A MONSIEUR LE BARON HEURTELOUP
Monsieur et très-honoré Confrère ,
Au moment où vous allez livrer à l'impression la deuxième édition de votre important travail sur le traitement des rétrécis-
sements de l'urètre et des blennorrhées qui les accompagnent habituellement, je vous adresse la narration détaillée que notre excellent confrère, le Dr X***, a rédigée lui-même neuf mois après avoir été opéré, et guéri par vous d'une affection dont aucun praticien n'avait pu le débarrasser, et qui faisait le tourment de sa vie. Le succè$, à ce qu'il paraît, a dépassé toutes ses espérances, et c'est avec une grande joie qu'il a tracé sur ce papier les détails que vous allez lire.
Je laisse la parole à notre confrère.
«J'ai A3 ans; mon tempérament est un peu lymphatique, « mais ma santé générale a toujours été des plus florissantes. « J'ai contracté une première blennorrhagie à l'âge de 11 ans; « elle dura deux mois, et le traitement qui fut mis en usage eut « un plein succès. Une seconde et une troisième blennorrhagie, « contractées l'une à 20 et l'autre à 23 ans, ne présentèrent « rien de particulier.
« Enfin, en 1845, après un coït suspect, je vis apparaître « l'écoulement qui a amené toutes mes souffrances. Pour en « obtenir la guérison, j'ai mis en réquisition tout l'arsenal des « moyens employés contre l'urétrite, et rien ne m'a réussi. Les « injections d'azotate d'argent à haute et petite dose n'ont pas « eu plus de succès que les cautérisations faites, au nombre « de trois, à l'aide du porte-caustique Lallemand. Les astrin- « gents, proprement dits, et les styptiques, seuls ou combinés « avec le copahu et le cubèbe, n'ont pas amené une améliora- « tion de longue durée.
« Non-seulement les injections astringentes n'ont pas tari « mon écoulement, mais encore elles ont produit de graves dé- « sordres dans mon urètre et au col de la vessie. Les testi- « cules eux-mêmes ont été enflammés à plusieurs reprises « J'étais en proie à des pollutions nocturnes très-nombreuses, et « chaque fois que le sperme parcourait l'urètre, j'éprouvais une « sensation des plus douloureuses, comme si un fer rouge l'eût « traversé. Il en était de même pour le passage des urines; de « telle sorte que le jour je redoutais la miction et la nuit l'émis- « sion du sperme. Je n'osais pas m'endormir.
« Lorsque les principaux phénomènes de cette inflammation «.se furent calmés, une autre préoccupation s'empara de moi.
« Je voyais, pour ainsi dire, diminuer un peu tous les jours le « jet de mes urines. Celui-ci commença d'abord par prendre la « forme d'un tire-bouchon; un peu plus tard il se bifurqua, et « finit par devenir presque imperceptible.
« Dans cet état de choses, je me décidai à venir à Paris. Un « spécialiste des plus renommés explora l'urètre avec beaucoup « de soin à l'aide d'une sonde en argent, et diagnostiqua une « stricture de l'urètre et une névralgie au col de la vessie. Il « me conseilla l'introduction méthodique de bougies en cire dans « le double but de dilater mon canal et, en même temps, de « modifier la vitalité du col vésical par le passage journalier de « ces corps étrangers, et le préparer ainsi à recevoir plus tard « des injections médicamenteuses.
« Je dois le dire, ce traitement me paraissait parfaitement « rationnel, alors que je ne connaissais pas le livre de M. le « baron Heurteloup, et je m'empressai de rentrer dans mes « foyers pour le mettre en usage.
« Pendant une quinzaine de jours tout alla bien; mais, le sei- « zième, il survint des phénomènes tellement graves que, trois « mois après, je m'en ressentais encore. Ces accidents consistè- « rent en accès de fièvre formidables et enorchites.
« Trois fois, en trois ans, j'ai voulu recommencer la dilatation « par les bougies, et chaque fois les mêmes accidents se sont « produits. J'ai donc dû renoncer pour toujours à ce genre de « traitement.
« Mais ma position devenait grave ; le jet de mes urines allait « en diminuant sensiblement; les besoins de la miction se fai- « saient de plus en plus impérieusement sentir, et les efforts que « je mettais en jeu, à chaque heure de la journée, pour expul- « ser quelques gouttes d'urine, me faisaient cruellement souf- « frir, en même temps que mon moral s'affectait vivement, au- « tant par les douleurs que j'endurais que par la privation de « sommeil, qui m'empêchait de prendre aucun repos (1).
(1) Il est important de considérer que le manque de repos chez les malades est une circonstance bien aggravante qui doit faire prendre une détermination plus prompte lorsqu'il s'agit de guérir. Il est tel malade qui prend du repos auquel je ne ferais pas courir les risques d'une opéra-
« Au mois de mars 1858, à la suite d'un écart de régime, j'eus « une crise plus violente que toutes les autres; les deux testicu- « les s'enflammèrent à la fois, et j'eus une rétention d'urine « complète. Je demeurai dix-huit heures dans cet état, duquel « je ne sortis que par un bain de dix heures. Je parvins à uriner « goutte à goutte et par regorgement.
« C'est dans cette situation que j'entendis parler du baron « Heurteloup. Je me procurai et lus son livre. Pourtant, malgré « les expressions de franchise qui se trouvent à chaque page, ma « conviction n'était pas entière, tant tous les moyens que j'avais « mis inutilement en usage jusqu'alors m'avaient jeté dans un « découragement profond.
« Avouerai-je qu'avant de prendre une décision je me rendis « chez six des malades opérés par M. le baron Heurteloup, et « dont le nom et l'adresse sont consignés dans son ouvrage? « Tous me confirmèrent pleinement ce qui avait été dit d'eux. c< Ma conviction fut dès lors si complète que je me rendis chez « M. Heurteloup.
« Donc, le 17 mai 1858, je me plaçai sur son lit si bien ima- « giné, si bien combiné, que tout y est disposé pour faciliter « l'action des instruments. Une bougie de la plus petite dimen- « sion parvint dans la vessie avec des difficultés infinies, mais « aussi avec une légèreté de main telle que je n'en ressentis rien « de pénible. A peine cette bougie fut-elle hors de mon urètre, « que M Heurteloup procéda immédiatement à l'opération pro- « prement dite de la destruction du rétrécissement. Vous dire « en quoi consiste cette opération, j'en serais fort empêché; « mais toujours est-il qu'avant de descendre du lit en question, « l'opérateur m'a introduit dans l'urètre une bougie de 7 milli- « mètres, et que j'ai pissé immédiatement d'un jet énorme.
« Lorsque je me livrais à la dilatation, qui ne me guérissait « pas, j'éprouvais des accès de fièvre formidables, et mes testi-» « cules se tuméfiaient. J'avoue donc que je n'étais pas sans ap-
tion, et si tel autre était atteint de la même maladie et même atteint de cette maladie à un moindre degré, je passerais outre et j'opérerais. Ceci soit dit en thèse générale.
« préhension sur ce qui allait m'arriver après l'opération que je « venais de subir. Mais., ô prodige! pas une goutte de sang, pas « de douleur, pas d'accès de fièvre, et surtout pas de retentisse- « ment dans mes testicules, et pourtant je sortais d'une crise « violente du côté des organes sécréteurs du sperme, comme je « l'ai noté un peu plus haut. Le lendemain je me promenai sur « les boulevards, et depuis je me trouve à merveille. Je pisse « comme je veux, je garde mes urines dans ma vessie des cinq « et six heures, je dors comme un charme, et mon écoulement « si tenace, que je l'ai conservé plus de douze ans, n'a pas en- « core reparu. »
Voilà, Monsieur le baron, l'histoire de notre confrère X*** telle qu'il me l'a transmise sur votre demande. Je m'abstiendrai de toute réflexion, tout ce que je pourrais dire ne pouvant être que d'un bien faible intérêt à côté de la chose elle-même.
