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M. Berthet a conservé son canal jusqu'à.la fin de ses jours , ainsi que l'a constaté la lettre suivante, écrite par M. le Dr Duchesne-Duparc , qui, il y a un an, lui a donné les derniers soins pour une inflammation purulente du rein dépendant d'une affection calculeuse.
Paris , le Ik mars 1859.
Vous me demandez , très-cher et honoré confrère , dans qirel état était le canal de l'urètre chez M. Berthet, 28, rue Caumartin, qui a reçu mes soins pour une néphrite calcideuse purulente à laquelle il a fini par succomber; ma réponse à cette question est des plus faciles : ayant eu deux ou trois fois occasion de le sonder, j'ai constamment trouvé le canal parfaitement libre et sans trace aucune d'ancien rétrécissement. Seulement , au lieu d'uriner, Jl livrait passage à du sang et à du pus.
Agréez l'assurance de mes meilleurs sentiments, et me croyez votre trèsdévoué confrère , «
DUCBESNE-DUPARC. D. M. P.
Ainsi donc le canal de ce malade s'était conservé ; non-seulement il s'était conservé, mais il s'était élargi depuis l'opération, puisque , comme on l'a vu dans la relation du cas, M. Berthet ne m'avait permis de lui donner qu'un peu de canal , et que M. Duchesne-Duparc affirme avoir, en sondant ce malade, trouvé son canal parfaitement libre et sans trace aucune d'ancien rétrécissement. Eh bien , je doute qu'immédiatement après mes deux petites opérations, qui donnèrent cependant lieu à la libre expulsion des urines, faculté qui s'est conservée, l'introduction d'une sonde eût été aussi facile. Le canal s'est donc amélioré après mon opération, au lieu de se rétrécir de nouveau, comme cela arrive ordinairement.
J'ai parlé dans mon Introduction à cette deuxième édition , page 5, des désordres profonds qu'apporte dans les organes annexes l'existence d'un rétrécissement. M. Berthet en est un
exemple, ear l'usage prolongé des bougies s'aecoinpagna de temps en temps d'une purulence de la membrane vésicale et de douleurs de reins, qui montrèrent tous leurs désordres, désordres qui furent si fatals, longtemps après le rétablissement de la miction par mon opération.
Il est donc bien important d'arrêter les progrès du rétrécissement de l'urètre dans son commencement, par un traitement qui le fait disparaître, et non par un traitement qui l'assure, le développe et le fortifie. Je parle ici du traitement par les bougies.
Blennorrhagie à répétition datant de huit années. — Sûrangurie. — Quatre rétrécissements fibroso-vascidaires à 6, 10 et 15 centimètres. — Deux opérations, Vune le 2 novembre 1853, et l'autre le 6. — Rétablissement immédiat et bien-être persistant depuis trois ans.
(Amené par son médecin, M. Jules Isaac.)
M. D*¥* (Hippolyte) (1), 29 ans, contracta une première blennorrhagie, il y a huit années; cette blennorrhagie fut suivie de plusieurs autres que le malade attribue à la répétition de la première plutôt qu'aux causes ordinaires de cette affection. Forcé de se livrer dans la campagne, pendant deux mois, à des mensurations pour l'établissement d'un chemin de fer, et dans des lieux où il ne pouvait prendre pour boisson que du genièvre et de la bière, il vit ces blennorrhagies secondaires se développer d'une manière considérable. Pendant quatre années, M.D*** vécut avec le tourment attaché à cet état et aussi à une strangurie (impossibilité d'uriner) qui venait souvent l'atteindre et qui deux fois mit ses jours en danger.
Enfin, à bout de patience, M. D*** vint me trouver, le 2 novembre 1851, avec son médecin M. Jules Isaac.
Je procédai de suite à l'opération, dans laquelle je fis disparaître deux rétrécissements , l'un à 6 centimètres et qui avait 1 centimètre 1/2 de longueur, et un autre à 10 centimètres, de 1 centimètre 1 /4 de longueur ; ces deux rétrécissements étaient très-étroits, mais pouvaient se dilater à 2 millimètres 1 /2.
