‹ Rétrécissements de l'urètreChapitre 7 sur 19 · AUTRES OBSTACLES MATÉRIELS AU COURS DES URINES · texte numérisé non relu

AUTRES OBSTACLES MATÉRIELS AU COURS DES URINES

Plusieurs blcnnorrhagies. — Rétrécissement depuis vingt ans. — Traitement par les bougies. — Fièvre d'accès venant après les introductions de bougies. — Rétrécissement composé. — Poche profonde. — Opération le 23 avril 1853. — Rétablissement immédiat. — Bien-être continuant depuis six ans et demi.

(Envoya par M. le Dr Hugcier.)

Le 22 avril 1853, M. Dupoux, sergent de ville, demeurant à Batignolles, grand'rue, 23, m'est amené par un malade que j'avais guéri, M. Dambrin (observation, p. 118), et de la part de M. Huguier. Je lui dis de revenir le lendemain 23, pour être opéré. Effectivement le lendemain je l'opérai, et je lui rendis la liberté de son canal.

Quelques mois après l'opération, je lui demandai de me dire les circonstances qui avaient précédé cette opération, et voilà ce qu'il me raconta :

« Je suis âgé de 48 ans, et, depuis l'âge de 21 ans, j'ai eu plu- « sieurs blennorrhagies. Mon canal se rétrécit pendant vingt ans.

« sans que je m'en aperçusse; cependant je sentais bien, sans « m'en rendre compte, que, de jour en jour, j'étais plus long à « rendre mes urines. Il y a à peu près deux années, ma difficulté « d'uriner s'accrut tellement, que je fus obligé de mettre des « bougies; je les entrai facilement, et cela me donnait plus de « jet. Cependant il arriva un moment où je ne pus pas les intro- « duire (1). Je restai cinq mois sans en mettre, et, bientôt, mes « urines coulant de plus en plus difficilement, j'insistai sur la « bougie, mais je me blessai et je me fis saigner.

« Je pris une fièvre violente; je fis appeler M. le Dr Lecomte, o des Batignolles, qui me traita de la fièvre, et non du tout du « rétrécissement. Au bout de deux mois environ, lorsque je fus « guéri de ladite fièvre, je fus consulter M. Huguier, à l'hôpital « Beaujon, qui m'introduisit une très-petite bougie, que l'on me « dit être dans la vessie; mais je n'en pissai pas mieux (2), et je « repris une fièvre violente, avec grands frissons et sueurs. Trois

(1) On croit généralement que les bougies viennent toujours à howide dilater les rétrécissements, c'est une grande erreur; bien souvent elles sont vaincues par le rétrécissement; on en verra de fréquents exemples si on lit les observations qui suivent. Il restera acquis, après cette lecture, que puisque les rétrécissements marcbent souvent, quand même, et malgré la bougie, ils se durcissent et deviennent calleux, tout en devenant plus étroits; car le combat entre la bougie et le rétrécissement ne peut que produire cet effet.

Ainsi la bougie : 1° souvent ne dilate pas le rétrécissement; 2° souvent ne l'empêche pas de se contracter impassiblement ; 3° très-souvent, si ce n'est toujours, le durcit et le rend calleux, et 4° très-souvent donne de terribles fièvres.

Pour prévenir cela, les exemples ne manqueront pas ; et, dans le cours des observations, je soulignerai les endroits qui mettront en lumière cette grande et importante vérité.

(2) Il faut bien se rappeler que je fais la guerre aux bougies, et que j'ai en vue de démontrer leur impuissance et leur nocuité. Pour donner cette démonstration, il faut que je les prenne en flagrant délit dans les plus habiles mains; car de ce qu'une personne maladroite n'introduirait pas une bougie, cela ne prouverait rien contre elle. Si donc une bougie ne fait pas uriner les malades et leur donne la fièvre dans les mains de mon adroit et expérimenté confrère, elle faillira dans les mains de bien d'autres, comme elles ont failli du reste dans les miennes, lorsque autrefois je n'avais que ce moyen de remédier aux angoisses des rétrécis.

« jours après, je retournai à l'hôpital Beaujon rendre compte à « M. Huguier de ce qui s'était passé; il me conseilla de rester à « l'hôpital et m'assura qu'il me guérirait. J'y restai douze jours, « au bout desquels je déclarai à ces messieurs que je ne pouvais « plus supporter la présence des petites bougies, qui chaque fois « me donnait la fièvre et ne m'avançait à rien.

«M. Huguier m'accorda la sortie, en me conseillant de m'aa dresser à M. le baron Heurteloup, de sa part.

« C'est ce que je fis. Je me rendis chez ce médecin le 22 avril « 1853; ii me conseilla de prendre pour le lendemain un bain « et un lavement , et de me rendre chez lui le lendemain « 23 avril.

« Je me rendis chez M. Heurteloup avec M. Dambrin (obsera vation, p. 118), qui venait detre opéré et d'être guéri par le « même chirurgien, et qui, de même que moi, lui avait été envoyé par M. Huguier. Entre deux et trois heures, M. Heurle- « loup me rendit la faculté d'uriner, par une opération qui me « parut moins douloureuse que lorsqu'on m'introduisait la moin- « dre bougie. Cette opération ne fut accompagnée d'aucune « effusion de sang, et, à ma grande surprise, ne me donna « aucune fièvre.

« Après cette opération, je repris mon service de sergent de «ville aux Batignolles; seulement, je pris quelques jours de « repos pour me remettre des accès de fièvre que m'avaient cau- « ses les introductions des bougies qui avaient été faites avant « l'opération qui m'avait guéri.

« Aujourd'hui, 20 mai , je me trouve encore quelque peu sous « l'influence des suites de ces fièvres, mais le jet de mes urines « est plein, facile, et je vide ma vessie avec promptitude et sans ce aucune douleur. »

Aujourd'hui, 3 août 1854, quinze mois après l'opération, M. Dupoux continue à se bien porter, à bien uriner, est devenu un homme vigoureux, de squelette qu'il était, et demeure maintenant au commissariat de police à Batignolles.

Son rétrécissement commençait à 10 centimètres; de 10 centimètres à 14, valvules enchevêtrées et fibreuses; de 14 à 16 centimètres 1/2, rétrécissement fibreux de 2 centimètres, recevant à peine un calibre île 2 millimètres. Outre cela, poche profonde

au niveau du ligament triangulaire , que j'ai dû modifier plus tard , purement pour plaire au malade, car la miction s'opérait bien.

Aujourd'hui , 7 décembre 1854, M. Dupoux est dans un état parfait.

Cité Rodier, 10.

Voici la réponse de M. Dupoux aux trois questions contenues dans la note de la page 9 pour constater son état actuel.

Paris, ce 28 mars 1859.

Monsieur le Baron,

En réponse à votre lettre, je viens, par la présente; vous prier de vouloir bien recevoir mes très-humbles actions de grâce et remercîments du bien-être que j'éprouve depuis votre opération. Je continue d'aller trèsbien et ne puis revenir de l'étonnement du peu de souffrance que j'ai éprouvée pendant l'opération ni de la suite; quand je pense que l'introduction de la joindre bougie me faisait souffrir mille fois plus, et la fièvre qui en était toujours la suite... Enfin , soyez béni.

Je regrette , Monsieur le Baron , que mon service me laisse si peu de temps, car j'irais vous remercier souvent moi-même , dussé-je me rendre importun.

Agréez, Monsieur le Baron , les très-humbles respects de votre serviteur,

Dupoux.

Rue Rodier, 10.

Trois blennorrhagies, dont la dernière en 1847. — Diminution du jet de l'urine arrivée à son maximum en cinq années. — Rétention complète.

— Rétrécissement de 3 centimètres à valvulet tes fibreuses. — Opération.

— Rétablissement immédiat. — Persistance du bien-être depuis cinq ans.

[Amené par M. Jules Isaac, son médecin.)

M. Bêche (Hippolyte), 32 ans, serrurier, rue Fontaine-au- Roi, 40, ancien militaire ayant servi en Afrique, bonne constitution, quoique très-nerveux, a contracté en 1847 une blennorrhagie pour la troisième fois. Entré à l'hôpital militaire d'Alger pour se faire traiter, il y resta deux mois. Depuis 1847, époque à laquelle l'écoulement fut arrêté, M. Bêche ne s'aperçut pas d'une manière bien évidente d'une diminution dans le volume du jet de ses urines; cependant cette diminution s'opéra; car, il y a quatre mois (en octobre 18521, il commença à éprouver des douleurs en urinant, douleurs qui le déterminèrent à porter son attention sur la manière dont Pacte d'uriner s'opérait. A sa grande surprise, il s'aperçut que le jet de ses urines, qu'il avait connu autrefois large et puissant , était arrivé à un degré de ténuité extrême. Pendant quatre mois, M. Bêche urina avec une difficulté croissante, jusqu'à ce que le jet devînt de la grosseur d'une aiguille à tricoter, jet qui se changeait en gouttes sortant avec difficulté et grand ténesme. Cet état dura jusqu'au 8 mars 1853, époque à laquelle il fut pris d'une rétention complète, qui engagea son médecin, M. Jules Isaac, à me l'amener.

Je trouvai, à 3 centimètres au delà du ligament triangulaire, un rétrécissement de 3 centimètres de longueur, parsemé de valvulettes fibreuses que je fis disparaître immédiatement sans grande sensation pénible et peut-être en faisant perdre une goutte de sang.

M. Bêche, de retour chez lui, se vit possesseur d'un jet d'urine comme (suivant son expression) il ne se rappelle pas en avoir vu un pareil.

Le lendemain, 9 mars, je corrigeai quelques irrégularités et je le déclarai guéri.

L'obstacle qui empêchait la miction chez ce malade était fibreux, en ligne droite, très-étroit, admettant serrée une bougie d'un millimètre 1/3. La sensibilité était peu grande, aussi fut-il promptement opéré et guéri. L'opération dura deux minutes, et l'examen huit ou dix.

Aujourd'hui 3 juillet 1854, je reçois la réponse de M. Jules Isaac, médecin de M. Bêche, auquel j'avais écrit pour avoir des nouvelles de son malade. M. Jules Isaac m'écrit que M. Bêche, qu'il est allé voir exprès, a continué à se bien porter depuis l'opération, qu'il continue à uriner très-largement, et que, en un mot, mon opération a eu un plein succès.

Aujourd'hui 8 décembre 1854, M. Bêche continue à se bien porter.

Jl demeure toujours rue Fontaine-au-Roi , 40.

Je n'ai pu retrouver M. Bêche, et pour avoir de ses nouvelles, je me suis adressé à son médecin ordinaire, duquel j'imprime la réponse. D'après cette réponse, on voit que le bien-être de M. Bêche a duré bien longtemps, et que sa guérison peut être comptée au nombre des guérisons permanentes.

Paris, ce 2 avril 1859.

Mon cher Baron ,

J'ai perdu de vue votre malade, M. Bêche; il ne demeure plus oh il demeurait. Tout ce que je puis vous dire, c'est que je l'ai suivi, jusques il y a dix-huit mois, à peu près, et qu'alors son état était en tout semblable à celui clans lequel vous l'aviez mis et que je constatai dans le temps.

Le capitaine /..., que je vous ai envoyé dernièrement, va au, mieux, est tout enchanté, et s'étonne que vous l'ayez mis aussi vite et si doucement dans l'état prospère où il se trouve.

Votre bien dévoué,

J. Isaac , médecin.

Rue Saint-Louis, 88 {au Marais).

J'ai dit plus haut que la guérison de M. Bêche pouvait être comptée au nombre des guérisons permanentes. Je profite de cette occasion pour poser ici une des bases du système de Yauthentiçitê suivie appliqué à la constatation des résultats de la thérapeutique. Je considère les faits de guérison sous trois points de vue principaux : 1° sous le point de vue de la promptitude, dont le mot immédiat indique la perfection; 2° sous le point de vue de la durée, dont le mot permanence , étayé de la date, exprime le degré; et 3° sous le point de vue de la perfection de la guérison , dont le mot guérison radicale exprime le fait.

En logique, il n'y a que la mort naturelle du malade opéré qui puisse autoriser à prononcer les mots guérison radicale; rar il n'y a que la mort qui puisse autoriser à dire que le mal ne reviendra pas. Je parle ici de rétrécissements de l'urètre seulement. Cet aperçu, appliqué aux autres maladies, ne manquerait pas de présenter des points intéressants à examiner.

lilennorrhagie à 20 ans. — Rétrécissement depuis trente-deux ans. — Débridement par le procédé de M.Guïllon. — Perte du testicule. — Retour dur étrécissement avec tissu cicatriciel. — Tentatives réitérées pour le franchir. — Insuccès. — Envoi à M. Heurteloup. — Opération Zel2mail855. — Rétablissement immédiat. — Bien-être persistant depuis six ans et demi.

{.Envoyé par MM. les Drs Guillon et Cosson.)

