A MONSIEUR LE BARON HEURTELOCP
Docteur-Médecin a Paris, rue Louis-le-Grand , 31.
Paris, ce 25 juin 1859.
Monsieur,
Je m'empresse de répondre aux questions que vous m'avez- adressées hier.
Depuis 1853, époque à laquelle je me suis adressé à vous, je pisse trèsbien en me conformant à vos prescriptions.
Les opérations que vous m'avez faites ne m'ont pas fait souffrir, elles sont courtes, agissent spontanément et vous font un large canal.
Auparavant vous, j'avais essayé, entre les mains de praticiens habiles, de la dilatation par les boiigies avec la cautérisation, mais sans résultat positif; aussi aujourd'hui, le cas échéant, je vous donnerai toujours la préférence.
Agréez, Monsieur, l'assurance particulière de ma gratitude et croyezmoi votre serviteur.
Th. Dugué,
Rétention complète. — Impossibilité d'introduire des petites bougies. — Le malade m'est envoyé. — Je l'ophr le 18 juin 1855.— Rétablissement immédiat. — Bien-être conserve pendant deux ans, après lesquels son médecin, M. le docteur Boulu, le perd de vue. — Lettre de M. le docteur Boulu, médecin par quartier de l'Empereur.
Le J 8 juin 1855, à 9 heures du soir, mon confrère M. le docteur Boulu voulut bien m'envoyer un malade atteint d'une rétention absolument complète, qui durait depuis quinze heures et qui était due à un rétrécissement considérable qui datait de plusieurs années et qui s'était accru d'une manière progressive malgré l'usage des bougies.
Le malade, M. Mauriceau, teinturier, rue du Rocher, 40, était dans une anxiété considérable; il fut soumis à mon opération, par laquelle je donnai immédiatement cours aux urines par un canal large, qui permit sur-le-champ à ce liquide de s'échapper par un jet fort et puissant.
Cette fonction accomplie, M. Mauriceau, revenu à un état de bien-être qu'il trouva bien doux après les grandes souffrances qu'il avait éprouvées, me conta les antécédents de son mal.
Comme beaucoup de rétrécis, il avait eu autrefois plusieurs urétrites qu'il avait traitées soit par les injections, soit par le copahu. Quelques années après il avait ressenti les premières difficultés d'uriner; il n'y avait pas fait grande attention d'abord; bientôt le rétrécissement s'accrut; il voulut y remédier par les bougies, mais il fut forcé d'en mettre de plus en plus petites au lieu d'en mettre de plus grosses en plus grosses comme il l'espérait (1) ; bientôt il en vint aux filiformes, et. après plusieurs ré-
(1) Le malade se trouve, lorsqu'il met des bougies, dans deux états opposés : celui de vainqueur et celui de vaincu; il passe de l'un à l'autre. Lorsqu'il commence à opposer la bougie à un rétrécissement mou et commençant il est vainqueur ; le rétrécissement mou se laisse dilater. Mais aussitôt que la bougie a durci le canal par des passages successifs, il passe à l'état de vaincu, et alors il est forcé de diminuer piteusement le
tentions à peu près complètes, il en vint à ne plus pouvoir pisser ni introduire de bougies et à être obligé d'avoir recours au chirurgien.
C'est dans cet état qu'il se présenta à mon bien honoré confrère qui essaya des bougies comme le malade les avait essayées lui-même. Ne pouvant pénétrer, M. Boulu m'envoya M. Mauriceau.
Le rétrécissement de ce malade était situé à 15 centimètres de profondeur; il était central, commençait à quelques centimètres au-devant du ligament triangulaire, et s'étendait presque jusqu'à ce ligament. Je trouvai d'abord un lacet de valvulettes que je fis disparaître dans l'espace de un centimètre à peu près, après quoi je rencontrai un pertuis fibreux uni de 2 centimètres. Je donnai au canal un calibre suffisant.
Depuis , le canal s'est bien conservé, du moins autant qu'il a été possible à M. le docteur Boulu de le constater.
Cette observation a un caractère bien spécial; elle démontre que le traitement éclectique immédiat ne donne pas seulement au chirurgien, comme le traitement généralement en usage, la faculté de procurer au malade un petit passage pour pisser misérablement par un petit jet, qui se fait jour par le petit trou que vient de faire une timide bougie (qui, comme l'on voit , n'entre pas toujours), mais qu'il permet de rétablir largement, triomphalement, un large passage qui permet à la vessie de se vider promptement, et que ce grand passade se conserve , pendant que le petit passage issu de la petite bougie se referme, si on ne le refait avec patience.