Veuillez, Monsieur le baron, agréer l'hommage de mon entier dévouement.
t ■ Dr J. Mabtv.
19, rue de Montyon.
Je priai M. le Dr Marty de vouloir bien mettre mes questions de la note de la page 9 sous les yeux de notre confrère, et voici la réponse que M. Marty me transmet. Cette réponse est péremptoire,
Paris, 5 juillet 1859.
Monsieur et très-honoré Confrère,
J'ai mis sous les yeux de mon ami et confrère, le Dr X**% les trois questions posées par vous à tous vos opérés, et consignées dans la note de la page 9.
Voici ce qu'il me répond :
Toulouse, le 2 juillet 1859.
Mon cher Murty,
Je m'empresse de répondre au./ trois questions nue mus m'avez posées de la part de mou sauveur, M. le baron Heurteloup.
Depuis le 17 mai 1853, jour à jamais célèbre dans ma rie, je pisse admirablement, car, non-seulement j'ai conserve le calibre qui m'a été si libéralement octroyé, mais encore celui-ci s'est un peu augmenté, et la blennorrhée que j'avais gardée plus de douze ans n'a plus reparu.
Je n'ai nullement 'souffert par l'introduction des instruments que M. le Baron a employés pour me guérir, l'oint de sang, point d'accès de Jièvre, point d'orchite, en un mol, aucune suite, je ne dirai pas factieuse, mais pas même pénible.
Il n'en a pas été de même de l'introduction des bougies qui était toujours très-douloureuse et suivie très-fréquemment d'accès de lièvre formidables et d'orch/tes.
Le parallèle est donc complètement en faveur de M. le Baron, puisque chez moi les bougies ont toujours amené à leur suite des accidents de toutes sortes et ont aggravé la maladie au lieu de l'améliorer, tandis que le traitement qui a guéri à ta fois et le rétrécissement et l'écoulonent qui l'accompagnait a été d'une bénignité parfaite.
Tout à vous,
Agréez, Monsieur et Irès-honoré confrère, l'hommage de mon entier dévouement.
Docteur J. Marty.
19, rue de Montijou.
Cette observation fait saillir une fois de plus ce fait, que mou opération ne donne pas d'orchite, et que les bougies en donnent. Je la publie parce qu'il s'agit d'un médecin, que je remercie des bonnes paroles qu'il veut bien m'adresser, en lui faisant remarquer que la reconnaissance dans les bons cœurs s'exprime toujours avec une chaleur que je respecte dans ce livre, mais que je voudrais amoindrir.
Deux malades rétrécis. — Tous les deux affectés de blennorrhée. — Usage des bougies sans succès. — M. le professeur Champouillon me les envoie. — Je les opère et je les guéris. — Tous les deux, des rétrécissements.— Tous les deux^ de la blennorrhée. — Rétablissements immédiats.— État des malades en 1859.
Vers le mois de mai 1858, M. le Dr Champouillon, professeur au Val-de-Grâce, voulut bien me faire l'honneur de m'adresser deux malades à quelques semaines de distance. Ces deux malades étaient fortement rétrécis par cause blennorrhagique, et tous les deux étaient affectés de blennorrhée ; tous les deux avaient fait usage du traitement par les bougies et cela sans succès. — Je les opérai et les guéris de leur rétrécissement et de leur blennorrhée aussitôt qu'ils me furent envoyés.
Je ne mis pas leurs observations en écrit, me réservant de prier M. Champouillon de prendre cette peine, afin d'entourer ces deux faits d'une haute authenticité; c'est ce que je fis. Mais, au moment où M. le professeur Champouillon se disposai! à me rédiger ces deux cas, il fut appelé à l'armée d'Italie comme médecin en chef du premier corps (maréchal Baraguey-d'Hilliers), et fut obligé d'abandonner ses matériaux de rédaction.
Je croyais mes deux faits aventurés, en cela que je ne m'étais même pas précautionné de prendre les noms et les adresses de mes deux malades, lorsque M. Champouillon, dans une lettre amicale qu'il eut la bonté de m'écrire au beau milieu de ses occupations les plus pressantes (quatre jours après la bataille de Solferino), me fit parvenir ce qu'il y avait de plus intéressant dans l'observation de mes deux malades, à savoir l'heureuse opération que je fis à l'un et à l'autre, le témoin de haut caractère qui leur donnait de la sanction, et leur résultat heureux et persistant.
Je devrais ne mettre dans ce livre que ce qui, dans la lettre de M. le professeur Champouillon , concerne mes deux malades; mais une partie de cette lettre imprimée dans ce livre présente un grand intérêt sous d'autres rapports. Elle rappellera un épi-
sodé saillant de la vie de mon éminent confrère, elle consacrera une impression de voyage qu'il est utile de recueillir, et elle me donnera l'occasion de faire une remarque importante au sujet de l'utilité de mon genre de traitement.
Si donc je mets de la bataille dans mon livre, c'est que j'y suis pour quelque chose , car maints officiers qui s'y sont merveilleusement conduits n'y seraient pas sans moi, et bien que peu partisan du gladiatisme, ce qui n'est pas philosophique, je suis bien aise, peut-être par un reste d'instinct féroce et par défaut de raison... de coup férir... par commission, et de dire... j'y étais! !
Dieu veuille que mes vaillants guéris ne se fassent pas placer, du moins trop tôt, dans mes éditions subséquentes, au nombre de mes guérisons radicales (lire la page 95) !
Voici la lettre de M. Champouillon :
« Pozzolengo, devant Ueschiera, le 28 juin 13ô9.
« Mon cher Baron,
« Il y a longtemps déjà que je me propose de profiter d'un jour « de loisir pour vous donner de mes nouvelles. Je commence (f par vous dire qu'au milieu des nombreux malades qui s'abat- « tent chaque jour à mes côtés, je jouis d'une santé parfaite. Il « semble que la fatigue, l'insomnie, une"alimentation misérable «sont sans influence sur moi, et cependant je ne me ménage « guère; je prends même une part très-active aux événements « dont la relation vous surprend et vous enchante très -probablece ment. Depuis que nous avons mis le pied dans le pays, nous « marchons d'un succès vers un autre. Il y a quatre jours encore, « nous avons livré et gagné une des batailles les plus considéra- « blés des temps modernes. Pendant quinze heures et sur une « étendue de six lieues, 350,000 hommes ont combattu avec un « acharnement sans pareil. Un orage effroyable est venu à huit « heures du soir mettre fin à cettehorrible boucherie. Nous avons « fait de grandes pertes, les Autrichiens en ont l'ait de beaucoup « plus considérables; ils se sont battus avec une intrépidité à la-
« quelle nous étions loin de nous attendre. Il est vrai qu'ils occu- « paient autour du village de Solferino une multitude de colli- « nés très-escarpées qui ne pouvaient être escaladées que par « des démons ou desFrançais; aussi jugez quelle réputation nous « nous faisons parmi les gens du pays;
« Nous voici établis à trois kilomètres de Peschiera et à dix mice mîtes du lac de Garde. Des hauteurs que nous couronnons nous « voyons les Autrichiens faire la manœuvre du canon, travailler « à des terrassements avec une activité de fourmis. Qirallons- « nous entreprendre, je l'ignore. Mais il me paraît certain que, « militairement , l'Italie est perdue pour l'Autriche, sauf appel « devant la diplomatie. »
Voici en peu de mots les renseignements que vous m'avez demandés relativement à M. de B"*. Le jeune homme a contracté, à 18 ans, une urétrite qui a été négligée, s'est reproduite 12 à 15 fois en 10 ans, a été suivie d'un rétrécissement traité 12 à 13 fois par la dilatation. Il venait de subir un traitement de ce genre, et avec un succès momentané (comme d'habitude), lorsqu'il a été opéré par vous. Je sais que depuis cette époque l'urine coule à plein jet et que la goutte militaire n'a plus reparu.