M. Fbaigneau, rue de Glichy, 20, 52 ans, rentier, a contracté une blennorrhagie à l'âge de 20 ans; cette blennorrhagie est la seule qu'ait eue le malade ; elle dura quatre années, malgré les traitements les plus énergiques qui lui furent administrés dans le temps, spécialement par M. le Dr Burel, de Rouen. Cette blennorrhagie cessa enfin , mais seulement lorsque M. Fraigneau eût été atteint d'une violente fluxion de poitrine, inflammation qui mit ses jours en danger pendant plusieurs semaines. Ce qui fut remarquable, c'est que la cessation de cette pneumonie fut accompagnée d'une recrudescence de l'écoulement par la verge, qui dura quelques jours; cet écoulement fut si considérable que le premier matelas du lit en fut, suivant le dire du malade, traversé. Après cette recrudescence , la pneumonie cessa entièrement.

t Cette cessation de l'écoulement ne fut accompagnée, à ce que pensait alors M. Fraigneau, d'aucune diminution dans le jet de l'urine; mais, en J836, il fut détrompé, car il fut pris subitement d'une rétention complète. 11 consulta M. le Dr Cosson, qui lui conseilla l'usage des bougies, que M. Fraigneau parvint à s'introduire, mais dont il fut forcé de diminuer le volume à mesure que le rétrécissement prenait de la dureté et de l'étroitesse (1).

t M. Fraigneau vécut ainsi jusqu'en 184-6, époque à laquelle le rétrécissement était devenu si considérable qu'il interceptait presque complètement le cours des urines. Alors il se décida à

(1) Voilà encore une fois le rétrécissement vainqueur de la bougie.

se mettre entre les mains de M. le Dr Guillon , qui commença par introduire des petites bougies de baleine dont il augmenta progressivement le volume. Ce traitement préparatoire dura deux mois (1), pendant lesquels M. Fraigneau allait se faire dilater tous 1rs deux jours. Cette dilatalion fut accompagnée de maux de reins considérables; et, au bout de ces deux mois, M. le Dr Guillon introduisit dans l'urètre un instrument armé de lames, avec lesquelles le canal fut divisé dans plusieurs directions à l'endroit du rétrécissement. Cette opération produisit une perte de sang qui, suivant le malade, ne fut pas considérable (pas le quart d'un verre); elle fut assez pénible, quoique la douleur tut supportable ; seulement, cette douleur fut assez vive, lors de l'émission des urines, pour arracher des larmes au malade.

M. Fraigneau, après avoir été opéré ainsi, fut pris inopinément d'une grande, douleur testiculaire, accompagnée de gonflement. M. Guillon, appelé, ordonna des applications froides; mais le malade, s'en étant trouvé plus mal, appela M. Cosson, qui employa des moyens largement antiphlogistiques, qui firent cesser les accidents aigus. Nonobstant, un abcès se forma dans le testicule, qui fut ouvert par M. Cosson; par l'ouverture faite, la substance testiculaire sortit sous forme de filaments, et le malade perdit cet organe.

M. Fraigneau se rétablit de cet accident, et conserva son canal deux ou trois ans en s'introduisant des sondes pour en maintenir le calibre; mais le rétrécissement revint soit malgré les sondes, soit aussi parce qu'il négligea de les employer. (M. Fraigneau, qui me dicte son cas, aurait peut-être raison de dire, soit " cause des sondes; encore une fois, la plus grande cause de la dureté du rétrécissement est la sonde.)

Il fallut donc en venir à se soumettre à un nouveau traitement, et M. Fraigneau se décida, après plusieurs jours d'hésitation, à aller retrouver M. Guillon.

«M. Guillon (dit textuellement M. Fraigneau) me sonda huit à dix fois sans aucuir*ésullat, et, voyant qu'il n'arrivait à rien,

(1) Je répète que jamais je ne fais de ces traitements préparatoires qui durent si longtemps; je procède immédiatement à désoblitérer le canal.

il me dit : « 11 y a vingt-sept ans que je traite ces maladies, et il « ne m'est jamais arrivé ce qui m'arrive avec vous. , . Je vais maince tenant vous parler en ami, et non en médecin. Je vous engage « à aller trouver M. Heurteloup, rue Louis-le-Grand, 31 ; on dit « qu'il possède des moyens plus efficaces que les miens pour « traverser les rétrécissements et arriver à la vessie. »

Cependant, avant de venir à moi, M. Fraigneau se mit entre les mains de M. le Dr Matis, qui le sondait deux fois par jour avec des bougies en cire, qu'il introduisait dans le commencement du rétrécissement. Les bougies en baleine furent également mises en usage pour pénétrer ; mais, chaque fois qu'elles étaient employées, le malade avait la fièvre (1).

Il renonça donc à ce traitement, et, sur l'invitation pressante de M. Gosson, il vint me trouver le 46 avril 1853.

Alors les urines s'écoulaient goutte à goutte, avec des ténesmes violents, de grands efforts ; la vessie était distendue par les urines accumulées ; des douleurs vives se faisaient sentir dans les flancs et dans l'hypogastre; le malade était amaigri, défait et sans force; il répandait une odeur d'urine.

J'examinai M. Fraigneau les 19 et 24 avril , et ayant besoin de modifications à des instruments que nécessitait le cas que j'avais sous les yeux, je ne pus opérer que le 12 mai 1853 (2).

Je trouvai un canal converti en une corde fibreuse de 13 centimètres jusqu'au col ; cette corde était percée dans sa longueur d'unpertuis d'un millimètre au plus. Je détruisis progressivement

(1) La fièvre d'accès qui suit l'introduction des bougies est d'autant plus imminente que la bougie est plus dure. La bougie de baleine la produit plus que toutes les autres. La bougie de cire passe mieux, parce que, molle, elle se prête aux sinuosités du canal, mais elle est très-irritante; elle est souvent employée, à cause de la facilité de son introduction dans un canal assez ouvert. Les chirurgiens peu adroits la préfèrent, mais, encore une fois, elle est tres-irritante , et développe plus que les autres les accès de fièvre intermittente.

N'employant jamais de bougies pour dilater et faisant de suite un passage, j'ai rarement des lièvres d'accès.

(2) Malgré le grand nombre d'instruments que je possède, je suis, comme ou le voit, quelquefois forcé d'en faire disposer pour des cas particuliers.

et promptement cette paroi fibreuse, et j'arrivai, clans la même séance , dans la vessie , et je pus introduire une sonde de gomme de 6 millimètres de diamètre , que le malade place, aujourd'hui 20 avril 1854, simplement pour montrer le diamètre de son canal, avec la même facilité qu'immédiatement après l'opération.

La miction s'opère parfaitement bien.

Une pneumonie qui rappelle un écoulement urétral estime chose d'autant plus rare que c'est le contraire qui arrive ordinairement ; il faut donc remarquer cette circonstance dans le cas de M. Fraigneau.

Ce qui est encore à remarquer, c'est que, pendant le temps que je faisais faire les instruments qui m'étaient nécessaires , M. Fraigneau, pressé par une forte envie d'uriner, fit usage de sa bougie pour donner issue à l'urine. Il eut, par suite de cette tentative, une fièvre à intermittence qui dura plusieurs jours. On a vu qu'en général, chez ce malade, les tentatives d'introduction de bougies dures produisent les mêmes accès... Eh bien, l'opération qui guérit M. Fraigneau fut tout à fait exempte d'un semblable accident; il n'eut pas le moindre frisson ni le plus petit dérangement dans sa santé.

Un mois après l'opération, -M. Fraigneau avait repris un embonpoint et une fraîcheur remarquables.

Aujourd'hui, 0 novembre 185i, M. Fraigneau m'écrit que ses voies ur inaires sont en très-bon état, que sa santé est tout à fait rétablie, et que, depuis mon opération, il n'a éprouvé aucune indisposition ni aucune des fièvres qu'il avait continuellement. Il demeure toujours rue de Clichy, 20.

Voici la lettre de M. Fraigneau, en réponse aux questions posées dans la note de la page 9.

Paris, ce 16 avril 1859 Monsieur le Baron ,

Depuis l'opération que vous m'avez faite il y a cinq ans, je me suis toujours bien porté ; les fièvres et tes coliques se sont passées, enfin toutes

les autres maladies occasionnées par cette défunte rétention sont disparues.

Il faut réellement avoir bien peu de courage, ou se faire une chimère d'une opération si simple et si peu douloureuse, telle qu'est la vôtre, pour ne pas y recourir, et se servir comme je l'ai fait à mon vif regret, avant cette époque, de bougies qui m'ont fait uriner, il est vrai, mais aussi qui m'ont donné une inflammation dans la vessie et n'ont pas eu le pouvoir de me guérir.

Votre visite, cher Monsieur, ne devait avoir pour but que de vous complaire dans votre œuvre, car depuis votre opération, je n'ai rien res~ senti, et ne vous en suis que plus reconnaissant.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre tout dévoué,

Fraignkau.

Rue de Clichy, 20.

Rétrécissement fibreux de % centimètres à 1 centimètres 1/2. — De 1 millimètre 1/4 d'étroitesse. — Jet filiforme. — Trois valvules fibreuses à 14 centimètres 3/4. — Rétablissement immédiat. — Conservation dn

bien-être pendant cinq ans et demi.

Venu à moi directement.)

M. Germain, employé du cercle, boulevard Montmartre, vient me consulter le 28 août 1853 , pour une rétention d'urine causée par un rétrécissement de l'urètre ; son jet est filiforme. Je l'examine, je l'opère, et le renvoie guéri.

Près d'un an après, je le prie par lettre de m'écrire les détails qui ont précédé mon opération, et il m'envoie la lettre suivante :

«■ Paris, 10 juillet 1854.

« Monsieur lb Baron ,

« Vous désirez que je vous raconte les diverses phases de la « maladie dont vous m'avez si heureusement et si habilement « délivré.

« Voici donc l'époque où j'ai commencé à en souffrir , et les « diverses gradations qu'elle a suivies.

« Ce fut en 1838 que je ressentis les atteintes d'un rétrécisse- « ment dans le canal de l'urètre ; j'y fis peu d'attention, et le mal « fut en empirant jusqu'en 1840, que j'en arrivai au point de ne h plus pouvoir uriner. Je fis-appeler un médecin, qui m'ordonna « une application de 20 sangsues au périnée, et des bains pen- « dant plusieurs jours ; ce traitement me permit d'uriner, mais « un .mince filet. Cet état de choses dura plusieurs années, avec « des alternatives de mieux ou de pire.

« Vers 1851, je me trouvai dans cette position, que je ne pouce vais uriner que goutte à goutte, et seulement au moyen de « bains et de cataplasmes. Je sentais bien qu'il fallait pourtant « prendre un parti ; mais, vous l'avouerai je ? ce que j'entendais « raconter par des malades qui avaient été ou étaient dans le « même cas que moi, était peu encourageant. Plusieurs, qui « avaient été traités par des médecins réputés les plus habiles

« dans cette spécialité, étaient estropiés après avoir énormément « souffert; d'autres, après un traitement excessivement doulou- «reux, avaient été obligés de s'arrêter, non pas guéris, mais un « peu plus malades qu'avant.

« J'étais donc dans une cruelle incertitude, lorsqu'au commen- « cernent d'août 1853 , ma maladie ayant fait des progrès « effrayants, et ne pouvant aller plus loin, j'entendis parler « d'une opération que vous aviez pratiquée sur M. Fraigneau, « propriétaire, rue de Clichy, 20. J'allai voir M. Fraigneau ; il me «raconta la manière presque miraculeuse dont vous l'aviez « opéré, et ce, après avoir épuisé la science des plus habiles pra- « ticiens et subi les plus douloureuses opérations : il ne lui res- « tait plus qu'à mourir. Il me parla avec une telle conviction et « une si grande expression de reconnaissance envers vous, et « voyant surtout gras et frais et parfaitement portant un homme « qui, avant votre opération, ne pouvait, me dit-il, ni manger, « ni dormir, ni marcher, que je me décidai sur-le-champ à m'a- « dresser à vous.

« Cependant j'avais consulté M. le Dr Lesauluier, qui m'avait « ordonné un traitement à peu près pareil au premier que j'aa vais déjà suivi, et qui n'avait été, en résumé, qu'un palliatif. « Je voulais en finir cette fois; pourtant je lui fis part de ma ré- « solution de me faire opérer par vous. Ce qu'il me dit n'était pas « encourageant; car il me fit entrevoir une opération excessive- « ment douloureuse, et je me retrouvai encore frappé d'incerti- « tude. Enfin, le 27 août, n'y pouvant plus tenir, j'arrêtai avec « vous le jour de l'opération, qui fut fixé au lendemain.

