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rOpéra. Lorsqu'il entrait dans sa loge, ses aides de camp, avec alîectation, se tenaient debout, derrière lui. parlant haut et beaucoup.
Après le spectacle, il regagnait son lodging de King Street, à Saint James Stuart (1), pendant que son ami et compagnon habituel le comte d'Orsay, dont la ruine n'rtait pas encore prononcée, rentrait àGore-House; l'un poursuivant en dépit d'obstacles qu'on jugeait infranchissables, sa vision couronnée, l'autre se gardant bien, suivant la fine observation du comte de Contades (2), d'interroger les années futures, par crainte de cauchemars infashionables.
Depuis quelque temps, parvenaient de France au prince Louis des nouvelles, qui lui tenaient la pensée très en éveil. La politique intérieure de Louis-Philippe et de ses ministres obéissait à des oscillations doublement inquiétantes pour son équilibre et sa durée. Continuellement préoccupé de défendre son existence même, placé devant des difficultés parlementaires, qui travaillaient à l'ébranler d'une perpétuelle secousse, le gouvernement de Juillet, malgré tant de services rendus au pays, malgré la dignité de son altitude extérieure, malgré l'immense développement qu'il avait su donner aux principaux éléments de la prospérité publique, semblait, au milieu des passions turbulentes, qu'il n'a-
(1» Au commencement de 1847, il était allé habiter l'une des maisons neuves bâties dans King-Street Saint James. Le 15 leviier, il écrivait à M. Vieillard sur son nouvel appartement : « Je suis installé, depuis quinze Joui-s.dans une nouvelle maison et je jouis pour la première fois, depuis sept ans, d'être chez moi. Jy rassemble tous mes liNns, tous mesalbums <'t portraits de famille, enfin tous les objets précieux qui ont échappé au naufrage. »
(2i Le comte d'Orsoij, Physioloffle d'un roi rie In mode.
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vait pas la force de réprimer, imj)iiissant et stérile. Ce régime de paix et d'abondance n'était pas né sous une heureuse étoile. Le pauvre roi des barricades dépendait trop de ce peuple, auquel il avait dû le pouvoir et qui ne pensait qu'à le lui reprendre.
Il y avait eu, dans Paris, maintes agitations partielles, avant la violente surexcitation, qu'y souleva, en 1848, l'interdiction du banquet réformiste. La Chambre des députés menait grand tapage sur cette question. Les opposants de gauche avaient décidé qu'ils maintiendraient ce banquet, fixé au 20. Ouvertement bravé dans son autorité, le roi l'interdit de nouveau; en outre, défense fut faite aux gardes nationaux de se montrer en uniforme dans la rue. Il n'en fallut pas davantage pour décliaîner la tempête révolutionnaire, dont les contre-coups allaient agiter toute l'Europe.
Brusquement la session parlementaire fut interrompue par les clameurs de la rue. Les questions à l'ordre du jour, le jirojet de loi à l'étude, la dotation et le brevet de pairie se virent em|)ortés, d'un souille violent, avec la Chambre et la dynastie.
Le gouvernement avait fléchi devant l'émeute. Par la crainte de verser le sang de son peuple, Louis-Philinpe abdiqua, lorsqu'il eût pu facilement encore se rendre maître de la situation. Le flot populaire avail jeté bas d'une seule poussée les digues trop faible^i de la monarchie bourgeoise. Tout à l'heure, une foule en délire promenait, à travers les rues, comme un trophée, le trône royal arraché aux appartements des Tuileries. Le monarque et les princes étaient en fuite... Quelle place à prendre!
Il y avait un an, presque jour pour jour, que le pré-
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tendant bonapartiste pèlerinait, à travers Londres, diversement hanté de ses amours volages ou de ses appétits politiques, au demeurant bien convaincu que son étoile ne tarderait pas à se manifester par quelque signe éclatant.
Le 2o février, dans l'après-midi, tandis qu'il rentrait, à petits pas, dans King Street, il s'arrêta court. Les voix aiguës ou glapissantes des porteurs de journaux lançaient aux échos de la rue la grande nouvelle arrivée de Paris. La république venait dy être proclamée.
La ville entière de Londres en avait frémi. Les fonds baissèrent à la Bourse. Des bruits inquiétants avaient passé la Manche.
Louis Bonaparte n'eut pas à chercher, longtemps, son impression. Elle s'éveilla radieuse. C'était, pour le neveu de l'Empereur, la fin de l'exil, la patrie rouverte, ses ambitions désenchaînées! Son rôle enfin allait prendre figure.
Au premier bruit de la Révolution, les Bonaparte, les Murât, tous les membres de la grande famille désargentée, étaient accourus en France, des divers points de riiorizon. Ils apportaient à la République leurs protestations de dévouement. Le 26 février, devançant de deux jours son cousin Louis, le prince Jérôme avait lancé dans le public une lettre fort ampoulée, déclarant que le devoir de tout bon citoyen — comme lui-même, — était de se rallier au principe républicain. Louis- Napoléon comprit qu'il n'avait pas de temps à perdre.
Simplement muni d'un nécessaire de voycige, sans plus d'appareil ni d'escorte, il monta dans un des premiers trains en partance pour le port d'embarquement. Quelques heures plus tard, il foulait le> tables de Bon-
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logne, où faillil. une fois, s'enliser sa fortune. « Dieu soit loué! je suis sur le sol britannique », s'écriait, tout à l'heure, à New-IIaven, Louis-Philippe poussé par la liévolution hors de son royaume « Dieu soit loué! avait dit, au même moment, Louis-Napoléon, je puisquitler l'Angleterre et rentrer dans mon pa^'s, — pour le servir, d'abord, et pour lui faire la loi, sous peu. »
Saisissante leçon des événements! 11 était arrivé d'Angleterre sur le bateau même, qui venait d'y mener, incognito, le duc de IN'emours. L'exil avait commencé pour Louis-Philippe et les siens par la même cause violente, qui avait brisé celui de Louis-Napoléon. Et, le lendemain, ce dernier se trouva, face à face, dans la même voiture du chemin de fer d'Amiens à Paris, avec deux mystérieux voyageurs, qui n'étaient autres que les compagnons de la veille du prince français, |>endant sa fuite douloureuse. A l'aspect du revenant de Ham, leur stupéfaction fui telle qu'ils en étaient restés liges, sans voix et sans haleine. Lui s'en allait d'un air tranquille, le front découvert, à la conquête de l'héritage, que l'émeute avait jeté sur le pave, pour appartenir au plus adroit. Cependant, le lils du roi, hier, en pleine force et prospérité, se dérobait par un chemin opposé, sans suite, sans serviteurs, sous un faux nom. Pendant })lusieurs jours et plusieurs nuits, il avait enduré les pires détresses jusqu'à ce qu'il parvînt à Folkestone. Enlin, il était arrivé au débarcadère de Manchester-Square dans un dénùment si com[)let que l'ambassadeur de France dut mettre à sa disposition des habits et des vivres (1).
(1) a Le roi n'avait que t'iinj francs en sa poche, mais la i-eiiic avait