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— et Dieu sait pourquoi, lorsqu’elle avait chanté cet air. les larmes roulaient sur ses douces joues...
La plus jeune sœur, Krzsi, était tout l'opposé dTlonka. Elle avait seize ans, était enjouée, éveillée, remuante i petite. Ses longs cheveux blonds flottaient sur ses épaules, elle avait volé pour sa ronde figure leur couleur aux roses de la Pentecôte et on ne voyait jamais que gaies les étoiL bleues Je ses yeux. Toute la journée, vile montait et descendait l’escalier, en se disputant avec les domestiques.
Sa bouche et ses pieds toujours en mouvement.
Les plaideurs qui venaient étaient obligés de conter d’abord leur peine à ce petit être, qui prononçait leur jugement d’une voix grave. Elle était capable de v vil 1er jusqu'au blanc matin avec les bûtes de son pére et,
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... Ses deux filles étalonI son troisième point d'or-
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si on la priait de chanter son air favori, elle était toujours prête et lorsque personne ne l'en priait, elle le chantait tout de même...
Le bon vieux Petki eut vu avec joie Erzsi donner un peu de sa bonne humeur en échange de la tristesse d llonka ; mais, comme les sages de son espèce, il ne s'en inquiétait pas trop et pensait que toutes deux une fois mariées auraient en masse des sujets de joie et de chagrin.
A la Saint-André de 1676, Farkas Petki fit appeler ses filles,et lorsqu'el les furent devant lui, il frotta sa barbe grise contre la blanche joue dllonka et en témoignage de sa trop grande affection donna à Erzsi une vraie claque... qui claqua. C'était chez lui une bonne farce. (Ici il faut remarquer que M. Farkas n’avait de sa vie encore jamais battu quelqu’un
sérieusement, et pourtant il avait été à la guerre. Oui, oui, aussi invraisemblable que cela paraisse, même là-bas il n'avait jamais fait de mal à personne.)
« Mes filles, — demanda-t-il, — savez-vous quel jour nous sommes ? -
« Mardi? samedi? » devinèrent les filles, car pour elles c'était toujours dimanche.
" Non, non, pas cela... dites-moi quel nom le calendrier marque aujourd'hui? Quoi? Vous ne le savez peut-être pas. On fête aujourd'hui le saint qui apporte aux filles, lorsqu'elles sont bien sages, ce qu’il y a de meilleur.
— Saint-Nicolas? — s’empressa de dire Erzst.
- fais-toi, sotte. Tu ne vas pas croire que l'on l'apportera des gâteaux au miel et des petits agneaux dorés, à toi, une grande fille?
« Ha ! ha ! lia ! C'est aujourd’hui la Saint-André et que pensez-vous que Saint-André apporte aux filles? Un fiancé? »
Ilonka baissa les yeux. Erzsi tapa joyeusement des mains.
« Ce sera charmant, et quel fiancé ni apportera-t-il ?
— Prends patience. Le vieux proverbe dit: Fille qui jeune à la Saint- André voit son fiancé en rêve !
Si de toute la journée vous ne mangez rien, vous verrez pendant votre sommeil celui qui doit vous emmener chez lui. »
Erzsi sautait de joie.
elle était sure
de la réussite. Ilonka se retira en
baisant les mains de son père. Le \ieillard de nouveau frotta sa barbe à la pâle joue de la jeune fille ; il aurait été si heureux de ramener un peu de couleur à ce charmant visage.
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V Erzsi qui se sauvait, Farkas cria :
« Ne raconte pas à tout le monde ce que je viens de t’apprendre, on se moquerait de toi : voilà une re- ■ nmandation que je n'ai pas à taire à ta sceur aînée.
« Je ne bavarderai pas, » — dit Erzsi.
- Pourtant au premier cuisinierqu'elle rencontra, elle confia qu’il ne fallait pas mettre son couvert aujourd’hui, car elle jeûnerait. Kl le déclara à sa nourrice de n’avoir pas à réveiller de mue heure. Cette nuit elle voul lit
rêver quelque chose de très important, àe si important meme, qu’elle ne voulait en rendre compte à personne.
Ilonka resta dans sa chambre ; ErzC apparut dans la salld à manger où m père dinait avec de nombreux convives. Questionnée pourquoi elle ne mangeait rien, elle répondit :
« Oh ! 11c croyez pas que je fasse maigre pour rêver de mon fiancé cette nuit. »... et on se moqua delà petite.
Le lendemain, M, parkas fut le premier sur pied. Il éveilla les domestiques et s’occupa de son déjeuner en attendant que ses filles fussent habillées. Il déjeunait à la vieille façon de Czegled. On remplissait une grande soupière d'eau-devie de Pologne ; après avoir allumé l'eau-dc-vic OU v jetait du miel, des figues, des raisins secs et des pruneaux. Farkas remuait le tout avec une grande cuiller d’argent et avec la même cuiller mangeait ce singulier potage.