Je trouvai un autre rétrécissement à la hauteur de la fin du bulbe, à l'endroit où le canal passe parle ligament triangulaire; mais je m'arrêtai ce jour-là, et remis la fin de l'opération à quelques jours.
Effectivement, quatre jours après, M. D*** revint, et je fis disparaître le rétrécissement correspondant au ligament triangulaire, rétrécissement encore plus fort que les deux premiers; et enfin, après avoir détruit un quatrième placé à 2 centimètres du précédent et qui avait 1 centimètre de long, je
(1) Voir la note de la page 105.
pénétrai dans la vessie avec une sonde de G millimètres de diamètre.
Toutes ces opérations lurent faites, sans que le malade perdit plus de 7 ou 8 gouttes de sang, et avec une douleur assez vive, mais qui ne fut qu'instantanée.
Le 31 décembre 1852, quatorze mois après ^opération, M. D"* se présente chez moi dans un état partait, et la miction s'opérant d'une manière aisée et complète.
Aujourd'hui, 13 novembre 1854, trois ans après son opération. M. D*** continue à vider sa vessie; cependant ilim'écrit qu'aussitôt que ses occupations le lui permettront, il viendra me demander un peu plus de passage. C'est ce que je ferai, aussitôt que M. D*** viendra; ce sera l'affaire de quelques minutes.
Si on remarque les désordres considérables qui existaient chez ce malade, qu'il avait quatre parties rétrécies à différentes places dont l'ensemble faisait 5 centimètres de longueur, on s'étonnera que le traitement éclectique immédiat ait fait un passage qui soit resté trois années sans avoir besoin d'être retouché.
Je joins ici la lettre en réponse aux trois questions de la note de la page 9.
Paris , le U mai 1859.
Mon cher Docteur,
Je vous remercie de vous informer de mu santé. Grâce à Dieu et n l'opération que vous m'avez faite, mon canal s'est bien conservé. Seulement, il y a quelques mois, j'ai eu un empêchement subit pour uriner, mais la simple introduction d'une bougie a remis le tout dans son état normal.
Je ne puis donc que me féliciter de vous avoir été adressé, puisque votre opéra/ion m'a rendu immédiatement la faculté de pisser, et que la douleur qu'elle fait éprouver pendant un laps de temps, comparativement très-court, n'est rien auprès de celtes que l'on éprouve par l'introduction fréquente des bougies.
Agréez donc, mon cher Docteur, les salutations empressées et les remer-
cîments sincères de votre dévoué,
D**\ fi, rue des Jardins, à Nogent*sur-Marne.
Ce cas, bien que simple en apparence, est cependant très-important et demande qu'on en tienne note. On a vu qu'en 1854, M. D*** m'écrivait qu'aussitôt que ses occupations le lui permettraient, il viendrait me demander un peu plus de passage. Comme on l'a vu, j'attendais M. I)***; eh bien, il n'est pas venu, et, d'après sa lettre de 4859, on voit que la miction s'est conservée et même s'est améliorée à la satisfaction du malade. De là ne faut-il pas conclure que, sans mettre de bougie et sans autres secours que les effets consécutifs de l'opération, le canal s'élargit? Ce fait, rapproché de beaucoup d'autres, ne donne-t-il pas à conclure que dans le traitement éclectique immédiat il est quelque chose de particulier qui ne se rencontre pas dans les autres traitements ?
On a remarqué sans doute que M. D*** s'est introduit momentanément une bougie pour remédier à un empêchement subit au cours des urines. Cela prouve que la bougie passe facilement et que le canal est libre. Du reste, cet empêchement subit si facilement surmonté était dû à un peu de mucus aggloméré; c'est ce que m'a dit M. D***, auquel j'ai adressé quelques questions à ce sujet.
Rétrécissement très-dur et très-étroit, produit par une cause traumatique. — Traitement par les bougies. — Insuccès. — Destruction du tissu cicatriciel placé à 12 centimètres du méat. — Opération le 21 février 1848. — Traité par MM. les D" Deval (de Gien) et Blandin. — Bknétre persistant depuis onze ans et trois mois.
