SUR LE TRAITEMENT ÉCLECTIQUE IMMÉDIAT
Si la bougie était un mauvais élément de guérison pour les cas même simples, que devait-elle être pour les cas de rétrécissements déjà durcis par la nature, et hérissés de tous les produits morbides que j'ai passés en revue? Je dus donc, comme je l'ai dit dans la première partie de ce Mémoire, y renoncer en tant que corps dilatant.
Je fis aussi, comme tout le monde, usage des caustiques; mais, vous le savez, Messieurs, les caustiques ont également donné plus de rétrécissements qu'ils n'en ontôtés, même lorsque, par hasard, ils étaient bien placés. Agissant profondément, comme cela doit être pour détruire un obstacle qui fait saillie, cet obstacle est souvent remplacé par une cicatrice profonde, irrégulière, que l'on ne peut conduire, et que le temps fait aussi impassiblement contracter. Je gardai donc le caustique pour réprimer certaines végétations
et certains ulcères, et très-rarement comme agent de destruction d'une masse importante.
Je fis encore usage des débridements des parties rétrécies de l'urètre dès i83o ; mais, outre que ces débridements n'étaient effectifs, comme aujourd'hui , que contre les rétrécissements déjà dilatés ou très-incomplets, ils ne remédiaient pas à toutes les causes d'obstacles à la miction. Je recourais dans ce temps à des débridements, lorsque j'avais besoin d'introduire des instruments de lithotripsie et de donner passage aux fragments des pierres concassées ; mais ce débridement n'ouvrait le passage que momentanément , et cela me suffisait. Dans le 3e Mémoire (i) sur la litliotripsie par percussion, que je publiai en i833, le cas d'un nommé M. Foster, rédigé par son chirurgien, M. Robert Wardy, fait voir la facilité que me donnaient ces débridements des rétrécissements pour extraire les fragments, qu'alors je ne savais pas éviter, en réduisant les pierres à l'état pulvérulent ou en extrayant immédiatement ces fragments (2).
(1) C'est pour ces trois Mémoires et le percuteur courbe à marteau, que j'obtins de l'Académie des sciences l'un de mes prix, celui de chirurgie, et de 6,000 fr. (1&33).
(2) J'évite les fragments de deux manières : ou en les extrayant immédiatement ou en les réduisant immédiatement en poudre.
Comme je l'ai déjà dit, j'extrais les fragments au moyen de mon percuteur courbe à marteau, dont les branches sont munies de deux cuillers opposées à la place de dents ; ces cuillers ramènent, à chaque introduction, une quantité considérable de fragments.
Quant à la réduction à l'état pulvérulent des pierres vésicales, j'ai posé le principe de cette importante manière d'opérer les calculeux dans un Mémoire lu à l'Académie des sciences, la veille des événements de Février,
Les besoins de la Hthotripsie particulièrement m'ont fait, dans le principe, avoir recours à la dilatation successive et prompte. Il m'est arrivé aussi , comme à d'autres, dans certains cas urgents de rétention , d'entrer de force et de franchir l'obstacle avec une sonde volumineuse, sans croire, comme on l'a cru depuis, que ces deux manœuvres fussent des découvertes nouvelles ; mais je m'aperçus que ces dilatations rapides, assez immanquables, puisque le métal est plus résistant que les chairs, ne servaient, lorsqu'elles ne déchiraient pas le tissu, qu'à ouvrir une porte qui bientôt se refermait, et étaient trop souvent suivies d'une dépression profonde, d'une fièvre lente et de symptômes nerveux et cérébraux fort inquiétants, lorsqu'ils n'étaient pas mortels.
Je dus donc avoir recours à des moyens tout différents.