J'ai voulu retrouver ce malade pour le prier de répondre à mes trois questions de la note de la page 9 , mais il était parti
calibre de ses bougies, au lieu de les augmenter triomphalement comme lorsqu'il commence à fourgonner son canal.
pour l'étranger. J'ai prié alors mon confrère, M. le docteur Boulu, de me donner une petite note qui put constater que le rétrécissement de M. Mauriceau a eu de la permanence. Voici la lettre de mon confrère :
Paris , ce 1er mars lSô'J.
Mon cher et honoré Confrère,
Vous me demandez que je vous adresse une petite note sur le malade, rétréci que je vous ai envoyé, il y a quelques années. Ce malade, M. Mauriceau, teinturier, rue Royale, 17 (1), est venu me consulter pour une rétention complète. Cette rétention tenait à un rétrécissement de l'urètre dans lequel je tentai d'introduire de fines bougies. Aucune ne put pénétrer, et voyant qu'il était d'une grande urgence de rendre le cours des urines libre, sous risque de graves accidents , je m'empressai de vous l'adresser.
Vous lui files une opération dont le succès immédiat me parut évident, car, deux jours aj)rès, M. Mauriceau vint 7ne donner les preuves évidentes d'une fonction en plein exercice.
Depuis ce temps, j'ai suivi le malade dont le bien-être s'est conserve jusqu'à deux années après l'opération, époque à laquelle il a quitté la France et depuis ce temps je l'ai perdu de vue.
Recevez, mon cher Confrère, l'assurance de )nes sentiments les plus dévoués.
Boum , Médecin par quartier de l'Empereur.
(1) Lorsque je l'ai opère, M. Mauriceau demeurait rue du Rocher, 40, et M. le docteur Boulu donne l'adresse où il avait suivi le malade qui avait changé la place de son établissement.
Symptômes simultanés de pierre et de rétrécissement en 1845. — La double maladie est méconnue pendant cinq mois. — En 1846 on dilate et on reconnaît la pierre. — Fragmentation de pierre en 8 opérations. — Accidents. — Bougie à demeure. — Retour du rétrécissement. — Pierre dans le canal reconnue par Gerdy. — Incision du périnée pour l'extraire.— Dilatation et incision par M. Civialc en 1847. — Gonflement de la verge. — Brisement de quelques fragments de pierre. — Sorti de l'hôpital Necher après six mois de séjour. — Dix répétitions des opéralions de broiement en deux ans et demi. — Retour du rétrécissement. — Je l'opère le 11 juin 1851 de la pierre et du rétrécissement. — Quelque temps après j'extrais le reste des pierres . — Rétablissement immédiat. — Persistance du bien-être. — État du malade en 1 859.
Dans le mois de juin 1851, M. Royer, ébéniste, vintine consulter; il était atteint de rétrécissement et de pierre, et était traité depuis longtemps pour ces deux affections, mais infructueusement. Je pris immédiatement son observation, que je lui fis parapher, et je l'opérai le 9 juin 4851. Voici la relation de M. Royer, que j'ai écrite sous sa dictée, et à la troisième personne :
« M. Royek (Jacques-Pierre), rue Traversière- Saint- Antoine, « 78, ancien militaire, maintenant ébéniste, a éprouvé, étant au « service, les symptômes composés de la pierre et d'un rétré- « cissement de l'urètre, pour lesquels il entra, en 1845, à l'hô- « pital de Cherchell, en Afrique, où il resta pendant cinq mois, « sans que l'on découvrît la nature de sa maladie. Renvoyé en « France, il entra à l'hôpital d'Hyères, où il passa un mois sans « être traité. Après ça, il fut envoyé en convalescence dans son « pays, à Laval, où il demeura deux mois sans faire autre chose « que des essais inutiles pour introduire des bougies. Nonobs- « tant, M. Royer fut renvoyé rejoindre son corps en Afrique, « mais à la troisième étape il fut obligé d'entrer à l'hôpital de « Tours, au mois de septembre 1846, où l'on parvint à introït duire des bougies dans la vessie, ce qui permit de découvrir la « présence d'une pierre dans cet organe.
« On continua à dilater l'urètre jusqu'à ce qu'un instrument
« brise-pierre à pression put être introduit, et M. Harpin, le « chirurgien de l'hôpital, procéda à l'opération de la lithotripsie « par simple fragmentation, opération qui fut répétée huit fois. « Chacune d'elles durait dix minutes; elles furent assez pénibles, « principalement l'une d'elles, où l'instrument, engoué de dé- « tritus, et augmenté de volume, ne put être extrait de la vessie « que par un arrachement d'une extrême violence, arrachement « qui fut suivi de deux hémorrhagies considérables. Entre cha- « cune des opérations qui demandèrent quatre mois, le malade « gardait continuellement une bougie dans la vessie afin de tenir « le canal ouvert, et de donner passage aux fragments qui s'en- « gageaient fréquemment dans le passage.
