‹ Rétrécissements de l'urètreChapitre 17 sur 19 · PROTESTATION · texte numérisé non relu

PROTESTATION

I ii corps scientifique institut' et rétribué par l'État nîest pas en droit d'user despotique ment du pouvoir qui lui est certifié et de disposer de son ministère suivant son bon plaisir. Ceux qui travaillent pour la science ne peuvent, ne veulent et ne sauraient relever de la bonne volonté de personne; ils ne relèvent que du plus ou moins de valeur de leurs œuvres, sauf Terreur humaine sans mélange de passion. Ils ne peuvent donc être l'objet d'une obligeante distinction ni celui d'un éloignement arbitraire.

Depuis neuf années, l'Académie des sciences repousse un travail utile, malgré les preuves données de son importance. Tout récemment encore, ses commissaires viennent , après avoir recueilli deux nouvelles preuves de cette importance, d'élever des prétentions arbitraires qui sont hors de toute raison et de toute justice en demandant les preuves de ce que je n'avance pas, ce qui pourrait conduire à comphomettbe les preuves données de ce que f avance. En cela il y a despotisme, auquel je 'crois, dans l'intérêt des travailleurs, digne de résister : c'est cette résistance qui donne lieu à la lettre suivante :

Lettre et observations adressées à MM. les commissaires nommés par l'Académie des sciences, poup examiner le procédé de lithotripsie auquel j'ai donné

le nom de procédé par extraction immédiate, que j'exécute au moyen de l'instrument que j'ai appelé perclteur a cuillers, et qui consiste : 1° à introduire l'instrument; 2° à saisir les fragments entre les deux cuillers ; 3° à emplir ces cuillers, en les rapprochant, au moyen du marteau ; 4° à les fermer complètement ; 5° à retirer de la vessie l'instrument ainsi chargé ; 6° à renouveler cette manœuvre jusqu'à extraction entière de la pierre, si la tolérance du malade le permet.

« Paris, le 2 novembre 1854.

a A Messieurs SERRES, RAYER et VELPEAU, membres de la commission nommée par l'Académie des sciences pour examiner mon procédé d'extraction immédiate des FRAG- MENTS de pierres vésicales.

« Messieues les Commissaires ,

« Après avoir vu, le 15 septembre 1854, débarrasser immédiatemem, sous vos veux, deux calculeux porteurs de pierres déjà d'un certain volume, vous me demandez d'en opérer un autre qui ait une pierre plus volumineuse et plus dure, bien que l'une de celles que vous avez vu extraire eût éminemment présenté ce dernier caractère.

« Je satisferai respectueusement à votre demande, Messieurs, si les circonstances m'envoient un calculeux selon votre désir; mais permettez-moi de vous faire remarquer, qu'en vous obéissant, ce sera pour vous satisfaire personnellement, car je ne resterai pas dans la nature des preuves que j'ai à vous donner comme commissaires.

« Le Mémoire qui est soumis à votre jugement n'est pas intitulé De l'extraction immédiate des pierres, mais bien De la Li-

tholripsie sans fragments au moyen du procédé de V extraction immédiate. Vous voyez donc que j'ai en vue les fragments , dont je veux éviter les désastreux effets, non seulement en les extrayant, ce qui est toujours bon, et ce qui est souvent d'une nécessité absolue, mais en les extrayant sans crainte de déchirer l'urètre. Je n'ai donc nullement en vue d'extraire immédiatement des pierres qui passent un certain volume.

« Du moment que j'ai pu introduire dans la vessie un percuteur à deux cuillers opposées, et que j'ai ramené une seule fois ces cuiller's pleines de détritus, je vous ai démontré, sans réplique, l'existence d'un procédé d'une haute importance, et ce procédé est mon œuvre.

« Comme la commission m'a vu accomplir le programme de l'extraction des fragments sur deux malades, et que je l'ai accompli également sur deux autres malades devant l'ancienne commission nommée en 1846, l'Académie des sciences a acquis, par ses yeux, quatre fois la preuve de la vérité de mon dire. Que faut-il donc de plus? Assurément, elle est trop logique pour me demander la preuve de ce que je n'avance pas.

« Je suppose que l'opération pratiquée sur le nouveau malade que vous désirez voir opérer n'ait pas de succès, ce que certainement vous ne voudriez pas, s'ensuivra-t-il que je n'ai extrait, sans déchirer l'urètre, et scientifiquement, au moyen du percuteur à cuillers, des fragments de pierre de la vessie humaine, et que, par suite de cette extraction répétée, j'ai pu guérir immédiatement deux malades sous vos yeux? Non, sans doute. Eh bien ! c'est pour avoir trouvé ce moyen, rien déplus, que je crois avoir bien mérité; car cela me semble et.vous paraîtra, sans doute, un immense progrès.

« La question importante de Yextraction immédiate, pendante devant l'Académie des sciences depuis dix années, vous semblera donc, des a présent, neuve, mûre à point, pour Y honorer d'un rapport et l'admettre au concours.

« Veuillez considérer, Messieurs, qu;il tombe sous les sens que c'est une faute capitale en lithotripsie de se borner à briser des pierres, quand on peut les extraire immédiatement. En les brisant seulement, les fragments se perdent dans l'organe anfract ueux et font courir au malade de grands dangers, et sous le

rapport de leur séjour, et sous le rapport de leur expulsion (1). Je vous ai prouvé que ce danger n'existait plus pour les petites pierres, puisque Y extraction immédiate avait assez de puissance pour débarrasser immédiatement les malades. Je laisse à votre jugement à apprécier le degré du secours qu'apporte ce système dans le cas de pierres volumineuses ; vous trouverez ce degré très-élevé, surtout si vous consultez mon Mémoire ; mais je ne l'apprécie pas moi-même , parce que cela est, au point de vue de votre mission, en dehors de ma question.