Nos estomacs modernes sc révolteraient contre un pareil amusement.
Farkas Petki, lui, mangeait ce déjeuner très facilement. Sa nature lui permettait bien d'autres choses encore.
]1 .n.Ht par exemple ignoré jusqu’à ^a cinquantième année ce qu’était une chambre chauffée, et, même en hiver, il couchait la fenêtre ouverte et avec jamais plus d'une couverture sur lui.
Mais qù’est-ce que tout ça en cornp a raison de son apétit, à la chasse.
I ne fois il mangea un sanglier entier,..
Bientôt arrivèrent ses filles. Erzsi riait effrontément, un bras passé autour de la taille de sa Manche sœur.
« Allons! allons! arrivez, » —cria l arkas et prenant une enfant dans chaque bras, il regarda les deux figures dont l’une brillait dé gaîté, tandis que l’autre regardait tristement dans le vide.
•< Or raconte-moi, — dit-il en se tournant vers ïlonka. — Qu'as-tu
rêvé ? »
La jeune fille soupira profondément et, appuyant la tète contre lus cheveux gris de son père, elle garda le si-
lence.
« Allons! dis, tu dois tout me dire.*, voyons! tu n’es pas gênée avec moi?... commence. Tais-toi, Erzsi, ne ris pas, tu embarrasses ta sœur. Quoi donc! ce secret ne veut pas sortir?
Voyons, attends qu'Erzsi te fasse honte. Viens, toi, mon enfant, raconte-moi ton songe. N’est-ce pas, toi, tu n'as pas peur de moi?
-— Certes, non, » riposta la chère petite, en s'asseyant vite sur les genoux de son père et avec une grande gravité d'enfant elle raconta...
<•: C'était ainsi. Nous étions tous trois dans la cour d'honneur. A grand fracas et force claquements de fouet, une voiture attelée de six chevaux entra dans la cour. C étaient six beaux
H KV H HT V I E
chevaux noirs tout harnachés d'argent et Je perles. I es Jie. • • } i. II.)lent, 1 1,
secouant gentiment la tête, agitaient les plumes qui les ornaient. Sur le siège un cocher en riche livrée bleue de bleuet à boutons d'argent, I derrière la voiture deux domestiques dont les costumes étaient des splendeurs. l a voiture s’arrêta, la portiére s'ouvrit et d'abord descendit un vieux monsieur avant tout i’&ir
d’un prêtre. Un long habit noir lui
tombait jusqu'aux talons. Derrière lui vint, c‘e>t-à-dire, sauta un jeune homme. Il t les joues rouges, la barbe noire, les yeux brillants. De beaux cheveux noirs tombaient sur ses épaules. Il nie semble le voir encore devant moi.
« Un costume grenat brodé d'or et à boutons de rubis le rendait encore plus élégant, m possible. A la
^ ^ a i IA • • ■ m. *. m + m * — * .■ m. *. m. m. m * + + + +. .* 4. a •,*. * a *. « .+ « « * «
main droite il tenait une épée d’or.
— Tu n’as pas mauvais goût, — interrompit le père en riant, — allons, continue mon ange! »
Erzsi hésitait déjà un peu dans sa narration. Elle semblait par-ci par-là vouloir taire un détail.
« Et après, raconta-t-elle, — Ils vinrent vers nous, vers nous deux, car llonka s’était sauvée, je ne sais pas où... I.e jeune homme alla à toi, t'embrassa Je tout son cœur, ensuite il vint vers moi, s’inclina... »
Erzsi baissait les yeux et mordillait son fichu.
« Et alors? — Ne mange pas tes rubans?...
— Et alors, je me suis éveillée, »
se dépécha de finir Erzsi, ce qui fit éclater de rire son père. 11 savait fort bien que la petite masque voulait cacher le reste de l'histoire.
« Maintenant, à ton tour, Jlonka.
Te voudrais sa r où tu as été pendant qu’Erzsi voyait son fiancé... tu es rainée, tu dois te marier avant Erzsi et tu mettras le bonnet avant elle, aussi vrai que lundi vient avant mardi. Parle donc. Nous ne rions plus. Viens sur mes genoux, ainsi, et maintenant raconte tout, ne cache rien. Erzsi, sois sérieuse, ou je t’enferme dans le cabinet noir... Mais parle donc, mon bon enfant, et n'aie pas peur. »
A ces mots il embrassa sa fille en lui caressant doucement la figure.
Pour Erzsi il avait l'habitude d’exprimer son affection par de petites claques amicales, mais ici il fallait plus de douceur.
llonka finit par prendre courage, regarda au loin, de ses veux de rêve, et croisant les mains sur
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les genoux, elle commença ainsi :
« Il me semble que j'étais dans un doux sommeil, et de loin, loin, un air merveilleux m'éveillait de mon songe. J'écoutai, lentement mes esprits revinrent, et j’entendis mon air favori qui m’arrivait, chanté au loin, mon air chéri, que j’ai entendu dans les montagnes, voilà huit ans et plus ; jamais depuis.