De même que j'avais trouvé sur la muqueuse de l'urètre des maladies analogues à celles qui affectent les membranes muqueuses en général , maladies qui plus ou moins nuisaient à la miction, de même j'arrivai à cette conclusion que , si je pouvais parvenir à traiter dans l'intérieur de l'urètre les maladies de sa membrane muqueuse,
Mémoire qui est inséré dans la Gazette des hôpitaux des 29 avril et 4 mai 1848
Le premier de ces procédés est au concours de l'Institut depuis neuf années, comme on l'a vu dans les Réflexions préliminaires; le second viendra après que l'Académie des sciences aura statué sur le premier.
par les moyens que j'employais avec succès en dehors de ce canal, sur les autres muqueuses, je parviendrais à me rendre maître de beaucoup d'affections inguérissables jusqu'alors, et à guérir promptement celles qui demandaient, avant, des soins et des douleurs prolongées.
Or que fait-on à un aphthe dans la bouche , à une ulcération sur la sclérotique, à une végétation sur le gland, à une cicatrice qui clôt les paupières, à un anus imperforé, à un kyste développé dans la muqueuse, à une gencive tuméfiée, variqueuse ou ulcérée par des phosphates ? On pratique sur ces grandes muqueuses ces petites opérations sans conséquences et sans suites que chacun connaît. C'est ce que j'ai essayé de faire dans l'urètre.
Mais, pour obtenir ces modifications dans un canal étroit, à diamètres et à directions changeants, contractile, hors de vue , très-long, il a fallu savoir d'abord avec exactitude où étaient les parties à modifier, quelles étaient leur nature, leur forme, leur densité, leurs dimensions, et, pour cela, il a fallu trouver des instruments et des manœuvres d'exploration dont la perfection pût permettre de remplacer la vue et le tact ; il a fallu que ces instruments fussent d'une grande précision, fussent variés, pour régulariser le jugement et l'appréciation, et contrôler une sensation par une autre sensation.
Si maintenant on considère la variété extrême
fie ces parties à modifier et la variété des modifications à leur faire éprouver, on concevra que cette précision a du être développée à un plus haut degré dans les moyens mécaniques qui devaient faire disparaître l'obstacle, modifier les tissus, et conduire à bien la cicatrice , dans les cas rares où cette cicatrice devait se former, enfin dans les moyens qui devaient exécuter dans l'urètre une action d'une certaine importance.
J'ai donc été et du être un temps fort long à trouver, à modifier, à expérimenter, à admettre et à rejeter tous ces moyens, ce qui ne serait d'ailleurs resté qu'une preuve de patience, si l'efficacité de ces moyens n'était réelle.
C'est donc sur cette efficacité seule que je prends la liberté d'appeler maintenant l'attention et l'intérêt de l'Académie, et je lui demande la permission d'exposer devant elle d'une manière générale et concise les résultats que j'obtiens.
r° En général, même dans les cas les plus invétérés et dans les rétrécissements les plus étroits, je pénètre, et j'obtiens immédiatement ou presque immédiatement le rétablissement du cours des urines.
2° Le cours des urines se conserve ordinairement sans soutenir l'urètre et sans corps dilatant.
3° Si les écoulements coïncident avec des obstacles matériels, ces écoulements cessent le plus souvent lorsque l'obstacle est enlevé.
4° L'examen qui précède l'opération est quel-
quefois assez long, mais n'est pas douloureux. Bien souvent l'examen et l'opération sont faits en même temps, de manière que le malade sort guéri de chez moi la première fois qu'il y vient.
5° L'opération est presque instantanée ; presque toujours elle cause si peu de douleur, que le malade ne s'aperçoit pas quand je la pratique. Quelquefois, le malade sent les atteintes de l'instrument ou des instruments, s'en plaint ; mais presque toujours exprime après coup sa surprise en ces termes : J'ai eu plus de peur que de mal.
6° L'opération dure d'autant plus longtemps que j'ai plus de modifications à obtenir; mais, ne procédant qu'avec lenteur et sans employer de force, elle n'est jamais bien pénible.