« Après ces opérations, M. Royer fut réformé du service mili- « taire, car, peu de temps après, le canal, qui n'avait été que « dilaté, revint sur lui-même, et, sous le rapport du rétrécisse- « ment, le malade se trouva dans le même état qu'avant.
« Revenu à Paris en mars 1847, il entra à l'hôpital de la Cha- « rite dans le service de M. Gerdy, parce que, à force d'intro- « duire des bougies très-fines pour pouvoir uriner, il sentait un « grattement sur cette bougie, ce qui le fit conclure qu'il lui « restait ou qu'il lui était revenu de la pierre dans la vessie. « Bientôt un calcul fut reconnu dans l'urètre, derrière la partie « rétrécie du canal, et M. Gerdy (I) en fit l'extraction au moyen « d'une incision qui fut pratiquée sur l'urètre, au-devant du « scrotum.
« Cette incision n'était pas cicatrisée, et l'urine filtrait à tra- « vers les trous des fils qui avaient servi à recoudre les chairs. « M. Royer sortit de la Charité, mais fut bientôt obligé d'entrer «à l'hôpital Saint-Antoine, où il ne resta que quinze jours, « voyant qu'il ne guérissait pas.
« Souffrant toujours, il se détermina à entrer à l'hôpital « Necker, sous les soins de M. Civiale, en juin 1847 (2).
(1) Gerdy est mort, et on ne peut laisser passer son nom sans dire que Gerdy fut un chirurgien d'une honnêteté rigide. Il eut bien d'autres qualités, mais celle-là les dépassait toutes.
(2) M. Civiale a été admis par tolérance à traiter des calculeux à l'hôpital Necker; il était question de le remercier, lorsqu'il fut forcé de re-
« Là, on attendit que la boutonnière fut guérie; on employa « des sondes pour dilater l'urètre; mais voyant que cette dilata- « tion prolongée ne faisait pas d'effet, on procéda au débride- « ment de l'urètre, qui se fit au moyen de trois instruments in- « troduits l'un après l'autre, et avec chacun desquels le canal « fut tranché d'arrière en avant.
« Cette opération fut suivie d'un gonflement de la verge, qui « dura quelques jours. Ce débridement donna la possibilité de « briser des petites pierres qui se formaient dans la vessie, ce « qui permit à M. Royer de sortir de l'hôpital Necker après un « séjour de six mois.
« M. Royer resta dans cet état pendant deux ans et demi, « sans s'occuper d'autre chose que de faire briser par M. Civiale « des pierres qui se formaient dans la vessie, ce qui fut répété « au moins dix fois depuis. »
Ce cas offre beaucoup d'intérêt, d'abord sous le point de vue des deux maladies existant ensemble et présentant une complication qui fut longtemps au-dessus des ressources de l'art, et aussi sous celui de l'inanité des moyens qui furent employés pour surmonter les difficultés que chacune de ces maladies présentait. Au rétrécissement, on oppose la dilatation et V incision; on emploie ce traitement des mois entiers, et on ne vient à bout de rien: le rétrécissement reparaît toujours. A la pierre, on oppose la simple fragmentation avec mes instruments courbes; mais on emploie les instruments de pacotille que fait le commerce, et on ne guérit pas le malade. On est obligé de revenir dix fois à l'opération (je ne dis pas séances), et, en définitive, le malade, après plusieurs années de souffrances, m'arrive avec une vessie remplie de plâtras formés de phosphates mélangés, phosphates qui s'étaient formés par suite de l'irritation donnée à la vessie par les instrumentations précédentes (1). Pour ex-
noncer à se servir du perce-pierre pour adopter mon instrument courbe, mais comme ce renvoi lui eût été fatal, il donna aux hôpitaux 1,500 fr. de rente, et on continua à le tolérer! ! ! (Voir la note de la page 21.)
(1) La vessie irritée et enflammée forme des tartres comme les gencives enflammées. C'est pour cela que les opérations de lithotripsie proton-
traire ces phosphates il ma fallu employer mon percuteur à cuillers, et aller les chercher dans les anfractuosités de la vessie, qui, chez M. Royer, étaient très- nombreuses et très-profondes. Le canal que je venais de faire au malade me permit tout cela.
Le percuteur à cuillers m'a donc donné de bons résultats, comme dans un grand nombre d'autres occasions. Les hommes qui tiennent sous le boisseau cet instrument et le système de lithotripsie qu'il représente sont donc bien coupables (1)!