« Maintenant, Monsieur, je ne puis vous dépeindre mon admi- « ration pour le procédé inconnu dont vous usez. Tout ce que je « puis dire, c'est.qu'après moins d'une heure, pendant laquelle « je n'ai pas ressenti la moindre douleur, à ce point que je me « demandais quand commencerait l'opération, je me suis trouvé « opéré, à mon grand étonnement; que j'ai pu uriner en proje- « tant un magnifique filet gros comme le petit'doigt ; que j'ai pu « rentrer chez moi à pied, et que je n'ai pas ressenti une minute « de fièvre. Depuis ce temps , voici bientôt un an, je n'ai plus « ressenti la moindre incommodité, et mes urines sortent aussi et abondamment qu'il y a vingt-cinq ans.

« Voilà, monsieur le Baron, le résultat que vous désiriez con- 0 naître. Veuillez me pardonner si je ne vous ai pas rendu plus « souvent des visites que j'aurais craint de rendre importunes, « et daignez agréer l'expression de ma vive reconnaissance et de « mon entier dévouement.

« Je suis avec un profond respect,

« Monsieur le Baron,

« Votre très-humble et très-obéissant serviteur.

« Germain.

« Rue Blanche, ion. »

La cause de la rétention, le rétrécissement , commençait à 7 centimètres 1/2, et elle s'étendait à 9 centimètres 1/3. Le rétrécissement était fibreux et fort étroit ; je le fis disparaître, et je pénétrai plus avant, après avoir calibré la partie que je venais de rétablir au diamètre de 5 centimètres. De 9 centimètres 1/2 à 14 centimètres 3/4, le canal était du calibre naturel; mais, à cette dernière profondeur, je rencontrai trois valvules très-fortes que j'enlevai. Comme on le voit par la lettre écrite par le malade, le succès fut prompt et ne fut pas acheté par trop de douleurs.

ISoï).

M. Germain a conservé sa faculté de miction jusqu'à la fin de ses jours. Lorsque je l'opérai en 1853, il souffrait déjà des douleurs qui annonçaient la carie des os des vertèbres ou du bassin. Cette carie a été déterminée par l'habitude qu'il avait prise depuis longtemps de se livrer à l'exercice de la pêche, qui l'obligeait souvent à rester la partie inférieure du corps immergée dans l'eau. De là, les abcès par congestion qui ont causé sa perte, cinq ans après que je l'eus guéri.

Voici la lettre de son médecin , qui lui donna les derniers soins; cette lettre prouve que la miction s'était conservée facile chez M. Germain, puisqu'elle se continua, même dans le grand

état de langueur qui longtemps précéda sa mort; elle est écrite par M. le Dr Pietra Santa, l'un des médecins par quartier de l'Empereur ;

Paris, ce 12 mars 1859.

Très-honoré confrère ,

En réponse à la demande que vous m'avez adressée au sujet de M. Germain, employé au cercle du boulevart Montmartre, je dois dire que, pendant les quarante jours ou j'ai été appelé à lui donner des soins , après que le professeur Jobert de Lamballe lui avait ouvert à la partie externe de la cuisse droite un abcès par congestion, je n'ai jamais eu à me préoccuper de V étal des voies urinaires.

Voilà tout ce que mes souvenirs me permettent de dire au sujet de ce malade.

Veuillez agréer, très-honoré confrère, l'assurance de mes sentiments les plus distingués,

Dr Pietra Santa.

plusieurs blennorrhagies. — Rétrécissement légèrement fibreux ù 11

centimètres, de 2 centimètres 1/2 de longueur, de 1 millimètre 1/4 de

calibre. — Quelques cordes fibreuses. — Opération le 1 1 juin 1853. —

Rétablissement immédiat. — Conservation du bien-être depuis six

uns et demi.

[Venu à moi directement.

M. L"** (1), employé, rue d'Enfer, 25, vint me consulter le J 1 juin 1853. Il m'est envoyé par M. D**\ également employé, et que j'avais opéré et guéri huit mois auparavant. (Observation. page 142.)

Ce malade a 53 ans, a toujours été sédentaire, et n'a eu d'autres maladies que des oppressions qui ont cessé, pour faire place à une éruption dartreuse erratique qui a été un sujet de tourments pour lui. Cette éruption a à peu près cessé, non pas, suivant le malade, sous l'empire des moyens de la médecine ordinaire, quoique employée par le D1 Cazenave , si versé dans ces maladies, mais, dit-il, sous l'empire de la médecine homœopathique.

M. L**¥ a eu une première blennorrhagie à l'âge de 22 ans; cette blennorrhagie fut suivie de trois autres; la dernière se déclara à l'âge de M) ans. Ces blennorrhagies furent traitées par les moyens ordinaires, qui furent ordonnés par M. Ricord.

Le canal de M. L*** commença à être fort rétréci, il y a onze années, deux ans après l'apparition de sa dernière blennorrhagie; ce rétrécissement alla toujours en augmentant jusqu'à la yrosseur d'un bon fil, c'est-à-dire que le jet avait ce volume;

(1) Je n'ai pas mis le nom de M. L*** parce que cela n'est pas nécessaire, puisque ma première édition le mentionne, et qu'ainsi V authenticité suivie n'est pas interrompue. Bien qu'on me permette de faire usage d'une publicité entière, je dois n'en pas faire abus. Je ferai disparaître quelques autres noms de ma deuxième édition pour la même raison, et cela ne m'empêchera pas d'avoir consacré authentiquement une vérité, c'est-à-dire le bien-être obtenu immédiatement et persistant. C'est tout ce que peuvent désirer les médecins, et cela me suffit.

les urines s'écoulaient alors avec douleurs, épreintes, efforts douloureux.

Le 11 juin 1853 je rendis à ce malade la faculté d'uriner, qu'il conserve intacte jusqu'à aujourd'hui, 27 octobre 1854.

Le cas de M. L*¥* était , sous le rapport du rétrécissement , très-simple; ce rétrécissement avait seulement un peu de longueur, il avait 2 centimètres 1/2, était très-étroit et à peu près fibroso-vasculaire ; cependant il ne s'écoula qu'une ou deux gouttes de sang, ce qui prouve que la trame fibreuse était prédominante.

Voici la réponse de M. L*** à mes trois questions de la page 9 : '

Paris , 9 juin 1859.

Monsieur ^

Je viens vous remercier des soins que vous m'avez donnés, et vous dire que je me sïiis bien trouvé de l'opération que vous m'avez faite, opération douloureuse sans doute, mais qui n'a eu aucune suite fâcheuse, et ne m'a occasionné ni fièvre ni malaise aucun.

Recevez-, je vous prie, Monsieur, mes sentiments de gratitude et de

haute considération .

M. L*** est, comme on peut s'en assurer, le seul malade qui ait trouvé mon opération douloureuse; mais que l'on remarque qu'il est venu à moi sans avoir mis des bougies, et qu'il a naturellement trouvé pénible le premier contact d'un corps étranger quelconque, surtout avec la sensibilité exceptionnelle présentée par ce malade. Du reste, M. L*** a conservé son canal depuis six années sans mettre de bougies, et est en parfaite santé, et enfin sa guérison est permanente. C'est ce que j'ai à prouver.

Je me trouve d'ailleurs bien heureux de voir que mon opération n'ait eu aucune autre suite fâcheuse que la guérison.

Blennorrhagie virulente en 1847. — Injection de nitrate d'argent. — Fâcheux résultats. — Rétention complète. — Traitement par les bougies rigides et la cautérisation par l'azotate d'argent. — Fièvres violentes.— Abcès au périnée. — Entré dans le service de M. Robert, à Beaujon. — Tentatives inutiles de traitement par les bougies. — Fièvres. — Sortie de l'hôpital. — J'opère le 1er avril 18.">4. — Rétablissement immédiat. — Conservation du bien-être depuis huit mois. — Traité sans succès par M. le J)r *** et par la méthode Lallemand.

(Envoyé par M. le Dr Robert.)

Le 1er avril 1854, M. Arthur Luciàni, de l'île Maurice, étudiant en médecine, vient me trouver pour le débarrasser d'un rétrécissement de l'urètre. Après avoir été traité à l'île Maurice, il vint en Franco, à Toulouse, pour y étudier la médecine et aussi pour se faire traiter; mais, ne jugeant pas que dans cette ville on pût le débarrasser de son mal, il vint à Paris, où il se fit traiter par deux chirurgiens distingués; ces traitements n'ayant pas réussi, il vint me demander mes soins.

Je l'opérai aussitôt et le guéris immédiatement.

M. Luciani retourna, quelques jours après, à Toulouse, pour y continuer ses études, et, sur ma demande, il m'envoya la rédaction de son observation, que je transcris ici :

« Après un coït suspect qui eut lieu dans la nuit du 21 septembre 1847, j'aperçus le matin, à mon réveil, une goutte « blanche que la pression de la base du gland faisait sourdre de « l'urètre. Tout inquiet, je ne fis qu'un bond de la maison où « j'étais à la demeure de l'un des médecins les plus en renom de « l'île Maurice. Après m'avoir soigneusement examiné, M. X... « me dit : Vous avez une blennorrhagie qui s'annonce mal; il « faut vous astreindre à une diététique sévère, purement émol- « liente, et à la médication que je vais vous prescrire : vous « prendrez des bains de son et des tisanes rafraîchissantes; puis, « aussitôt que l'inflammation sera calmée, vous commencerez « l'usage du copahu et du poivre cubèbe... Huit jours durant, je « suivis la prescription susdite; l'inflammation cessa, mais l'écou- « lement continua. Voyant qu'après deux mois je n'arrivais à « aucun résultat , je me fis donner, par un pharmacien de mes

« amis, le moyen thérapeutique que tous les médecins de mon « pays employaient dans les inflammations chroniques de Turè- « tre, l'injection au nitrate d'argent du formulaire... Époque « fatale! deux ou trois injections suffirent pour me faire éprou- « ver tous les symptômes d'une rétention; quand, après quelque « temps, je parvenais à pisser, mon jet titubait à gauche et à « droite, s'épanchant souvent comme d'un crible, et cela quoi « que je fisse pour neutraliser cet effet singulier.

« Quelques années s'écoulèrent ainsi avec progrès incessants « de l'hypertrophie de la membrane interne de l'urètre. Le mo- « ment vint où l'oblitération me laissait si peu de trêve, qu'il « fallut requérir de nouveau l'aide de l'art.

« Arrivé depuis quelque temps à Toulouse, où je faisais mes « études médicales, je pensai cependant que je trouverais à «Paris une guérison plus prompte et plus certaine; je partis « donc pour Paris le 1 novembre 1853, à l'effet de me confier à «M. leD'X...

« Ce praticien employa les moyens suivants pendant la durée « de son traitement : explorations avec bougies en gomme élas- « tique ; au fur et à mesure de la pénétration de Tune d'elles, « sonde correspondante rigide; l'azotate d'argent, porté direc- « tement sur les points affectés (méthode Lallemand) (1). Pour « auxiliaires du traitement chirurgical, bains et abondantes bois- « sons rafraîchissantes. Cette médication violente ne me causa « cependant aucun trouble fonctionnel les quinze premiers jours; « mais, à compter de ce temps, la fièvre m'envahit et ne me « quitta plus. Quarante-cinq jours après le commencement des « manœuvres, un gonflement prodigieux de la région périnéale « et des bourses annonça une nouvelle complication.

« Nous étions au S janvier : j'avais passé deux mois à user ma « santé générale pour soutenir la lutte , mes ressources en ar-

(1) Maintenant que Lallemand est mort, on peut le dire sans le chagriner, chose que j'ai toujours évitée, sa méthode est quelquefois désastreuse, et sa manière de porter le caustique dans l'urètre est la plus irrationnelle que je connaisse. Sou livre sur le traitement des pertes séminales est un roman au moins pour les neuf dixièmes, et encore je suis indulgent.

« gent étaient épuisées; ce que voyant, je requis de la bienci veillance de M. X... de me recommander à l'une de ses con- « naissances des hôpitaux; il m'envoya à M. le Dr Robert, à « Beaujon, qui voulut bien m'accepter dans son service. Je fus « visité le même soir par l'interne de garde, qui m'ouvrit l'ab- « ces considérable que j'avais au périnée.

« Le lendemain, M. Robert tenta d'introduire dans mon urè- « tre une bougie conique en cire, presque filiforme; il réussit; a il me commanda de la garder, mais il me fut impossible de la « tolérer plus que quelques minutes (1). Je le dis à M. Robert, « qui n'insista pas et qui me recommanda de ne pas me tracasce ser de oc résultat négatif. Il s'en tint aux cataplasmes sur le « périnée et aux boissons mucilagineuses pendant un mois. Ce « temps suffit pour me ramener à la santé et me mettre à même « de prendre des bains pour parachever le ramollissement des' « tissus indurés, et permettre à M. Robert de tenter de nouveau « un moyen de guérison du rétrécissement. Mais, ô déception ! « rien ne fit; des bougies de toutes sortes vinrent s'humilier au .« seuil de l'obstacle (2) !