Le chef d'escadron que je vous ai adressé et que vous avez opéré va parfaitement : le suintement blennorrhagique s'est complètement tari. Je le vois tous- les jours, puisqu'il fait partie de l'état-major du 1er corps d'ar* mée.
Adieu, mon cher Baron, croyez-moi votre bien affectionné,
Champouillon.
Ainsi donc voilà encore deux malades guéris en même temps immédiatement, et de leur rétrécissement et de leur blennorrh.ee> et cela..*., sans bougies!
Rétrécissement. — Érythème vésical douloureux. — Je fais disparaître le rétrécissement le 13 avril 1855. — Les douleurs de l'éry thème persistent plusieurs mois. — Elles disparaissent par suite du rétablissement de la miction. — Rétablissement immédiat de la miction. —
État du malade e)i 1859.
Le 13 avril 1855, M. le Dr Cintrât, médecin du Yal-de-Grâce et maintenant médecin de première classe an 1er régiment de cuirassiers, à Versailles, et qui m'avait déjà fait l'honneur de m'adresser plusieurs malades, voulut bien m'amener M. le Dr W., l'un de ses amis, et qui depuis longtemps souffrait d'un rétrécissement de l'urètre, compliqué de douleurs continuelles dans la vessie, douleurs qui s'accroissaient après le moindre écart de régime.
Je débarrassai d'abord mon confrère du rétrécissement, supposant que les douleurs de la vessie étaient symptomatiques de cet obstacle à la libre émission des urines. Ce rétrécissement était d'une nature molle et fongueuse, ce qui me fit craindre de ne pas réussir aussitôt que je le désirais, ayant affaire à un confrère, mais je n'eus pas besoin d'y revenir. La miction rétablie, elle persista à s'exécuter parfaitement.
Cependant, bien que la vessie se vidât franchement et complètement, les douleurs continuèrent à se faire sentir pendant un temps assez long, plusieurs mois; mais bientôt elles cessèrent peu à peu. Je n'employai absolument aucun moyen, si ce n'est de conseiller l'abstinence du vin et de s'en tenir aux boissons toniques fixes. Je comptais que si je laissais la vessie et le canal à leur état naturel sans les irriter par des bougies, j'arriverais à obtenir le calme que le malade appelait de tous ses vœux. C'est effectivement ce que j'obtins si l'on en juge par la lettre suivante de M. le Dr Cintrât, auquel je viens de demander des nouvelles de mon confrère, qui prouve qu'en 1859, quatre années après être opéré, il continue à se bien porter.
Orléans, le 5 mai 1850.
Mon cher Baron ,
Vous me demandez des nouvelles de noire confrère M. W***, que je vous al présenté, il y a quelques années, et que vous avez bien voulu opérer par votre méthode.
Je suis heureux de vous dire que depuis votre opération il va parfaitement bien sous le rapport du canal, et se trouve même étonné de la persistance d'une cjuérison obtenue, comme il me l'a assuré plusieurs fois, avec tant de facilité et si peu de douleurs. C'est, du reste, ce que m'ont assuré les personnes que je vous ai déjà envoijées.
Je crois bien que M. W*** va partir pour l'Italie, comme vont le faire aussi beaucoup de nos confrères. S'il passe par Paris rsoyez persuadé -qu'il ira vous voir et vous donner lui-même des nouvelles de sa santé.
En attendant que je puisse en faire autant, car je suis en tournée, croyez-moi, mon cher Baron, votre tout affectionné confrère.
A. Cintrât,
Médecin de lre classe au 1er régiment de cuirassiers.
P. S. J'ai trouvé ici un brave capitaine du recrutement qui a bien besoin de vous. Je lui ai parlé de vos succès, et il se propose d'aller vous trouver après la tournée de sa révision. Soyez assez bon pour l'accueillir avec bienveillance et faire encore un heureux.
Cette lettre répond à mes trois questions de la noie de la page 9. M. le Dr W. n'avait pas mis de bougies, et conséquemment il n'avait pas à me répondre à ce sujet. On voit, du reste , avec quelle merveilleuse facilité la miction s'obtient par le traitement éclectique immédiat-, sans avoir recours à cet agent de dilatation qui, dans ce cas de guérison remarquable obtenu chez un médecin, prouve que l'on commence à comprendre que ce mode de traitement peut être nuisible. Si je n'obtenais que le résultat de répandre la connaissance de la nocivité de la bougie opérant par dilatation, je serais satisfait. Il est de toute évidence pour moi que si M. W. , avec son ér y thème douloureux (lisez la page 288), eût employé les bougies, il eût perdu son organe et
en serait encore à courir après une guérison qu'il verrait fuir devant lui.
Le rétrécissement et les douleurs se sont présentés chez le Dr W. presque simultanément, et, bien qu'il se soit exposé dans le temps à quelques causes inflammatoires pour l'urètre, il n'y a cependant pas eu de coïncidence entre ces causes et les douleurs que ressentait M. le DrW. — Ces douleurs sont donc idiopathiques, et si elles ont précédé le rétrécissement, il n'est pas impossible que la cause d'irritation qui a produit les unes ait aussi produit l'autre, et peut-être ce dernier a-t-il été causé par la modification première imprimée à la vessie.
Je développe cette pensée, parce que j'ai de fortes raisons de soupçonner l'existence d'un fait qui serait important dans la science, à savoir, que des inflammations de la vessie peuvent se communiquer à l'urètre par continuité de tissus, et produire des rétrécissements.
Écoulement insignifiant de l'urètre en 1822. — On le néglige. — Le canal s'obstrue sans que le malade en fasse la remarque. — Plusieurs rétentions complètes. — Essais de bougies par le Dr Aussandon. — Elles ne passent pas. — Essai de bougies par Tanchou. — Elles ne passent pas. — Bougies en contact avec le rétrécissement. — Elles ne passent pas. — J'opère en août 1849. — Rétablissement immédiat. — Retouches en 1850 et 1851. — Persistance du bien-être depuis huit années. — État du malade en 1859.
Dans le mois d'août 1849, j'ai reçu la visite de M. Mayer..., atteint d'un rétrécissement considérable de l'urètre , qui me donna les détails suivants sur les circonstances qui s'étaient présentées pendant le cours de sa maladie :
«J'ai 50 ans, je n'ai jamais été malade autrement que de « maladies sans conséquence. Dans ma jeunesse, sans me rap- « peler positivement la cause, je me suis aperçu d'un écoule- « ment léger qui tachait faiblement mon linge. Je me serais bien « traité, mais, obligé de partir pour la guerre d'Espagne, en « 1822, je négligeai cela et je n'y pensai plus. Je ne me suis « jamais aperçu, d'une manière positive que le jet de l'urine dece venait plus petit, ou, pour mieux dire, je n'y avais pas apporté « assez d'attention, lorsque je fus pris d'une rétention complète « sérieuse, car je fus toute une nuit sans pouvoir uriner. Avant, « j'avais eu de ces rétentions, mais elles ne duraient pas.
« Je m'adressai à M. le Dr Aussandon, qui me passa une pe- « tite bougie. Cela alla bien pour la première, mais les autres « bougies que M. Aussandon voulut m'introduire ne purent plus « l'être. M. Aussandon me mit alors dans les mains de M. Tance chou, qui, pendant un mois à peu près, vint pour me poser des « bougies de cire. Mais ces bougies n'entraient pas. Nonobstant, « M. Tanchou les laissait en contact avec le rétrécissement, les « assujettissait, et me les faisait garder pendant une heure, une « heure et demie. Mais tout cela ne produisait pas de résultat, « les bougies n'entraient pas, et je n'en pissai pas mieux. Ceci « se passait en juin et juillet dernier (1849). « Je vécus quelque temps dans un état de souffrance qui
« commençait à devenir insupportable, lorsque j'eus le bonheur « de rencontrer M. Duclos (1), qui m'a envoyé à vous.