Je trouve sur le dossier de M. Royer cet écrit de sa main, et a la date du 18 août 1854, trois années après la rédaction de cette observation :
« J'ai été opéré de mon rétrécissement et de ma pierre le prête mier jour que M. le baron Heurteloup m'a touché. Je n'ai pas « souffert, je ne me suis pas soigné et je n'ai pas eu la fièvre, « trois inconvénients que j'ai ressentis par les traitements qui « m'ont été faits, et qui ne m'ont pas guéri. La preuve, c'est que « je ne souffre plus. M. Heurteloup vient de me rélargir un peu « mon canal, qui cependant recevait encore une bougie de 4.mïl- « limètres 3/5, ce qu'il a fait tout de suite.
« Je m'en retourne à Tours, où je demeure, rue Colbert, 35.
« Royer. »
Paris, ce 18 août (854.
J'ai revu M. Royer en octobre 1857, lorsqu'il est revenu s'établir à Paris. J'ai donné encore du rélargissement au canal,
gées et mal faites sont dangereuses, car elles donnent plus de pierres qu'elles n'en ôtent.
(1) Pauvres gens!... (Voir la protestation à la fin du livre.)
car il avait été bien mal mené, avant mon opération, par les incisions et les bougies. Quant à la pierre, il n'en était plus question.
Je voulais obtenir de M. Royer une réponse à mes trois questions de la note de la page 9 ; mais, malgré toutes les recherches que j'ai fait faire, je n'ai pu le retrouver. Du reste, sa déclaration, écrite en 1854, peut remplacer, en grande partie, la réponse que je voulais lui demander.
Il demeurait, il y a dix mois, rue de Laborde, n° 1.
Plusieurs blennorrhagies à longs intervalles. — Rétentions complètes répétées. — Persévérance clans le traitement antiphlogistique. — Cessation constante des phénomènes de rétention, sous l'empire de la cléplétion sanguine. — Opération le 5 août 1855. — Cessation des phénomènes de rétention. — Rétablissement immédiat. — État du malade en
Le 3 août 1855, mon confrère M. F. Broussais, le fils du grand Broussais, duquel je m'honore d'avoir été l'élève, m'amena un de nos confrères qui était rétréci, et me le recommanda. Ce confrère était un ancien médecin des armées, et, à ce titre, il éveilla tout mon intérêt (1). Je lui demandai, longtemps après l'avoir opéré, de bien vouloir m'écrire les circonstances qui avaient précédé son rétrécissement, et voici la relation que m'a donnée M. le Dr Z*** :
^ 1. Antécédents.
«Je suis d'une bonne constitution; mon tempérament est « lymphatico-sanguin, devenu nerveux par la vie sédentaire. J'ai « eu les cheveux, châtains. Pour ce qui a trait à mon impression- « nabilité, je dois dire que la miction s'effectue d'une manière « imparfaite lorsque j'appréhende un dérangement ou toute « autre sensation pendant cet acte. Cette susceptibilité est na- « tive (2).
« Jamais je n'ai eu la syphilis proprement dite, c'est-à-dire « l'affection vénérienne qui se manifeste par des symptômes gé- « néraux et des phénomènes- consécutifs.
(1) Mon père, mort en 1811 , fut premier chirurgien des armées, et inspecteur général du service de sauté , et j'ai conservé pour le corps des médecins de l'armée un penchant qui s'explique facilement.
(1) Ce phénomène de miction imparfaite par affection morale, se montre souvent et à un point extraordinaire. Quelquefois la miction devient impossible devant témoins : j'ai connu un malade qui ne pouvait uriner
«En 1842 , à 42 ans, j'ai contracté une première urétrite « aiguë, avec une femme brune méridionale en état de mens- « truation. Je l'avais vue précédemment ; je la revis plusieurs « jours après cette phlogose sans aucun résultai fâcheux (1).
« En 1843, j'eus une seconde blennorrhagie au contact d'une « Allemande blonde, que j'avais vue en passade.
« Ces deux phlegmasies locales furent traitées par le copahu « dans des capsules, le lin en boisson, des bains locaux émol- « lients, et des bains de siège froids très-prolongés. Nulle émis- « sion sanguine. Régime de vie peu modifié.
« Dans l'un et l'autre cas, la sécrétion morbide, venue quelce ques jours après le coït, se tarit complètement dans la sixième « semaine.
« Me considérant comme guéri, je restai en sécurité de 1843 « à 1830.
« Le 8 décembre 1830 le passage de l'urine s'intercepta. Des « cataplasmes et du lait pris en abondance rétablirent la miction,
« Je devins inquiet en apercevant le jet de l'urine s'arrêter à «la plus minime appréhension, se vriller fortement, se divi- « ser, etc., etc.; je ne recourus, néanmoins, à aucune théra- « peutique.