« L'insuccès des tentatives de M. Robert me décida à lui de- «mander mon exeat; je l'obtins, et M. Robert me conseilla « d'aller trouver de sa part M. Heûrteloup.

« Je me rendis avec d'autant plus d'empressement à cet avis, « que, quelques jours avant ma sortie, j'avais fait la connaissance « d'un malade (M. Û*~\ obs. p. 161 qui avait ete guéri par « M. le Dr Heûrteloup, me donnant pour certaine ma guérison, « si je faisais la démarche de me présenter chez lui. Je me rendis « en toute sécurité chez ce chirurgien, que je connaissais, en ma <( qualité d'étudiant, comme l'inventeur de la lithotripsie.

« Arrivé chez M. Heûrteloup, il m'envoya prendre un bain

(1) Voilà une bougie qui ne guérit pas et qui est plus difticile a supporter que mon opération, qui guérit immédiatement.

(2) Beaucoup de chirurgiens parlent d'inciser sur le rétrécissement, et c'est ce que mon habile confrère, M. Robert, fait aussi bien et même mieux qu'un autre; mais on voit qu'il faut d'ahord dilater l'urètre pour pouvoir introduire l'instrument tranchant. Je n'ai jamais besoin de dilater, et je rends le canal libre presque toujours de suite, et quelle que soit son étioitesse.

« d'une demi-heure, et, à mon retour, il me fit coucher sur un « meuble approprié sur lequel tous mes membres él aient dans le « relâchement. L'opération commença, et, chose merveilleuse, « je sentis bientôt des bougies de tout calibre glisser dans mon « urètre (1), comme s'il était à l'état de parfaite perméabilité; « puis des instruments suivaient le même mode de pénétration, « sans que j'eusse d'autre sensation qu'une pesanteur vers le « périnée et une traction légère du ligament suspenseur de la « verge. Cette sensation était pénible, mais d'une manière trèsce peu intense. Quoi qu'il en soit, je me trouvai guéri, c'est-àa dire que, me présentant une cuvette pour uriner, M. Heurte- « loup n'eut pas le temps de me la passer; le jet d'urine se fit « jour et alla inonder le tapis, à quelque distance de moi. Deux « mois se sont écoulés depuis ce mémorable événement (heureux « s'entend), et la miction se maintient tout comme après l'opé- « ration. »

Le mal de M. Luciani consistait en plusieurs rétrécissements qui commençaient à 12 centimètres 1/2. Ces rétrécissements fibreux, très- près l'un de l'autre, avaient quelques millimètres de longueur chacun; mais leurs ouvertures, très- petites (1 millimètre 1/2), ne se correspondaient pas. Ces rétrécissements disparus, il resta deux énormes onglets en panier à pigeons, un partant du haut du canal, l'autre du bas. Dans ces onglets, les bougies pochaient et ne pouvaient pénétrer dans la vessie. Voyant que la miction s'opérait parfaitement bien, je laissai là ces onglets. Il s'ensuit que le malade jouit d'une miction complète, quoiqu'on ne puisse pas introduire de bougies. J'ai plusieurs malades dans ce cas. Si l'on considère maintenant qu'il est beaucoup de malades chez lesquels on introduit des bougies énormes, sans que pour cela ils en pissent mieux, on en conclura que Yintroduction possible de la bougie ou la non -introduction ne sont pas absolument une preuve ni de la restauration ni de la perte de la faculté de miction.

(1) M. Luciani, qui est un étudiant en médecine, doit peser tout ce qu'il dit; et cependant il exprime son étonnement de sentir d'abord parcourir son urètre par des bougies. Eh bien, puisque j'introduisais des bougies de tout calibre, je l'avais donc opéré ; il ne l'avait pas senti!

Aussitôt après la guérison de M. Luciani, je l'ai envoyé à l'hôpital Beaujon, pour se soumettre à l'inspection de M. Robert, niais il ne l'a pas trouvé. M. Luciani s'est présenté à M. Pain, interne.

Pressé de retourner à Toulouse pour continuer ses études, M. Luciani est parti quelques jours après son opération.

Aujourd'hui 26 juillet 1 854, M. Luciani m'écrit qu'il se porte parfaitement bien, que le résultat de mon opération marche toujours en sens prospère , et qu'il demeure à Toulouse, rue Pargamminières, 57.

Aujourd'hui 26 octobre, huit mois après l'opération, M. Luciani est dans un état parfait, comme on peut s'en assurer.

Malgré toutes mes recherches, je n'ai pu retrouver M. Luciani. J'ai écrit à l'île Maurice, on n'a pu me donner de ses nouvelles. Si ce livre tombe dans ses mains , je lui serai obligé de vouloir bien m'écrire un mot et me dire où il en est; je publierai sa lettre dans ma troisième édition, quoique j'aie bien peu d'espérance, en considération des grands désordres que présentait ce malade , de recevoir l'assurance qu'il ait conservé sa faculté de miction; j'accepterai avec reconnaissance les détails qu'il voudra bien me donner à ce sujet. Placé par suite des épreuves qu'il a subies avant d'être soumis à mon traitement dans les cas où je dois interférer à plusieurs reprises pour obtenir la guérison, il ne doit pas craindre de me rendre un compte défavorable; car je n'ai pas. la prétention de lui avoir rendu pour toujours la faculté de miction sans y revenir. Pour peu que la fonction s'exécute à un petit degré, je me sentirai satisfait, car, en fait de rétrécissements, il y a une bien grande différence entre peu ou pas du tout.

Rétrécissement depuis six mois. — Grande anxiété. — La partie rétrécit située à 14 centimètres. — 2 centimètres de longueur. — Étroit de 2 millimètres serrés. — Opération le 21 novembre 1853. — Rétablissement immédiat. — Canal conservé depuis six années.

{Envoyé par M. le Dr Cosson.)

M. B*** (1), employé, demeurant impasse d'Argenteuil, 7, 42 ans, m'est envoyé par M. lé D' Cosson, le 17 novembre 1853 ; je lui dis de revenir le 21, et ce jour je Toperai et le guéris. Je fis disparaître un rétrécissement situé à 1-4 centimètres, de 2 centimètres de longueur, fibreux, mais peu dur. Ce rétrécissement était très-étroit et recevait une bougie de 2 millimètres serrée; .la miction se faisait fort mal.

L'opération faite, je renvoyai M. B*** en lui recommandant de ne rien faire, de ne pas surtout se mettre de bougies, et de continuer à vivre comme à son ordinaire, observant seulement de rester plus tranquille le jour de l'opération et le lendemain : c'est ce qu'il fit.

Je n'en avais plus entendu parler, lorsque je lui écrivis, le 28 juillet, de m'envoyer de ses nouvelles, et d'y ajouter la relation de son cas; il me répondit par la lettre suivante :

« Paris, 1er août 1854.

« Monsieur le Babon,

« J'étais absent de Paris lorsque votre lettre me parvint; je « m'empresse d'y répondre article par article.

« La date précise du commencement de ma maladie est difti- « cile à fixer. Autanf que je puis me le rappeler, la difficulté « d'uriner remonte bien à six aimées; cette difficulté a toujours « été en augmentant, jusqu'au mois d'août 1853 : à cette épo- « que, la difficulté était telle que je mettais bien cinq minutes a « uriner. J'en causai alors avec notre ami commu n, le DT Cosson, « qui me conseilla, dès le mois d'août, d'aller vous trouver pour

(1) Voir la note de la page 105.

« me confier à votre talent. Obligé de m'absenter pendant le « mois de septembre, je remis à mon retour à aller vous rendre « visite, et ce n'est que le. 21 novembre 1853 que je vins enfin « vous trouver, alors que la difficulté d'uriner était telle qu'il « me fallait attendre dix minutes, au moins, avant qu'un jet à « peine visible sortît du canal ; la douleur, pendant que j'urinais, « était telle, à cette époque, qu'il me fallait un point d'appui « pendant cette opération.

« Jusque-là, je n'avais rien fait pour me soigner ; je pensais « que des .bains suffiraient pour me soulager; je m'abstenais «seulement de café, de liqueurs; mais lorsque, sur l'avis du « Dr Cosson, je vins vous rendre visite, j'étais depuis quinze « jours atteint par la fièvre causée par les douleurs de vessie.

« J'avais toujours reculé ma visite, ne pouvant croire que vous « faisiez de suite et si promptement l'opération, et craignant « d'être obligé de faire un traitement pendant plusieurs mois; « enfin, j'arrivai chez vous le 21 novembre, à deux heures de « l'après-midi, et après une heure environ passée sur le lit de « douleur (1), je fus bien étonné et bien heureux de me voir

(1) Je laisse ce mot de M. B***, pour faire remarquer qu'un petit lit commode pour opérer, tant relativement au malade qu'au chirurgien, n'est pas un lit de douleur, mais un lit qui empêche la douleur. Je fais cette observation parce que, quelque opération que je fasse, je me place toujours dans les circonstances les plus favorables au succès de mon opération. 11 est bon de combattre ce préjugé qui fait fuir un malade devant le lit de douleur qui prévient les douleurs, pour aller se fourrer dans les mains d'un chirurgien qui donne d'horribles douleurs parce qu'il place incommodément son malade, sur le premier lit venu. J'opère toujours les malades atteints de rétrécissements, de pierre et de toute autre maladie des organes génito-urinaires, sur un lit de douleur , et l'on verra que tous disent qu'ils ne souffrent pas.

1859. — Je voulais donner dans cette édition les principes qui me dirigent dans mes opérations, et commencer par parler de la position que je donne au malade, et des raisons de cette position. Je voulais en conséquence faire dessiner le petit lit duquel je fais usage, mais j'ai renoncé à celte idée, pour parler du système en général dans un seul et même ouvrage. Si l'on voulait cependant avoir une idée exacte du lit dont il est question et qne j'appelle lit statique, on le trouvera dessiné à la page 2f> de mon travail sûr YArt de broyer la pierre dans la vessie, duquel je place le titre dans la note de la page 18 du présent livre.

« uriner comme aux beaux jours de ma jeunesse. Cette opéra- « tion, que je redoutais tant, puisque le rétrécissement du canal « avait plusieurs lignes de longueur, a été pour vous un jeu : « ainsi , après une demi-heure de travail , vous êtes arrivé à « m'élargir tellement le canal, que les bougies de 6 millimè- « très 2/3 entraient sans la moindre difficulté, tandis qu'avant « l'opération, une bougie de la grosseur d'une aiguille ne pouce vait arriver au fond du canal.

« L'opération a eu lieu sans une goutte de sang; j'ai été plu- « sieurs jours un peu fatigué et obligé de marcher très-peu; « mais depuis la fin de l'opération, je n'ai éprouvé aucune diffi- « culte pour uriner, et depuis neuf mois je n'ai pas ressenti la « moindre douleur, je ne me suis pas aperçu que le canal se ré- « trécît le moins du monde; enfin rien, jusqu'à présent, n'a pu « me faire douter d'une guérison complète.

« Voici, mon cher docteur, la relation bien exacte de l'état de « ma vessie avant ma visite, et de son état actuel. Je ne puis que « vous renouveler tous mes remercîments et vous assurer de ma

« reconnaissance.

«Alph. B**\ « Impasse d'Argenteuil, 7. »

Aujourd'hui, 8 décembre 1854, M. B*** continue à se bien porter.

Voici la réponse de M. B*** à mes trois questions de la page {). Cette réponse fait connaître son état actuel.

Paris, 1U niai 1859.

Mon cher Docteur,

En réponse à votre lettre , dans laquelle vous me demandez dans quel état je me trouve relativement à l'opération que vous m'avez faite,

Cet état est satisfaisant, je ne saurais que m'en louer; cependant, bien que le jet se soit conservé, je commence cependant à éprouver un peu plus

de difficultés pour uriner ; j'irai un de ces jours vous demander un peu plus de passage.

Quant à la douleur que j'ai éprouvée pendant votre opération, la lettre que je vous ai écrite le 1er août 1854 et que vous ave: publiée , indique assez qu'elle n'a pas du être bien grande; s'il avait dû en être autrement, le docteur Cosson, qui m'a adressé à vozis, ne l'aurait pas fait.

Je votis renouvelle, mon cher Docteur, tous mes remerciements et l'assurance de mes sentiments affectueux ,

Alph. B**\ Impasse d'Argenteuil , 7.

Puisque M. B*** n'est pas venu me redemander un peu plus de passage, c'est probablement pour deux raisons : 1° parce qu'il n'est pas bien pressé , et 2° parce qu'il sait qu'il peut l'avoir en un moment. Or, quand on constate d'après l'affirmation du malade que ce moment est à peine accompagné de douleur, cela est certainement remarquable. Mais, tel qu'il est. ce cas ne prouve pas moins qu'en un moment, M. B*** a acquis pendant cinq années la faculté de miction , et qu'il conserve encore en grande partie cette faculté qui était complètement perdue , comme l'a constaté M. le Dr Cosson, et comme le dit M. B*** lui-même.

