LE SPÉCIALISTE ET L'INVENTEUR
On confond bien souvent deux mots qui n'ont entre eux aucun rapport. Or, cela a un inconvénient, par la raison que l'un étant un titre d'honneur et l'autre ne l'étant pas, on désoblige celui auquel on donne le premier nom quand il mérite le second, et on galvaude le second nom lorsqu'on le donne à qui ne mérite que le premier.
L'inventeur est celui qui invente, qui crée; le spécialiste est celui qui fait particulièrement une chose ou une autre. Il n'est pas besoin du don divin pour être spécialiste, il suffit de payer la patente... exactement. Quelquefois le spécialiste se fait spécialiste parce qu'il ne sait pas autre chose; quelquefois même il ignore ce qu'il fait spécialement. Vinventeur sait toujours ce qu'il fait.
Si on ne peut pas donner sans impolitesse le nom de spécialiste à un inventeur, il ne s'ensuit pas que l'inventeur ne doive forcément être spécialiste, car il doit plus spécialement s'occuper d'une chose qu'il a inventée que d'une autre, cela est tout naturel, comme il n'est pas naturel qu'un spécialiste puisse être appelé, sans risque pour l'instruction générale, à professer sur l'invention d'un inventeur.
Le populaire a une très-grande confiance dans le spécialiste ; il a raison sous le point de vue que celui qui s'occupe spécialement d'une chose doit la savoir mieux qu'un autre, mais il a tort sous cet autre point de vue que le spécialiste se fait spécialiste parce qu'il ne sait pas autre chose , et que souvent le spécialiste ignore ce qu'il fait spécialement.
En général, le spécialiste sent son infériorité, car il cherche toujours à monter au rang d'inventeur; c'est pour cela qu'il s'attache aux œuvres créées pour y accrocher son pauvre nom. Il va jusqu'à faire ressembler le tranchant d'une lame à son dos, pour avoir la gloire de dire... mon cou-
« au narré que je lui fis ou lus plutôt de mon passé, lisez passif, « me dit que quatre à cinq mois de dilatation étaient devenus « indispensables, et m'engagea à prendre une chambre dans un « hôtel voisin. Après sept mois de séjour très-dispendieux à « Paris (l'introduction des bougies ayant lieu d'abord tous les « jours, puis enfin ne se renouvelant plus que de trois en trois « jours pour demeurer un quart d'heure en place), M. Civiale « me déclara radicalement guéri, à la condition de continuer « l'introduction des bougies de quinze en quinze jours, afin de « conserver une ampleur de canal suffisante. Je remis une « somme honnête à M. Civiale.
« Vers l'automne 1855, les difficultés recommençant, je m'a- « dressai au Dr Nélaton. Sans désapprouver Civiale, il me dit « que la bougie métallique convenait le mieux à mon état, à « condition que j'en userais avec précaution et à des intervalles « non trop rapprochés; il me les passa jusqu'à concurrence du « n° 10 (filière Charrière), et me renvoya en janvier 1857, me « disant que ma maladie provenait surtout des blessures qui « m'avaient été faites. Continuant l'usage des bougies métalli- « ques , je m'en trouvai assez bien une année entière, quand « tout d'un coup, à la suite d'un effort, apparemment très-léger, « pour me passer la bougie métallique n° 7, une orchite se dé- « clara; elle fut cependant assez légère, et, quinze jours plus « tard, je pus continuer mon voyage.
« En janvier 1857 je retournai à M. Civiale.
teau... et il affiche... son couteau. Le couteau ne coupe pas, mais c'est égal, cela en impose aux ignorants, et c'est tout ce qu'il veut. Le grand nombre lui suffit.
Le spécialiste est toujours spéculateur ; Yinventeur ne l'est pas.
L'inventeur veut la gloire, le spécialiste veut le profit*
Le spécialiste est obséquieux, l'inventeur est/ien
Le spécialiste demande, Yinventeur attende
Le premier affiche, le second n'affiche pas..
C'est pour cela qu'il faut se méfier du premier , et pas du second ; car l'un ne pense qu'à son intérêt, l'autre n'y pense pas.
Avis à qui de droit.