7° Chez les vieux rétrécis, longtemps dilatés et durcis par les bougies, et surtout incisés ou brûlés, je rétablis, comme chez tous, immédiatement le cours des urines, quand il n'existe que le rétrécissement ; mais je suis quelquefois obligé d'y revenir après quelques mois. La virole ou le cylindre fibreux, refoulé par la bougie dans l'épaisseur de la membrane propre de l'urètre, vient quelquefois faire de nouveau saillie, et demande à être retouché de nouveau; mais, connaissant les lieux à l'avance (i), cette retouche est l'affaire
(1) Mes moyens d'exploration sont si précis qu'ils me permettent de prendre le dessin exact de l'urètre malade ; cela me don a e la possibilité } clans le cas où l'obstacle se reproduirait de nouveau, de l'attaquer immé-
d'un instant. Quelquefois, cependant, le cercle fibreux étant fort épais, je suis forcé de modifier profondément la partie malade; alors l'opération perd de sa mansuétude (i).
8° Sur les malades nombreux dont je vais communiquer les cas, je n'ai pas observé d'orchite , même chez ceux qui avaient antérieurement éprouvé cette complication par suite de l'usage des bougies.
90 Les fièvres à accès, qui souvent accompagnent la simple introduction des bougies, sont moins fréquentes, durent moins que lorsqu'elles sont le produit de la distension. Plusieurs malades, qui ont eu antérieurement des fièvres par suite de l'introduction inutile des bougies , n'en ont éprouvé aucune par suite de l'opération qui guérit.
i o° Je n'ai opéré aucun des nombreux malades desquels j'entretiendrai l'Académie chez eux , à l'exception cependant d'un (2). Tous sont venus chez moi, et, à la première visite, j'ai renvoyé le plus grand nombre après avoir rendu leur urètre libre.
diatement et sans recherches. Alors la régularisation est prompte, quelques minutes suffisent.
(1) Je perds chaque jour cette idée d'attaquer profondément les cas rendus réfractaires par l'usage des bougies, et par suite de Tépaississement et du refoulement des membranes altérées; je m'aperçois qu'en revenant;! l'opération bénigne par laquelle je guéris généralement, ces tissus s'amendent et se ramollissent.
(2) Ce malade est resté plusieurs jours sans connaissance, et je l'ai opéré pendant ce temps-là (observation Guillaume).
1 1 ° Beaucoup de malades qui avaient été traités dans les hôpitaux sans résultats, bien qu'ils eussent été entourés de tous les soins donnés dans les établissements hospitaliers, et qui avaient éprouvé, sous l'empire de ce traitement , des désordres graves localement et dans leur santé générale, n'ont pas éprouvé ces désordres, quoique, après l'opération, je les laissasse ordinairement vaquer avec prudence à leurs affaires.
12° En général , l'opération n'est accompagnée d'aucune effusion de sang, lorsque le rétrécissement est simple et dur; quelquefois, quelques gouttes s'écoulent , si la partie rétrécie est spongieuse. S'il y a des développements variqueux, alors le sang coule avec plus d'abondance; mais cela est, dans ces cas, provoqué sciemment pour vider les vaisseaux gonflés qui s'opposent à la miction.
i3° En général, le malade exprime éprouver plus de sensations pénibles par l'introduction d'une bougie un peu serrée que par le jeu et surtout l'introduction des instruments.
iZj0 J'ai souvent remarqué que, contrairement à ce que l'on observe ordinairement, le passage prenait plus d'ampleur quelque temps après l'opération qu'il n'en avait immédiatement après. Quelquefois, cependant, le contraire arrive; mais, après un serrement léger, le canal se conserve et la miction continue à se faire. Pourtant quelquefois, mais rarement , je suis obligé d'y revenir.
i5° Jamais je n'ai eu à regretter d'accidents locaux quelconques dépendant du jeu et de l'effet des instruments.
i6° Lorsque j'ai rencontré des cas de rétrécissements compliqués de pierre dans la vessie, je suis parvenu, lorsque cette pierre n'avait pas encore acquis un grand volume, à débarrasser le malade immédiatement et de son rétrécissement et de sa pierre.