« En septembre 1832, je pris une troisième urétrite d'une « femme chez laquelle le spéculum me montra une vaginite.
« Cette fois je joignis l'action des antiphlogistiques, des sang- « sues, à celle du copahu et de la diète.
§ 2. Rétention. — Récidive. — Palliatifs.
« Le 30 avril 1833, je commençai à souffrir d'une ischurie, « qui, se prolongeant soixante heures, accumula une si grande « quantité d'urine dans la vessie, que celle-ci vint envahir la ré-
qtie dans l'obscurité. Cela tient à un grand phénomène encore inaperçu et sur lequel j'ai un travail tout prêt. Ce travail a pour intitulé : De la Myolète (oubli du muscle).
(1) Encore une fois, que l'on ne perde pas de vue que la-vérole et la blennorrhagie sont deux maladies distinctes que les gens du monde confondent trop souvent. Que l'on relise la note de la page 37.
« gion hypogastrique. La gêne était si cruelle, que, après avoii' « tenté vainement de me passer une algalie, je dus appeler des « confrères.
« Des chirurgiens en renom me visitèrent successivement : « MM. Amussat, Larrey (Hippolyte), Belliol. On me conseilla, « Amussat surtout, l'application de sangsues, le plus près possi- « ble du col de la vessie. J'exécutai moi-même la prescription, « Purine coula avant que les sangsues fussent détachées (1). Je « pris un bain.
« Le 31 mai 1853, nouvelle rétention, — infructueux essais « de cathétérisme, — sangsues appliquées avec succès, — bain.
« Le 3 juin 1853, accidents identiques, — 30 sangsues : 15 au « périnée, 15 au-dessus du pubis, — sortie facile de l'urine.
« Le 21 juin, après quinze jours de miction indolore, nouvelle « ischurie (2), de six heures du matin à onze. Dix sangsues au « périnée; — l'urine reprend son cours.
«Je mis encore des sangsues le 20 juillet, le 24 août 1853; « puis les 11, 16, 2-4 novembre; les 4 et 14 décembre de la « même année, soit pour remédier à la strangurie, soit pour la « prévenir.
« En février 1854, sous des influences morales fâcheuses, je « fus en proie à de nouveaux accidents, dont je triomphe encore « par des saignées locales.
« Le 23 mars et le 25 juillet 1854, je fis une application de « sangsues par mesure de prudence , conservant l'espoir de « guérir à force de saignées locales et de temps. Je redoutais les a procédés de la chirurgie, connaissant mon extrême irritabilité.
« Au mois d'octobre de cette année 1854, je gagnai une qua- « trième urétrite. Le copahu et les déplétions sanguines locales « enlevèrent la phlogose, toujours limitée au canal et au repli « valvulaire dans la vessie. »
(0 Voir la dernière note qui tient à cette observation.
(2) Ischurie, impossibilité d'uriner. Lorsque le malade urine goutte à goutte avec ténesmes, il est atteint de strangurie ; lorsqu'il urine avec simple difficulté il est atteint de dysurie. Je mets cette note parce qu'il y a beaucoup de personnes qui ne savent pas la vraie signification de ces trois mots, qui sont souvent employés,
C'est dans ces circonstances que notre confrère vint se confier à mes soins, sous les auspices de M. F. Broussais. Il était fortement rétréci, et portait, non pas un rétrécissement fibreux, mais de ces rétrécissements vasculaires, les plus mauvais de tous quand il s'agit de les guérir. Ce rétrécissement était situé à la courbure de l'urètre, et avait de trois à quatre centimètres de long(t).
J'ai opéré le 5 août 1855, et une seconde fois quelques mois après, car ces rétrécissements nous demandent qu'on y revienne plus qu'aux autres. Le malade retourna à pied dans le quartier du Jardin des Plantes, ce que je ne permets pas ordinairement, et l'urine coula à plein canal et il en ressentit du bonheur. Depuis ce temps, il n'a plus été exposé à l'ischurie.
Toutes ces phrases soulignées sont tirées de la rédaction du malade, car les expressions de sa reconnaissance sont trop flatteuses pour être placées dans ce livre.
Ce cas est riche de circonstances à remarquer, mais je ne vais en faire saillir que la principale. Cette circonstance est celle-ci ; Notre confrère est resté des années à combattre sa dysurie par les antiphlogistiques répétés et à haute dose. Eh bien, nous trouvons qu'il a couru de grands risques à affronter ainsi la rétention complète. Il fallait en venir tout de suite au rétablissement du canal. Si notre confrère l'eût fait, il n'eût pas passé de longs jours dans l'attente pénible d'une rétention, dans les soins plus pénibles encore pour la surmonter, et dans l'inquiétude qu'elle donne à si juste titre. Encore une fois, il fallait rétablir le calibre du canal avant la première rétention, et la prévenir en observant le jet des urines. Mais, je l'ai déjà dit, les rétrécis oublient comment on pisse.