[Je ne me rappelle plus si le malade est venu à moi directement, ou s'it m'a été enroué par Br.wnix.)
Lepron (Amable), 31 ans, vigneron, de Saint-Gondon, canton et arrondissement de Gien, département du Loiret, chef-lieu Orléans, vient me trouver le 27 février 1848.
Le 7 novembre 1847, ce malade, en passant la nuit un gué sur une planche placée en travers , rencontra un piquet de bois qui maintenait la planche et se frappa violemment le périnée, juste au milieu du scrotum, qui ne fut cependant pas entamé; seulement il se forma à cette place une ecchymose peu étendue. Pendant quatre jours , le sang coula de temps à autre par l'urètre, et souvent en assez grande quantité pour emplir, suivant le dire du malade, un verre à boire. L'acte d'uriner provoquait cette hémorrhagie ; elle était également déterminée, mais à un plus haut degré, par l'érection de la verge. Quinze jours après l'accident, le jet de l'urine diminua de calibre, et, au bout d'un mois , l'urètre était complètement bouché , au point que le malade resta quarante-huit heures sans pouvoir uriner, à l'exception de quelques gouttes qui étaient rendues avec les plus violents efforts. M. Lepron s'adressa alors à M. le Dr Deval, médecin à Gien, qui, après plusieurs tentatives, parvint à introduire une bougie filiforme, et après quelques jours, il en introduisit une plus volumineuse, ce qui donna au malade la faculté d'uriner assez librement. Cependant, après avoir essayé d'en introduire une assez volumineuse , cette bougie fut retenue dans la partie cicatrisée de l'urètre avec une telle force , que le malade ne put s'en débarrasser que par une traction violente. M. Lepron revint donc aux bougies de plus petit calibre, mais sans obtenir de dilatation ; au contraire, malgré l'introduction de ces bougies , le
calibre de l'urètre diminuait toujours (1). Cela engagea M. Lepron à venir à Paris se mettre sous les soins de Blandin : il entra à l'Hôtel-Dieu, salle Saint-Jean, n° 23, le 15 février 1848. Blandin introduisit une bougie fine, comme l'avait fait M. le Dr Deval, pour commencer le traitement; mais le 2-1, les événements de Février étant survenus, Lepron fut obligé de quitter l'hôpital pour faire place aux blessés; il vint me trouver, et je lui fis un canal le même jour 27 février.
L'examen me fit découvrir une très-forte saillie, très-dure, qui se projetait au dedans du canal et qui l'obstruait. Cette saillie, placée à 12 centimètres du méat, dont on sentait la dureté à travers i'urètre, avait 1 centimètre à peu près de longueur. Aussitôt qu'elle fut détruite, ce qui se fit sans le moindre écoulement de sang, je pus introduire, dans la partie de l'urètre qui y correspondait, une bougie de 7 .millimètres de diamètre, et le cours de l'urine fut immédiatement et complètement rétabli.
Ce cas est remarquable en ce que le rétrécissement de M. Lepron était traumaiique. Il est aussi très-remarquable en ce qu'on voit l'impuissance des bougies pour ddater un tissu cicatriciel; loin de se dilater, ce tissu combat avec avantage la bougie et a le dessus.
M. Lepron a continué jusqu'à présent à uriner parfaitement, ainsi que le constate une lettre qu'il m'a écrite de Saint-Gondon, le 6 novembre 1854, et qui contient ces mots : « L'opération « que vous m'avez faite s'est très-bien conservée. Voilà bientôt « sept ans que vous m'avez opéré et je ne m'en suis jamais senti « d'une minute; le jet d'eau est aussi fort qu'avant la chute (que « M. Lepron fit sur le piquet qui le blessa ) , et je suis radicale- « ment guéri. »
(1) Voilà encore une bougie vaincue par le rétrécissement; elks ne dilatent donc pas.