« Je suis maintenant dans un état très-fàcheux, j'urine très- « difficilement par un très-petit jet qui s'interrompt à iout 1110- « ment, de manière que je ne puis rendre l'urine que goutte à « goutte, avec beaucoup d'efforts. Je suis souvent pris de réten- « tions complètes qui m'inquiètent beaucoup. »
Je priai M. Mayer... de revenir le surlendemain, et je le débarrassai de son mal. Bien que ce malade n'ait pour ainsi dire eu aucun écoulement blennorrhagique, son cas était cependant un des plus composés que j'aie rencontrés; les tissus fibreux, fongueux et lamelleux alternaient de distance en distance, de manière qu'à partir de cinq centimètres du méat tout le reste du canal était entrepris. Je rendis immédiatement la faculté d'uriner par un jet plein et vigoureux; mais je fus obligé d'y revenir deux fois encore à une année d'intervalle, non pour rétablir la miction qui s'était conservée suffisamment pour l'évacuation des urines, mais pour obtenir une guérison durable, car les désordres de l'urètre étaient trop grands pour qu'une seule modification fût suffisante.
Voilà maintenant un grand nombre d'années que j'ai opéré M. Mayer..., et voici la lettre qu'il veut bien m'écrire en réponse à mes questions de la note de la page 9 :
Paris, le 7 mai 1859.
Mon cher Docteur,
Votre aimable lettre m'a causé une surprise d'autant plus agréable qu'il y avait bien longtemps que je n'avais été vous voir. Je suis bien coupable, pardonnez-moi.
(1) M. Duclos le célèbre conchyliologiste qui a fait des travaux considérables sur cette branche de l'histoire naturelle. Il est mort il y a quelques années; c'était un excellent homme, avec le feu sacré... des coquilles !
Puisque vous êtes assez bon pour vous intéresser à ma santé, je vous dirai que je vais toujours très-bien, c'est-à-dire que l'organe, autrefois malade, fonctionne à ravir. Seulement, de temps en temps, je m'introduis momentanément des bougies, tant je redoute le retour de cette diable de maladie qui m'a tant fait souffrir.
Vous m'aviez, il est vrai, défendu cette introduction, mais, que voulezvous, on ne commande pas à la peur ; au reste, je ne cherche pas à dilater, c'est-à-dire que je n'introduis qu'une bougie qui passe facilement.
Ne vous rappelez-vous pas que feu votre confrère Tanchou voulut m'en introduire et qu'il ne le put jamais; vous verrez cela dans mon cas que je vous dictai il y a 8 ou 9 années. Je suis donc allé à vous sans avoir passé par V épreuve des bougies et je n'ai conséquemment pas à m'en plaindre; mais ce qui m'a tant surpris et que je n'oublierai jamais , c'est le peu de douleur que m'a causé votre opération, qui m'a produit cependant tant de bien. Je puis dire que cette douleur a été presque nulle chez moi et que le mal de la peur a été bien plus grand que le mal réel.
Aussi, mon cher Docteur, la reconnaissance que je vous ai vouée sera éternelle, cl si je vais rarement vous la témoigner, n'en attribuez la cause qu'à la crainte de vous déranger dans vos savantes et si importantes occupations.
Merci de nouveau de votre bon souvenir et croyez, ainsi que je viens de vous l'exprimer, à l'éternelle reconnaissance de votre tout dévoilé,
Eug. Mayek...
91, Faubourg Saint-Denis.
P. S. Quant à 31. D***, dont vous me demandez des nouvelles, j'ai eu le malheur de le perdre il y a deux ans, mais d'une tout autre maladie que celle dont vous l'aviez si bien guéri, il y a cinq ans.
Cette observation a une haute valeur, en cela qu'elle fait voir que le traitement éclectique immédiat ne produit pas son entier effet aussitôt après son application première, et qu'il est des cas où, pour obtenir Je résultat complet de la guérison permanente, il faut quelquefois plusieurs retouches. Un rétrécissement qui a déjà été soumis une première fois à ce traitement est merveilleusement préparé pour en recevoir une heureuse modification par une seconde application, et la seconde prépare à une troisième. Ce n'est qu'après quelques retouches que le résultat général se montre sous son favorable aspect. Je parle ici des cas qui résistent, car le plus souvent, comme on en voit beaucoup
d'exemples dans cette collection de faits, il n'est pas besoin d'y revenir pour obtenir une guérison permanente. 11 est à remarquer qu'à chaque retouche, le malade revient au rétablissement immédiat et entier de sa fonction, et qu'il la garde entière, pendant un temps plus ou moins prolongé, sans avoir le moindre recours à l'introduction des bougies. Or, lors môme que nous n'obtiendrions pas une guérison permanente, nous n'en aurions pas moins obtenu un grand avantage, en soustrayant le malade à l'usage si désagréable et si pénible des bougies, et souvent si dangereux, comme nous l'avons prouvé dans ces observations.
A mesure que l'on répète les applications du système éclectique immédiat, on suit avec intérêt la modification qu'a imprimée à l'urètre malade l'application qui a précédé, et il se passe dos phénomènes que nous essayerions d'indiquer ici si nous ne craignions de nous jeter dans des développements trop grands qu'il n'est pas dans notre cadre d'aborder, et qui trouveront naturellement leur place dans le livre qui fera connaître notre système et ses conséquences.
Ici nous n'avons à exposer que des faits purement et simplement.
On voit par la lettre de M. Mayer... qu'il s'introduit de temps en temps et momentanément des bougies... par peur... C'est ce que je permets quelquefois aux malades pour les satisfaire, mais à condition que la bougie passe facilement, et ne dilate pas.
Rétrécissement sans causes évidentes. — Aucun traitement par les bougies. — M. le Dr Vergé, médecin -major du 4e lanciers, m'envoie le malade. — J'opère le 10 octobre 1855. — Rétablissement immédiat.
— Persistance du bien-être pendant quatre années. — État du malade en 1859.
Mon confrère, M. le Dr Vergé, médecin de première classe, maintenant attaché au 4e régiment de lanciers, voulut bien me faire l'honneur de m'adresser, dans le mois d'octobre de 1855, l'un de ses amis, M. X***, exerçant une profession distinguée dans une de nos principales villes.
M. X*** s'est trouvé rétréci sans que rien ait précédé qui puisse lui en faire connaître la cause; il n'eut pas de blennorrhagies, ni de catarrhes de vessie préexistants à la difficulté de rendre ses urines.
Cependant, lorsque M. X+Y* m'arriva, ces difficultés étaient considérables, et lorsque le jet d'urine était à son plus grand développement, il n'avait qu'un millimètre 1/4. Bien souvent il était plus petit, et souvent aussi la miction s'interrompait tout à fait.
J'opérai M. X*** le 10 octobre 1855, et je le débarrassai immédiatement de son infirmité. M. X+*Y n'avait jamais mis de bougies, aussi je trouvai un rétrécissement tel que la nature les fait souvent, c'est-à-dire lamelleux, à lamelles transversales, criant sous l'instrument, situées dans une longueur de trois centimètres avant le ligament triangulaire,, dans la partie bulbeuse. Aucune bougie ne pouvait passer, et l'état du canal indiquait qu'aucun de ces instruments n'avait été employé pour obtenir la guérison-. Le canal ne présentait pas ce terrain battu lisse et fibreux que produit souvent cet agent de dilatation lorsqu'il a été longtemps employé chez ceux qui n'ont pas la disposition fongueuse, car, dans ce dernier cas, le canal prend un autre caractère.
Aussitôt l'opération faite, M. X*** urina par un jet fort et puissant, et, depuis ce temps, les choses se sont conservées dans l'état le plus favorable, si l'on en juge par la lettre qui va suivre.
Voici la réponse de M. X*** à mes trois questions de la note de la page 9 :
9 juillet 1859.