— C'est l'air.
Vole, mon ramier, vers sa fenêtre.
— jeta Erzsi.
— Silence, — murmura M. Farkas en fermant la bouche de la petite bavarde, — laisse donc parler ta sœur.
—- Lorsque j'ouvris les yeux et regardai autour de moi, je vis que j'étais dans une cabane.
— Hans une maison peut-être,
— corrigea M, Farkas.
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Non, dans une vraie petite chaumière, nue, comme celles où demeurent nos bergers.
« j etais malade, je ne pouvais pas remuer, j’avais soit* et voulais de l'eau. J'en demandai une goutte. A ma prière, une vieille paysanne se leva d’auprès du foyer où elle battait le beurre, et m'apporta de l'eau dans une écuelle de bois.
« Elle me donna à boire, caressa mon visage, serra mes mains et me baisa les yeux. J étais glacée. Elle prit sa pelisse du clou où elle pendait, et, avec amour, l'étala sur moi, puis m’embrassa de nouveau. Et j’entendais l'air si triste, toujours plus distinctement, quelquefois interrompu par des gens qui parlaient, et par l'aboiement des chiens, mais léchant se rapprochait de plus en plus, et
RB VF ET VIE
il emplit tellement ma poitrine de chagrin, que mon cœur allait presqu'en
éclater, l'étais.., oh! j'aime mieux
ne pas le dire. Enfin le chant s'arrêta. La vieille femme ouvrit la porte et, regardant dehors, me dit que son fils allait rentrer. Je regardai vers la porte, et vis entrer un jeune berger, en simple vêtement blanc sans ornements, comme en portent les paysans.
Ses cheveux flottaient en longues
boucles noires, et sa figure était si
pâle et si triste.,.
— Que le diable emporte ton jeune berger ! qu'est-ce qui le troublait donc
ainsi ? Mais parle, ma fille. Qui l'en¬
voyait ce berger ?
— Personne : il vint de lui-même, s'avança vers moi, prit mes mains. 11 sentit la chaleur de la fièvre qui me brûlait, et tristement il secoua la tête. Ensuite il tira un pain blanc de
KÊVE T T VIE
sa poche, en coupa un morceau, le
mit devant moi, et me pria, puis me
supplia d'en manger. Ses larmes tombaient sur le pain.
— Que rêvais-tu donc, que voulait ce berger ? »
Ilonka comprima de ses mains les battements de son cœur. Sa figure devint d’une pâleur de mort, et ses lèvres murmurèrent :
« Ce berger était mon époux.
— Que le tonnerre brise tout, — jura M. Farkas, car en ces temps on ne connaissait pas encore les jolis et mignons jurons qui sont de mode aujourd’hui... — C'est vraiment un drôle de rêve. Mais, n'est-ce pas, à la fin le berger se transforme en gentilhomme qui n'avait pris cet habillement que pour plaisanter. »
Ilonka secoua la tête.
« Non, nous demeurions ensemble dans cette pauvre chaumière.
— Donc c’est un rêve insensé.
C'est vraiment dommage d’avoir jeûné pour cela, » dît M. Farkas au comble de la colère.
Le carnaval approchait. Le temps était doux, et sur les grandes prairies vertes la neige n'était pas encore tombée.
Farkas Petki, dans sa cour, entre scs deux filles, jouissait d’un dernier beau jour.
Tout d'un coup, une voiture entra dans la cour en menant grand tapage.
A la voiture, attelés, six chevaux
noirs en superbes harnais. Le cocher en livrée bleue faisait claquer son fouet, et derrière se tenaient deux
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domestiques en brillants CÜStumes.
« Regardez, regardez, — s'écria tout étonné le vieux Monsieur, — c'est comme dans le rêve d’Erzsi. »
Erzsi pâlît, mais bientôt les belles couleurs revinrent à son visage, et elle se mit à regarder de toute son attention ; un vieux monsieur, l'air d’un prêtre, sortit d’abord de la voiture. Un jeune homme le suivit, joues rouges, moustaches noires, des yeux brillants et costume grenat. I !
jeune fille le contempla un moment, puis se sauva en toute liâte â travers les salles jusqu'à sa chambre. I.â, die se mit à écouter, mais le battement de son cœur était certainement le bruit le plus fort qu’elle perçut.
Les nouveaux arrivée traversèrent la cour. Le monsieur âgé se présenta :
*( Abbé de Tiszanilak, Gabriel Eseretnèki, » ensuite il présenta son jeune
ïï Ê Y Y ï T Y t E
compagnon, mon neveu « Louis Barclay, » en le recommandant au châtelain.
Un temps se passa avant que Farkas Petki fut revenu Je son étonnement. Enfin il embr.iv.i ses hôtes.
Il en oublia presque de présenter s a fille Ilonka aux étrangers. Ilonka s'inclina gravement et demanda la permission Je se retirer pour donner ses soins au ménage.