1859. — Je cesserai, dans la seconde série des observations, de relever dans des notes les cas où les bougies ont été. vaincues par les rétrécissements. Mon but, en faisant ma première édition, était de faire voir combien cela était fréquent. Or ce but est atteint, puisque le fait que je signale se reproduit, à peu près, dans toutes les observations
M. Lepron a toujours continué à se bien porter depuis mon opération. Voici sa réponse aux trois questions posées dans la page 9.
Saint-Gondon , le 12 avril 1859.
Mon cher Monsieur,
Je vous écris ce petit billet pour vous souhaiter le bonjour, et ensuite pour vous donner de mes nouvelles, qui sont très-bonnes. Mon cher Monsieur, je suis bien content de l'opération que vous m'avez faite en 1848 ; ma guérison a été parfaite , mon canal est aussi bien conservé; le jet d'eau est aussi gros comme avant d'avoir attrapé ma chiite. Tant qu'à l'opération que vous m'avez- faite, je n'ai souffert aucun mal, pas plus qu'une piqûre de puce.
Le traitement de la sonde et de la bougie m'ont fait grandement souffrir pendant longtemps, tandis que votre opération a été si prompte et si douce.
Mon cher Monsieur, j'ai été cent fois heureux d'avoir rencontré une main aussi légère et aussi habile que la vôtre; sans vous, je serais />rrdu.
Mon cher Monsieur, si ma position me permettait de vous être reconnaissant, je le serais d'un bon cœur ; je serais content aussi de faire un voyage à Paris pour avoir le bonheur de vous voir.
Votre tout dévoué et reconnaissant serviteur,
A. Lepi<u>.
Le cas de M. Lepron est remarquable, en cela que son rétrécissement était dû à une cause agissant de dehors en dedans, et que, malgré cette circonstance, qui impliquait un tissu cicatriciel profond en considérant l'urètre de dedans en dehors, la miction s'est conservée. Il y aurait des considérations assez importantes à faire sur la différence présentée, sous le rapport de la persistance de (a gue'rison, entre la strict ure produite par cause traumatique externe et celle résultant de l'inflammation blennorrhagique du canal. Je pencherais à considérer la cause traumatique comme donnant lieu à moins de récidives. Outre qu'elle est plus identique dans ses effets, elle produit toujours le tissu fibreux qui est le plus régulièrement modifiable, et qui garde le plus longtemps les modifications qu'on lui imprime.
•l'ai plusieurs exemples de cela.
Plusieurs blennorrhagies. — Rétrécissement datant de vingt années. — Hémorrhoïdes. — Traitements variés. — Écoulement chronique. — Santé générale profondément altérée. — Traitement par les bougies, donnant lieu à des fièvres d'accès. — L'obstacle au cours des urines augmente jusqu'à produire des rétentions complètes. — Opération pratiquée pendant que la santé est délabrée. — Rétablissement immédiat du cours des urines. — Disparition prolongée des hémorrhoïdes. — Presque disparition complète de l'écoulement. — Rétablissement prompt de la santé générale. — Bien-être persistant depuis six ans et demi.
{Venu à moi directement.)
Le 16 août 1853, M. Guérard, rue du Faubonrg-Saint-Jacques, 77, employé à la Ville, affecté d'une rétention d'urine, vint me consulter. Sa santé est si délabrée que je me refuse à l'opérer avant qu'il soit dans un état meilleur. Après un traitement approprié, il revint le 8 novembre 1853; bien que trèsmalade encore, je l'opère, et l'obstacle au cours des urines étant enlevé, la santé générale se remet promptement. M. Guérard, rétabli, m'apporte, le 5 décembre 1853, la relation de son cas. C'est cette relation que je transcris littéralement ici; elle est importante à lire dans ses détails, car elle est écrite par un malade qui sait s'observer, ce qui est rare, et elle montre quels désordres peut apporter dans l'économie générale un empêchement au cours des urines, et quel effet extraordinaire a, sur le rétablissement de la santé, l'enlèvement de cet obstacle.
« Guérard, préposé au poids public de la ville de Paris; 54 ans.
«1818. Une première blennorrhagie un peu cordée. Traile- « ment avec de la tisane, la liqueur de Van Swieten, le baume « de copahu. Durée, 2 mois.