Je voudrais aujourd'hui mettre sous les yeux de l'Académie tous les malades auxquels j'ai rendu immédiatement la fonction importante qui l'intéresse à un si haut degré ; mais, outre que cela est rendu impossible par la difficulté de les rassembler, je n'atteindrais pas mon but , qui est de lui donner la conviction qui lui serait si précieuse, celle de l'existence de moyens plus efficaces que ceux connus jusqu'à présent de remédier aux rétentions d'urine.
Je me propose, dans le but de lui donner cette conviction, de lui faire mes communications relatives aux malades opérés, entourées de toutes les preuves qui, seules, peuvent en augmenter le prix. Je présenterai peu de cas à la fois, et même je présenterai quelques- tris de ces cas isolément, pour que l'attention puk e se fixer sur chacun d'eux séparément; je risquer^ d'être même prolixe relativement aux circonstances qui ont précédé mon opération , aux tentatives qui ont été faites avant moi pour obtenir la guérison. Ces
détails donneront une idée des difficultés que j'ai dû surmonter ( i ) .
Il est aussi d'autres détails que je ne saurais omettre ; ce sont ceux qui tendront à éclairer l'étiologie des différents obstacles à la miction et surtout ceux qui ont rapport aux troubles généraux, qui dépendent de cette cause. Il est enfin d'autres remarques sûr lesquelles j'insisterai particulièrement ; ce sont celles au moyen desquelles je signalerai les désastreux effets de quelques modes de traitement généralement usités, et qui ont reçu une certaine sanction, même par les autorités scientifiques.
J'aurai soin de joindre aux observations les indications pour retrouver les malades opérés, afin que l'Académie puisse suivre les résultats dans l'avenir; enfin, je joindrai le nom des chirurgiens qui pourront donner sur les cas que je présenterai les renseignements utiles.
Beaucoup de mes malades ne sont venus à moi qu'après avoir reçu les soins d'autres opérateurs ; ce sont naturellement les cas les plus précieux pour la science et ceux qui doivent à un plus haut degré attirer l'attention de l'Académie. Je citerai les noms de ces chirurgiens, parmi les-
(1) On excusera donc la longueur de certaines des observations que je publie ; car, dans des études précises et détaillées des malades rétrécis, il y a beaucoup d'éléments d'instruction. Je reviendrai sur ces observations lorsque je m'occuperai, d'une manière générale, des maladies concomitantes des rétrécissements et dépendantes de cette affection.
quels il en est d'ailleurs qui ont bien voulu m'adresser leurs malades réfractaires, mais dans la seule intention de prouver que, si des hommes d'une grande habitude et d'une grande adresse ont échoué, il a fallu que les moyens qui m'ont fait réussir aient réellement une importance digne d'attirer l'attention de l'Académie.
J'ai l'espoir que les chirurgiens distingués que je citerai verront, dans la mention que je me permettrai de faire d'eux, une preuve de considération, car on ne saurait être fier d'avoir obtenu des succès là où auraient échoué des hommes sans renommée et surtout sans mérite ; ils y verront aussi une preuve de convenance, car je ne saurais avec justice placer devant l'Académie des détails que je ne tiens que des malades, sans donner à ceux qui y sont intéressés la possibilité de contrôle.
Si j'obtenais les résultats dont j'ai eu l'honneur d'entretenir l'Académie dans ce Mémoire avec un seul moyen, un seul instrument et une seule manœuvre, je m'empresserais de mettre ces détails sous ses yeux ; mais malheureusement le but que je me proposais d'atteindre exigeait des moyens variés et conséquemment nombreux. J'en présenterais bien l'ensemble à l'Académie; mais, outre que je craindrais de lui donner une idée fausse par une exhibition en bloc, je craindrais aussi de donner lieu à cette critique empressée que pourrait faire naître un coup d'œil général sans exposé
de but et de motif, et surtout sans application. Or cette critique si prompte, bien que certainement toujours sincère, n'en a pas moins de fâcheux effets.