IVd.i embrassa plusieurs fois sa fille avant de conduire ses hôtes dans les salles. 11 lit apporter de son meilleur vin, et bientôt ces messieurs eurent fait ample connaissance.
« Êtes-vous parent de Simon Barclay ? — demanda M. Farkas à son hôte.
— Je suis son fils.
— Son fils unique, — corrigea
l'abbé.
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— Dieu vous garde, mon cher, mon aimé enfant, — s'écria Petki en pressant les mains du jeune homme.— Ah î j'ai bien connu votre cher père.
— Lui aussi m’a souvent parlé de vous, cher monsieur, je sais que vous avez été ensemble en Pologne avec Rakoczv.
— C’est lui-même, — redît Petki, en serrant son jeu hôte dans ses bras.
— Votre père m'a toujours promis sa visite, et voyez, maintenant le fil tient la promesse du père. En vérité, c’est bien à vous. »
L'abbé à son tour prit la parole.
« Oui, le défunt a ordonné par testament à son fils de vous rechercher. >»
(Ceci ne fut dit que pour faire savoir à M. i arkasque le jeune homme avait déjà la libre disposition de sa fortune.)
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« Alors le bon cher ami est mort?
Dieu lui donne la paix éternelle, et vous, cher ami, que le Seigneur vous conserve en bonne santé... *— et après un court silence. —- Pour quelques jours vous restez mes hôtes, n'est-ce pas?
— Non pas, mon neveu — remarqua l’abbé — ne pourra demeurer que peu de temps ici. Une propriété aussi riche et aussi grande que la sienne ne peut pas longtemps se passer de maître. Il ne faut pas, lorsqu’on a quatre-vingt bergers à surveiller, rester loin de la maison. »
De cette façon le malin Mentor apprenait à M. Parkas à combien se montait la fortune de son élève. Mais Petki ne voulut pas rester en affront, et dit :
« Bah ! quoi. Le maître n'a pas tant besoin d’être aussi le gardien.
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m m m h • mm-m 4 • » *»-» • | 4 • , * » « f ■*
J'ai semé huit mille boisseaux de blé et je ne mon fais pas de cheveux blancs. »
L’abbé continua.
D'autres occupations encore l'obligent à partir bientôt. Son Excellence le Palatin ne peut que difficilement se ; .•^-.er de Et pfése&CC de mon élève. »
Le jeune homme plaisait mieux à chaque instant au maître de maison.
Mais pour montrer que lui non plus n otait pas un subalterne, M. Farlcas répliqua durement :
•< C est bien : que le Palatin ordonne en Hongrie, moi j'ordonne à Essegg, et vous ne ferez pas un pas hors d'ici, à moins d'emporter la maison avec vous.
— Oh ! pour nous garder dans une maison, où il y a deux aussi exquises jeunes filles, il ne faudra pas ployer la force. »
cm-
R H VF F T VIF
Cette réflexion, ce n'est pas l'abbé, mais Barczay qui la fit.
« Oh ! sûrement, mon ami, ces jeunes filles peuvent se montrer partout, l'une est même « Fille-Fils • et reçoit d’après la vieille coutume de Siebenburgen non seulement la moitié de ma fortune, mais encore le droit de porter les armes des Petki.
— Les armes sont choses accessoires, là ou brillent de si beaux veux
* tr
et où tant de noblesse se lit sur les visages.
•— Ne parle pas avec dédain de l'écusson des Petki, — dit M, Farkns en colère. — L’as-tu vu? Ht, si non, pourquoi en parles-tu ? »
Ce disant, il se leva et cria :
« lié! là-bas, où est la clef de la salle des armures !
— Vous ne voulez pas vous battre avec moi, parce que j'ai osé préférer
RF. VE F T VIF
les yeux, de votre fille à votre écusson ?
— Non, mais je veux te montrer les armes des Petki pour que tu saches, à l'avenir, ce que tu dois en penser...
Mais où donc est la clef? »
Cette clef était toujours chez les filles qui seules avaient permission d’entrer dans la salle. Erzsi avait entendu ce que demandait son père Hile ne trouva pas lionk.i pOttr faire porter la clef, et descendit elle-même, se réjouissant, en vraie enfant qu elle était, de voir celui qui, si peu auparavant, l'avait fait fuir.
Elle tendit la clef par la porte cntr'ouverte et voulut s’enfuir. Mais son père avait deviné son jeu, la saisit par les deux mains, et la traîna devant les hôte^ comme un mouton qu'on mène à l'abattoir.
« Hein ! que dites-vous de la seconde fille que j'ai ? (c'est ainsi qu'il
Mil» Mil fetM É < > 4 m Mit kilttl-IIHIll I * »* H* >*» M l| l . Ii(t* t ( I
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présenta Erzsi.) Allons ! n’aie pas peur, mon enfant, ces messieurs ne sont pas là pour te regarder, tu n'as pas besoin de te donner des airs, »
Erzsi rougit et, pour tout l'or du
monde, elle n’eut ouvert les yeux.