Mon cher Docteur,
II m'est d'autant plus agréable de vous donner de mes nouvelles que cela me procure l'occasion de vous remercier encore une fois des bons soins que vous m'avez donnés.
Je n'ai, jusqu'à ce jour, qu'à me féliciter de l'opération que vous m'avez faite en quelques minutes, et sans me faire éprouver les vives douleurs que je redoutais. Les résultats se sont maintenus depuis quatre ans ce qu'ils étaient aux premiers jours.
Je m'estime bien heureux de m' être confié à vous, et vous offre l'expression de mes remercimenls les plus sincères.
Agréez aussi, mon cher Docteur, celle de ma considération la plus distinguée,
P. S. Je ne puis faire la comparaison des différents traitements que l'on emploie contrées sortes d'infirmités, n'en ayant jamais subi aucun avant l'opération que vous m'avez faite.
>e$jj$a<
Blennorrhagie légère il y a treize ans. — Blennorrhée depuis ce temps. — Traitement sous toutes les formes et sans succès. — Rétrécissement plusieurs années après. — Traitement du rétrécissement par les bougies pendant six semaines et par M. Civiale. — Incision par un autre chirurgien.— Le rétrécissement et la blennorrhée persistent. — J'opère le 12 septembre 1858. — Rétablissement immédiat du cours des urines. • — Suppression de l'écoulement. — État du malade en mai 1859.
Le 9 septembre 1858, M. Reuflet, pharmacien, rue des Nonains-d'Hyères, 37, m'envoya M. M***, atteint de rétrécissement et de blennorrhée portés au plus haut degré, afin que je le rendisse à la santé. Après l'avoir opéré, le 12 septembre, je lui demandai, quelques mois après, de vouloir bien me raconter les différentes phases de sa maladie, et en voici les détails, que j'écris en suivant sa narration :
« Je suis ancien fondeur et débitant de tabac. J'ai 40 ans. « J'ai contracté une blennorrhagie en 1813; elle fut très-béni- « gne, mais dura assez longtemps pour qu'en 1858 elle se fût « conservée à l'état de blennorrhée. J'attribue cela à l'emploi « d'un las de médicaments, tels que 'pilules avec de l'or, du rob, a je ne sais combien de bouteilles, des injections au gros vin, au « nitrate d'argent, une quantité de boissons de tous les genres, « salsepareille, sel de nitre, iodure de potassium, des capsules de « Mothes, des capsules de Raquin, du cubèbe, de la térébenthine, « des bougies de toutes les formes et de différentes substances, etc., « et tout cela, ajoute M. M***, n'a fait que me rendre plus ma- « lade et m'irriter le canal. Heureusement que j'étais d'un tem- « pérament vigoureux. Néanmoins, vers 48-47, l'écoulement, « probablement fatigué, disparut de lui-même, car depuis pince sieurs années je ne faisais plus rien. Alors je me mariai. Mais, « dès ce moment, je vis le jet de mes urines diminuer considéa rablement, et, peu engagé à faire un traitement nouveau, je « laissai les choses dans cet état jusqu'à ce que, mes urines ne « s'écoulant plus qu'avec difficulté, je dus avoir recours à des « moyens de rétablir le cours de mes urines, et je m'adressai à
« M. Civiale, qui me fit venir pendant six semaines pour me « passer des bougies dans le canal de deux jours en deux jours. « Je prenais après chaque séance un bain, et comme l'introduc- « tion de ces bougies ne m'offrait pas grand résultat, et qu'au « contraire j'éprouvais de la douleur en urinant, je cessai le « traitement. Le rétrécissement, au lieu de diminuer, augmenta « considérablement. Je m'adressai à un autre chirurgien, qui me « fit une incision dans le canal avec un outil fait exprès, mais, « après quelque temps de mieux, mon rétrécissement revint de « plus en plus. C'est alors que j'eus connaissance du livre de la « Guérison immédiate par votre traitement. Je me présentai à « vous d'autant plus que, il y a douze jours à peu près, éprouve vant une difficulté plus grande à uriner, on me passa une « bougie enduite d'une substance propre à cautériser, et que, « depuis ce temps, je puis à peine uriner, et il s'écoula de mon « urètre une grande quantité de pus.
« C'est dans cet état que je vous vis en août dernier, et vous « me prescrivîtes de m'abstenir de tout traitement pendant un « mois, et surtout de ne plus mettre de bougie, de ne plus « changer l'état naturel de mon canal. »
En effet, le 12 septembre 1838, j'opérai M. M***, et je fis disparaître des obstacles de différentes natures, qui se trouvaient situés vers la courbure de Furèlre et dans une étendue de 4. centimètres à peu près.
Le 29 septembre 1858, M. M*" vient me voir, et écrit, à la suite de la rédaction précédente, la note suivante : « Le jet de a mes urines est aussi fort qu'avant le commencement de mes «souffrances, et, aussitôt que la sensibilité peu forte produite « par l'opération sera tout à fait passée, je me trouverai tout à « fait heureux.
« Du reste, pour la gouverne de ceux qui se trouveront dans « le même cas que moi, qu'ils n'éprouvent pas la moindre apte préhension, car la souffrance que je redoutais est nulle. C'est « une affaire de cinq minutes, tant en préparations qu'en opé- « ration. »
Je joins ici la réponse aux trois questions de la note placée à la page 9, réponse que vient de me transmettre M. Reuflet (d), qui m'avait envoyé M. M*** :
Paris, le U mai 1859.
Monsieur le Baron,
En réponse à votre petite note, je vous écris ces quelques lignes pour vous remercier du résultat que j'ai obtenu en allant vous voir. J'ai été étonné du peu de souffrance que j'ai endurée au moment de l'opération, et je n'aurais jamais pu croire obtenir un résultat aussi avantageux . J'urine avec facilité. Je reconnais que plus j' employais des bougies et plus ie me nuisais, amenant par ce moyen une inflammation continuelle.
Je suis heureux de vous remercier encore, en vous priant, en même temps, d'agréer l'expression de mon entière reconnaissance.
Votre tout dévoué,
Par les soins de M. Reuflet, pharmacien, rue des Nonains-d'Hyères, 37.
Ce cas est encore un cas de guérison d'une blennorrhée par l'opération. Il met en lumière le peu de fond que l'on doit faire sur le traitement par les bougies, et surtout les bougies de cire, car ce sont des bougies de cette sorte qui furent employées. 11 met également en lumière le peu de résultat que donnent les incisions du canal et l'avantage du traitement éclectique immédiat*
M. M*** a présenté une particularité que j'ai du reste observée chez quelques malades : les rafraîchissants lui donnaient des spasmes qui l'empêchaient d'uriner, et les excitants alcooliques lui facilitaient la miction»
(1) Il y a quelques mois, M. Reuflel a bien voulu m'envoyer un autre malade très-ré Iréci. Ce malade était épileptique, et depuis l'opération qui l'a guéri de son rétrécissement, les attaques, qui se répétaient plusieurs fois par semaine, n'ont pas encore reparu. J'aurais publié ce cas in extenso, mais je n'ai pas de place. Du reste, il est de ceux qui demandent la sanction du temps... particulièrement pour l'épilepsic.
Anciennes blennorrhagies. — Rétrécissements ftbroso-vasculaires . — 10 centimètres de longueur. — J'opère le 8 mai 1855. — Je fais un très-petit canal pour éviter l'hémorrhagie. — Ce canal se conserve malgré sa petitesse. — Rétablissement immédiat. — Persistance du bien-être clc- ■puis quatre ans et trois mois. — État du malade en 1859.
Dans le mois de mai 1855, M. Louis Vallée, alors jardinier à Chantilly, route de Fontainebleau, n° 24, près Bicétre, vint me trouver dans un état d'anxiété fort grand; il était depuis longtemps atteint d'une rétention quelquefois complète, mais qui , lorsque le malade était dans un état favorable, lui permettait de rendre ses urines goutte à goutte et avec des douleurs fort grandes.
