‹ Rêve d'empereurChapitre 26 sur 29 · LE MARIAGE · texte numérisé non relu

LE MARIAGE

(L'Empereur et rimpératrice. l

Image populaire.

de sa garde. Une foule énorme débordait, par les rues, avide de fêter les vainqueurs. La température hivernale s'était réchauflee aux rayons d'un clair soleil. Sur le parcours des boulevards les maisons étaient pavoisées de drapeaux, à toutes les fenêtres. La place Vendôme apparaissait encerclée de tribunes. En avant de l'estrade, rehaussée de tentures d'or et de velours, qu'on avait adossée au ministère de la Justice, se trouvait l'impératrice ayant, auprès d'elle, la princesse Mathilde et attendant, le cœur battant, l'arrivée des Criméens.

Précédé du général Magnan, très représentatif, en sa haute taille, avec son uniforme resplendissant et son escadron de chasseurs à cheval; annoncé par l'escadron des guides, Napoléon s'était porté, d'une allure vive, au-devant des régiments massés sur la place de la Bastille. Et, après une allocution aux chefs et aux soldats, il avait repris, au galop de son cheval, le chemin des boulevards, pour s'arrêter, place Vendôme, droit en face de l'impératrice, lui adresser un salut de la main et attendre le passage des troupes. Elles se montrèrent, ayant à leur tête le général Canrobert et attestant assez par le délabrement des habits, par l'état amaigri des visages, qu'elles avaient fourni une dure, très dure campagne. Derrière les musiques des régiments suivaient des blessés, dont la vue grandissait encore l'émotion populaire. Les mouchoirs s'agitaient; des cris fervents s'échappaient des poitrines; des mains féminines lançaient des bouquets. L'impératrice battait des mains, les yeux humides d'attendrissement et de joie.

Quatre années se passèrent. Ce fut, alors, la mise en scène plus imposante du 14 août 1830, jour de la rentrée dans la capitale des troupes d'Italie couvertes des

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trophées de Magenta et de Solférino. L'empereur, qui les avait commandées, était de retour, depuis le 17 juillet. En ses loisirs de Saint-Cloud, il avait combiné, pour cette grande circonstance, concordant avec la veille de sa fête, l'une des superbes cérémonies de plein air, dont il eut toujours l'à-propos.

La journée fut mugniûque, Tenthousiasme général, et le spectacle grand comme les triomphes de Tancienne Rome. Quelles minutes inoubliables ! L'impératrice assistait à cette solennité' militaire; elle en suivait tous les détails, les yeux brillant d'un légitime orgueil; on la voyait, de tous les points de la place Vendôme, assise sous un dais superbe aux franges d'or, gracieusement entourée des dames de sa cour. On avait alTecté à cette décoration toute une galerie construite à hauteur des derniers étages du ministère de la Justice, tandis que, remplissant les abords de la place, à droite et à gauche, s'élevaient de spacieuses tribunes chargées de plusieurs milliers de personnes. De riches draj)eries, des guirlandes, des couronnes de lauriei', rejoignaient les balcons de la place et de la rue de la Paix. Les femmes du monde avaient saisi cette occasion patriotique d'arborer leurs plus élégantes toilettes. Tous les visages souriaient, tous les c(i»urs se sentaient emplis d'allégresse. Pendant que défilaient les divisions, les aigles victorieuses, les canons et étendards enlevés à l'ennemi, une pluie de fleurs tombait des fenêtres; les airs en étaient embaumés; et les applaudissements, les cris, les vivais n'avaient plus eu de mesure, lorsque était api>aru l'empereur, tenant sur le pommeau de sa selle le prince impérial vêtu de l'uniforme bleu et rouge des grenadiers de la garde, et qui n'avait que trois ans. « La

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scène, rapporte récrivain qui rédigea les Mémoires d'Evans, fut indescriptible. Les mouchoirs s'agitaient, les drapeaux s'abaissaient, les épées étincelaient; les officiers, les soldats, le public des tribunes et toute la foule acclamaient le petit Prince, à sa première apparition en public; c'était une tempête de cris enthousiastes; et toutes ces manifestations se prolongèrent au point qu'il semblait qu'elles ne prendraient jamais iln. Cette association de l'enfant, qui représentait (on le croyait, du moins) l'avenir de la nation, aux victoires de Solférino et de Magenta, devant le monument commémoratif des triomphes du fondateur de la dynastie, toucha le cœur de la foule. Elle avait été mise en contact avec les grandes forces humaines, qui gouvernent le monde; et la contagion de cette émotion fut si forte, si irrésistible que, même les ennemis les plus irréconciliables du gouvernement se laissèrent gagner par elle; prenant part aux démonstrations du peuple, eux aussi jetaient des fleurs aux pieds de l'empereur et de son fils en criant de toutes leurs forces : « Vive V armée! Vive la France! »

Vraiment, en dételles minutes, l'Empire put se croire à son apogée do puissance et d'éclat. Cependant les échos de ces acclamations duraient encore, que des dérangements s'annonçaient dans la carte de l'Europe, — modifications graves de conséquences, lourdes de périls, que Naj)oléon III n'avait pas su prévoir et qui allaient causer les plus sérieux embarras à la mobilité irréfléchie de sa politique.

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