Pourtant elle se décida, à la fin, à faire une belle révérence à l'abbé ; après quoi son père la laissa aller.
« Va, mon enfant, fais enlever les toiles d'araignées des vieilles statues ; je veux mener ces nobles hôtes dans la salle des armes, »
La jeune fille partit en courant, et lorsqu'elle fut loin on l'entendit chanter.
... Les domestiques annoncèrent qne le diner était servi. 11 fallut donc remettre la visite aux armures, car, en ce pays, ce qu'il y a de plus important, c’est que la bonne et précieuse
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oupe ne refroidisse pas. M. Farkas prit scs hôtes par le bras et les conduisit à la salle à manger.
Tout indiquait que, ce jour, M I’etki régalait des hôtes particulièrement chers. I,.i table pliait sous les lourdes vaisselles d’argent à bordure d'or, sou les assiettes et sous les vins de prix. Les mets étaient Ceux d'alors, ceux qu'aujourd'hui on mange dans notre pays, où n’est pas encore venue la mode de s’abîmer l'estomac à l'aide des artifices de la cuisine française... Chaque fois qu’on apportait un nouveau service, le maitre disait :
Après ceci il n'y a plus rien, mangez-en bien... » et pourtant le défilé des plats continuait sans cesse. Lorsqu'un plat plaisait à s», hôtes, le châtelain se rengorgeait.
« C'est ma fille Ilonka qui l'a préparé
de ses propres mains, » et pour confir* mer son dire, il fit plusieurs fois appeler sa fille. Elle arrivait de la cuîne les joues toutes fougics par le feu, et ce n'est qu’à la fin du repas qu'elle prit place à table près de son père.
Rien n’aurait pu décider Erzsî à s’asseoir ou à rester dans la aile, mais elle trouvait constamment l'occasion de paraître devant les hôtes, ne fut-ce que pour un instant.
A la fin du repu-, les deux étrangers commencèrent à chuchoter ensemble.
PetUi s’en aperçut et, cherchant vainement à deviner la cause de leur entretien, il leur cria.
« Pas de conciliabules secrets, Messieurs, à table ou ne chuchote pas, on boit. »
1/abbé se leva très gaiement de sa cli ai se et s'apprêta à parler.
So
Mats Pctki avait vu dans les ycu\ de l’abbé ce qu'il allait dire.
« Nous avons encore du temps de* vaut nous, noble seigneur. I.e premier jour est consacré h l'entrée dans la maison. Ic second à la réception, le troisième se passe à retenir les hôtes, le quatrième s'emploie aux apprêts de départ et le cinquième aux adieux, et encore alors il nous faudra regarder si votre voiture a bien ses quatre roues, et si elles ne sont pas parties pour Rome... Allons, videz ceci avec moi. AubIb ! c'était te gobelet favori Je mon père, je le donne à celui qui le vide.
— En vérité, très honorable M. Farkas Petki, nous ne som mes pas venus ici pour augmenter le nombre des habitants Je votre maison, niais au contraire pour le diminuer. Aussi nous ne voulons pas repartir les mains
vides. Nous sommes venus pour obtenir de vous ce qui plaît le mieux à notre cœur et à nos yeux, si vous voulez nous le donner. — pour vous racheter si vous voulez le vendre, — pour le voler, si vous nous le refusiez... »
M. Farkas savait déjà où son noble hôte en voulait venir, mais ce beau discours fut interrompu par Ërzsi entrant dans la salle en coup de vent, lille apportait la clef de la salle des armures et cria :
« Je viens de laver l'oncle de fer. »
M. Farkas pinça en riant les joues rouges de sa fille, et se tournant vers ces messieurs :
« Avant de connaître Hobjet de votre désir, je veux vous poser une condition : si vous, ou votre neveu, soulevez d'une main l'épée de mon aïeul, ou si vous pouvez dire le nom de Ha-
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nimal que l'on voit transpercé sur mes armes, alors vous pouvez demander tout ce qui est dans tria maison, tout ce qui vit. marche, se lève, s'asseoit, se couche ou se pend à un clou. D'ici là armez-vous de patience. »
L'abbé dit à Barczay :
« Faisons plaisir au vieux. Écoutons-le parler de ses ancêtres avant de lui parler de sa postérité. — Allons. »
M. Pctki se leva, ouvrit la porte, et surprit Erzsi en train d’écouter. Il serra si fort, entre ses grosses mains, les gentilles menottes de la petite, qu elle en cria.
On traversa des salles et, devant la chambre aux armures, le maître de maison se préparait à ouvrir la porte de fer. lorsqu'il vit Erz i en train de se faufiler derrière lui.
« Allons, tâche de décamper, n, »
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cria le vieux en faisant mine Je chasser la jeune fille, qui se sauva en riant aux éclats.
Les hôtes entrèrent dans la salle, et à peine eurent-ils regardé autour d'eux qu'ils éclatèrent de rire.
