « main guidée par l'assurance que donne une grande conviction « appuyée sur la-science et une longue expérience.
« Si l'expression des sentiments de ma reconnaissance blessait « la modestie de M. le Baron, tout en la maintenant, je lui en « demande bien pardon; mais c'est le cœur d'un Breton qui « parle.
« Croyez, Monsieur le Baron, à toute ma reconnaissance la
« plus respectueuse.
« Félix Mahé, »
Pharmacien.
Trois jours après son opération, M. Mahé repart pour Quintin, et écrit sur la couverture de son dossier les quelques lignes suivantes :
« Je pars, et veux préalablement vous faire savoir que depuis « vos deux très-courtes et bien peu douloureuses opérations, je « pisse comme il me souvient à peine avoir pissé, même dans ma « jeunesse. Toutes mes urines sont d'une limpidité admirable « depuis la dernière opération. En un mot, tout va pour le « mieux.
« Mahé, pharmacien. »
7 juin 1858.
M. Mahé m'écrit la lettre suivante pour répondre à mes trois questions de la note de la page 9 :
Quintii), 5 mai 1859.
Monsieur le Baron ,
Vans le mois de juin 1858, lorsque feus l'honneur d'être opéré par vous de plusieurs rétrécissements dans le canal de l'urètre, vous me priâtes de rôtis donner l'historique de mon indisposition, de sa marche et des moyens qui avaient .été mis en pratique pour y remédier. Je m'empressai de répondre à votre désir, 1° par reconnaissance; 2° dans l'espérance qu'un exemple de plus pourrait servir, à la suite de beaucoup d'autres, à convaincre les pauvres malades de l'efficacité de votre méthode et de son incomparable supériorité sur toutes les autres; j'ai voulu, en même temps, que mon cas servit à prouver encore une fois de plus à vos b.... de détracteurs, que ce que vous avancez dans votre ouvrage sur les rétrécissements n'est que l'expression de la pure vérité.
L'autorisation que je vous donnai en ce temps, de publier l'historique de mes misères passées , je vous la renouvelle encore aujourd'hui et je m'estimerai heureux si ce récit peut être utile à l'humanité.
Je réponds aux trois questions, que vous me posez :
1° L'urine pourrait sortir plus largement, mais , comme toujours, je vide la vessie sans fatigue; mes urines continuent à étve d'une limpidité parfaite et ne m'occasionnent aucune cuisson comme celle que j'éprouvais avant votre opération;
2° Comme vous le dites dans votre ouvrage, vous m'avez opéré dans deux séances de deux à trois minutes, sans pour ainsi dire de douleur que celle de l'imagination ;
3° Les bougies ( vous me parlez des bougies ! ) ; j'ai été à Menues plus d'un mois entre les mains de docteurs qui, avec leurs bougies, m'ont fait beaucoup souffrir sans apporter à mon état aucune amélioration; chez vous, monsieur le Baron, cinq à six minutes ont suffi pour me mettre à l'abri de toutes inquiétudes.
J'espère vous aller présenter mes salutations respectueuses; en attendant, croyez-moi votre dévoué et respectueux serviteur.
Félix Mahé, Pharmacien, A Qu'mtin (Côtes-du-Nord).
Je profiterai du voyage de M. Mahé à Paris pour l'examiner, s'il veut bien le permettre, et lui donner un peu plus de passage, si je le juge convenable. Le temps qu'il me faudrait pour mettre une bougie suffira. Cependant, il se pourrait bien que je ne fisse rien, et que je le renvoyasse au cas de M. D***, que j'ai publié dans ma première édition, et qui se trouve à la page 442 du présent livre,
Blennorrhagies nombreuses. — Diminution du jet dix ans après. — Rétrécissement complet dix ans plus tard. — Cautérisation et dilatation en 1843. — Rétention complète en mer. — Cautérisation et dilatation en 184.) par M. deux étoiles. — Scarification et dilatation par M. trois étoiles quelques mois après. — Bains nombreux et dilatation par M. quatre étoiles en 1846. — De 184fi à 1851 deux nouveaux traitements par la cautérisation et la dilatation par M. deux étoiles. — Retour aux bougies employées par le malade. — Inanité de ces bougies et des traitements précédents. — J'opère le 17 mai 1853. — Rétablissement immédiat. — Persistance du bien-être depuis six ans. — État du malade en 1859.
Dans le mois de mai 1853, je reçois la visite de M. Dugué, capitaine au long cours de Saint-Malo. M. le capitaine a 53 ans, est d'une bonne constitution, n'a jamais eu de maladie grave, excepté une fièvre typhoïde en Amérique, il y a vingt ans. 11 est rétréci au plus haut degré; je l'opère le 17 mai 1853, je le guéris, et le 15 juillet suivant il me fait, sur ma demande, le rapport suivant :
« Il y a bien dix ans que je m'occupe de mon canal, mais il y « a une trentaine d'années que j'ai contracté les premières blen- « norrhagies; je crois en avoir eu huit ou neuf. Il y a vingt ans, « je m'aperçus de la diminution du jet de mes urines, mais je « n'en tins aucun compte alors. Cependant, il y a dix ans, je fus « assez rétréci pour être obligé, en 1843, de m'adresser à un « médecin de Bordeaux dont je ne me rappelle pas le nom. Je « fus cautérisé et dilaté. Le jet de mes urines devint meilleur, et « je restai ainsi pendant quelques années assujetti à me passer « des bougies. Ce traitement dura qninze jours, mais il ne m'em- « pécha pas d'avoir une rétention complète en mer, pendant que « je doublais le cap Horn, ce qui, faute de secours, mit ma vie a en danger.