Je crois donc être plus conforme aux prudentes et bienveillantes intentions de l'Académie en lui faisant une communication séparée de chacune de ces combinaisons, en même temps que j 'en publierai le dessin; c est , je crois, le seul moyen de me rendre lucide et précis, sans trop fatiguer son attention, et aussi de conserver, s'il est possible, mes justes droits mieux que je ne les ai conservés jusqu'à présent (i).
En attendant cette publication, j'ai l'honneur de déposer, dès à présent, entre les mains de M. le président, un paquet cacheté contenant l'indication des procédés que j'emploie (2).
Comme je ne voudrais pas faire croire à l'Académie à des succès en lui présentant des moyens qui, certainement à mon insu, pourraient fort bien ne pas guérir, je la supplierai de ne pas tenir compte, quant à présent, des communications que je lui ferai relativement à mes procédés. Il existe maintenant dans la science, ou plutôt dans la publicité, assez de combinaisons sans ré-
(1) On a vu en quoi mes justes droits ont été lésés, et on me pardonnera ma prudence.
(2) L'Académie m'a opposé, comme on l'a vu, son usage de connaître les moyens avant de constater les résultats ; or, comme d'en agir autrement était la condition que je mettais à la communication de mes procédés, j'ai retiré mon paquet. Je mettrai d'autres conditions.
sultat pour que je désire ne pas paraître, même un moment, en augmenter le nombre (i). Je dé-
(1) Il se commet, au moyen des commuaications faites à l'Académie des sciences et à l'Académie de médecine , de bien fâcheux abus. Ces abus , qui font que le vrai producteur jette son eau pure dans un bourbier, consistent à présenter à ces corps savants de faux instruments , de faux moyens, de faux mémoires, etc., pour s'en faire l'étoffe d'une affiche à bon marché; cela est annoncé ordinairement in extenso dans les journaux médicaux et, par suite, reproduit au besoin dans les grands journaux, et fait gonfler le nom du spéculateur. Si ces honnêtes gens communiquaient des faits de guérisons prouvées, au lieu de faux moyens, le public médical ne serait pas trompé; car le fait de guérison constatée est de sa nalurepur et sans tac/te. On voit le genre de contact que j'ai voulu éviter en demandant à l'Académie de constater d'abord mes faits.
Ce n'est pas tout : comme ces spéculateurs se font aiusi la réputation d'inventeurs, bien qu'il ne reste rien des riens affichés , il s'ensuit que, s'il parait une œuvre utile, ces messieurs la disputent à son auteur au moyen de ressemblances qui ne peuvent manquer de se rencontrer, car un instrument qui parcourt l'urètre ressemble un peu à un instrument construit dans le même but ; de là, des luttes que l'honuéte homme abandonne avec son œuvre, et dont l'autre homme sait profiter.
Bien heureux encore l'auteur, si le spéculateur n'emploie pas clandestinement l'œuvre utile , n'en tire des résultats heureux , et n'attribue ces résultats à ses ineptes affiches, qui, sanctionnées par cette tromperie, vont empoisonner la pratique générale.
Bien plus heureux encore cet auteur, si son œuvre corrigée n'est pas mal employée, et si l'ignorant maladroit ne s'en prend pas à l'œuvre qu'il détruit plutôt qu'à ses sottes modifications.