AL Farkas pensa d’abord que les étrangers étaient devenus fous. Mais, entré lui-même, il vit le sujet de leur gaîté.
Le monument Je fer était au milieu de la die comme toujours.
Seulement la main géante, qui se tendait vers le ciel tenait un pot Je vin, pendant que sur la pointe de l’énorme épée se trouvait embroché un mignon et rose cochon de lait
rôti.
ILirczay tenait son mouchoir devant sa bouche, pour cacher un peu son
rire. L'abbé redonna bientôt un air
Je gravité .à sa figure. 11 s’avança
vers le monument, et saisissent le pot de vin, il dit :
« Cette arme, cher hôte, je la crois digne de vos aïeux, mais, voyezvous, j’en ai déjà soulevé de plus lourdes, surtout pleines de liquide.
« En ce qui concerne ce monstre, je pense que l'histoire naturelle lui décerne le nom qu'il mérite ? Perçussuittus , c’est-à-dire, cochon. »
Le fou rire gagna le maître de la maison, mais un fou rire tel qu'il fut obligé de s’appuyer pour ne pas tomber.
Subitement l'idée lui vint qu'Erz i seule avait pu faire une pareille farce.
!1 ouvrit la porte et d’un bond rattrapa, l’attira à lui et lui donna quelques paternelles et pas sérieuses claques, avec ces paroles :
«' Alors c’est toi qui oses rendre ridicules les aïeux de ton père. »
*'* * « t*** ***■*#-#'*•»-♦ • »*f * * ••‘♦•P'****»* ■ « * * * fc-4-** • * « * * » «■* - “ - " •
L'enfant rit encore un moment, puis se mit à pleurer, et à pleurer de vraies larmes.
Le vieux Parkas regrettait ce qu'il avait fait.
« Je plaisante seulement, enfant stupide, n'as-tu pas honte de pleurer devant un jeune homme qui te regarde ? Allons, sois tranquille ne pleure plus... tu auras une figue si tu ris... »
Erzsi s’arrêta de pleurer.
« Quoi vous pensez que je pleure, je n'ai pas pleuré. »
Des larmes à ces mots coulaient sur son cher visage, en punition de son mensonge.
Elle prétendait avoir ri tout le temps.
Après qu’elle se fut sauvée, l'abbé prit la parole.
« Ah ! cher M. Petki, nous avons
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deviné le secret de vos armes, et
soulevé l'épée de votre aïeul. Nous allons vous ouvrir notre cœur.
— Je suis pris, je me rends.
— Vous pouvez penser que ce n’est pas attirés par le splendide écusson de vos ancêtres que nous sommes venus de si loin. C’est le plus joli et le plus jeune bijou de votre famille, qui nous amène votre jolie et mignonne fille.
« Mon citer neveu, Louis Barczav, m'a demandé de l’accompagner. Nous sommes venus, nous avons vu votre fille, et en vérité elle nous plaît plus qiiL tout au monde. Nous espérons que vous n'avez pas d’objections contre nous.
« Mon neveu a aussi des aïeux, et il L e peut qu'ils aient fréquenté les vôtres. Sa fortune est si grande qu’il pourrait en abandonner une partie
même à ceux qu'il n’aime pas. Il ne J oit rien à personne, si ce n'est quelques cmips de sabre aux Turcs ; mais ceci ne pent qu'augmenter son patrimoine, si on en faisait un juste calcul.
Votre fille est jolie, vertueuse et
craint Dieu. Il ne faut non plus qu’il fasse nuit pour que Barczay se laisse regarder. Il est bon chrétien, j'en réponds. Si cela vous plaît, qu’il plaise aussi à notre Seigneur, qui est aux cieux, de faire une paire de ces deux jeunes gens. »
M. Fartas prît un air attentif et dit:
<■ Cette demande m’honore moi et
ma maison et je l’accepte des deux mains. Aujourd'hui même j’en parlerai à Ilonka, »
L’abbc secoua la tête, se gratta le nez et bégaya.
« Mais... très honoré M. Petki...
comprenez, je vous prie... ce n’est pas Ilonka, mais Erzsi qui plaît à mon neveu.
— Quoi, cette petite? n’avez-voua pas vu comme elle est enfant, cette Erzsi, elle pleure quand on la plai santé, et une figue la fait rire à nouveau... Je pense que vous badinez...
Si vous preniez Erzsi, vous me la ramèneriez dans deux semaines.
— Ne craignez rien. Si c’est trop tôt pour la marier, nous allons attendre une année encore.
— Ce sera trop long, » dit Barczav à son ambassadeur.
... Le vieux Petki en avait chaud à la tète. C2ui aurait pu croire que le songe d’Erzsi se réaliserait si vite?
« Cela ne se peut pas, mes chers amis, — dit M. Earkas, — ce n’est pas l'habitude, je n'ose pas marier ma cadette avant l'aînéeî J'aime égale-
ment mes deux enfants, et je serais heureux, M. Barczay, de vous nommer mon gendre, mais comme époux d'Ilonka seulement, tant qu'elle ne sera pas mariée. Restez ici, apprenez à nous connaître.