On voit dans cette observation, si méticuleusement rédigée, et dont la rédaction rappelle l'école de Broussais, le retour continuel des rétentions et le succès toujours prompt des déplélions
(1) En général les rétrécissements fongueux et vasculaires sont longs.
sanguines. Cela prouve la nature des rétrécissements; en effet, plus ils sont mous, plus ils sont perméables au sang, et naturellement plus ils se trouvent sous l'effet immédiat des moyens qui diminuent la masse (1) de ce liquide. Il est naturel alors que les parois du canal malade, dégonflées, laissent passer l'urine. C'est ce que l'on a vu avec surabondance dans le cas rédigé par notre confrère.
Il y aurait bien d'autres choses a dire sur ce cas, mais ce serait trop long.
Voici la réponse de M. le Dr Z*S* à mes trois questions de la note de la page 9 :
Paris, ce 10 juin 1859.
Mon cher et bienveillant confrère,
Eu réponse à votre petit billet je vous dirai :
1° Que mes urines continuent à couler à ma suffisance, et que si elles venaient à couler moins bien , je profiterais de votre obligeance;
2° Que je n'ai éprouvé pendant votre opération qu'un sentiment de piqûre assez vif du reste, mais qui a été très court, et puis j'ai été rétabli tout de suite, ce qui est à considérer;
3° Que je n'ai pas mis de bougies d'une manière assez suivie pour que j'en connaisse bien l'effet.
(1) Dans la masse de ce liquide en général d'abord, et aussi dans la masse de ce liquide envisagée localement . J'ai fait des expériences trèscurieuses sur cette masse locale, et on ne saurait croire comme une perte très-minime de sang, un gramme par exemple, produit des phénomènes de sédation tout à fait hors de proportion avec la modification opérée. J'appelais cela, dans le temps, faire des saignées homœopathiques. J'ai puhlié quelque chose à ce sujet dans la Revue de Thérapeutique médico-chirurgicale, il y a six ou sept ans. Les instruments que je proposais pour faire ces saignées locales sont d'un grand usage en Allemagne et sont employés par M.|[Gr8efe,^le célèhre oculiste.
Voilà, je crois, ce que vous me demandez, si je vous ai bien compris. Recevez de nouveau, mon bien cher confrère , mes vifs remerciements et croyez que je vous suis bien dévoué,
Docteur en médecine de la Faculté de Paris,
Bien que la réponse de mon confrère me parut favorable, je fus assez piqué de voir qu'il parlait de sensations de piqûre, lui qui avait mis pendant si longtemps un si grand nombre de sangsues, et j'allai lui poser cette question : « Mais si vous n'avez pas mis de bougies, au moins vous avez mis des sangsues? Eh bien, avez-vous plus souffert par vos sangsues que par mon opération? — Oh certainement! » me fut-il répondu.
Rétrécissement en 184t. — Cautérisations itératives. — Insuccès. — Dilatation par les bougies et section par M. Ricord. — Emploi périodique de la bougie. — Calhélérisme nécessité par une rétention. — Fausse route. — Six semaines de bougies par Si. Chelius, à Heidelberg. — Orchite violente. — Sept semaines au lit. — Rétention complète six mois après. — Bougies en permanence par le docteur Siebold, à Darmstadt .
— 46 jours au lit sans ôter la bougie. — Bougie rompue dans te canal.
— i ou 5 mois de dilatation par M. Civiale. — Retour du rétrécissement.— Emploi de la bougie métallique par M. N étalon. — Continuation des bougies métalliques pendant un an. — Orchite. — Retour du rétrécissement. — Retour à M. Civiale. — Emploi des bougies de cire.
— Nouvelle section du canal par ce praticien. — Écoulement violent. — Orchite plus violente que toutes les autres. — Organisation malheureuse. — Nouvelle dilatation. — Précaution. — Nouvelle dilatation. — Emploi des bougies métalliques par M. Civiale. — Trois semaines d'accès de fièvre. — J'opère le 19 août 1858. — Rétablissement immédiat. — État du malade en 1859.
Dans le mois d'août 1858, je reçus la visite de M. le comte d'E***. M. le comte, homme du monde, d'un esprit remarquable, comme on le verra dans la suite de cette .observation, me faisait l'honneur de me consulter pour un rétrécissement qui depuis longtemps causait le malheur de sa vie, et qui avait résisté à tous les traitements qui jusqu'alors avaient été entrepris. M. le comte d'E***, grand voyageur, avait beaucoup vu de médecins de tous les pays, et son cas m'intéressa vivement. Je Toperai donc, je le guéris, et il repartit pour le Tyrol.