Ceux-là étranglent le travailleur ; mais il en est d'autres, moins cruels, qui ne laissent pas de le tourmenter, et de rendre sa vie nébuleuse, houleuse et nauséeuse. — Le savaut à science incertaine qui lui fait concurrence avec des livres de commande qu'il ne sait même pas lire; — celui qui, menteur impudent, lui oppose de faux résultats et arrête la science ; — celui qui, déshonnête, le dépouille par le simple changement du nom de son œuvre; — celui qui, pauvre de chez lui, se fait à lui-même supposition de paternité; — celui qui fait une édition à son nom de l'œuvre qui parait; — celui qui lutte avec lui, et qui remplace le mérite par l'affectueuse salutation, les tendresses de main, les yeux suppliants, et les doux sons du violon ; — celui qui spécule en lectures académiques, et qui enterre de vrais travaux sous le fumier de ses affiches; — celui qui, filou honteux, tait le nom de l'auteur en employant son moyen; — celui qui bêtement estropie l'auteur et lui reproche de ne pas marcher; — celui qui nie l'invention à l'inventeur qui le nourrit; — celui qui I'entraine, pour
sire donc que l'Académie veuille bien constater, d'abord, si les guérisons sont obtenues, si elles sont obtenues dans la plupart des cas aussi
revendiquer son bien, dans la fange d'une polémique réprouvée; — le lâche qui ameute contre lui le peuple en colore; — celui qui enlève l'œuvre à force ouverte pour avoir l'avantage d'être appelé fripon, alin qu'on ne l'oublie pas; — l'homme vil qui cherche à capter sa confiance pour en mésuser;— le pseudo-spadassin-double-lièvre qui, pour conserver les fruits d'un vol, l'insulte avec bruit, fait les gros yeux, et puis va se ca cher; — le méchant homme qui fait la mauvaise action avec décorum, et qui se met à l'abri de sa dignité lorsqu'on le fustige; — celui qui dérobe une idée dans le silence, la déflore sans fruit , et qui exclame avec bruit , sous la vivacité du reproche; — celui qui fait de gros livres, pour que sa nullité se perde dans l'espace; — celui qui ne semble pas comprendre qu'un travail confié à des juges est un dépôt inviolable, et qui viole ce dépôt; — celui qui bave l'injure et le mensonge de si bas que l'indignation, fuyant devant le dégoût, ne peut plus descendre jusqu'à lui ; — le déshérité de sens moral dont le contact le remplit d'horreur ; — le libelliste qui traîtreusement use contre lui d'une arme qui ne peut servir à l'honnête homme ; — l'afficheur qui se présente aux académies pour faire croire à des droits ; — l'àne qui y entre effectivement pour y balancer ses oreilles ;
— celui qui dérobe le titre d'un travail utile pour dorer des niaiseries; — les pamphlétaires associés qui se soufflettent pour profiter du bruit; — le sot qui prend du corps par le mutisme; — le brutal qui joue l'infaillible;
— le faux sensible qui geint en chevrottant pour confisquer le malade attendri, — le roué qui le dupe, — le madré qui le joue, — l'envieux qui le rabaisse, le calomniateur qui l'assassine, le menteur qui le ruine, l'afficheur qui l'efface, l'intrigant qui le domine, l'audacieux qui l'écrase, le soudoyé qui l'attaque; le vil simoniaque qui le vend; le plus cruel de tous enfin, celui qui salit et qui offense de ses- louanges impures et de ses tendresses empoisonnées l'homme qu'il a trahi, qu'il a calomnié, qu'il a blessé, et qui le méprise. Tous ces frelons armés de venin, qui, sans produire, bourdonnent sans cesse, ces vers qui grouillent et dévorent, semblent être ici-bas destinés à s'engraisser des fruits du travail d'autrui, travail que souvent ils ne comprennent pas et que toujours ils déshonorent.
Que pouvait donc faire un pauvre auteur en si honnête société ? Que pouvait-il faire, si ce n'est de se résoudre, pendant dix années, à un silence tristement contemplatif? Que peut-il faire, maintenant que par devoir il faut parler, si ce n'est de cacher ses œuvres jusqu'à ce qu'elles aient reçu par les faits patents une sanction reconnue ?