— Ah ! nous nous connaissons bien déjà.
— Ilonka n’est-elle pas assez jolie ! bonne? vertueuse? saçe?
— Son cœur et son visage sont dignes de la plus belle des belles, nous le reconnaissons volontiers.
-— Elle doit être bien sage aussi, car vous l'avez élevée. Mais c'est la plus jeune que nous voudrions emmener elle?: nous, meme si vous donniez à l'aînée comme fille-fils toute votre fortune.
— je suis étonné que vous, un prêtre et un homme raisonnable, vous disiez des choses pareilles.
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— Il n’est donné ni aux prêtres, ni aux savants Je découvrir les mystères de l'amour.
— Belles paroles, fruit Je longues
études! mais pourquoi voulez-vous apporter de nouvelles coutumes chez nous? pourquoi voulez-vous que nous changions ce que nos aïeux ont institué? Il n'arrive pas une fois sur cent qu'on épouse la première femme que l'on aime.
- Lorsque nos parents, dans leur sagesse, nous choisissaient une femme, nous soupirions toujours pour une autre, et l’aimée, imitant notre exemple, prenait un autre époux.
Nous commencions par bouder nos parents, nous étions un peu déroutés...
ensuite nous reconnaissions nos torts, et lorsque nous avions appris à connaître et à aimer la femme qu'on nous avait confiée, un grand et tran-
Si
quille amour pour elle emplissait nos cœurs, et nous vivions heureux ensemble, sans qu'il fut besoin de passion éclatante entre nous... J'ai vécu de longues, longues années avec ma femme et jamais nous n’avons eu une heure mauvaise. Aujourd'hui encore sa mémoire m’est chère, et pourtant je voulais me tuer lorsqu’on me força de la conduire à l'an tel.
« Ht par Contre, les gens qui s’aiment longtemps avant leurs noces, et qui ne vieillissent pas ensemble, sont assez nombreux. Kestons-en donc aux bonnes vieilles coutumes.
— Rien n’est plus vieux que l’amour, — dit le prêtre.
— Oh ! oh ! M. l'abbé, cette fois je vous prends en faute, — risposta Petki. -—- Ouvrez la bible à la première page» et vous verrez que le bon Dieu a profité du sommeil d’Adam
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pour le marier. Ce n’est qu’après qu’Àdam devint amoureux d'Eve...
donc le mariage est plus ancien que l’amour. »
Le prêtre, troubl é par cet argument, se tut. M. Iarkas s’approcha du jeune Barczay, lui prit les mains et lui dit avue toute sa tendresse de bon vieux :
« Mon bon cher ami, vous venez de me demander la main de ma fille, et à mon tour je demande votre main pour mon enfant. iSe vous dépêchez pas de répondre. Vous n’avez pas eu de refus de moi, j’espère aussi n’en pas avoir Je vous... Restez une semaine chez moi. et après Seulement, répondez à ma demande J aujour- J hui... et maintenant soyons gais et parlons d’autre chose. »
La semaine était passée; M. Petki
avait tout fait pour rapprocher Barczay d’Ilonka et pour fiancer les jeunes gens. Il leur donna à plusieurs i reprises l’occasion de passer des heures I seuls ensemble, et lorsqu’il était près
d’eux amenait toujours la converj satîon sur des sujets qui, à son avis,
devaient les intéresser tous deux. Le K jeune Bar czay adorait la politique, t llonka était passionnée de poésie, et
lorsque leurs esprits se rencontraient - — ce qui arrivait quelques fois —
c'était dans un monde irréel où règne l'idéal et où commande la fantaisie, llonka n'avait jamais déplu au jeune Barczay, et peu à peu il se mit à éprouver de la sympathie pour elle :
Hr d’autant plus qu’Erzsi s’était com- ; plètement transformée. Barczay ne la voyait plus que rarement et lorsqu’elle Se montrait, elle était sérieuse et triste, un voile de froideur, maintenant,
recouvrait la Jolie figure autrefois si lie, si joyeuse, toute illuminée de rire.
A qui de nous cela n’est-il pas arrivé, de retrouver sombres et troublées des amies de notre enfance, que nous avions quittées folles et gaies..?
Et combien cela nous était pénible d’enterrer à tout jamais le riant visage dans notre souvenir.
Ce n'est pas des années, mais un jour qui avait amené ce changement et Barczay n’y était pas préparé.
Hier il avait vu une enfant gamine et enjouée, bien gentille pourtant, qui riait et riait eu le regardant à la dérobée. Aujourd'hui il y avait des larmes dans ces yeux ou brillait le rire, la bouche qui bavardait hier soupirait maintenant...
La jeune fille avait le cœur pris l'une crainte, c’est que Barczay ne
fut le fiancé dllonka, et la pauvre Krzsi aimait le jeune homme avec toute la force d’une première passion.