Au mois de juin 1859 il revint en France, et comme je le lui avais demandé, il vint se soumettre à mon examen. Je le trouvai dans un état très-favorable. Continuant à exécuter la miction presque aussi bien qu'à son départ, je le retouchai légèrement, bien que je m'attendisse à devoir le faire d'une manière plus prononcée, à cause des nombreuses cicatrices dont était couturé son urètre. Il était sur son départ, lorsque, voyant sur ma table quelques épreuves du présent livre, que je venais de corriger, il m'offrit de me rédiger son observation, ce que j'acceptai avec empressement. Je m'attendais à recevoir un exposé méthodique
et composé des tribulations d'un rétréci; mais, au lieu de cela, je reçus un exposé plein d'entrain, qui cadrait parfaitement avec le genre de travail que je fais maintenant, qui consiste, non pas seulement à donner les preuves de l'existence d'un nouveau moyen de guérir, mais aussi un livre qui montre beaucoup d'abus, beaucoup d'inconvénients résultant de ces abus, afin que le législateur puisse les prévenir et les corriger.
Je publie donc l'observation de M. le comte d'E*** telle qu'il me l'a donnée, en me réservant de l'accompagner de mes notes; et peut-être ferai-je de cela une observation intéressante et instructive, non pas au point de vue de la tbérapeutique, que mon travail n'a pas pour objet, mais à mon point de vue.
Voici donc l'observation de M. le comte d'E**¥; elle est longue, mais je crois qu'elle est intéressante. Or ce qui intéresse n'est pas long.
« Peu de temps après avoir passé, en 1841, dans ma vingtce huitième année, par ce qu'on est convenu de nommer en Alle- « magne le grand traitement au mercure (i), je fus incommodé « de rétrécissements naissants dans l'urètre. Le Dr Stofella, à « Vienne, soi-disant spécialiste, me cautérisa itérativement, sans « cependant me faire du bien; et, après quatre années d'inquié- « tudes et d'enrtui, j'allai, sur la foi du renom à l'étranger, de « M. Philippe Ricord, le consulter à Paris.
« Après m'avoir examiné, il déclara que mon état n'avait rien « de très-sérieux, mais qu'il fallait me résigner à un traitement « qui pourrait bien durer deux ou trois mois. Il en dura quatre; « et M. Ricord, après avoir dilaté moyennant bougies, me fit « une section, qui, plus tard, fut cautérisée. J'eus à user de « bains fréquents et assez dispendieux ; je ne souffris pas peu, et « partis enfin pour l'Amérique, moins riche en effectif, mais « plus riche, en revanche, de l'assurance que j'étais un homme « radicalement guéri.
« Arrivé au Mexique, je vis que, malgré l'emploi périodique
(1) Voilà encore un malade qui me parait avoir passé par le grand traitement allemand, parce qu'il avait une blennorrhagle (lisez la note de la page 37).
« de la bougie recommandée par M. Ricord, le canal avait déjà « considérablement perdu de l'ampleur qu'il avait cinq mois « auparavant. Je fus consulter le Dr Galezowski, à Mexico, qui « m'examina, et me dit que je n'avais pas à m'inquiéter pour « une durée de voyage de quinze à vingt mois; mais que, re- « tourné en Europe, je ferais bien de m'adresser à un homme « habile, et, en attendant, de n'employer la bougie qu'avec « beaucoup de réserve. Quinze mois plus tard, j'eus au Canada « et à New-York des cas de rétention très-pénibles. De retour « en Europe, le Dr Kuchler, à Darmstadt, appelé pour me passer « la sonde pour un accès de rétention, et faisant fausse route, « me blessa profondément, et je fus quatre semaines à souffrir « d'atroces douleurs, cloué au lit dans mon auberge.
« Je crus donc ne pas devoir hésiter un instant à m'adresser à « M. le conseiller intime Chélius, à Heidelberg. Ce praticien, « jouissant aussi d'un grand renom, reprit encore la dilatation « mécanique; mais, après six semaines de traitement, une or- « chite violente vint l'interrompre. Je fus sept semaines à en « guérir, et, Chélius hésitant à recommencer immédiatement, « ce fut six mois plus tard qu'après une rétention des plus ai- « guës, survenue pendant une partie de chasse, je m'adressai « au Dr Siebold, à Darmstadt. Celui-ci me conseilla la dilatation, « opérée par le moyen des bougies en permanence.. Je fus donc « quarante-six jours au lit sans ôter la bougie que pour intro- « duire un numéro plus fort, et j'allai ainsi jusqu'au n° \% (filière « Béniquet) (1).