Cet état était dû à un rétrécissement de l'urètre, suite de blennorrhagies que le malade avait contractées dans sa jeunesse, blennorrhagies qui furent assez mal traitées, et qui mirent de bonne heure M. Vallée au nombre des rétrécis.
Bien que ce malade me parût être dans un état de santé peu satisfaisant et qu'il fût d'une maigreur considérable, je me déterminai à tenter sa guérison, et je l'opérai le 8 mai 1855.
Peu de malades m'ont présenté un urètre en plus mauvais état sans avoir été soumis antérieurement à des traitements qui, si souvent, augmentent les désordres. Son urètre était littéralement fermé dans une grande longueur par un lacis de fibres et de valvulettes qui saignaient au moindre contact. Aucune bougie, même la plus fine, ne pouvait être introduite. Si j'étudiais le canal avec des instruments rigides, ils cheminaient quelques millimètres en faisant sentir de petits craquements qui indiquaient que l'instrument entrait dans des tissus fibrilleux et secs. Cependant, malgré cette apparence de sécheresse, le moindre contact les faisait saigner; la douleur, du reste, était modérée.
Cet état du canal m'engagea à procéder avec ménagement, et je parvins, en détruisant progressivement ces tissus dans un trèspetit diamètre, à avancer dans le canal, et à parcourir ainsi une distance de dix centimètres qui commençaient, a peu près, à six centimètres du méat. Cette distance franchie, je me trouvai dans
un espace libre. Je laissai là le malade et le renvoyai chez lui, me proposant de donner plus de largeur dans un autre moment. C'est ce que je ne fis pas.
Depuis ce temps, et malgré les circonstances défavorables que je viens de décrire, la miction fut conservée chez M. Vallée sans le secours d'aucune bougie et en abandonnant à lui-même le canal qui a conservé le très-petit calibre que je lui avais donné.
Or, cela est bien remarquable, et prouve que le traitement éclectique immédiat a un caractère particulier, celui de conserver le calibre des urètres, bien qu'on ait 'porté ce calibre à une trèspetite dimension. Or, on sait qu'il n'en est pas de même lorsqu'on fait une très-petite dilatation au moyen des bougies.
Voici la réponse de M. Louis Vallée aux trois questions de la note de la page 9.
Saint-Chéron , le 11 août 1859.
Monsieur le Baron ,
Je réponds aux questions que vous me demandez- Comment je me trouve maintenant sous le rapport de la miction? Je vous dirai que je me trouve très-bien.
Vous me demandez- si j'ai beaucoup souffert par l'opération que vous m'avez faite? Je n'ai pas plus souffert pendant votre opération que quand je voulais uriner et que je ne le pouvais pas (1).
Ce que je pense de l'usage des bougies dilatantes sous le rapport de la souffrance et des résultats consécutifs?
Je vous dirai que les bougies ne m'ont jamais guéri et m'ont bien fait souffrir.
Je ne me porte bien que depuis que vous m'avez opéré voilà quatre ans.
J'ai cependant 71 cens; je ne craindrais pas de me faire opérer, pas plus que de prendre un bain si c'était à recommencer. Je vous regarde comme un dieu sur la terre pour cette maladie-là.
Je vous salue et suis votre serviteur.
Louis Vallée, Garde à Saint-Chéron (Scine-et-Oise).
(1) Cette réponse, toute simple qu'elle paraisse au premier abord, a
Notre confrère , M. le Dr Delasiauve., médecin aliéniste si distingué et qui est attaché à l'hospice de Bicêtre, près duquel M. Louis Vallée demeurait, a bien voulu suivre ce cas, sur lequel j'aurais encore beaucoup à dire si je ne craignais d'être trop lonar.
cependant beaucoup de portée. M. Vallée est comme beaucoup d'autres; il n'a pas plus souffert pendant mon opération que lorsqu'il voulait uriner et qu'il ne le pouvait pas. Or, en admettant cela , ce qui ne me satisfait pas complètement, je fais simplement remarquer que mon opération dure quelques minutes, et que les difficultés d'uriner, chez les rétrécis, durent toujours.
Avis à ceux qui craignent la douleur.
Deux malades rétrécis. — Rétentions d'urine. • — Chez l'un, plusieurs rétrécissements très-étroits. — Chez l'autre, rétrécissement unique, mais très-long. — Rétablissement immédiat chez le premier. — Rétablissement immédiat chez le second, mais complet après deux retouches faites à quelques semaines de distance. — État des malades en 1 859.
Mon confrère M. Verdet, de Vaucouleurs (Meuse), voulut bien ni'amener en mai 1859 un de ses malades que j'opérai le 16, et que je guéris immédiatement.
Je demandai à mon confrère de vouloir bien me donner une note sur ce cas. Voici cette note :
« M. Michelet (Auguste), teinturier à Vaucouleurs, âgé de qua- « rante-huit ans, d'un tempérament sanguin, était atteint d'un « rétrécissement du canal de l'urètre survenu à la suite d'une « blennorrhagie très- aiguë, contractée en 1830. Depuis cette épo- « que, difficulté d'uriner plus ou moins forte suivant qu'il y a eu « excès de travail ou légère augmentation dans les boissons. « Parfois strangurie et parfois aussi impossibilité d'uriner lorsque « le besoin s'en faisait sentir. Les sangsues, les cataplasmes, les ce bains de siège amélioraient cette situation, mais cela ne persis- « tait pas.
« Loin de diminuer, l'affection urétrale semblait augmenter, et « on ne pouvait rien obtenir de la sonde qui ne pouvait pénétrer. « Sur ces entrefaites, je lus le succès de M. Heurteloup par « une méthode nouvelle de son invention, je proposai à mon « malade de m'accompagner à Paris, et je le présentai à la con- « sultation le 18 mai 1859. Le 20 il fut opéré, et nous fîmes « après, à pied, le- malade et moi, quatre kilomètres pour reve- « nir à notre hôtel.
« En rentrant, le malade pissa à plein canal. Pendant la nuit « et le lendemain, le même état se maintint et sans douleurs. Le « dimanche 1% nous fîmes une visite à M. Heurteloup qui trouva « l'opéré en bon état. Le 24, nous partions de Paris pour reve- « nir dans notre localité et le mieux continua.
« Aujourd'hui 31, M. Michelet pisse avec facilité par un jet
« non interrompu, et il lui semble que son existence est soulagée « d'un poids énorme qui taisait le désespoir de sa vie. « Vaucouleurs, 31 mai 18o9.
« Verdet. »
Telle est la note que M. Verdet voulut bien m'envoyer quinze jours après l'opération que je pratiquai sur son malade.
En partant pour Vaucouleurs, M. Verdet voulut bien me recommander son frère, M. Verdet, horloger, rue Saint-Martin, n°ll i, qui se trouvait dans un état encore plus fâcheux que M. Michelet. Il en était arrivé au point de ne pouvoir plus uriner que goutte à goutte, et à se trouver en proie à des rétentions complètes fort inquiétantes. Aucune bougie ne pouvait entrer, et je fus obligé d'y revenir à deux fois avec les instruments pour frayer un passage qui devint bientôt suffisant pour me permettre de calibrer le canal dans toute sa longueur. Aussitôt son rétablissement obtenu, M. Verdet s'empressa de l'écrire à mon confrère qui voulut bien me congratuler en m'adressant la lettre suivante, qui va me servir pour remplacer celle par laquelle mes malades répondent à la noie de la page 9.
Vaucouleurs, 8 août 185'J.
Monsieur et honoré Confrère,
Une lettre de mon frère m'annonce que vous avez parfait votre ouvrage, c'est-à-dire que vous lui avez donné la dernière main ; il pisse, me dit-il, gros comme le petit doigt.
Le service que vous venez de lui rendre en est un que personnellement je n'oublierai jamais, et il ajoute encore à la reconnaissance que je vous ai vouée.