Depuis que j'ai opéré M. B**% M. le Dr Cosson est mort d'une affection de poitrine, et je profite de cette occasion pour rappeler qu'il fut un homme excellent , un bon praticien et un médecin bienfaisant.

Valvules et rétrécissement fibreux, chez un phthisique au 3e degré, situé a 14 centimètres 1/2, et dans une longueur de 3 centimètres. — Opération malgré l'étal avancé de la phthisie. — Rétablissement immédiat du cours des urines, sans aucune aggravation de l'état général.

{Amené par M. le Dr Dufour, de Villefranche.)

Dans le mois de février de l'année 1851, M. le Dr Dufour (de Villefranche) fut appelé par M. Fondriat, maître bourrelier, rue Cadet, 20, pour le soigner d'une affection de poitrine ancienne. M. Dufour prescrivit le traitement en usage dans ces cas et recommanda, en partant, au malade de se garder de s'exposer au froid. La femme du malade, à cette recommandation, dit que son mari ne pouvait la suivre, attendu que depuis dix années il était obligé de se lever onze à quinze fois la nuit pour uriner debout, et qu'elle-même devait lui donner des soins, carie peu d'urine que son mari rendait avec effort était souvent accompagnée de déjections alvines qui demandaient l'intervention de la pauvre femme. M. Dufour aussitôt examina l'urètre du malade, et n'ayant pu introduire la bougie la plus fine , il me l'amena le lendemain de sa visite, en me priant de lui rendre le cours des urines facile, afin que lui put, avec quelque chance de succès, traiter le malade de sa maladie de poitrine.

L'examen que je fis de M. Fondriat me fit dire à M. Dufour qu'il m'amenait là un phthisique au troisième degré , et que je craignais que, bien que l'opération que j'avais à faire fût ordinairement innocente, l'état général du malade ne lui donnât plus d'importance/

A cette observation mon confrère me répondit que sans doute ma crainte était fondée, mais qu'il n'y avait pas moyen de remettre à un autre temps le soin de donner au malade la faculté d'uriner, et qu'il fallait opérer, quand même.

Je gardai donc le malade et l'opérai le même jour. Je trouvai à 14 centimètres 1/2 une série de valvules fibreuses enchevêtrées, terminées par un cylindre fibreux. Je fis disparaître ces obstacles, qui avaient, à peu près, 3 centimètres de longueur, par les

moyens appropriés, et je renvoyai immédiatement le malade chez M. Dufour, en lui recommandant de lui montrer comment la miction s'opérait; c'est ce qu'il fit, à la grande surprise de mon confrère.

M. Fondriat n'eut aucune fièvre, aucun malaise, et M. Dufour continua le traitement de la phthisie.

Depuis l'opération, la miction s'opéra largement, sans douleur, et cet état de bien-être prolongea probablement les jours du malade, qui vécut encore quinze mois.

Je n'ai rien à ajouter ici, si ce n'est de dire que M. Fondriat doit compter parmi les malades guéris radicalement, d'après la remarque que j'ai placée page 95, pour indiquer ce que signifiaient les mots guérison immédiate, — guérison permanente, — guérison radicale.

Blennbrrhagie et rétrécissements multiples flbro-vasculaires. — Tissus cicatriciels produits par des cautérisations antécédentes. — Fièvres produites par des bougies introduites sans résultats heureux. — Entré à l'hôpital Beaujon, sous les soins de M. Huguier. — Le malade m'est envoyé après un an de séjour dans cet hôpital. — Opération le 19 mars. — Guérison des rétrécissements et de la blcnnorrhagie. — Rétablissement immédiat. — Rien-être persistant depuis sept années.

(Envoyé par M. Huguier.)

Le 19 mars 1853, mon distingué confrère Huguier, chirurgien de l'hôpital Beaujon, m'envoya un malade qu'il avait depuis longtemps sous ses soins à l'hôpital Beaujon, et dont la maladie avait persisté. Ce malade, ancien juge de paix, et homme de beaucoup d'intelligence, m'arriva à deux heures de l'après-midi, et je le renvoyai guéri à trois heures et demie, heure à laquelle il fut de retour à l'hôpital.

Je demandai, quelques mois après, à M. Dambrin qu'il voulût bien me donner l'histoire de sa maladie ; il me remit un exposé assez long, mais que je transcris littéralement, parce qu'il est rempli de détails qu'il importe de publier comme émanant des chirurgiens qui ont pris son observation à l'hôpital Beaujon.

« Dambrin (Pierre-Désiré), âgé de 55 ans, est entré à l'hôpi- (( tal Beaujon le 12 octobre 1852, pour y être traité d'un rétré- « cissement de l'urètre.

« D'un tempérament sanguin, facilement irritable, il est doué « d'une bonne constitution. Cependant il a toussé et craché toute « sa vie ; il pense devoir la susceptibilité de sa poitrine à son « père , mort à 25 ans d'une phthisie pulmonaire non hérédi- « taire, il est vrai, mais accidentelle; sa mère a vécu 74 ans « sans autre maladie qu'une fluxion de poitrine , dont elle est « morte.

« A dix-huit ans, il contracta une maladie syphilitique, mala- « die qu'il traita par les moyens ordinaires.

« Jusqu'à l'âge de 30 ans, il jouit d'une excellente santé , ha-

« bitant la campagne, faisant nn fréquent usage de l'équitation , « alternant avec le travail de cabinet; il ne se plaignait que d'une « surabondance de sang, ce qui le forçait à s'en faire tirer deux « fois par an.

« A la fin de 1828, il eut une blennorrhagie suivie de violentes a douleurs articulaires qui le retinrent plusieurs mois au lit , et « ne cédèrent qu'à l'emploi de nombreux bains sulfureux et de « vapeur. Quant à la maladie occasionnelle, elle fut, à peu près, « abandonnée à elle-même et se guérit comme elle put.

« En 1829, nouvelle blennorrhagie accompagnée des mêmes « effets, du même traitement, et suivie du même résultat.

« A peine convalescent, il prit une voiture pour s'en retourner « dans son pays; mais, en route, il fut pris d'un violent point de « côté. Forcé de s'arrêter, il eut une fièvre putride dangereuse, « mais dont il se tira heureusement.

« A la fin de 1831, le jet d'urine, qui diminuait chaque jour, « s'arrêta tout à coup; on envoya chercher le premier médecin « venu, qui pratiqua le cathétérisme , non sans peine. M. Dam- « brin continua pendant un mois à introduire tous les deux jours « des sondes qui dilatèrent un peu le canal.

« En -183-4, il vint à Paris exprès pour se faire traiter par un c< chirurgien en renom. Adressé à Breschet, celui-ci le cautérisa « sept fois avec le nitrate acide de mercure réduit à l'état de « pâte. Chaque fois l'opération amena le frisson et une fièvre « violente dont la durée était de plusieurs semaines. Les quatre « premières cautérisations réussirent assez bien , mais les trois « dernières n'eurent aucun résultat, tant le sang sortait abon- « damment au seul contact de la sonde.

«L'exploration du canal, faite avant la cautérisation, avait « signalé un rétrécissement en avant de la prostate , à sept pou- « ces 1/2 de profondeur, ayant une forme conique.

«En 1838 et 1841, le malade eut encore deux blennorrhagies, « toujours accompagnées de douleurs articulaires et toujours « abandonnées à elles-mêmes, c'est-à-dire sans traitement autre « que l'usage abondant d'orgeat et de sirops analogues.

« Du reste, à aucune époque, le malade dit n'avoir jamais fait « d'injections.

« Depuis la cautérisation, cinq fois le malade a eu recours à la

« chirurgie pour son rétrécissement. Traité chaque fois par la « dilatation au moyen de bougies et de sondes, soit à demeure, « soit intermittentes, traité une fois avec des bougies aluminées, « une autre par des injections de ratanhia, il a toujours éprouvé « des fièvres plus ou moins longues, plus ou moins dangereuses; « une fois entre autres, en 1847, en voulant persister dans le « maintien des sondes, malgré l'état fiévreux du malade, il surce vint des abcès au périnée, qui mirent sa vie en danger (f).

« Un fait à signaler, c'est que depuis plus de vingt ans, il sort a de l'urètre du malade une matière jaunâtre, glutineuse, ta- « chant ses chemises, et qui, d'après ce qu'il nous dit, sort si « abondamment tous les ans au printemps , qu'on croirait qu'il « a une chaude-pisse (2) ; seulement l'émission se fait sans douce leur, et cet état dure à peine une semaine.

« A son entrée dans le service de M. Huguier, le 18 octobre « 1852, le malade urinait goutte à goutte; parfois même l'urine ce ne passait pas du tout, ce qui nécessitait l'emploi fréquent des ce bains et des cataplasmes.

ce Le même jour on lui introduisit, non sans peine, une bougie ce de la plus petite dimension; puis, quelques jours après, une ce autre un peu plus forte, qui donna de la fièvre. Alors on susce pendit le traitement, pour le recommencer une semaine après, ce avec le même résultat.

ce Étant survenu au malade d'abord un violent rhume de poi- « trine , puis une diarrhée persistante , qui ne permirent plus ce l'emploi des bougies qu'à de rares intervalles, sur un homme « si irritable, il se trouvait, après cinq mois de séjour à l'hôpice tal, à peu près dans le même état qu'à son entrée, seulement « avec la fatigue et le découragement de plus; lorsque M. Huée guier l'engagea fortement à se mettre entre les mains de ce M. Heurteloup , dont il lui avait déjà parlé plusieurs fois. Le ce malade se décida, et le 19 mars 1853 il alla trouver M. Heur-

(1) Encore des fièvres graves par les bougies.

(2) On verra que mon opération a enlevé et la blennorrhée habituelle et la blennorrhée si abondante du printemps. Voilà déjà un printemps de passé; je suivrai le malade les autres printemps, et j'en rendrai compte dans mes revues rétrospectives.

« teloup; comme nous n'étions pas présent à l'opération prati- « quée par ce chirurgien, nous laisserons parler le malade.

« Il s'exprime ainsi : i

« Arrivé chez M. Heurteloup, il me plaça commodément sur « son lit à opérations, m'explora le canal, puis il m'introduisit « un instrument dont je ne vis ni la forme ni la nature, ma vue « étant cachée par un petit rideau (1); je sentis pénétrer l'ins- « trument dans la partie rétrécie , puis la franchir , et aussitôt «je fus soulagé; M. Heurteloup retira l'instrument, et m'in- « troduisit immédiatement une bougie, d'une dimension corres- « pondante que je gardai un instant. Une seconde opération , « faite exactement de la même manière, avec des instruments « d'un plus fort calibre, produisit les mêmes effets; l'instru- « ment retiré, on me mit de suite une très-grosse sonde que je « gardai un instant ; puis je me levai et tout fut fini.

« Les deux opérations durèrent à peine -2 à 3 minutes (2).

«Il sortit quelques gouttes de. sang, mais en très -petite « quantité.

« Je revins aussitôt à Beaujon , en assez bon état de corps et « d'esprit pour pressentir qu'il ne surviendrait aucun accident. « Je me couchai et me mis à boire beaucoup de thé ; j'urinai « plusieurs fois dans la soirée et dans la nuit; les deux pre- « mières fois seulement avec une douleur assez vive, occasion- « née sans doute par un caillot de sang que je rendis la seconde « fois. La nuit a été bonne, cependant j'ai peu dormi.

« Le 20 mars. Ce matin M. Huguier visite le malade , qui est « très-calme et n'a pas de fièvre. Nous sommes témoins de l'état « de l'opéré, puisqu'il s'est introduit avec facilité, au moment « de la visite, la grosse bougie que M. Heurteloup lui avait mise « hier, avec recommandation de ne la garder qu'une minute au « plus.

(i) Je place ce rideau pour empêcher le malade de voir les mouvements de mes mains ; car, lorsqu'il voit ce mouvement, il se contracte involontairement et me fait sentir des saillies qui véritablement n'existent pas.

(2) M. Dambrin, en contant l'opération que je lui fis à M. l'interne qui écrit son cas, parle seulement du temps que je mis à faire disparaître la partie rétrécie, et non pas de l'examen préliminaire, qui fut plus long.

«Le 21. Le malade est très-bien; un sommeil profond rie « sept heures consécutives lui donne l'aspect d'un homme en « parfait état de santé. La miction se fait bien, mais elle est ac- « compagnée d'un peu de douleur. Le malade n'a pu introduire « la bougie d'hier; il a eu recours à une autre d'un plus faible « calibre. Du reste, nul symptôme de lièvre; le malade se lève « et marche comme à son ordinaire.

« Le 22. Même état qu'hier; le malade éprouve un peu de « chaleur dans l'urètre.

« Le 23. Réintroduction avec facilité de la grosse bougie du « premier jour. La miction se fait de mieux en mieux; le jet « d'urine est fort et vigoureux; toute douleur a presque cessé.