Ainsi, vous inventeurs utiles, comprenez votre dignité, et ne souffrez pas qu'on vous appelle spécialiste.
« Il nie dit qu'il fallait, derechef, dilater avec la bougie de « cire; mais, deux mois plus tard, le rétrécissement étant de- « venu, disait-il, trop dur (1), il fallait recourir à la section. Je « m'en défendis du plus lom que je pus en rappelant mes expé- « riences passées; mais ce fut en vain, M. Civiale m'opéra. Un « écoulement des plus violents et douloureux se déclara aussik tôt, Civiale disant qu'il fallait en attendre la fin avant de met- « tre la dernière main à la dilatation. Après deux mois, cet « écoulement vint, sans la moindre cause déterminante , se « compliquer d'une orchite la plus forte dont j'aie eu souve- « nance. Elle me dura sept semaines, pendant lesquelles M. Ci- « viale ne consentit que très-rarement à venir me voir, à cause « du peu d'importance de la chose, comme il disait; quand, « enfin, je me présentai chez lui, et me permis d'observer s'il « n'aurait pas été possible de m'épargner et l'écoulement et « Porchite, M. Civiale me répondit très-brusquement : Que vou- « lez-vous? Y a-t-il de ma faute si votre organisation est malheu- « reuse (2) !
« Je repris courage, et la dilatation fut recommencée. Mais « une affaire d'intérêt réclamant impérieusement ma présence « en Allemagne, je ne pus revenir à Paris qu'au mois de janvier « 1858. M. Civiale me fit observer qu'avant de continuer son « traitement, il fallait que je me règle avec lui, et, sur mon objection, que cela se ferait bien plus naturellement quand la « cure serait terminée, il répliqua que son habitude était de « faire, autant que possible, table nette de son nouvel an, et « que, m'ayant donné des soins dans le cours de 1857 (Dieu sait « lesquels!), je devais comprendre les devoirs de prestation mu- « tuelle. Ce procédé me parut assez peu convenable vis-à-vis « d'un malade qui n'avait pas lésiné une première l'ois sur l'ho- « noraire. — Pourtant, je me contins, et je contentai mon aima- « ble et très-prudent docteur. '
« Cette question réglée, M. Civiale continua à dilater, en se
(1) Les rétrécissements deviennent donc trop durs par l'emploi des bougies?
(2) Je n'ai pas trouvé cette organisation malheureuse, bien au contraire.
« servant, malgré mes douleurs très-fortes et le danger im- « minent d'une nouvelle orchite, de très-grosses bougies de « métal. En vain je me plaignais de ce que ces bougies me fati- « guaient, me rendaient malade des nerfs : M. Civiale me dit « qu'il fallait en finir, et que ce n'était pas au malade à juger « le faire du médecin. A peu de temps de là, après l'introduc- « tion du n° 10 (Charrière), en métal, je sentis, en rendant les « urines, comme une bandelette de muqueuse qui, poussée par « l'urine, et se plaçant en travers du canal, empêchait ainsi à la « fois la sortie des urines et me causait des douleurs extrême- « ment vives. Je parvins, au moyen d'une bougie en corde, à « rendre les urines; après quoi, je fus immédiatement pris de « très-gros frissons, qui, sans être suivis de transpiration, se ré- « pétaient jusqu'à quatre fois par jour, et me durèrent trois « semaines entières. Malade, et même très-malade, comme je « l'étais d'absence de santé et d'espoir, je fis en vain prier « M. Civiale de Venir ; en vain je lui écrivis en termes pressants. « Il me fit répondre que l'emploi de calmants, le repos et. la « résignation me remettraient sans ses visites, que ses occupa- « tions ne lui permettaient pas de les interrompre pour une « cause aussi peu importante. Je pris alors la résolution de me « traîner péniblement chez lui; il me reçut d'un air extrêmement « chagrin, et, sur ma question : Si la muqueuse n'avait pas pos- « siblement été entamée? il me dit : Franchement, mon bon « ami, vous radotez, il me semble, sans parler de ce que vous « me fatiguez ; rentrez chez vous, et quand vous aurez repris de « la force, nous verrons ce qu'il y aura à faire.