« 1823. Second écoulement très-virulent. Traitement par les « boissons, les poudres rafraîchissantes, les pilules de poudre "de « guimauve imprégnée de chlorhydrate de morphine, par le « baume de copahu, la poudre de cubèbe, et terminé par des « injections au nitrate d'argent. Durée, 4 à 5 mois.
« Après ce traitement, le jet d'urine n'est pas sensiblement
» diminué , niais l'émission cause parfois de la cuisson. Après « quelques années, la miction nécessite quelques efforts et est « souvent suivie de quelques éblouissements.
« 1835. Nouvel écoulement, assez facilement guéri par l'em- « ploi de tisanes, pilules de Belloste, injections à l'acétate de « plomb et au sulfate de zinc. Durée, 1 mois 1/2 environ.
.« A cette époque, le jet d'urine diminue progressivement de « volume, il commence à dévier et à se diviser : efforts plus face tigants pour uriner ; douleur dans l'urètre , mêlée souvent « d'élancements. Un suintement de l'urètre commence déjà à « déterminer, sur la partie de la cuisse en contact avec le méat « urinaire, une sorte de dartre farineuse qui me cause de vives « démangeaisons.
« En août 1850, après un excès de table et un abus de coït, « je contracte une blennorrhagie violente; le début en est trèsce douloureux; mon urètre, contracté sur lui-même, forme une « sorte de chapelet, et, malgré les bains multipliés et tous les soins « possibles, la période inflammatoire dure un mois. Une boîte de « pilules mercurielles m'est administrée comme traitement, puis « on tente le dessèchement de l'écoulement, devenu moins abon- « dant, par des injections composées d'eau de roses fortement « opiacée et chargée d'acétate de plomb et de sulfate de zinc, à « haute dose.
« L'écoulement a presque entièrement fini par céder; on veut « en finir totalement en augmentant la dose des sels : il s'ensuit « immédiatement un écoulement nouveau, passant par toutes les « phases qu'avait suivies le premier (1).
« C'est depuis ce temps surtout que le jet des urines, devenu « de plus en plus fin, commence à s'éparpiller en girandole, et « que des douleurs anales, que j'avais déjà ressenties antérienra- « ment, accompagnées d'hémorrhoïdes , se reproduisent avec « plus d'opiniâtreté. Les exercices violents auxquels m'obligent « mes travaux aggravent de jour en jour cet état, lorsque, en no-
(l) Combien y aurait-ii moins de rétrécissements, si on ne faisait pas un usage aussi fréquent des injections styptiques, qui, comme on \ oit, au lieu d'arrêter l'écoulement, lui donnent quelquefois une activité nouvelle !
« vembre 1850, à la suite de courses excessives, je suis pris « d'une douleur violente dans le rein droit; cette douleur s'étend « à l'uretère droit, puis gagne le rein et l'uretère gauches; je « marche quelques jours ployé sur moi-même; la vessie devient « douloureuse. Des bains généraux prolongés, des boissons diurétiques légères, et une diminution de régime alimentaire, « dissipent ces accidents; mais ils se reproduisent ensuite moins « intenses, à chaque fatigue nouvelle que j'éprouve. Dans ces « moments de souffrances, mes urines deviennent constamment « colorées en jaune foncé , légèrement albumineuses , et très- « fétides.
«En juillet 1852, je tente de me guérir sans suspendre mes « travaux. M. le Dr Jozan, auquel je m'adresse, m'assure^que dès « qu'il aurait calibré l'urètre, la maladie cessera. Il me sonde « deux à trois fois par semaine , au moyen de bougies olivaires « coniques, dites en gomme élastique. La première fois, il tenta « inutilement d'en faire pénétrer dans la vessie une, presque fili- « forme. Je souffris beaucoup et rendis du sang (1).