« Le 26. Même état que les jours précédents. Le malade se « trouve si bien qu'il a manifesté le désir de sortir; mais M. Hu- « guier l'engage à rester encore pour juger de l'effet à venir de « l'opération.

« Le 1er avril. Aucun changement; le jet d'urine continue à « être fort et vigoureux ; l'introduction momentanée de la grosse « sonde a toujours lieu sans difficulté.

« Le 12. Rien de nouveau , si ce n'est que le malade nous sice gnale que l'écoulement continuel qui tachait sa chemise semble « avoir disparu. 11 est remarquable, en effet, que rien sur sa « chemise, qu'il porte depuis une semaine, n'indique de trace « d'écoulement purulent ou muqueux (1).

« Le 29. Le malade est sorti, sur sa demande, en parfait état « de santé. Depuis un mois qu'il est opéré, le jet d'urine n'a pas « diminué; la grosse bougie passe toujours facilement; du reste, « il ne se l'introduit que pour sa satisfaction et ne la garde « qu'un instant. 11 nous promet de venir nous mettre au courant a des changements qui pourraient survenir dans sa situation de « santé.

(1) Bien souvent il en est de même, j'enlève l'écoulement avec la partie rétrécie. Cela arrive fréquemment dans les gouttes militaires pour parler militairement; dans ces cas le malade n'a qu'un rétrécissement très-léger, et alors il s'exténue à se traiter inutilement parles médicaments internes et les injections, lorsqu'il lui faudrait le traitement éclectique immédiat. Cependant je dois dire que, pour ces gouttes militaires, je ne réussis pas toujours.

« Le Jo mai. Nous avons revu le ci-devant malade; il jouit « d'une excellente santé. Le jet d'urine est toujours fort et vi- « goureux, et, pour nous servir de son expression, il pisse « comme à vingt ans. »

J'apprends aujourd'hui que M. Dambrin continue à se bien porter; il demeure chez M. Lefort* rue Neuve-des-Petits- Champs, 76.

Voici la lettre que m'adresse M. Dambrin, en réponse à mes questions de la page 9 de cette édition, réponse qui fait connaître son état actuel.

Paris, ce 12 avril 1859.

Monsieur le Baron,

Vous désirez savoir dans quel état je me trouve, par suite de l'opération que vous avez pratiquée sur moi il y a sept ans.

Depuis cette opération l'urine sort sans effort comme sans douleur, et sinon aussi abondamment , du moins assez pour nf éviter l'emploi des sondes ou des bougies, auxquelles, avant l'opération, j'étais forcé d'avoir recours très-souvent.

Depuis sept ans je n'ai cessé de considérer comme un bienfait inappréciable l'opération aussi prompte que peu douloureuse qui a mis fin dans une minute à un mal insupportable , contre lequel jusque-là avaient échoué tous les moyens employés par les sommités de la science.

J'ai conservé une vive reconnaissance , dont je vous prie d'agréer de nouveau l'expression.

Recevez, monsieur le Baron, l'assurance de mes sentiments les plus distingués,

Dambrin.

Rue Neuve-des-Petits-Champs , 76.

Blennorrhagie permanente. — Rétrécissement fibreux ancien, durci par l'usage des sondes, situé à 10 centimètres, s' étendant de là jusqu'au col. — Perforation avec un mandrin d'acier, et communication de l'urètre avec l'intestin. — Écoulement des urines par l'anus. — Je fais l'opération. — Rétablissement immédiat du canal, suppression immédiate

de la blennorrhée, et fermeture immédiate de la fistule. — Traité infructueusement par MM. Ségalas et Tanchou. — Bien-être persistant deptùs quatre années.

(Amené par M. le Dr Dcfour, de Villefranche.)

Le 10 janvier 1851, M. le Dr Dufour (de Villefranche) vint me présenter un malade, M. Racine, en me disant qu'il n'en serait pas de même de ce malade que d'un autre qu'il m'avait précédemment amené (il s'agit de M. Fondriat, page 116), c'est-à-dire que je ne le lui renverrais pas guéri en aussi peu de temps. Je voulus examiner M. Racine, et lorsque je lui demandai d'uriner dans une cuvette, M. Dufour me dit qu'il fallait une cuvette par devant et une par derrière : effectivement, M. Racine rendait ses urines un peu par la verge, goutte à goutte, et tout le reste par l'anus.

Je dis à mon confrère que cela ne me paraissait pas absolument impossible de guérir ce malade comme l'autre, et que je lui rendrais une réponse dans la journée. M. Dufour laissa donc le malade avec moi, et je demandai à M. Racine l'histoire de son infirmité.

a J'ai, me dit M. Racine, 54 ans; j'ai contracté, à l'âge de « M ans, une blennorrhagie que je traitai, suivant l'avis de l'un « de mes camarades, en avalant une boisson que j'obtins en faite sant infuser dans de l'eau une coloquinte concassée. Ce traite tement me produisit une horrible purgation accompagnée de « déjections sanguines et d'affreux ténesmes. Mon inflammation « de l'urètre n'en continua pas moins, et je la conservai toute la « vie ainsi que l'écoulement; cependant de loin en loin cela s'ar- « rêta, mais pendant un temps fort court.

« En 1828, étant pris d'une rétention complète, j'appelai

« M. le Dr Lalourcey, qui nie sonda et me tit uriner pendant « quelque temps avec moins de difficulté.

« Je vécus dans cet état précaire jusqu'en 1830, époque à la- « quelle je consultai M. le Dr Ségalas, qui, après avoir pris une « empreinte avec une bougie de cire, m'introduisit dtms l'urètre « une bougie d'un très-petit diamètre qu'il me tit garder une « journée. Il procéda ensuite à la cautérisation, qui fut répétée « plusieurs fois; après ce traitement, qui fut très-long, je rendis « mes urines par uu jet assez fort, mais bientôt mon canal se « rétrécit de nouveau.

« En 1840, une rétention complète survint; elle dura vingtce quatre heures. M. le Dr Tanchou, que je demandai, introduisit « l'extrémité d'une petite bougie jusque dans la partie rétrécie, « l'y laissa à demeure pendant un temps assez long, et je parvins « à rendre mes urines goutte à goutte. Au bout de quelque « temps, une petite sonde de gomme fut introduite et ma vessie « fut vidée. M. Tanchou m'engagea à introduire journellement « des bougies pour garder le passage qui était fait; c'est ce que « j'exécutai pendant dix années, mais je fus de jour en jour « forcé de diminuer le calibre des bougies (1); le rétrécissement « marchait toujours.

« Pendant tout le temps de mes traitements et dans la plus « grande partie de leurs intervalles, je conservai mon écoule - « ment, qui, quelquefois, était fort considérable.

« Depuis six mois, j'en étais à rendre mes urines invoiontai- « rement par suite de la distension de ma vessie, lorsqu'il m'ar- « riva un grave accident.

« En passant une de mes petites bougies au moyen d'un fil « d'acier, je fus arrêté , et en forçant un peu , je sentis une « "espèce de craquement (2). Ayant eu, quelques moments après,

(1) Encore les bougies vaincues par le rétrécissement; elles ne dilatent donc même pas dans un grand nombre de cas.

(2) Lorsque les malades usent journellement de bougies, et surtout lorsque, pour introduire les bougies, ils mettent dedans, pour leur donner de la résistance, un fil d'acier,- ils butent souvent, et ordinairement au même endroit. De là vient qu'il se forme une petite ulcération par suite du contact répété du bout de la bougie; cet endroit devient mou et fon-

« un violent besoin d'uriner, je sentis une douleur très-forte à « l'endroit où la bougie s'était arrêtée. Cette douleur devenant « plus violente, je pensai à m'introduire dans l'anus une pom- « made calmante de Raspail, lorsque, avec l'extrémité de mon « doigt, que j'enfonçais profondément pour introduire la pom- « made, je sentis le mandrin d'acier de ma sonde avec lequel je « m'étais perforé le canal ; ce mandrin avait pénétré dans mon « intestin.

« Dès lors, le cours des urines s'établit moitié par cette voie, « moitié par l'urètre, et bientôt presque tout s'écoula par l'anus.»

Après avoir pris ces détails, je procédai à l'opération de M. Racine, et, le soir, j'eus la satisfaction de me rendre chez M. le DT Dufour, de le mener chez U malade, et de lui faire constater le rétablissement de son canal.

Les urines ne s'écoulèrent plus par l'anus dès le premier moment, et depuis elles n ont jamais repris celte voie insolite.

L'écoulement si tenace et si prolongé n'a pas reparu (4).

Le rétrécissement consistait en un cylindre fibreux induré, qui commençait à 10 centimètres moins un quart et s'étendait jusqu'à 3 centimètres du col. Ce rétrécissement recevait seulement un calibre de 4 millimètre 1/2; je donnai immédiatement au canal une largeur de 5 millimètres 4/2.

Depuis quatre années, M. Racine vide sa vessie par son canal; mais M. Dufour me dit, aujourd'hui 29 avril 1854, qu'il me ramènera le malade un de ces jours, car le jet est diminué.

En quelques minutes, et quand cela conviendra à M. Racine, je lui ferai faire un nouveau bail de quatre années avec le jet plein et vigoureux qu'il n'aurait pas vu diminuer, si les circonstances ne l'avaient pas empêché de venir me voir depuis que je l'ai opéré, et s'il- n'avait pas obéi, malgré mes recommanda-, tions, à sa mauvaise habitude de mettre des bougies (voyez le cas de M. Berthet, page 436).

gueux, et se prête avec facilité à ce que la bougie tasse fausse route et produise l'accident arrivé à M. Racine ; du reste, ce cas est un bel exemple de l'innocuité des bougies.

(1) Encore un écoulement enlevé par le traitement éclectique immédiat.

Aujourd'hui, let novembre 1854, M. Racine vide toujours sa vessie et ne juge pas encore utile de venir me trouver.

M. Hacine a conservé son canal jusqu'à la fin de ses jours ,

ainsi que le constate la lettre suivante écrite par M. le Dr Dut'our (de Villefranche), son médecin ordinaire.

Par s, 6aviil 1856.

Cher Baron et très-konoré confrère et ami,

M. Hacine, notre malade, duquel cous me demandez des nouvelles , jouissait toujours du bénéfice de cotre opération, lorsqu'il y a six mois il a succombé à une fluxion de poitrine.

Seulement il mettait de temps en temps une bougie, pour éviter que la fistule dont vous l'aviez débarrassé ne repartit.

Votre opération a donc été pour lui d'un grand soulagement , puisqu'elle a rendu perméable son urètre , qui ne rétait plus depuis longtemps.

Agréez mes compliments ,

F. Dofour.

Rue Lamartine, 46.

Comme on le voit, M. Racine, après avoir cru que son canal se rétrécirait, et avoir projeté de venir me trouver de nouveau., n'a pas eu besoin de le faire : il a gardé jusqu'à la fin celui que je lui avais donné, et est mort en état de yuérison radicale, suivant la règle posée page 95.

Slenuorrhagie. — Traitements multipliés. — Obstacle au cours des urines. — Traitement par les bougies et la cautérisation, par M. Robert. — Insuccès. — "Traitement par les bougies médicamenteuses, par M. Leroy d'Étiolles. — Rupture d'une bougie dans l'urètre. — Insuccès. — Traitement par les injections, par M. Ricord. — Insuccès. — Traitement par la scarification, la cautérisation, les bougies et les injections, par M. Delcroix. — Insuccès. — La blennorrhagie persiste, pissement de sang. — Traitement par plusieurs autres médecins. — Insuccès. — Traitement par M. Huguier. — Insuccès. — M, Robert propose une nouvelle cautérisation. — Refus du malade. — J'opère. — Je trouve une végétation ulcérée que l'on prenait pour un rétrécissement, je la fais disparaître. — Rétablissement immédiat. — Bien-être persistant. — Ni retour de rétrécissement ni retour d'écoulement*

(Envoyé par M. le Dr Robert.)

Un malade sorti de l'hôpital Beaujon, où il était resté un temps assez long, vint me trouver, le 9 août 1853, de la part de M. Robert ;je le guéris le même jour, et après l'avoir opéré je le priai de m'écrire toutes les phases de sa maladie. Quelques jours après, il me remit l'exposé suivant. Cet exposé est long, mais fort curieux; c'est toute une odyssée, et njpntre à quel feu d'artifice et de médicaments et de manœuvres est exposé un malheureux malade dont on méconnaît la lésion. Cet exposé fait voir aussi, ce qu'il importe de démontrer, que les maladies de l'urètre sont bien peu connues, puisqu'une affection qui n'est pas bien rare a été méconnue par beaucoup de médecins d'expérience et de renom.

«Je me nomme Jomakd (Jean), je suis né à Maxilly-sur- « Saône (Côte-d'Or), je suis âgé de 34 ans, et je suis valet de « chambre; je demeure rue Blanche, 4.