« Retenant mon impatience, je lui demandai si de pousser ses « grosses sondes de métal, comme il le faisait, malgré mes douce leurs, ne pourrait pas être la cause de cette nouvelle interrup- « tion du traitement? Mais,- pour toute réponse, il me poussa à « petits pas jusqu'à la porte, en répétant : Allons, allons, ren- « trez, calmez-vous, vous ne savez pas ce que vous dites.
« Après trois semaines de fièvre et de frissons j'étais exténué « de fatigue, et j'avais perdu le goût et l'odorat. J'eus donc be- « soin d'autres trois semaines pour me refaire. Enfin, je revins a chez M. Civiale, et le priai d'examiner, celte fois avec douceur, « les parties malades. Il le fit, resta un moment comme à réflé-
« chir, puis me dit : « Eh bien ! il nous faudra faire encore une apetite section. Je ne comprends pas votre organisation. Il n'y a « pas à tortiller, mon bon ami, il faut passer par là. »
« Je me permis toutefois de tortiller en ce que je lui dis que, « blessé trois fois déjà savamment, par Stofelia, Ricord et "lui, « j'en avais assez pour mon argent, et là-dessus je le quittai pour « ne plus revenir.
« Profondément découragé, je passai ainsi deux mois sans « combattre ma maladie, et préoccupé des pensées les plus triste tes, me croyant à tout jamais condamné à être invalide de « toute manière, je me faisais honte à moi-même. Je pensai « à me mettre en pension dans quelque maison de santé, « quand tout à coup l'idée me vint d'aller encore une fois re- « trouver le D1' G*** et de lui conter mes tristes expériences, en « lui demandant son conseil. 11 me dit de lui donner quelques « jours pour préparer sa réponse, puis, une semaine plus tard, «me priant de déjeuner chez lui, il me conseilla d'aller chez « M. le baron Heurteloup. — « Vous croirez ou vous ne croirez « pas ce qu'il pourra vous dire; la question n'est pas là. J'avoue" « que, moi aussi, je ne le comprends pas (1). Mais il y a deux « choses qu'on ne saurait nier, malgré le meilleur vouloir : c'est « que Heurteloup a de la tête et du cœur, et, ma foi, qu'il en a « guéri déjà un très-grand nombre. Voici mon conseil, prenez-le « si vous voulez; puis, ajouta-t-il, il n'est pas nécessaire que « vous disiez que c'est moi qui vous ai conseillé d'aller là (2). »
« Je suivis son conseil, et, le 19 août 1838, je fus opéré par « M. Heurteloup, non sans aucune crainte à l'aspect du siège « sur lequel je devais l'être (3). L'opération, très-peu douloureuse « cependant, et ne durant qu'un quart d'heure au plus (-4), me
(1) J'espère que M. le docteur G*** me comprendra après avoir lu mon introduction.
(2) Que cette réticence est charmante et a de sel ! ! Comment, mes délicieux confrères, vous en êtes venus, par vos calomnies et vos méchancetés jalouses, à retenir la vérité sur les lèvres de l'honnête homme? Oh! mes confrères, vous êtes bien habiles... et bien amusants.
(3) Lisez la note 1 de la page 113.
(4) M. le comte comprend là dedans le temps de se déshabiller et de se réhabiller... et le temps que j'ai mis à aller choisir mes instruments.
« coûta à peine quelques gouttelettes de sang, et, après deux « jours de maison avec de très-légers frissons, je fus mieux et « restai mieux. Je partis immédiatement pour le Tyrol, où, pence dant trois mois, je passai ma journée entière à la chasse; puis, « rentré à Inspruck, je me donnai pendant plusieurs semaines m le plaisir d'aller à patin chaque après-midi; puis je fis de la « gymnastique, j'allai à des bals, et, en un mot, je fis tous les « exercices corporels aussi bien avec mes quarante-neuf ans, « qu'un jeune homme qui n'aurait jamais eu une maladie.