« Trois mois plus tard, le mal revint; Siebold me condamna « encore une fois ci quarante-huit jours de lit, avec bougies en « permanence. J'échappai heureusement à l'opération de la
(1) Mais, mon Dieu, avec vos filières enrichies de tous les noms de ceux qui ont fait ces découvertes précieuses, on ne se comprend plus. Est-ce que le mètre est œuvre morte? Est-ce que la dix-millionième partie du quart du méridien terrestre n'a pas assez de dignité pour qu'on oublie son nom en faveur d'autres noms?
Quand vous parlez de bougies, parlez donc de millimètres et de cinquièmes de millimètre, et tout le monde vous comprendra.
D'autant plus que les bougies sont rarement rondes , et que vous les faites passer par des trous ronds... et puis la loi l'exige.
« pierre, devenue presque nécessaire pour extraire six centi- « mètres de bougie restés dans Purètre, Siebold étant parvenu « à retirer, après une très-forte hémorrhagie, le tronçon sans « user d'instrument (1). Cependant, six mois plus tard, le rélré-
(1) Lorsque j'écrivais ma première édition j'ai rencontré une singulière coïncidence de faits que j'ai signalée dans cette édition page 34, note 1.
Voici maintenant une autre singulière coïncidence à l'occasion d'un autre fait singulier.
Au moment où j'imprime l'intéressante observation de M. le comte d'E***, je lis une nouvelle renversante.
Siebold était une femme!
Voici ce que je lis dans le journal la Presse d'aujourd'hui, 14 juillet 1859 :
« Il vient de mourir à Darmstadt un docteur en médecine qui jouissait «■ d'une réputation européenne. Ce docteur était une femme, Mme Char- « lotte Heideinreich, née de Siebold. Elle vouait particulièrement ses « soins aux jeunes mères. En 1819, elle avait été appelée en Angleterre, « lors de la naissance de la reine Victoria. Un grand nombre de cours du- « cales ou princières d'Allemagne ont eu recours à son art.»
Il parait que Siebold ne donnait pas que des soins aux jeunes mères, si j'en juge par les soins donnés à M. le comte d'E***.
Pour nous reporter à cette circonstance de V extraction d'un tronçon de sonde sans user d'instrument, ce qui devient piquant dans l'état des choses susdites, j'ai vu un fait semblable il y a quelques années. Ce fait appartient à notre confrère M. Matry. Il s'agissait d'une bougie de guttapercha qui s'était brisée dans l'urètre. M. Matry retira le tronçon par de simples manœuvres et sans user d'instrument, bien que ce tronçon fût presque arrivé dans la vessie. L'extrémité y était entrée, s'était rompue et y était restée; c'est pour cela que M. Matry était venu me prier de la retirer. C'est ce que je fis, mais avec des circonstances particulières que je publierai autre part.
Disons ici seulement que ces bougies sont bien dangereuses, et qu'il est déplorable que les considérations commerciales entrent pour quelque chose dans la fabrication des agents qui doivent conserver la vie des -hommes.
M. Ciyiale, auquel on s'est avisé de demander un rapport sur ces bougies qui se cassent toutes seulks dans les armoires où on les conserve, a dit qu'elles étaient excellentes et d'un emploi sûr. De là l'extension que leur inventeur a su donner momentanément à son commerce. Cela est malheureux l Puissent ces quelques lignes obvier au danger que je signale, danger bien grand puisqu'il augmente les cas de pierre, lorsqu'on n'extrait pas tous les morceaux de gutta-percha (et il y a des raisons pour cela), et que, lorsqu'on procède à l'extraction de ces sondes, l'opération
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« cissement était revenu; je vis que j'avais été à la fois torturé « et pressuré en vain pendant onze ans, par Stofelki, liicord, « Chêlius et Siebold. Je résolus alors d'aller encore une fois à « Paris, afin de consulter M. Civiale, qui m'avait été recom- « mandé itéralivement comme le tout premier de sa spécialité. « Ce spécialiste (1) en titre donc. M. Civiale, assez peu attentif
est plus pénible que lorsqu'on a affaire à des pierres d'un petit volume! Ainsi, metteurs de bougies, soyez circonspects au sujet de celles qui sont faites de gutta-percha. Soyez circonspects surtout, car vous êtes rétrécis.
(1) Puisque ce mot spécialiste me tombe sous la main et qu'on me le donne lorsque je me glorifie de n'être qu'inventeur, je reproduis ici ce que je dis dans un autre livre, de l'un et de l'autre, pour en faire bien sentir la différence que le public ne connaît pas assez.
Voici cette différence :