M. Michelet, que je vous ai conduit en mai dernier, continue à aller admirablement. Il urine à plein canal, et il se livre chaque jour à des travaux assez rudes sans en ressentir de malaise; il n'éprouve plus de douleurs de vessie comme avant l'opération , et, comme il me le dit parfois, il se trouve, depuis que vous l'avez opéré, heureux de vivre. « Je
m'épouvantais beaucoup de ce qui allait se passer, et je joignis à la peur du mal le mal de la peur (me dit-il), et il n'en a rien été. J'ai peu souffert, en considération , surtout, d'un si' immense résultat. »
Vous pouvez, compter que vous avez à Yaucouleurs deux cœurs dans lesquels vous occupez une grande place, et qui se font fête de vous revoir quand ils iront à Paris.
J'ai lu les épreuves que vous m'avez envoyées, et, quand vous aurez publié une masse aussi compacte de succès, je défie la docte faculté de se refuser à constater la vérité.
Veuillez recevoir, mon cher et honoré confrère, l'assurance de ma respeclueuse gratitude.
Verdkt.
Ainsi voilà encore deux nouveaux cas dans lesquels les bougies ne peuvent pas pénétrer, et dans lesquels la miction est rétablie immédiatement malgré cette impossibilité. Il n'est donc pas besoin de bougies dilatantes pour préparer le canal et l'ouvrir; et s'il n'est pas besoin de bougies dilatantes on peut donc éviter les dangers qui résultent de leur emploi. Cette circonstance, si le principe est admis, change complètement la thérapeutique du rétrécissement de l'urètre, et vraiment cela esta désirer (1).
(1) M. Verdet, auquel je lis cette rédaction (18 août), me rappelle que dès Tannée 1830 il était rétréci assez fortement pour avoir passé, étant militaire, trois mois à l'hôpital de la Rochelle, ayant des bougies en permanence pendant tout ce temps. 11 en résulta, dit M. Verdet, que les parties devinrent énormes, dures comme une pierre, et que cela nécessita une opération qui fut le sujet d'une leçon clinique aux, élèves. Cela n'empêcha pas M. Verdet de continuer à être rétréci aux abois jusqu'en 1859.
Honneur aux bougies ! ! !
Plusieurs blennorrhées. — Injection de sulfate de zinc en solution. — Diminution immédiate du jet des mines. — Rétrécissement fongueux.
— Traitement répété par les sondes métalliques. — Insuccès. — Plusieurs rétentions complètes. — Blennorrhée. — J'opère le 9 mai 1857.
— T. établissement immédiat du cours des urines. — Gllérison de la
blennorrhée. — État du malade en 1859.
Le 6 mai 1857 je reçus la visile de M. Parfonry, employé chez son frère, marbrier, rue Saint-Pierre-Popincourt, n° 28. Ce malade était dans un état de rétention complète, qui alternait avec la possibilité d'évacuer ses urines goutte à goutte et avec épreintes. De plus, il était affligé d'une blennorrhée abondante. Voici l'histoire que M. Parfonry me donna de son affection.
«.A l'âge de 18 ans j'ai contracté une première blennorrhagie; « deux ans après, j'en contractai une autre qui me dura beau- « coup plus longtemps que la première, bien que j'aie épuisé, « pour la combattre, tous les remèdes, et particulièrement des « injections d'une solution de sulfate de zinc que je fis aussi forte « que je pouvais le supporter. L'écoulement s'arrêta alors, mais « je m'aperçus que le jet de mes urines diminua dès ce mo- « ment,
« Au mois de juin 1851 , je fus atteint d'une rétention d'urine « complète. J'appelai un médecin qui m'introduisit une bougie « de gomme, et qui me recommanda de renouveler cette intro- « duclion deux ou trois fois par semaine. Je suivis cette prescrip- « tion pendant deux années. Après ces deux années, j'eus une « troisième blennorrhagie, qui me donna encore une rétention « complète. Je me mis sous les soins de M. le Dr ***, qui me fit « mettre tous les soirs une. bougie enduite d'un opiat et me fit « prendre également chaque soir un bain très-prolongé. Je sui- « vis ce traitement pendant un mois sans succès. Je me mis « dans les mains d'un autre médecin . qui me traita au moyen « de sondes d'argent. Cela me fit beaucoup souffrir et perdre « beaucoup de sang ; cependant mon jet revint presqu'à son état « naturel. Je me croyais guéri, lorsque, trois semaines après,
« mon canal se rétrécit de nouveau ; je retournai chez mon mé- « decin , qui me fit acheter une sonde en métal pour me l'intro- « duire moi-même ; mais une nouvelle blennorrhagie étant surce venue, je fus obligé de renoncer à ces introductions que je fis « pendant une nouvelle année. Alors mon canal se ferma en- « core, et je fus de nouveau en proie à la rétention complète, « et , par-dessus tout cela , j'ai conservé un écoulement consi- « dérable. » •
Le rétrécissement de M. Parfonry était situé à la courbure de l'urètre ; il existait dans une grande longueur (4 centimètres) ; il était mou, commençait par des petites vàlvulettes alternantes. Ces vàlvulettes étant dépassées, on entrait dans un canal uni , qui se laissait dilater par l'instrument à deux millimètres à peu près, mais, celui-ci enlevé, le malade ne pissait pas mieux.
J'opérai le 9 mai 1857, et le 29 mai suivant M. Parfonry écrivait sur son dossier : « Je viens dire à M. Heurteloup que « son opération a parfaitement réussi ; elle a été faite sans que «j'aie éprouvé de douleurs. Je me vois débarrassé de mon ré- « trécissement, car je pisse fort bien, et je suis également et « tout à fait débarrassé de mon écoulement. »
Tous ces changements avantageux se sont maintenus si l'on en juge par la lettre suivante.
Réponse de M. Parfonry à mes trois questions de la note de la page 9 :
Paris, le 2 août 1859.
Monsieur le- Baron,
Je réponds à votre petit billet du 23 juillet.
Par suite de vos opérations, je me plais à vous témoigner toute ma reconnaissance pour les résultats que j'ai obtenus presque sans douleur.
Lorsque je m'adressai à, vous j'étais désespéré par plusieurs années de traitement par k 'système bougie et sonde en raison des affreuses souffrances que ce traitement m'occasionna, et cela sans résultat. ,
Grâce à vous, Monsieur le baron, j'éprouve aujourd'hui un soulagement
radical; la miction se fait très-facilement, et la blennorrhée a entièrement disparu. Je suis heureux de pouvoir constater ce fait, et je votis prie d'agréer les remerciments bien sincères de votre tout dévoué serviteur.
Parfonry ,
Hue Traversière Saint-Antoine, 29.
Ce cas est très-remarquable sous certains rapports. D'abord la promptitude avec laquelle la blennorrhée, qui était considérable, a disparu. Cette blennorrhée était presque aussi abondante que si l'inflammation du canal avait été à l'état aigu. J'ai déjà eu plusieurs cas analogues, de manière que cela me donne à penser que certaines blennorrhées pouvaient être heureusement attaquées par le traitement éclectique immédiat.
Ce qui est également à considérer dans ce cas, c'est l'efficacité du traitement contre un rétrécissement très-mou et trèsfongueux, qui avait été déterminé, en grande partie, par les traitements antérieurs, qui, comme on l'a vu, ont consisté en des introductions très-répétées de sondes et de bougies rigides et métalliques.
La coïncidence presque momentanée entre la forte injection de solution de sulfate de zinc et du rétrécissement du canal doit être aussi remarquée, car elle fait prendre l'injection styptique en flagrant délit de nocuité, et c'est un bon exemple à donner.
La promptitude de mon traitement et surtout son effet avantageux brillent certainement auprès des années de traitement infructueux premièrement mis en usage, et cette remarque, qui s'applique à tant d'autres cas que nous avons passés en revue et à tant d'autres cas que naturellement nous taisons, est. bien faite pour clore dignement cette série de 1859.