« Sans doute, après quelque temps, le canal commença à dece venir moins large; mais, quoique incommodé par les changece ments de température, je n'éprouvai pourtant, pendant dix « mois, pas la moindre difficulté d'uriner. Le jet bifurquant seu- « lement à la fin, l'éjection des urines se maintenait sur des «proportions satisfaisantes, et, bien qu'intimidé de l'observa- « tion qu'après le huitième mois il me devenait moins facile ce d'introduire la bougie qui m'avait été donnée par M. Heurte- « teloup, pour me la passer instantanément de temps à autre, ce je dois dire cependant que jusqu'à aujourd'hui la recrue du ce rétrécissement, dans la partie supérieure de l'urètre, n'a pas, ce malgré l'existence de varices, influencé l'émission des uricc nés (i) autrement qu'en leur faisant éprouver un temps d'arrêt ce au moment de passer. Je dois donc à la justice et à la vérité ce de dire que le traitement de M. Heurteloup m'a donné plus de ce résultats positifs et immédiats que tout autre, et certes le ce fait est très-important, qu'une opération d'un" quart d'heure, ce presque sans douleur ni perte de sang, suffise à obtenir ces ce résultats. »
Je supprime la tin de la relation donnée par M. le comte d'E**\ car dans cette fin M. le comte exprime sa reconnaissance dans des termes qu'il ne m'est pas permis de reproduire.
11 exprime aussi son désir de voir la docte confrérie plus sage
(1) Après mou opération le mouvement de contraction des tissus commence, mais pour s'arrêter bientôt. Quand cela arrive, je dis: le canal se règle. Quelquefois, j'en ai donné des exemples, le contraire arrive; le canal se dilate après l'opération et reste stationnaire après s'être dilaté. Tout cela a ses raisons d'être;
dans des termes que je laisse supposer, et enfin il finit par ce paragraphe à l'adresse de la partie marchande du personnel de notre bienheureuse profession :
« Mais, malgré la phalange serrée de ces marguillers à face « soit grave, soit riante, qui vivent de l'autel d'Esculape à la « manière des prêtres desservant les téocallées des Atzèques, « c'est-à-dire en se repaissant des victimes qu'ils immolent, et « en se servant, eux, de leur dieu, au lieu de le servir, puisse « l'époque de leur déconfiture ne plus être éloignée (1) !
« V. Gust. d'E"V »
La relation écrite par M. le comte d'E***, portant la date du 14 mai 1859, remplace complètement la lettre que j'ai demandée à tous mes malades pour faire connaître leur état en 1859. Quant à la question relative à la douleur éprouvée pendant mon opération, comparativement à celle que donnent les bougies et les autres traitements, la relation qui précède est assez explicite à cet égard.
M. le comte est parti pour Inspruck dans la dernière quinzaine de juin en parfaite santé. Son canal, après une année, était trèsouvert, et n'a demandé qu'une retouche légère.
On a dû s'apercevoir que j'ai placé dans mon livre l'observation qui précède tout au long, parce qu'elle donne un aperçu de toutes les manières de traiter les rétrécissements à l'étranger et en France. J'ai cru cela intéressant et instructif.
(1) Je recommande la lecture de mon écrit intitulé De la sangsue scientifique. Il se trouve dans ma brochure de polémique intitulé De la science dévoilée^ à la page 75.
Blennorrhagie qui cesse après deux mois de traitement. — Dartre vive autour des bourses et sur le pubis. — Blennorrhée avec cuissons violentes. — Scarification pendant un mois. — Cautérisation pendant une année, une ou deux fois par semaine. — Insuccès. — Deux hémorrhagies. — Deux orchites. — Repos pendant un mois. — J'opère le 10 décembre 1857. — Rétablissement immédiat. — Persistance du bien-être pendant dix-huit mois. — État du malade en 1859.
Le 2 novembre 1857, M. M***, propriétaire à Saint-Maur, se présenta chez moi avec un rétrécissement considérable qui rendait la miction presque impossible. Il avait été soumis à de nombreux traitements. Je lui prescrivis de rester pendant un mois dans le repos et de ne plus rien faire à son urètre, et de venir me trouver. C'est ce qu'il fit, et, le 10 décembre 1857, je l'opérai et lui rendis la faculté de miction.