Est il donc juste qu'à la fatigue et aux sacrifices qu'il a dû supporter il s'ajoute d'autres fatigues et d'autres sacrifices? L'auteur utile est-il
proinptement que je le lui dis, et alors elle s'occupera d'examiner plus particulièrement
les moyens que j'emploie et les effets de ces moyens (i), sans courir le risque de perdre un temps précieux. // est logique, je crois, de mon-
donc une proie , et est-ce ainsi qu'on veut lui prouver la reconnaissance publique?
Oh ! gouvernants, quand voudrez-vous donc faire des lois?
(1) Je n'aurais pas permis et je ne permettrai d'étudier autrement les effets de nies moyens que lorsque d'abord et avant tout ils seront employés publiquement, par mes propres mains, dans un service spécial , et loin de tout contrôle.
La constatation préliminaire de mes faits de yuérison que je voulais obtenir de l'Académie de médecine eût légitimé cette conduite de la part de l'administration. Tant qu'il n'en sera pas ainsi, mon œuvre pourra être compromise comme est compromise et déshonorée maintenant ma lilhotripsie, et je dois, dans l'intérêt de la science, persister dans ma détermination.
C'est donc une condition sine qua non que je mettrai à la communication de mes procédés.
J'ai trop souffert d'avoir agi autrement, et on ne peut se figurer le tourment qu'éprouve un auteur de procédés , et de procédés aussi composés que ceux qui font l'objet de mes études, de voir appliquer gauchement, lourdement, et incomplètement, ce qu'il a mis tant de temps h étudier et à perfectionner. C'est un supplice à ne pas le croire.
Et dire que tout cela se fait avec autorité , avec despotisme, par des messieurs qui se supposent et que l'on croit intelligents, parce qu'ils ont fait preuve de mémoire; qui se supposent adroits, parce qu'après dix ans d'exercice ils sont parvenus à vaincre la difficulté d'amputer une jambe ou un sein, d'ouvrir un abcès ou de lier la sous-clavière ou la crurale ; qui se supposent le droit de s'établir maitres et juges de ce qu'ils ne se donnent pas la peine d'étudier, et conséquemment de ce qu'ils ne comprennent même pas; qui se supposent connaître la fine chirurgie, parce qu'ils ont appris à faire la grosse ! Je dis cela avec un peu d'humeur, parce que ces messieurs sont parfois trop entiers et trop intolérants.
J'ai, pour mon malheur, assisté à deux opérations de lithotritie faites devant moi, à titre de compliment. J'ai d'abord eu beaucoup de peine à faire comprendre aux opérateurs que les instruments et les procèdes qu'ils employaient ne ressemblaient nullement aux miens, dont ils voulaient me faire voir l'emploi comme en étant l'inventeur. Bon gré mal gré , il a fallu que j'en passasse par là, et que je me laissasse per-
trer d abord les effets pour intéresser à la cause.
Que l'Académie , pleine d'une patience dont je la remercie , me permette une dernière observation.
Il est un point d'une haute importance en fait
suader que j'étais l'auteur des ridicules engins qui fonctionnaient devant moi.
Bref, je sentis, pendant les manœuvres orageuses qui furent faites, des palpitations de cœur, des étouffements, des étranglements, et des mouvements d'entrailles à ne pouvoir définir, et que je dus dissimuler sous une charmante apparence de satisfaction et même d'admiration pressée, ainsi que le voulaient la politesse et mon indisposition.
Je le dis , la situation était vraiment cruelle ; je n'y pense pas sans frémir. Cela a passé avec difticulté pour la première fois, mais, à la seconde, je me suis bien promis qu'on ne m'y reprendrait plus. C'est pour cela qu'on ne me voit pas dans les endroits où l'on m'exécute avec si peu de charité.
