OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES
Ce livre n'est qu'un Mémoire introductif suivi d'un recueil de faits assemblés simplement pour démontrer, abstraction faite de tout moyen et de tonte théorie, qu'une maladie grave, qui fait le désespoir des hommes de l'art, peut cependant être guérie avec une promptitude surprenante.
Ces faits seront plus tard la base sur laquelle je m'appuierai pour proposer des moyens, pour donner des préceptes, et pour fournir des exemples.
Je n'ai donc pas la prétention d'écrire maintenant un livre de science; car le livre de science, en même temps qu'il donne des faits de guérison , apprend à d'autres le moyen d'en faire naître de semblables.
On s'étonnera peut-être qu'un auteur, qui a donné à la science un de ses principaux moyens de guérir avec un certain abandon et un certain désintéressement (i), ne publie pas des moyens de guérir qui peuvent être utiles.
(1) Ce désintéressement a été d'autant plus naturel que j'ai répondu à la sollicitation de l'Académie des sciences, car elle avait provoqué cet
De cette conduite inusitée j'ai, parmi beaucoup de raisons, quelques raisons à donner.
D'abord il en est de générales que j'ai placées dans une note que l'on trouvera à la page 81 , et ensuite, il en est quatre particulières : je donne la première à la page 44 (note 2): la deuxième, à la page 83 (note 1); la troisième, aux pages
abandon et ce désintéressement, en disant dans son procès-verbal du lundi 10 avril 1833:
« Formons donc des vœux pour que la lithotritie (lisez lithotripsie) « rentre de suite dans le domaine de la chirurgie pratique ; désirons que « cette méthode ne soit plus l'apanage exclusif de quelques mains seules « exercées à la pratiquer (j'étais l"un de ceux-là) : c'est l'unique moyen « d'amener sûrement aux résultats féconds que sollicitent également la « science et l'humanité. «
J'ai été assez heureux pour résoudre le philanthropique problème posé, et j'ai fait arriver aux résultats féconds que sollicitaient également la science, l'humanité, et l'Académie des sciences : aussi m'a-t-elle génireusement octroyé le prix de chirurgie, et m'a-t-elle fait le grand honneur déjuger ma découverte digne d'être représentée daDS son sein, et dans une place d'académicien libre, par un chirurgien qui lui était utile, qu'elle a dû consoler de n'avoir malheureusement rien trouvé pour résoudre le problème proposé, qui avait bien voulu me faire l'honneur de chercher à m'imiter, et qu'elle a jugé d'ailleurs, et avec raison, infiniment plus capable que moi de remplir ce qu'il y a de matériel dans cette représentation. Gomme on le voit, je reste toujours chargé de la partie purement intellectuelle.
Les lettres que j'ai eu l'honneur d'écrire dans le temps, à cette occasion, à M. le président et à MM. les membres de l'Académie des sciences, avec leurs notes, sont à la fin de ma première édition ; je les ai placées dans ce volume pour servir à l'histoire de la lithotripsie et non de la lithotritie qui exprime une manière d'opérer dangereuse et hors d'usage. Ce mot lithotritie était convenable avant que j'eusse résolu le problème posé par l'Académie, mais maintenant il n'est plus employé que par ceux qui n'ont pas suivi les progrès de la science. Lithotritie signifie une pierre percée (>vï6oç, pierre; T'.xpâw ou repéto, je perce): or, depuis que j'ai inventé le percuteur courbe , on ne détruit plus les pierres par le système de Gruithuisen, l'inventeur de la méthode du broiement et du procédé de percer les pierres. Lithotripsie indique le but général de l'opération, qui est de triturer les pierres pour les réduire en poudre (Xfôo;, pierre; Tpîêw, je triture; Tptyt;, trituration); or ce mot convient à tous les procédés indistinctement, et est conséquemment le nom scientifique de la méthode de guérir les calculeux par le broiement.
43 jusqu'à 48 du texte ; quant à la quatrième, je vais la donner ici (i).
Je suis l'auteur des moyens avec lesquels on détruit maintenant, par les voies naturelles, les pierres dans la vessie humaine, moyens qui, plus ou moins altérés par le commerce, attirent cependant, tout gâtés qu'ils sont, l'attention et la gratitude de ceux qui en retirent quelque bénéfice.