Mais, avant d'opérer M. M***, je le priai de me faire connaître les circonstances de sa maladie et voici ce qu'il me raconta :
« J'ai 53 ans, j'ai toujours eu une vie très-réglée; seulement à « 25 ans j'ai payé, comme tout le monde, mon tribut aux infir- « mités humaines et je contractai une blennorrhagie. Cette blen- « norrhagie disparut après deux mois de traitement. Cependant « trois ou quatre mois après il me survint, tout autour des bour- « ses et sur le pubis, une dartre vive; c'était une plaie, que je « traitai au moyen de bains de vapeur et de bains sulfureux ; « trois ou quatre années s'étant écoulées, après quelques ébats ce qui ne furent pas cependant extraordinaires, il me vint un suin- « tement qui me-dura deux ans, et qui fut accompagné, en uri- «nant, de cuissons violentes. C'est à partir de ce moment-là « que je vis le jet de mes urines diminuer journellement, ce qui « m'engagea à consulter un chirurgien qui me pratiqua la séance fication pendant un mois et tous les trois ou quatre jours, la « cautérisation pendant un an, une ou deux fois par semaine, et « encore la scarification pendant deux ans, la cautérisation pro- ' « longée n'ayant pas eu d'effet. Pendant le cours de cette opérace t\ontje n'eus que quatre accidents, deux hémorrhagies et deux
o orehites. J'oublie de vous dire que ces orchites ne doivent pas « sembler extraordinaires, car, pendant tout le cours des opérace tions, je passais des bougies du plus gros modèle deux fois par a jour.
« Je suis venu vous voir au commencement de novembre, vous « m'avez dit de ne plus mettre de bougies qui, bien que grosses, « ne me feraient pas mieux pisser, et je me présente à vous au- « jourd'hui 10 décembre 1857 pour être opéré. »-
Effectivement, j'opérai ce malade ce jour même et j'eus bientôt fait disparaître des obstacles qui se trouvaient spécialement dans le tiers antérieur de la verge. Dans le tiers postérieur et même jusqu'au col était une énorme dilatation de l'urètre. Je vais revenir là-dessus.
Certes, on ne peut voir un cas où l'on ait fait un usage plus grand et de la dilatation, et de la cautérisation, et de la scarification. Eh bien, une seule petite opération faite au moyen de ma méthode mit la chose dans un état infiniment meilleur, car, M. M*** étant venu me consulter pour une hernie à la fin du mois d'août 1858 (je l'avais opéré le 10 décembre 1857), j'ai trouvé le canal dans l'état où je l'avais mis neuf mois auparavant ou à très-peu de chose près. Cependant, je jugeai convenable de donner plus d'élargissement au canal; ce fut l'affaire d'un instant.
J'ai dit que je reviendrais sur ce que j'avais trouvé le canal extrêmement élargi vers les deux tiers postérieurs. Eh bien, une conséquence découlait de cette disposition, c'est que si le malade portait sa cuisse droite en dedans et prenant sur le périnée, quelques gouttes d'urine sortaient par le méat. Cela tenait à ce que cette partie dilatée outre mesure faisait poche, et cette poche pressée faisait sortir l'urine. Cette disposition en poche est une disposition très-fréquente chez les anciens rétrécis, et elle est fâcheuse, car l'urine séjournant dans ces poches fait naître des ulcérations atoniques dans l'urètre. Ces ulcérations atoniques creusent-elles, elles forment à la longue des trajets fistuleux. Il ne faut pas perdre de vue que l'urètre est fait seulement pour laisser passer l'urine et non pour la garder. De là, la différence de nature et de lésions dans les membranes.
Une circonstance bien curieuse s'est aussi présentée chez ce
malade, c'est celle-ci. Toutes les fois que le malade voulait pisser, cela avant d'être opéré, il ne le pouvait que difficilement et quelquefois pas du tout; alors la verge devenait blanche, était prise de frigidité, et ce n'est que lorsque cette frigidité était disparue sous l'emploi des moyens de réchauffement, principalement l'exposition devant un grand feu, que la miction pouvait s'opérer tant bien que mal.