« Doué d'une bonne constitution, je n'ai jamais eu de mala- « die. A l'âge de 20 ans, en février 1850, je contractai une blen- « norrhagie qui était peu douloureuse; l'écoulement était peu « abondant. Je traitai immédiatement cette affection par des « tisanes de chiendent et de graine de lin pendant cinq semaines; « au bout de ce temps, je n'éprouvai plus aucune souffrance,

« L'écoulement avait presque disparu, et le peu qui restait était (( très-clair et incolore.

« C'est alors que je me décidai à aller trouver un pharmacien, « rue Neuve-Coquenard, 1, qui me donna un élixir couleur de «vin de ]\Jadère, mais dont je ne puis dire la composition, à « prendre, plein une cuiller à bouche dans un demi-verre de vin « blanc, le matin, à jeun; je suivis ce traitement pendant quinze « jours, qui n'eut d'autre résultat que de m' avoir donné une « diarrhée très-abondante. N'ayant pu obtenir un résultat satis- « faisant, j'allai consulter un médecin, qui me prescrivit des infections de vin aromatique trois fois par jour; je n'obtins de « ce traitement aucun résultat que de m'avoir fait beaucoup « souffrir; l'écoulement durait toujours. C'est alors que, sur la « recommandation de Mme la duchesse de Valmy, ma maîtresse, « j'allai, le 10 mai 1850, consulter le Dr Denis, rue du Bac, qui « me prescrivit des injections d'un liquide couleur et odeur de « rose, mais dont je ne puis dire la composition; je m'injectais « trois fois par jour ; cela me faisait souffrir horriblement, et « provoquait l'envie d'uriner et d'aller à la garde-robe. Pendant « trois mois, je suivis ce traitement, sans obtenir de résultat ; « l'écoulement continuait toujours. Je fus obligé de quitter Paris « poursuivre mes maîtres à la campagne; je tombai malade « d'une fluxion de poitrine; pendant que j'étais au lit, l'écoule- « ment était devenu plus abondant, mais moins douloureux. Le « médecin qui m'avait traité pour ma fluxion me prescrivit des « injections au sulfate de zinc et un opiat ; pendant un mois, je « suivis cette médication, qui fut infructueuse.

«Le Ier octobre 1850, je revins à Paris; je fus consulter « M. Robert, qui fit l'exploration de l'urètre avec une bougie « à tête olivaire. M. Robert constata l'existence d'un rétrécisse- « ment, m'ordonna l'usage de bougies en cire tous les matins et « soirs pendant cinq minutes, plus deux boites de pilules de co- « pahu solidifié et un opiat, vingt sangsues au périnée. Après « deux mois de traitement infructueux, M. Robert m'engagea « à entrer dans son service, hôpital Beaujon, objectant que mes « occupations étaient le seul obstacle à ma guérison. Le 15 noce vembre 1850, j'entrai dans le service de M. Robert, sous le « nQ258; je suivis toujours le même traitement, [tassant des bou-

« gies en gomme élastique, et prenant un grand bain tous les « deux jours; l'écoulement continuait toujours. M. Robert pra- « tiqua la cautérisation avec le nitrate d'argent au col de la ves- « sie , qui n'eut d'autre résultat que de déterminer une grande « inflammation dans tout le canal et un pissement de sang qui « dura plusieurs jours. L'écoulement avait un peu diminué, sans « avoir complètement disparu.

« Après un mois environ de séjour dans le service de M. Ro- « bert et d'un traitement infructueux, je fus mis par M. Robert « lui-même entre les mains de M. Leroy d'Étiolles. M. Leroy « me fit passer des bougies à têtes enduites d'une pommade court leur amarante dont je ne puis dire la composition ; ces bou- « gies provoquaient des érections qui étaient très -douloureuses. « Je fus forcé d'abandonner ce traitement, après l'avoir suivi « pendant trois semaines environ, n'ayant eu pour résultat que « de-m'avoir fait souffrir horriblement et d'avoir déterminé une « très-grande inflammation dans le canal, sans que l'écoulement « eût cessé un instant, plus une bougie qui cassa en la retirant; et car il est à remarquer que chaque fois que je retirais la bougie, « le canal était toujours plus serré qu'en l'introduisant (1).

« Le 20 janvier 1851, je sortis de l'hôpital Reaujon,.sans avoir « obtenu ma guérison. Je fus consulter M. Ricord, qui me pres- « crivit l'usage d'eau de goudron avec le sirop de bourgeons de « sapin; quinze jours après, il me prescrivit des injections dont « je ne puis dire la composition; pendant dix jours, je fis des « injections qui n'eurent aucun résultat. M. Ricord m'engagea «à ne plus m' occuper de mon canal, que cela disparaîtrait « seul (2) .

(1) Ici il s'agit de bougies enduites de médicament, ce qui est, pour le temps où nous sommes, un curieux traitement ; mais il est renouvelé des anciens, qui ignoraient. Quand on traite par les bougies, bien souvent, effectivement, la bougie qu'on retire est bien plus serrée que lorsqu'on l'a entrée. Or, si elle est plus serrée, elle n'a donc pas dilaté, et si elle n'a pas dilaté, qu'a-t-elle fait, si ce n'est durcir la place qu'elle a touchée ?

(2) Conseil commode d'un chirurgien qui s'avoue battu, et ce chirurgien est cependant un homme de talent, outre son esprit. Il y avait donc un certain mérite à guérir ce malade-là.

« Sur l'avis de iM. Kicord , je cessai donc tout traitement ; je « restai jusqu'au mois de mai 1851, vivant d'un régime très- « doux, ne faisant aucun excès en boissons, et m'étant abstenu « complètement de tout rapport avec aucune femme depuis le « commencement de ma blennorrhagie.

« Au mois de mai 1851, au commencement des premières cha- « leurs, je ressentis, de nouveau, de vives douleurs dans toute « l'étendue du canal que je comparai à une forte cuisson ; j'éprou- « vais de fortes douleurs pendant et après l'émission de l'urine ; « cette émission se faisait assez facilement ; cependant l'écoule- « ment continuait toujours.

« Je fus consulter M. le Dr Delcroix , rue Neuve-des-Petits- « Champs, qui constata la présence de trois rétrécissements dans « l'urètre ; il pratiqua la scarification, plus une cautérisation au « nitrate d'argent dans la même séance ; il me mit à l'usage de « bougies en gomme élastique, plus des injections au sulfate de « zinc, de plomb et de nitrate d'argent II me fit prendre des « dragées Fortin; après mon opération, j'eus la nuit une forte « fièvre.

« Étant parti pour la campagne au mois de juin, j'y continuai « les injections et les dragées Fortin, qui me donnaient beau- « coup de tiraillements d'estomac; l'écoulement revint plusabon- « dant, et l'émission de l'urine très-douloureuse. Je tombai ma- « lade.

« Sur l'ordonnance de M. Pitton, de Mari y-le -Roi, je cessai « le traitement ; ce médecin me prescrivit une purgation , des «injections émollientes, desquelles je me trouvai très - bien ; « l'écoulement avait presque disparu. Je restai dans cet état, « suivant un régime très-doux ; je ne prenais aucune boisson al- « coolique. Je restai dans cette position, vivant toujours de ré- « gime, jusqu'au mois d'avril 1852, conservant toujours ma « goutte militaire.

« C'est alors que, sur l'avis d'un de mes amis, pharmacien, « M. Bugeot, à la Croix- Rouge, je pris des pilules de fer, du site rop de proto-iodure de fer; des injections dont je ne puis dire « le nom, mais qui me faisaient beaucoup souffrir. Je suivis ce « traitement jusqu'au mois de juillet, jusqu'à ce que je fusse « forcé de l'abandonner, à cause d'un pissement de sang et

« d'une forte inflammation du canal. Je retombai malade ; je fis « appeler le Dr Seguin, qui me trouva une forte fièvre qui dura « plusieurs jours; j'éprouvais des douleurs dans le cordon du « testicule. M. Seguin me prescrivit. des grands bains, du sulfate « de quinine, des injections, de la tisane de bourgeons de sa- « pin, du sirop de goudron, de la salsepareille, du chiendent, et « de la réglisse. Je fis ce traitement jusqu'au mois de décembre « 4852, sans avoir obtenu ma guérison : je conservai toujours « l'écoulement.

« Vers le 15 août -1852, je fus consulter le pharmacien Sampso, « rue de Rambuteau, qui me vendit deux flacons d'une injection « dont il est l'auteur, appelée pierre divine, duquel je n'obtins « aucun résultat. Je dois dire que je n'éprouvai aucune douleur « de ce traitement, mais aussi l'écoulement continua toujours.

« Au mois de janvier 1853, je cohabitai avec une femme qui « avait des flueurs blanches occasionnées par une perte : mon « écoulement devint plus abondant, l'émission de l'urine était « assez douloureuse ; je me remis à la tisane.

« Au mois de juin 1853, je fus consulter un médecin, qui me « prescrivit des injections dont je ne puis dire le nom, des grands « bains, des lavements émollients; il constata, en outre, que j'avais « la glande prostate malade (1). Sur la déclaration que je lui « avais faite qu'après avoir uriné il sortait du canal une espèce « de liquide roussâtre, assez épais, ce médecin m'engagea à aller « consulter les chirurgiens en renom.

« En juin 1853, je fus consulter M. Huguier, qui me prescrivit « des capsules de Mothes (2), des lavements froids; je n'obtins

(1) Pauvre prostate ! Lorsque le chirurgien ne peut pas sonder, c'est la prostate; y a-t-il un écoulement intarissable, c'est la prostate; y a-t-il rétention qu'on ne peut surmonter, c'est la prostate; y a-t-il une pierre introuvée, c'est la prostate, et toujours la prostate.

(2) Je ne puis laisser passer les capsules de Mothes sans faire connaître que je suis le premier inventeur de ces capsules. En 1824, et conséquentment bien avant que M. Mothes ne songeât à mettre du copahu dans une capsule, j'en administrais à quelques malades; seulement, la manière dont je les faisais n'avait rien d'attrayant. C'était tout simplement avec des intestins de volaille ou de chat que je les fabriquais. Je gonflais ces intestins, les liais pour en faire de petites boules que je laissais sécher et que

« aucun résultat. M. Huguier me fit entrer dans son service, hô- « pital Beaujon, 1er pavillon, n° 216; il me prescrivit des sang- « sues tous les quatre jours, au périnée et tout le long du canal; « des pilules de térébenthine, decopahu solidifié, la potion Cho- « part, et un emplâtre de poix de Bourgogne sur le ventre. De a ce traitement je n'obtins qu'un léger soulagement; j'éprouvais « de la douleur dans le canal , qui depuis si longtemps était le u siège d'une grande inflammation , et mon écoulement persis- « tait.

« Par une vacance forcée de M. Huguier , je fus visité par « M. Robert, qui me proposa de nouveau une cautérisation au

j'emplissais de copahu par un trou que je faisais avec la tète d'une épingle rougie au feu. Je bouchais le trou avec un petit rond de haudruche, que je collais avec de la gomme arabique. Comme on voit, j'avais déjà reconnu la possibilité de renfermer le copahu dans un corps insoluble pour lui. J'ai laissé cela là, comme beaucoup d'autres choses, et notre ingénieux M. Mothes a mis ma pensée à exécution , probablement sans la connaître. L'honneur de l'invention lui reste donc. Les docteurs Baude et Thibert ont été témoins de mes hauts faits en capsules, ainsi que notre si distingué confrère Caventou, l'habile chimiste et l'illustre inventeur du précieux sulfate de quinine. Que M. Pelletier me pardonne , je l'oubliais.

A propos de ces capsules, j'ai eu à leur sujet une curieuse conversation avec Percy. Je conterai cela plus tard.

1859. — Puisque je dispose d'une place dans cette deuxième édition, je \ais être fidèle à ma promesse. Lorsque j'eus fabriqué quelques-unes de ces capsules au copahu, j'allai les montrer à Percy. Percy était alors dans toute sa ferveur pour faire un rapport sur le broiement de la pierre qui venait d'être pratiqué pour la première fois. Il parait que ce qui le frappait le plus particulièrement dans cette invention était l'argent qu'elle ferait gagner, car il me dit aussitôt que je lui eus montré mes capsules : « Vous croyez gagner de l'argent avec cela? Ah! bien oui, comptez là-des- « sus. A la bonne heure avec la li-thotritie. » J'eus beau dire à Percy que je n'envisageais pas les capsules que je lui présentais sous le point de vue du lucre, mais sous celui de l'utilité; mais il ne voulut pas en démordre Les capsules ne devaient pas rapporter d'argent, et

elles n'étaient pas utiles.