« En résumé, voici le point où le système de Y extraction immédiate place la lithotripsie :

(1) Il y a d'autres raisons qui plaident en faveur de Y extraction immédiate des fragments des pierres vésicales, extraction immédiate sans laquelle un grand nombre de malades ne peuvent être guéris et meurent.

J'extrais du Mémoire qui est depuis neuf années sous les yeux de l'Académie des sciences, les passages dans lesquels ces raisons sont développées; je m'exprime ainsi, page 81 démon ouvrage sur la Lithotripsie sans fragments :

« La première de ces raisons, c'est que, dans l'opération du brisement simple, j'ai remarqué que, toutes les fois qu'une pierre petite ou grosse était brisée dans la vessie et y demeurait brisée, il y avait chance que des fragments se perdissent dans cet organe et devinssent inaccessibles aux instruments. J'ai remarqué également que cette chance s'accroissait dans la proportion du temps pendant lequel ces fragments restaient dans l'organe; dans la proportion aussi des inflammations catarrhales qui survenaient, soit après des opérations de broiement même bien faites, soit après les recherches que nécessitaient ces fragments.

« La seconde de ces raisons, c'est que , dans l'opération du brisement simple, trop souvent les fragments de pierre, s'engageant dans le col ou le canal, produisent de graves accidents et donnent lieu à des opérations secondaires, la plupart infiniment plus pénibles et plus difficiles que l'opération principale.

« La troisième de ces raisons, c'est que trop souvent- aussi, dans l'opération du brisement- simple, les fragments qui restent dans la vessie donnent lieu, par leur présence, à des inflammations catarrhales de l'organe, qui quelquefois, fort longues et fort aiguës, mettent la vie du malade en péril, soit par le fait même de ces inflammations, soit par l'impossibilité de continuer le broiement sans danger de mort presque immédiate.

« La quatrième de ces raisons, c'est que parmi les malades affectés de la pierre, il en est un assez grand nombre pour lesquels lebrisement simple ne serait que nuisible; car, étant dans l'impossibilité physique d'expulser les fragments de pierre brisée, ces malades seraient complètement réfrac-

«Si la pierre est petite, je la fais sortir sur-le-champ de la vessie en extrayant les fragments immédiatement par l'urètre au moyen du percuteur à cuillers, qui, comme vous I'avez vu, ramène, à chaque introduction, ses cuillers pleines jusqu'à épuisement.

«Si la pierre est grosse, je la démolis d'abord avec le percuteur à dents, qui est un instrument déjà jugé , en 1833, par l'Académie, et je la fais sortir, si je le puis, en extrayant immédiatement les fragments avec le percuteur à cuillers, que vous êtes maintenant appelés à juger. La guérison prompte dépend du volume de la pierre, et surtout de la tolérance du malade.

«Excusez, messieurs les Commissaires, cette lettre que je

taires à la lithotripsie, s'il n'existait un moyen prompt de les guérir par l'extraction.

« La cinquième de ces raisons, c'est qu'un grand nombre de malades qui ont été soumis à la lithotripsie exécutée avec des instruments d'une action insuffisante, ou par des mains peu habituées, forment maintenant une classe nombreuse de malades placés dans une circonstance très-fàcheuse, si aucun moyen efficace de les débarrasser n'existe.

« Enfin, Messieurs, la sixième de ces raisons, et sur laquelle j'appelle plus particulièrement votre attention, c'est que, ks membranes de l'appareil urinaire enflammées donnant lieu, comme j'aurai l'honneur de vous le démontrer plus tard, à d'abondants produits de phosphates de chaux, il importe à un haut degré de ne pas faire de la lithotripsie une cause trop grande d'inflammation. Or le brisement simple, par la répétition de ses manœuvres, par la fréquence de ses séances , et par le séjour des fragments, donne trop fréquemment lieu à ce résultat, et fait souvent produire, dans certains cas, aux membranes de l'appareil urinaire, autant de pierres qu'il en fait sortir par l'urètre : delà, la source intarissable de pierres et d'opérations, dont je vous laisse pressentir les conséquences.

« C'est la série de ces accidents et de ces difficultés que j'ai essayé de \ous présenter d'une manière concise en les rassemblant sous six formes différentes, qui ont entouré jusqu'à présent l'art de guérir les calculcux, en attaquant leur pierre par les voies naturelles et par le brisement simple, d'un danger réel, danger que, jusqu'à ces derniers temps, je n'ai pu éviter que par un choix très-étudié des malades que je soumettais à la lithotripsie, et surtout en employant le système le plus rapide de morcelle* ment et de pulvérisation, celui que vous connaissez sous le nom de lilliO' tripsie par percussion exécutée au moyen Au percuteur courbe à marteau. »

place respectueusement sous vos yeux pour vous faire considérer la question qui vous est soumise sous son véritable aspect. « J'ai l'honneur d'être, avec la plus haute considération,

« Messieurs les Commissaires,

«votre très-humble et très-obéissant serviteur,

« Baron HEURTELOUP. »

La protestation précédente, faite en 1855, n'a pas eu d'effet. Les choses sont restées dans le même état, et rien ne fait espérer qu'elles changeront.

Page 1