J'ai vu plusieurs cas de cette frigidité, et j'attends, pour les publier, que j'en aie mieux étudié le mécanisme et surtout trouvé le moyen d'y remédier. Mais je doute beaucoup du succès.
Je ne puis finir cette observation sans signaler un fait trèsimportant. M. M*** était, avant les opérations qui furent pratiquées sur son urètre, atteint d'un éblouissement subit qui quelquefois l'empêchait de voir pendant l'espace d'une demi-minute. Ces éblouissements revenaient tous les deux jours et quelquefois tous les jours. Les opérations faites, ces éblouissements sont devenus beaucoup plus rares, et la vue, au lieu d'être momentanément perdue complètement, n'est que troublée; avis à MM. les Oculistes. Je pourrai aussi dire avis à MM. les Auristes, car quelquefois l'audition se ressent comme la vue des désordres que produisent les rétrécissements. M. M*** était également pris par les oreilles: cela s'est passé complètement.
Je n'ai pas la permission de publier, le nom de M. M***, mais, comme son observation est fort intéressante, j'ai prié le malade dé faire lire là présente rédaction par son médecin ordinaire à Saint-Maur, qui a eu la bonté de me faire tenir ce petit -mot, qui remplit parfaitement le but que je me propose en priant mes malades opérés de répondre à mes trois questions de la note de la page 9.
Voici cette lettre :
Saint-Manr, 10 juin 1859.
Monsieur le Docteur,
J'ai lu, arec la phis scrupuleuse attention , l'observation si bien rédigée de la maladie de notre client M. M***; elle est la relation fidèle et complète de sa maladie et des accidents qui l'ont précédée. Je ne jmis que lui donner ma très-faible approbation.
Je dois, pour rendre hommage à la vérité, déclarer hum 'entent que M. M" m'a affinité, différentes fois, avoir été bien plus promplement soulagé et avec infiniment moins de douleurs par les deux opérations que, vous lui avez faites, que par les bougies et les nombreuses scarifications et cautérisations qui lui ont été faites.
Notre malade, M. M'", continue à aller fort bien.
Recevez-, monsieur le Docteur, l'assurance de mon parfait respect.
Chalut, Médecin à Saint-Maur.
A Monsieur le baron Heurteloup, à Paris.
Écoulement insignifiant venu sans contact sexuel. — Varicocèle survenu simultanément sous l'empire de la même cause. — Effet de la pression d'une foule. — Le canal commence à se rétrécir en 1849. — Essai des bougies. — Impossibilité de les supporter. — Les urines ne coulent plus que goutte à goutte. — Incontinence par regorgement. — Fièvres intermittentes. — J'opère en août 1852. — Rétablissement immédiat — Persistance du bien-être depuis sept années. — Lettre du malade indiquant son état en 1859.
M. Angoulvent, rue de Lamartine, 17, employé, d'un tempérament nerveux, n'a jamais eu de maladie, si ce n'est un écoulement insignifiant et tout à fait indolore. Quelques mois après, il fut pris d'une rétention complète, qui d'ailleurs cessa bientôt. Cette rétention est attribuée par le malade à une pression violente qu'il éprouva dans la foule attirée par le mariage du duc d'Orléans, qui, comme on sait, fut accompagné de beaucoup d'accidents. A cette rétention se joignit, par suite de la même cause et simultanément, un gonflement considérable du testicule, ou plutôt des vaisseaux sanguins, qui depuis sont restés à l'état de varicocèle. Ce varicocèle donne lieu encore maintenant à des douleurs sourdes et pesantes. M. Angoulvent n'a jamais eu d'autre maladie de l'urètre.
En 1849, ce malade commença à s'apercevoir d'une grande diminution dans le volume du jet de ses urines. Il s'adressa à un médecin qui lui mit des sondes et tenta d'élargir le canal, mais cela ne put être supporté. Le rétrécissement augmenta, et le malade, voulant s'introduire lui-même de fines bougies, ne put les supporter davantage. Il en vint bientôt à n'uriner que goutte à goutte ; et les urines s'écoulèrent par regorgement, soit le jour soit la nuit, de manière qu'il inondait ses vêtements et ses draps. M. Angoulvent lutta pendant longtemps contre cette fâcheuse et incommode maladie, à laquelle, de désespoir, il voulait opposer des bougies; mais, outre qu'elles étaient difficilement introduites et douloureusement supportées, elles donnaient lieu à des accès de fièvre qui l'exténuaient.