« Nonobstant, M. Jozan continua l'emploi des bougies ; mais, « arrivé au n° 18, je ressentis au fond de l'urètre une douleur « lancinante si atroce, que je faillis entrer en syncope. Je fus « me mettre au bain : mais la fièvre se déclara avec violence, « suivie de vomissements persistant pendant trois jours, sans que « rien pût les arrêter, d'insupportables douleurs dans l'estomac, « le ventre, et surtout toute la colonne vertébrale; engourdisse- «. ment et battement au cervelet, céphalalgie violente et persis- « tante occupant le front et les yeux; finalement, épuisement et « maigreur. Le tout me retient au lit pendant tout le mois de « septembre de cette même année (2).
« Après eette crise, je fus assez bien pendant quelques mois; « mais bientôt revinrent les maux de reins, la fétidité des urines, « et les douleurs produites par le rétrécissement de l'urètre.
« Le 11 mars 1853, je m'adresse à M. le Dr Michon, qui me « conseille des sondages avec les bougies tous les deux jours, l'eau « de Rabel , le repos. Mes occupations forcées m'empêchent de
il) Et l'on croit les bougies innocentes !
(2) Voilà encore une bougie qui produit de graves accidents,
« suivre cette prescription, qui, du reste, me conduit au même « traitement que ceux que j'ai déjà faits sans succès.
« Le 16 août, j'allai vous consulter; vous me trouvâtes dans « un si mauvais état , que vous ne voulûtes rien entreprendre « sans m'avoir rendu un peu de forces et de calme. Vous me « fîtes des prescriptions dans ce sens, je m'en trouvai bien; mais « le 21 octobre, m'étant donné un coup violent à la tête, ma « santé périclita encore, et je ne pus aller vous retrouver que le « 8 novembre.
« Alors, bien qu'infiniment mieux, ma santé était encore dans et un grand désarroi; j'éprouvais une irritation presque conti- « nuelle de tout le canal, et une sensation plus douloureuse dans « la portion contiguë au rectum; inflammation de l'anus, hé- « morrhoïdes, blennorrhée plus abondante dans les périodes d'ir- « ritation, venant souvent sans cause apparente.
« Dès que les organes s'affaissaient sous l'influence du som- « meil, une douleur sourde se manifestait près du col de la ves- «sie, correspondait à l'intestin, et semblait s'irradier, d'une « part, dans la fesse jusqu'au pli, quelquefois dans la partie pos- « térieure de la cuisse gauche; d'autre part, dans toute l'étendue « de la colonne vertébrale, mais principalement dans la portion « sacro-lombaire. Les battements du cervelet devenaient forts et « causaient un bourdonnement dans les oreilles; le cauchemar « arrivait presque toujours, et je me réveillais ayant la langue « appliquée au palais, la bouche très-mauvaise; un engourdisse- « ment s'était emparé de presque tout mon corps, et des spasmes « nerveux agitaient les extrémités, les inférieures surtout, et celles a de gauche à un plus haut degié; le ventre était douloureux, et « des gargouillements s'y produisaient autour de la vessie ; quel- « quefois douleur d'irritation à l'epigastre. Ces symptômes se «dissipaient presque entièrement avec l'état de sommeil; mais « ce qui persistait avec le plus d'opiniâtreté, c'était un grand « dépérissement et une douleur sourde affectant la profondeur « de l'urètre. Cette douleur paraissait être le point de départ des « maux de reins que j'éprouvais avec une intensité variable. »
Malgré cette santé délabrée, je jugeai à propos de passer outre et d'opérer le malade, dans l'espérance qu'une des causes principales de tous les désordres était dans l'occlusion du canal.
Je pratiquai cette opération le même jour, 8 novembre 1853 : je trouvai plusieurs parties fortement rétrécies assez rapprochées l'une de l'autre ; une bougie de 1 millimètre passait à peine. Le premier de ces rétrécissements était à 10 centimètres 1/2, et le dernier à 15 centimètres; au delà le canal était libre. Dès que l'opération fut terminée , M. Guérard urina à plein canal, et depuis a éprouvé une amélioration notable dans sa santé, et principalement, tous les symptômes ne se sont plus montrés ou se sont considérablement amoindris.