« Malgré les soins que je pris de dilater mon canal, mon ré- « trécissement revint donc et m'obligea de m'adresser en 1845 « à M. deux étoiles (1), qui procéda, comme ci-devant, à la dila-
(1) Que l'on veuille bien remarquer qu'en rae servant des désignations
« tation de mon canal après m'avoir cautérisé une fois. Mon canal « ne resta pas longtemps ouvert, car, quelques mois après, je « fus obligé de recourir de nouveau à un autre médecin, M. trois « étoiles, qui me traita par la scarification, au moyen d'un ins- « trument avec lequel il coupa l'endroit rétréci, et ensuite obtint « la dilatation au moyen de bougies. Ce traitement dura un mois « et demi et me tint le canal assez ouvert pendant le même « temps que celui de M. deux étoiles.
« Fatigué de ne pas obtenir de guérison, j'allai en 1846 à la « maison de santé de M. Dubois, et là, je fus soumis par M. qua- « tre étoiles à des bains de toute espèce, bains sulfureux, bains « froids, bains salés, bains de vapeur, et à la dilatation. Ce trai- « tement, qui dura deux mois, me mit en état de pisser pendant « un plus long espace de temps que par les deux traitements « précédents. Cependant mon rétrécissement revint bientôt.
« Il m'obligea de J 846 à 1851 à me remettre de nouveau deux « fois entre les mains de M. deux étoiles qui me soumit, dere- « chef, à ses procédés de cautérisation et de dilatation sans ob- « tenir un autre résultat que précédemment. Le premier de ces « nouveaux traitements dura un mois et plus, et le deuxième « deux mois et demi.
« De février 1851 à septembre 1852, je pissai assez bien en « me passant des bougies tous les huit jours, mais, nonobstant, « le rétrécissement revint.
<( Derechef, je cherchai des moyens de soulagement et j'ap- « pris avec une vive satisfaction par M. Lamarre (voir l'observa- « tion p. 212) qu'il venait de recevoir la faculté d'uriner large- « ment par vous, au moyen d'un procédé nouveau, et que « l'opération , qui avait duré à peine quelques minutes, n'avait « pas été douloureuse.
deux étoiles, trois étoiles, etc., je le fais pour éviter de désigner quelqu'un. M. trois étoiles d'une observation n'est nullement M. trois étoiles d'une autre. Ainsi, il n'y a pas ici un système de désignation. Ce qu'il m'importe, c'est de faire saillir le traitement employé avant moi pour comparer ses effets aux effets de celui que j'emploie moi-même. Lorsque je n'ai pas de raisons pour taire le nom du médecin qui m'a précédé, je le dis.
« M. Lamarre me conduisit chez vous, vous me fîtes la même « opération qui me causa à peine de douleur, qui ne donna « lieu à aucune hémorrhagie et qui me mit en quelques minutes « le canal dans le même état que je l'avais obtenu par chacun « de mes divers traitements, après deux ou trois mois de tour- « ments et de patience.
« Je ne saurais dire si je resterai toujours guéri, mais, à coup « sûr, je ne m'en inquiète plus autant , puisque j'ai la preuve « que dans un moment vous pouvez me remettre dans l'état « heureux où je me trouve. »
Telle est la narration de M. le capitaine Dugué, qui après l'avoir dictée, trouva bon d'y ajouter cette note écrite de sa main :
« Je n'hésite pas à constater que dès le premier jour, M. Heur- « teloup m'a fait un canal nouveau et large de très-étroit qu'il « était, cela sans douleurs ou du moins très-supportables, et « que je n'ai éprouvé aucun malaise, tandis que les précédents « traitements m'avaient occasionné des fièvres intermittentes « qui m'ont duré jusque pendant quinze jours, sans compter « les douleurs causées par la présence des sondes que M. Heur- « teloup n'a pas employées pour me traiter.
« Th. Dugué. »
Paris, 15 juillet 1853.
Ce cas est certainement un beau spécimen de l'importance du traitement éclectique immédiat. On voit combien de temps a été dépensé par M. D*** pour se guérir d'une maladie qui a fait son tourment pendant une grande partie de sa vie. On voit quelle a été l'inanité de ces traitements dirigés par les mains les plus habituées. On voit qu'en un moment j'ai rétabli la fonction. On voit que toutes ces dilatations, ces cautérisations, ces scarifications répétées n'ont abouti qu'à mettre le malade momentanément dans un état de miction plus facile, à grand renfort de bougies, et que ces bougies ont toujours et toujours fini par être vaincues par le rétrécissement qui n'en poursuivait pas moins impassiblement sa marche. Toutes ces blessures, et leurs cicatrices ne m'ont pas empêché d'accomplir mon œuvre, le réta-
blissement immédiat de la miction et d'obtenir une guérison 'permanente, comme le constate la lettre qui suit.
Voici la réponse de M. Dugué à mes trois questions de la note de la page 9.