Je m'arrête ici, bien que je possède encore un trèsgrand nombre d'observations à publier; mais je crois que cette série de 1859 suffira pour compléter l'idée première et générale que je voudrais donner, à savoir que les rétrécissements de l'urètre peuvent être guéris sans le secours des corps dilatants , et qu'en n'employant pas ces corps dilatants, on évite tous les accidents qu'ils causent : inflammations de vessie, catarrhe de cet organe, érythème douloureux et quelquefois fou • droyant, accidents nerveux, néphrites, uretérites, urétrites, orchites, et enfin, tous les accidents qui résultent de la subinflammation causée par la présence répétée d'un corps étranger dans l'urètre, subinflammation qui a définitivement pour résultat le développement de la malauie que l'on combat.
Je voulais mettre parmi les cas que je fais figurer dans cette deuxième édition ceux qui, compliqués de fistules, présentent des péripéties plus remarquables que les cas simples ou compliqués des résultats locaux des traitements antérieurs; mais je n'eusse pu introduire que deux ou trois de ces cas, ce qui aurait eu l'inconvénient de" les séparer de ceux plus nombreux que je possède, et conséquemment de diminuer l'instruction et l'intérêt que pourrait présenter leur collection.
Je réserve donc ces cas pour en faire le sujet d'une troisième série, ou peut-être un travail spécial, intitulé : Des fistules uri noires , de leur traitement et de leur
guérimn. Je nie borne à dire maintenant que j'en possède un assez grand nombre de cas, parmi lesquels il en est de fort curieux. L'un d'eux > par exemple, avait de tels trajets fistuleux que deux de ces trajets venaient s'ouvrir dans chacun des flancs à la hauteur du nombril , et deux autres , sur le même malade , venaient s'ouvrir à la partie inférieure des cuisses. Je ne parle pas de deux ouvertures au périnée, par lesquelles l'urine s'écoulait. Le rétablissement immédiat de la miction a fait fermer toutes ces ouvertures.
Un autre malade avait des trajets aussi fort longs, mais il présentait une particularité fort curieuse : il avait une fistule qui s'ouvrait dans le rectum, de manière que l'intestin servait absolument de vessie, que le malade vidait à ses heures comme on vide sa vessie. Les urines, dans l'intervalle, étaient complètement gardées par les sphincters, et pas une goutte ne s'écoulait.
Je pourrais parler erteore de plusieurs cas fort intéressants, mais j'anticiperais. Cependant je signale au nombre des fistules celles qui ont pour caractère de ne pas laisser couler l'urine de la vessie, mais de laisser entrer dans cet organe les matières contenues dans le rectum. J'ai vu un cas où les deux phénomènes alternaient.
J'aurais dû mettre aussi, dans cette deuxième édition, beaucoup de cas qui avaient perdu leur caractère de rétrécissements simples. Je veux parler de plusieurs exemples fort intéressants et fort instructifs de miction rendue possible malgré de grandes dévastations gangreneuses, dans lesquelles l'urètre avait été non pas seulement intéressé, mais encore détruit. Les malades qui m'ont présenté les grandes difficultés que je laisse
entrevoir m'avaient cependant fait promettre de les donner en exemple par esprit de charité, mais je n'ai pu le faire. Cela aurait interverti la marche qu'il m'importe de suivre, et j'espère qu'ils voudront bien me pardonner de ne les avoir pas satisfaits dans cette deuxième édition, et d'avoir été forcé, par l'abondance des matières, à manquer à la promesse que je leur avais faite.
Il faut bien se rappeler que mon but, dans ce livre, est de donner la preuve que les rétrécissements de l'urètre , tels que la nature les fait, peuvent guérir autrement que par les corps dilatants, que j'accuse d'augmenter le mal qu'ils sont appelés à guérir, et non pas d'exposer des cas rendus curieux par des désordres considérables, qui ont été réparés ou amoindris par l'art.
Il est aussi des cas que j'aurais voulu exposer dans cette édition avec des détails suffisants : ce sont ceux où des bougies introduites par les rétrécis dans l'urètre se sont égarées dans la vessie. Or ce cas est assez fréquent, et j'ai déjà dit quelque part que la déplorable invention des bougies de gutta-percha, qui fut glorifiée dans les bas-côtés d'un haut lieu, était une invention funeste. J'en ai plusieurs exemples. Parmi ces exemples, j'aurai à produire celui d'un malade dans la vessie duquel un bout de ce genre de sonde était resté, bout de sonde dont je ne pus pas me rendre maître, car ce bout de sonde, plus léger que l'eau, surnageait toujours. Après plusieurs essais infructueux, je pris le parti de distendre la vessie avec de l'air, et je me rendis immédiatement maître de l'objet de mes recherches. Ce fail est utile à signaler. J'eus un fait presque opposé quel-
que, temps avant. Il s'agit d'un malade chez lequel je ne pus pas atteindre un autre bout de sonde en guttapercha par la même cause. Ce malade dut partir immédiatement pour Londres, où il resta quinze jours. Alors je trouvai le bout de sonde dans le bas-fond de la vessie. 11 s'était encroûté de phosphate en assez grande .quantité pour être devenu plus pesant et ne plus surnager l'eau injectée. C'est encore un fait utile à signaler dès à présent (1).
On a dû remarquer que dans les observations nouvelles j'ai cité, autant que possible, celles qui avaient pour répondants des hommes appartenant à notre profession, soit qu'ils aient été soumis à mon opération, comme je le fus moi-même jadis, soit qu'ils racontent le fait qui s'est passé sous leurs yeux, soit qu'ils servent d'intermédiaires authentiques à des personnes que, malgré leur permission, je ne veux pas mettre en vue. J'ai cru cette manière de faire de l'authenticité suivie peut-être meilleure que celle qui place le malade sous les yeux de chacun, car elle a le triple avantage, 1° de permettre au malade -de faire connaître son opinion ; 2° d'ajouter à son témoignage celui d'un homme de
(1) Je pourrais parler encore d'un malade qui perdit une petite bougie dite de gomme, dans sa vessie. Ce malade était très-rétréci ; il me fit appeler. Je lui fis d'abord un passage suffisant pour chercher la bosgie dans l'organe, et je ne trouvai rien. Dereebef, le malade voulut que je cherchasse encore; je ne trouvai encore rien. Il demanda une troisième fois à être soumis à des recherches; je ne trouvai encore rien. Le malade partit assez mécontent et assez en doute sur mes facultés chirurgicales, ce qui me désola ; je ne fus consolé que lorsque, une année après, la bougie fut trouvée dans une des bottes du malade!
Avis donné aux chirurgiens qui auront à chercher des bougies de gomme dans les vessies. Si c'eût été une bougie de gûtta- percha, on n'en eut trouvé que la moitié... dans la botte! !
(Lire la note de la page 316. 1
l'art; et 3° de sauver, aux hommes bienfaisants qui veulent bien se donner en exemple, l'ennui de répondre aux demandeurs de renseignements.
11 est cependant quelques personnes qui, par reconnaissance et par devoir, ont voulu se soumettre à cet ennui; ceux-là je les remercie encore comme je les ai remerciés dans mon introduction (page 23), mais je les engage à faire remarquer aux demandeurs de renseignements, parmi lesquels il se glisse beaucoup de faux malades, qu'ils ont écrit et fait publier des lettres dans l'intention d'éviter le désagrément d'être dérangés, que l'inventeur de la lithotripsie n'a aucun besoin de ceux qui ne viennent à lui que sur renseignements, et que les renseignements ne se prennent d'ailleurs que sur les piliers de coteries, les spéculateurs en renommée, les sectateurs de l'admiration mutuelle... quelle que soit la figure, et les imposteurs, pris en flagrant délit, flagrante delicto.