Et cependant Percy était un homme dune haute intelligence. Il se trompa dans cette occasion, car l'invention des capsules répandue sur le

monde entier a remué des millions Ce que c'est pourtant que notre

jugement! Le fait...... le fait,

« nitrate, au col de la vessie, et je refusai, n'ayant pas été assez « heureux aux précédentes. Après tant de traitements qui tous « avaient été infructueux, je vis que je ne pouvais espérer une « guérison par aucune de ces médications, et je sortis de l'hôpi- « tal pour , sur l'avis de M. Robert , m'aller confier aux soins « d'un chirurgien qui avait guéri déjà plusieurs malades qui « étaient avant moi à l'hôpital Beaujon.

« Je me présentai donc, le 9 août 1853, chez M. le baron « Heurteloup , et le même jour ce chirurgien m'examina et « m'opéra. Il me fit placer sur un petit lit; il mit devant mes « yeux un petit rideau qui m'empêchait de voir ses mouvements « (voir la note 1, p. 121). Après un instant, je sentis à peine pé- « nétrer dans mon canal un instrument dont je ne puis dire le « nom ni la forme ; bientôt cet instrument fut retiré, et M. le « baron me dit : C'est fini, et en me mettant un petit morceau « de chair dans la main, il ajouta : Et voilà ce qui vous empê- « chait de guérir. Quant aux rétrécissements, vous n'en avez « jamais eu. L'obstacle n'était autre chose qu'une excroissance « de chair qui avait été enlevée par M. le baron. Depuis ce mo- « ment, je n'éprouve plus aucune douleur. Je ne puis dire « qu'une chose, c'est que je ne sais pas ce qui m'a été fait ; mais « ce que je sais bien, c'est qu'enfin je suis guéri sans avoir soufafert. »

La cause de l'écoulement et de l'obstacle à la miction qui fatiguaient depuis si longtemps M. Jomard, était une végétation molle que j'ai trouvée à la jonction de la partie membraneuse et de la partie bulbeuse de l'urètre. Cette végétation tenait par un large pédicule à la partie droite et supérieure du tube urétral ; elle, avait le volume d'une très-petite noisette, et examinée au microscope, on voyait sur la surface, qui devait être libre dans l'urètre, de très-petites granulations qui sécrétaient le liquide de l'écoulement. Cette excroissance ne flottait pas dans l'urètre • comme si elle avait été attachée par un pédicule étroit; elle semblait être formée d'une substance spongieuse qui devait être susceptible de décroître et de s'augmenter. C'est ce qui en a imposé probablement pour les rétrécissements que quelques chirurgiens de mérite ont cru reconnaître, et auxquels ils adressaient leur médication. La seule extraction de cette végétation a

mis fin à l'écoulement (I); c'est la preuve que c'est de cette petite tumeur seule que provenait la sécrétion puriforme observée pendant la maladie; l'ulcération en était le point de départ.

M. Jomard a continué à se bien porter. 11 ne demeure plus rue Blanche, 4, et je n'ai pu connaître sa nouvelle adresse ; mais aussitôt que j'aurai pu me la procurer, je la tiendrai à la disposition des personnes qui ont intérêt à constater la persistance de son bien-être.

Malgré mes recherches, je n'ai pas pu retrouver ce malade ; mais cela n'est pas bien important pour prouver ce que j'ai à prouver, à savoir que l'on peut guérir d'une manière immédiate et permanente les rétrécissements de l'urètre". Or, M. Jomard avait, un polype, duquel j'ai fait l'extraction, et il n'est pas probable qu'il soit revenu, car le malade serait venu me retrouver. Depuis, j'ai eu plusieurs cas de polype, et un, entre autres, où tout l'urètre en était parsemé. Ce dernier malade avait été traiié

longtemps et inutilement par plusieurs princes de la science

sans principauté.

(l) Ehcore une blennorfhée enlevée avec ce qui faisait obstacle au cours des urines.

Deux blennorrhagies, il y a 38 ans.' — Rétrécissement depuis 30 ans. — Traitement par la dilatation et la cautérisation pendant quelques mois. ^—Amendement. — Retour d'un rétrécissement beaucoup plus étroit et plus dur. — Usage de petites bougies pendant 25 ans. — Opération sous

une certaine condition, le 6 mai 1853. — Rétablissement immédiat du cours des urines, etgtiérison d'un catarrhe chronique avec urines purulentes et nauséabondes. — Traité sans succès par MM. Civiale et Pasquier, — Bien-être persistant depuis dix-sept mois.

( Venu à moi directement,)

M. P. Berthet, homme de lettres, 58 ans, rue Caumartin, 28, a contracté en 1816 une blennorrhagie, et une autre en 1820. Ces blennorrhagies furent traitées par les moyens ordinaires, le copahu, les injections styptiques, le tout aidé du traitement antiphlogistique. En 1824, à la suite d'un grand dîner, M. Berthet fut pris subitement d'une rétention d'urine presque complète, ce qui lui donna lieu de supposer qu'un obstacle s'était formé dans l'intérieur de l'urètre. Cette circonstance attira son attention, et ayant fait part de ce fait au Dr Gillet, il fut conduit par ce dernier chez le Dr Civiale.

M. le Dr Civiale examina le malade et reconnut un rétrécissement. Il fit usage de bougies de cire qui rapportaient Y empreinte de la partie rétrécie lorsqu'on retirait la bougie. Quelquefois la traction pour la retirer était fort considérable ; trèsfréquemment la bougie de cire (1), que lé malade gardait 20 mi-

(1) Encore une fois la bougie de cire est de toutes les bougies la plus mauvaise, l'acide que contient la cire la rend très-irritante. Lorsque autrefois je mettais des bougies pour traiter les rétrécis, j'en ai fait usage quelque temps ; mais j'ai dû y renoncer, tant, comparativement aux bougies dites de gomme, elles produisaient d'accidents; mais, comme leur forme et leur flexibilité leur permettent de serpenter dans le canal, elles enfilent ceux qui ne sont pas difficiles; c'est ce qui les rend chères à certains chirurgiens manchots. La bougie de cire a aussi l'inconvénient de s'étrangler dans le rétrécissement, par suite de la mollesse de sa substance, et de devoir être arrachée, quand on la laisse ainsi prendre une empreinte.

mîtes à peu près, était retirée le bout tout contourné. M. Civiale lit, à plusieurs reprises, usage de la cautérisation. Ce traitement dura quelques mois , après lesquels M. Berthet resta deux ou trois ans, urinant tantôt bien, tantôt mal, mais conservant une douleur assez vive dans le rein droit toutes les fois qu'il se livrait à la miction.

Cependant, en 1828, le passage devint si étroit, que M. Berthet ne put plus uriner autrement qu'en se mettant de petites bougies, qu'il prit l'habitude de s'introduire très-fréquemment , mais seulement jusque dans la partie rétrécie. Souvent il lui arrivait de garder ces bougies pendant plusieurs jours et iilusieurs nuits; par ce moyen il obtenait un peu d'amélioration momentanée. Jamais M. Berthet ne pouvait pénétrer dans la vessie qu'au moyen d'un mandrin.

M. Berthet, en 1836, ennuyé de son état, consulta le Dr Pasquier, qui lui conseilla de continuer à se mettre des bougies, comme il en avait l'habitude. M. Pasquier voulut revenir aux cautérisations, mais M. Berthet ne jugea pas à propos de s'y soumettre, et resta à l'état de rétréci, ne pouvant uriner qu'en s'introduisant journellement de petites bougies, qui lui permettaient un jet, à peu près filiforme.

M. Berthet resta dans cet état jusqu'au 6 mai 1853, jour oii il se décida à se mettre entre mes mains, car depuis longtemps il m'avait parlé de son mal. Dégoûté de l'insuccès de ses traite-

kments précédents, il craignait que je ne réussisse pas mieux ; et. puis, s'il faut tout dire, l'idée d'être guéri immédiatement lui faisait supposer une opération d'une certaine importance (1).

Or cette empreinte, qui trappe beaucoup les pingouins (voyez la note 1, p. 64), est, comme on voit, un accident, et non pas un tour d'adresse, comme ces messieurs se l'imaginent. Bien souvent la bougie de cire s'émousse et se tirebouchonne au-devant de l'obstacle, quand le malade a affaire à un maladroit, et alors le pingouin se croit à l'état de dilaté, s'endort la-dessus en lisant ses journaux, va se faire détirebouchonner pour revenir le lendemain se faire retirebouchonner, et comme je l'ai dit dans l'histoire véridique du Dl Mazetle, ça va toujours comme ça, et pendant des mois, et puis des mois pour recommencer toujours... Renoncez donc à un instrument si utile!

(I) Beaucoup de malades me viennent ayant cette idée, dont ils recon-

Cette pensée lui donna l'idée de me proposer de ne lui faire qu'un passage justement suffisant pour qu'il pût uriner sans peine et vider sa vessie. De cette manière, disait M. Berthet, je ne risquerai pas autant que si vous me donniez un passage complet.

Bien que je trouvasse la proposition assez peu avantageuse pour le malade, je me décidai cependant à l'accueillir, car je n'avais jamais essayé de guérir un peu un rétréci, et jamais je n'avais trouvé un malade qui eût la singulière idée de revenir plusieurs fois à se laisser faire une opération qui pouvait le guérir en une seule (1).

J'examinai donc, le 6 mai 1853, M. Berthet, et je trouvai une énorme virole fibreuse, virole façonnée par les bougies si longtemps portées. Cette virole était située à 16 centimètres, et elle avait 3 centimètres de longueur. Cette virole commençait abruptement et finissait de même; elle était dure et criait sous l'instrument. Le trou qui la parcourait était central et recevait, très-serrée, une bougie d'un millimètre et quart.

Je donnai immédiatement un calibre de 3 millimètres et demi à ce passage, et j'abandonnai le malade, qui, dès ce moment, urina confortablement par un petit jet à la vérité , mais suffisant pour bien vider sa vessie.

naissent bientôt la fausseté, et ils regrettent de ne pas s'être fait débarrasser plus tôt, par une opération qui dure quelques minutes et qui cause généralement très-peu de douleur, d'une infirmité qui dure toujours et qui donne beaucoup de douleur. Du reste, ces personnes craintives ont la ressource de faire comme M. Berthet.

(1) Lorsque j'ai écrit ce passage, je manquais de mémoire. J'ai eu affaire à un malade très-méticuleux et très-craintif, qui m'a fait la même proposition, à laquelle j'ai accédé. Ce malade, qui avait eu une fistule urinaire, craignait par-dessus tout de la voir reparaître, et il craignait (bien à tort), qu'en lui ouvrant un large passage, la fistule ne revint. Élargi comme il le désirait, il retourna à Saint-Pétersbourg qu'il habitait. Certes, ce malade n'aurait pas permis de le toucher , s'il n'eût été poussé à se mettre entre mes mains par ses deux frères, que j'avais opérés, quelque temps avant, et dont je ne donne pas les curieuses observations, parce que cela ne m'est pas permis. Un de ces messieurs était marié, n'avait pas d'enfants, et en désirait vivement ; dix mois après l'opération, il était père, a

M. Berthet resta dans cet état jusqu'au 18 juillet 1853, et continua à uriner avec la même facilité pendant ce temps.

Ce jour même, le 18 juillet 1853, ce malade m'arriva en me disant qu'il se sentait en bonne disposition, et que, si je voulais lui donner encore un peu plus de passage, je lui ferais plaisir.

Je pratiquai immédiatement la petite opération nécessaire , et je portai le calibre du petit trou central au cylindre fibreux à 5 millimètres. Alors le jet prit une largeur suffisante pour que la miction s'exécutât franchement et promptement.

Le 31 mai 1854. (dix mois après la seconde opération), M. Berthet est venu se soumettre à mon examen.. La miction s'exécute presque avec la même franchise, et je trouve le calibre au même état; il a peut-être perdu un cinquième de millimètre. Le malade se contente- de ce qu'il a, dit qu'il ne se soucie pas d'uriner mieux, et, si son calibre diminue, il viendra, dit-il, me voir en passant pour que je le lui rende.

Une remarque très-importante à faire, c'est que M. Berthet, malgré ma recommandation, a voulu essayer de recourir à des bougies pour augmenter son calibre ; mais le canal s'est rétréci et la miction s'est plus mal faite. Il a cessé l'usage des bougies et tout s'est rétabli au degré où je l'avais mis.

Cette observation est très-importante, car elle montre que le passage peut être donné, par la méthode éclectique immédiate, à un degré restreint et qu'il se conserve à ce degré ; or c'est un avantage lorsque les malades sont craintifs, et que, comme M, Berthet, ils aiment mieux procéder par gradation.

Le mauvais effet des bougies est également remarquable.

Depuis le commencement de son rétrécissement, M. Berthet a été souvent pris de catarrhe vésical, et lorsque je l'opérai, ce catarrhe ne le quittait plus et donnait lieu à des dépôts purulents et fétides. Tout cela disparut aussitôt que le cours des urines fut rétabli.

Aujourd'hui, 29 octobre 1854, M. Berthet est en voyage et m'a fait savoir qu'il continuait à rendre ses urines à son entière satisfaction.

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