Depuis son opération, j'ai vu deux fois M. Guérard, et à chaque fois il a ajouté la note suivante à la feuille sur laquelle est écrite son observation :
- « Aujourd'hui, 5 décembre 1853, je me présente à M. le baron « Heurteloup, pour lui dire que mon jet se conserve admirable- « ment bien, quoique l'opération qui m'a été faite le 8 novem- « bre dernier n'ait duré que peu d'instants, ce qui établit une « grande différence entre les procédés de M. Heurteloup et le « traitement par les bougies que j'employais auparavant. »
« Le 19 août 1854, je viens dire à M. le baron Heurteloup que « mon canal s'est parfaitement bien conservé ; que seulement « mes accidents nerveux , qui s'étaient sensiblement améliorés « après l'opération , ont repris depuis deux ou trois mois. A « certaines époques, dès que je ■ cède au sommeil , des spasmes « nerveux et un engourdissement des extrémités supérieures « me réveillent, et s'évanouissent souvent en reprenant l'état de « veille. »
Aujourd'hui, 26 octobre 1854, M. Guérard est toujours tourmenté par ses désordres nerveux, mais la miction s'exécute toujours largement, et cette faculté donnée à M. Guérard a rétabli sa santé générale pendant neuf mois , et maintenant même , elle reste améliorée.
Ainsi voilà une opération faite dans des circonstances déplorables, avec un succès qui persiste; car, comme dit le malade, son canal s'est parfaitement bien conservé.
M. Guérard demeure toujours rue du Faubourg- Saint-Jacques, 77; son cas est intéressant à suivre (1).
(1) Cependant je dois ajouter que la blennorrhée, qui a d'abord cédé
Lorsqu'on lit l'observation qui concerne M. Guérard, on doute que le bien-être puisse se conserver dans des circonstances si défavorables. Eh bien! voilà la lettre qu'il m'écrit, en réponse aux trois questions posées dans la note de la page 9. Elle n'a pas besoin de commentaires.
Paris, lu U avril 1859.
Monsieur le Baron et très-honoré Docteur,
si j'ai été aussi longtemps sans vous donner de mes nouvelles écrites, c'est que je regarde ma guérison comme cause jugée et gagnée.
Voilà cinq ans passés que vous m'avez opéré d'un rétrécissement complet qu'avaient rendit intolérable des fatigues excessives et surtout l'introduction barbare des bougies , dont l'une avait fait fausse route entre les mains de l'opérateur.
En quelques minutes, vous m'avez rendu un jet convenable , et avec incomparablement moins de douleur que ne m'en avait occasionné l'introduction des premières bougies (et je ne parle pas ici de celle qui s' est fourvoyée).
Je ne sais encore ce que je dois le plus admirer de l'habileté de l'opérateur ou des merveilles de l'opération , quand je me rappelle :
Que celle-ci n'a pas même interrompu notre conversation d'un moment, si ce n'est pendant la seconde où vous avez enlevé l'obstacle;
Que je m'étais transporté chez vous à pied , et que j'en suis revenu de même , après avoir largement uriné, ce qui ne m'était pas arrivé depuis près de vingt ans ;
Que mon état d'épuisement et de désordre nerveux n'aurait pas même souffert l'introduction d'une bougie de petit calibre, et que j'ai supporté sans douleur notable l'introduction des instruments passablement gros qui vous étaient nécessaires pour m' opérer ;
Et enfin, quand je contemple- l'étal de plus en plus prospère de ma santé si gravement compromise alors et si complètement rétablie.
Sachez donc que j'urine aujourd'hui avec la même abondance et lu
au traitement éclectique immédiat, laisse encore des traces. Comme je l'ai déjà dit, toutes ne sont pas enlevées. Je persisterais bien pour la faire disparaître complètement, mais la santé générale du malade me commande la prudence.
même amplitude- de jet qu'après votre opération, et j'espère bien cjue rien ne viendra plus troubler l'harmonie de l'organe que vous avez si savamment restauré.
Pulssé-je vous le dire encore dans un quart de siècle , en vous donnant un nouveau gage de la gratitude et des sentiments respectueux avec lesquels j'ai l'honneur d'être ,
Monsieur le Baron , votre très-obligé et affectionné,