Ma paternité a été reconnue par l'Académie des sciences, qui m'a donné, en 1826, un encouragement de 2,000 francs; en 1828, le prix de chirurgie de 5, 000 francs; en i833, le prix de chirurgie de 6,000 francs.
Aussitôt que l'utilité de mes travaux eut été ainsi solennellement reconnue, je fus appelé chez les étrangers pour en répandre les bienfaits, et je fus dix-sept ans absent.
Tout cela , bien qu'authentique , est cependant peu connu d'une grande partie des jeunes médecins, auxquels les chirurgiens qui professent, manquant à leur mandat, semblent ne pas aimer apprendre les succès d'un contemporain; et infiniment peu connu du public, qui ne s'éclaire que de la presse des grands journaux, presse qui, bien que fort utile lorsqu'elle s'occupe de questions politiques, déplace trop souvent les droits à la considération publique, lorsqu'elle est sollicitée par MM. les artistes en réclame.
Je revins en i845, chargé de nouvelles découvertes et de nouveaux travaux, parmi lesquels se trouvaient celui qui fait l'objet de ce livre, et d'autres dont quelques-uns n'étaient que la continuation de travaux précédents dont l'utilité avait été si ostensiblement reconnue par l'Académie des sciences.
Je présentai ces derniers aux membres distingués desquels j'avais déjà reçu de précieux encouragements. Mais, je regrette d'avoir à le dire, depuis treize années, un procédé de
(1) 1859. — Maintenant qu'on a lu mon introduction à la deuxième édition, on trouvera que j'ai six raisons.
la plus haute importance, celui au moyen duquel je triple au moins les bienfaits de la lithotripsie, celui au moyen duquel j'extrais immédiatement des pierres par les voies naturelles, celui au moyen duquel je rallie au pouvoir de la lithotripsie tous les nombreux calculeux qui ne peuvent rendre leurs fragments , ce moyen important est tenu , par le silence inexplicable de l'Académie des sciences, dans une obscurité complète.
Ce silence arrête la science, m'empêche, depuis bientôt dix années, de continuer la communication de mes travaux ; car il est évident que je ne puis les accumuler tous dans les cartons de l'Académie, en présence de la difficulté que j'éprouve à faire statuer sur un seul.
Cependant, je dois le dire, l' Académie des sciences semble me prendre en pitié, et elle vient de renouveler la commission qui était chargée de l'examen de mon procédé à' extraction immédiate au moyen de mon percuteur à cuillers (i); car, des membres de cette première commission silencieuse, deux sur trois sont malheureusement morts.
A M. le professeur Serres, le membre restant, et devant lequel j'ai déjà opéré et guéri immédiatement un malade, il
(1) Ce percuteur à cuillers est semblable à mon instrument courbe, que j'ai appelé percuteur courbe à marteau, et auquel l'Académie des sciences a donné le prix de 6,000 fr. en 1833. Au lieu de dents, l'instrument porte deux cuillers opposées entre lesquelles les fragments emprisonnés sont retirés par l'urètre sans le déchirer. Par des introductions successives, je parviens à retirer de la vessie une quantité considérable de fragments, quantité qui égale souvent ce qui pourrait composer une pierre d'un certain volume. Des malades meurent journellement de ce qu'on n'emploie pas ce procédé : ce sont les malades qui ne peuvent rendre leurs fragments et dont la vessie s'enflamme. Or il y a beaucoup de malades placés dans cette triste position, et depuis neuf années, beaucoup et des plus élevés comme position sociale sont morts. Ce procédé est décrit dans l'ouvrage que j'ai publié en 1846 sous le titre de la lithotripsie sans fragments, au moyen des deux procédés de Y extraction immédiate ou de la pulvérisation immédiate des pierres vésicales; chez Labé, libraire de la Faculté de médecine, place de l'École de Médecine.
y a treize ans (i), l'Académie a adjoint MM. les professeurs Rayer et Velpcau , et devant ces professeurs j'ai opéré et extrait immédiatement la pierre chez deux nouveaux malades ; je leur en ai présenté un grand nombre de guéris nouvellement, et le nombre total de ceux que j'ai opérés avec succès jusqu'à présent, au moyen de ce procédé, monte à 164.