C'est dans cet état qu'il vint me trouver en août 1852, et, mon opération pratiquée, tous les symptômes si fâcheux dont il se
plaignait cessèrent, et, depuis ce temps, M. Angoulvent. jouit d'une parfaite santé.
Ce cas est assez simple, mais il met en relief une grande vérité, c'est que les rétentions d'urine peuvent survenir subitement et sans que le malade ait été averti qu'il était sur le point d'éprouver un tel accident. J'ai un assez grand nombre d'exemples de cela, et il y en a, je crois, plusieurs dans cette série de
Dans le cas de M. Angoulvent, on voit non-seulement survenir une rétention d'urine, mais aussi un varicocèle, sous une forte pression éprouvée dans la foule. Ces deux effets, ressentis sous l'empire de la même cause et se présentant simultanément, ont quelque chose de remarquable.
Voici la lettre que M. Angoulvent m'écrit en réponse à mes trois questions de la note de la page 9.
Paris, le 25 juin 1859.
Monsieur le Baron,
Vous désirez savoir comment je me trouve actuellement des suites de l'opération que vous avez pratiquée sur moi en août 1855.
Je vous dirai que je jouis de la meilleure santé et que mes urines sortent chaque fois à plein canal sans aucune sensation pénible.
Vous voulez, savoir aussi si l'opération que j'ai subie a été douloureuse.
Je me fais un vrai plaisir de vous rappeler combien peu vous m'avez fait souffrir; à peine si j'ai éprouvé une sensation chaque fois que vous avez introduit vos instruments dans mon urètre; quelle différence quand les bougies, quelque petites quelles fussent, traversaient mon canal! j'éprouvais les douleurs les -plus vives, sans parler des accès de fièvre que j'ai eu si souvent.
Je ne saurais trop, monsieur te Baron, vous exprimer combien je vous suis redevable pour l'immense bienfait que je vous dois; ma reconnaissance sera éternelle.
J'ai l'honneur de vous saluer,
l>. Angoulvent,
Hue Lamartine, 17,
43 ans. — Première blennorrhagie à 11 ans. — Deuxième à 20 ans. — Troisième à 23 ans et enfin quatrième et dernière en 1845. — Injections abortlves par l'azotate d 'argent à haute et à petite dose. — Insuccès.— Trois cautérisations par le porte-caustique Lallemand. — Insuccès. — Injections astringentes et styptiques. — Insuccès. — Copahu et cubèbe. — Insuccès. — Plusieurs orchltes produites par les bougies en cire. — Accès de fièvre formidables. — Miction goutte à goutte par regorgement. — Rétention complète. — J'opère le 17 mai 1858. — Rétablissement immédiat du cours des urines. — Guérison de la blennorrhée concomitante. — Persistance du bien-être depuis treize mois. — État du malade en 1859.
L'un de nos confrères distingués de la province vint, dans le mois de mai de Tannée 1858, me demander de vouloir bien le traiter pour un rétrécissement considérable qui le faisait souffrir depuis longtemps, qui avait résisté à beaucoup de traitements, et qui, accompagné d'une blennorrhée très-forte, le mettait dans des conditions d'existence déplorables. Je l'opérai et le guéris de son rétrécissement et de sa blennorrhée.
Ce cas était perdu pour la science authentique, comme le sont beaucoup d'autres, que je laisse dans l'oubli pour bien des raisons, lorsque je trouvai dans M. le Dr Marty, de Castelnaudary, qui était de passage à Paris, un confrère obligeant qui, connaissant mon opéré, voulut bien recueillir de mon malade des renseignements écrits sur sa maladie et son opération. C'est à quoi mon confrère guéri s'empressa de coopérer. Je profite donc de deux obligeances, et j'ajoute encore une nouvelle preuve, prise sur personne compétente, à celles puisées à la même source, et qui militent en faveur du traitement éclectique immédiat.
Paris, le 5 avril 1859.