Y a-t-il quelque chose qui soit plus contre le bon sens que de donner l'emploi d'un moyen de guérir dans les hôpitaux à un autre qu'à celui qui l'a inventé; et, de la part de celui-là, y a-t-il outrecuidance à exiger qu'il en soit autrement? Sans doute il faut que le moyen soit généralement employé, mais encore faut-il un contrôle dans l'intérêt de la science et de l'auteur, et quel contrôle plus légitime que l'emploi comparatif fait par l'auteur lui-même ?
Vous donnez les places d'hôpitaux à la mémoire, et vous les refusez au génie; vous n'êtes pas conséquents, car l'invention précède et domine la mémoire, et l'inventeur utile a droit de se plaindre et de refuser son con- . cours.
Voyez la position que vous faites à l'homme utile qui découvre ou qui invente; vous le mettez dans la main du premier sansonnet venu, et cela, sans qu'il ait à répondre et à résister à la démolition de son œuvre ; c'est encore pis lorsque vous confiez , sans contrôle, l'application générale de cette œuvre à un homme qui n'est pas même un sansonnet, et qui quelquefois pourrait bien être un homme complètement nul , si ce n'est pis.
Je ne parle pas ici pour moi , qui ne veux pas de place dans les hôpitaux; mais pour arriver à cette conclusion : qu'il devrait exister une institution où tout docteur en médecine pourrait employer publiquement sur ses propres malades, et au même titre que les chirurgiens d'hôpitaux, les moyens de guérir résultant de son invention, et professer sur lesdits moyens.
de traitement des obstacles à la miction, c'est celui qui est relatif à la durée du bien-être qui suit le traitement. Cette considération est une circonstance qui remet sans doute à bien loin l'appréciation complète de mes procédés par l'Académie ; cependant je ne puis omettre de dire maintenant que je compte des malades guéris , et sans récidive, déjà depuis quinze années. Ce sont des malades que j'ai opérés à l'étranger ; quant à ceux que j'ai opérés en France depuis mon retour (i), il en est dont la guérison date déjà de plusieurs années. Du reste, il est dans l'effet de mes procédés une circonstance qui doit frapper sous ce rapport l'attention de l'Académie : je rends immédiatement la faculté de miction. Si effectivement mes procédés ont cette propriété , ne puis-je pas, si cette faculté se perd de nouveau, la rendre de nouveau avec la même promptitude? En cela seul n'y a-t-il pas pour le malade, comparativement aux autres traitements, économie de temps, d'ennui et de souffrances ? n'y a-t-il pas bienfait, lors même que, semblables aux autres traitements connus, mes guérisons manqueraient de permanence ?
Pour désigner le traitement que je mets en usage d'une manière qui fasse bien comprendre et son esprit et son but , je l'appelle éclectique immédiat. Eclectique, parce que je choisis le pro-
(1) Je suis de retour en France depuis 1845.
cédé selon la modification à obtenir; immédiat, parce que mon but, auquel je parviens presque toujours, est d'obtenir la guérison immédiate.
A un obstacle physique j'oppose le moyen physique qui doit le surmonter ; ainsi, il y a effet immédiat : sublata causa, tollitur effectus. Cela explique la promptitude de mes résultats.
Ce Mémoire n'étant que Y introduction à l'exposé d'un système nouveau, je demande à l'Académie de ne nommer des rapporteurs que lorsque mon exposition sera complétée et par la communication de l'histoire des malades opérés, par celle des instruments que j'emploie, et par celle des manœuvres qui rendent l'action de ces instruments peu douloureuse et productive de bons effets (i).
J'ai l'honneur de mettre sous les yeux de l'Académie les observations de malades guéris avec la promptitude que je lui ai annoncée.
(I) Ce Mémoire a été lu devant l'Académie impériale de médecine, la première partie, dans la séance du 22 août, et la seconde partie, dans la séance du 29 août 1854.
1859. — Je prie mes lecteurs de vouloir bien faire accorder le paragraphe auquel tient cette note avec le non avenu de M. le président, non avenc qui décore mon introduction à cette deuxième édition.