La commission me demande d'opérer un troisième malade qui ait une pierre plus volumineuse ; c'est ce que je vais faire, s'il me vient un calculeux dans les conditions désirées. Mais je fais remarquer à MM. les commissaires qu'en faisant par déférence ce qu'ils me demandent, je ne resterai pas dans la nature des preuves que j'ai à leur donner; que mon procédé s'applique aux fragments et non aux pierres entières ; que si, par ce procédé, je parviens à extraire des pierres volumineuses, c'est une exception heureuse; que rien n'empêche la commission de statuer sur mon oeuvre; je fais remarquer enfin que l'Académie est trop logique pour me demander la preuve de ce que je n'avance pas. Je place la lettre que j'adresse à MM. les commissaires à la fin de ce livre; on la trouvera après les observations.
Voilà où en sont les choses relativement à mes travaux ; et l'on voit que si je tarde à publier mes procédés pour guérir immédiatement (2) les rétrécissements de l'urètre, la faute n'en est pas à moi.
(1) J'en ai également opéré et guéri deux devant les deux membres que l'Académie a eu le malheur de perdre récemment, MM. Roux et Lallemand. J'ai eu beaucoup de peine à rassembler MM. les membres de l'ancienne commission, alors que j'avais l'occasion d'opérer. J'écrirai l'histoire de ces commissions. Je me borne, pour le moment, à exprimer le désir que les auteurs de l'avenir soient plus favorisés que je ne l'ai été.
(2) On voit, dans ce que j'écris, revenir bien souvent le mot immédiat : la guérison immédiate, l'extraction immédiate, le rétablissement immédiat, la pulvérisation immédiate, etc., etc. Cela peut surprendre au premier abord; mais, si l'on considère que lorsqu'il s'agit d'un but physique
Ainsi, pour en revenir à mon livre, je publie donc seulement des faits, et comme je veux que ces faits conservent tout leur caractère de vérité, je les reproduis tels qu'ils se sont présentés : avec leur désordre, leur arrangement, leurs lettres, leurs détails, leur longueur, leurs adresses, leurs épisodes, leurs péripéties, avec tout le décousu enfin de notes prises en suivant la parole des malades interrogés ou en reproduisant les rédactions faites par eux. Ces narrations ne peuvent donc briller par le style et la belle disposition des matières, car des corrections trop châtiées auraient altéré la vérité et enlevé au fait raconté tout son caractère de franchise.
On lira cependant, de temps à autre, quelques réflexions scientifiques qui ne rentrent pas dans le cadre que je me prescris maintenant • je laisse ces réflexions, que je faisais en recueillant mes cas, et j'en ajoute d'autres, qui me paraissent utiles et que je place dans les notes.
Dans ces notes, je me suis réservé de dire une partie de ce que je pense; elles seront peut-être trouvées intéressantes, en cela qu'elles donnent l'idée d'une certaine circonscription très-bornée de la Société médicale de maintenant.
Ce recueil de faits sera suivi d'autres recueils semblables, jusqu'à ce que l'importance de la méthode éclectique immédiate pour surmonter les obstacles à la miction soit bien vérifiée et bien constatée. C'est alors qu'à l'abri de mes preuves, et ne craignant plus la maraude scientifique, je publierai mes moyens.
Si j'en agis ainsi et si je suis réservé sur la publication de ces moyens, c'est que la science souffrirait de cette conduite comme elle en a déjà souffert, et que je veux d'ailleurs protection pour mon œuvre , et pour moi sécurité , repos et justice.
à atteindre, la perfection du moyen tend toujours à aboutir à l'immédiat) on se familiarisera avec ce langage.
A l'inverse de certains livres qui hissent celui qui les publie dans les limbes scientifiques, ce livre est fait par moimême, comme du reste tous ceux que j'ai publiés jusqu'à présent. Il porte donc un caractère spécial qu'il faut pardonner, car le style étant l'homme, l'auteur ne peut l'écrire autrement. Il sort aussi un peu, dans les notes, du caractère sérieux qu'exige la science; mais7 outre que je n'écris, encore une fois, qu'un recueil de faits, j'ai malheureusement éprouvé que les ouvrages tout à fait austères ne se lisaient que peu, et que d'ailleurs tant de livres d'affiches et de bas aloi avaient ce caractère imposant, que bientôt il deviendra décent d'écrire sur la médecine même en riant.
Encore un mot :
Si mon livre est tant soit peu empreint de combativité , j'espère qu'on me le pardonnera en faveur de ma position, qui veut que je défende enfin et les intérêts de la science et les miens (1).
(1) J859. — Depuis 1855 tout est resté dans le même état, et moi aussi.
DU