Aussi sa gaîté était-elle bien loin...
La fille aînée de Farkas plaisait de plus en plus à Barczay. Il commença par admirer l'air de rêve de son visage, il apprécia la pureté de son cœur, la bonté de son âme, et se mit à adorer ses yeux, ses yeux profonds comme l’abîme, *
Le hasard fait parfois en une heure ce que le temps met des années à accomplir.
Un jour à table, MI. Farkas raconta en présence de Barczay et d'ilonka, qu'un pasteur protestant, depuis longtemps prisonnier des pirates, venait d’être délivré par l'amiral Nuger.
La nouvelle en venait d'Amsterdam, et il ajouta que les parents du pauvre pasteur habitaient un village voisin.
Après le dîner, Barczay et Konka disparurent, et tous detix se retrouvèrent dans la maison du pasteur.
« Nous ne nous étions pourtant pas donné : - ndez-vous? » — dit Barczay en voyant arriver llonka.
La jeune fille donna une partie de ses bijoux d’or à la pauvre fer me.
Barczay, lui, envoyait de l’argent de poche à Amsterdam et ajouta 300 pièces d'or aux trente qu'Ilonka avait apportées.
La jeune hile se mit à pleurer de bonheur, et, pressant les mains de Barczay, lui dit :
« Vous êtes un noble cœur. »
Barczay baisa la blanche main de
la jeune hile, et la femme du pasteur,
h cure u C de la bonne nouvelle et des cadeaux qu’elle venait de recevoir, heureuse jusqu'au plus profond de
son cœur, attira les jeunes gens pre
d'elle, et, mettant les mains sur leurs têtes, prononça sur eux les souhaits que l'on dit aux fiancés.
Ils rentrèrent eu se donnant le bras, et tous ceux qui les rencontraient, ne pouvaient s'empêcher de dire: « Quel joli couple! ».
Ce même jour encore ils se fiancèrent, et ce fut une grande joie pour le vieux Petki. La noce devait avoir lieu dans six semaines.
Vous.tous qui êtes bons et beaux, vous tous qui avez un brave cœur, de jolis yeux, une bouche aux douces paroles, venez à cette belle fête. Que la mauvaise humeur et l'ennui restent dehors.
Celui qui entre dans la cour de Petki aujourd’hui peut être sûr de
nf VE ET VIE
n’en pas ressortir avant deux sein On s'empare de seà chevaux,
on ôte les roues de sa voiture, on enivre à mort son cocher, et prières, promesses, menaces même et force sont employées pour retenir l'hôte s’il veut se sauver, et s'il s'est sauvé, on le rapporte, tout simplement.
On célèbre e mariage de la belle Ilonka, la fille-fils du vieux seigneur. Tous l’avaient demandée pour femme, et on ne l'accord a à personne, jusqu’à ce que le plus beau, le plus puissant jeune homme, le riche Louis Barczav eut demandé sa main.
Laissons un instant de côté ce qui nous préoccupe aujourd'hui, et mêlons-nous à la fête que Ion donne en l'honneur du jeune couple.
Ah ! comme le peuple criait et riait dans les grandes salles dont il ne
reste que les murs!... Les hôtes, en
rangs innombrables, sont assis à de longues tables. Le vacarme de leur gaîté est terrible, le voici interrompu soudain par un silence de mort...
Quelqu’un va mourir, pensent les botes.
« Buvons à la santé de la jolie mariée, » crie une voix joyeuse, et de toutes les salles arrivent des souhaits de bonheur, et la joie s'éveille de nouveau, les coupes d'or se choquent aux coupes comme des épées qui frappent des épées, et haut, éclate une sonnerie de trompettes et de tilinkas, les flûtes de bois.
Qui Jonc aime encore les tilinkas?
Y a-t-il même encore quelqu'un qui sache en jouer?
Ht pourtant c'était miracle d'entendre ces airs, qui mettaient des larmes aux yeux les plus loyeux, et de la gaîté aux yeux les plus tristes.
On a brûlé ces pauvres tilinkas pour quelles ne tourmentent plus les coeurs des humains. On a aussi abandonné la musique hongroise depuis ce temps, personne ne l'a recueillie que les tziganes... peut-être parce qu'eux aussi sont sans patrie...
La trompette, de ses claires fantares, couvre le bruit de la foule, elle éclate joyeuse et ses sonneries rient avec ceux qui rient, pour demain peut-être pleurer et sonner le deuil avec ceux qui pleureront une morte...
Ht la douce musique tire la fiancée de sa rêverie... À table, nos anciens, aussi gais, aussi vifs que nous aujourd'hui, au milieu, les mariés; lui, très animé sa figure toute rose, elle, pâle d’une pâleur de mort. Mais plus pâle encore est sa sœur, jadis si gaie, la rieuse Erzsi.
Les jeunes filles avaient mis des
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robes pareilles. Un léger damas jaune clair les enveloppait toutes frêles et gracieuses. De leurs épaules pendaient des manteaux hottgtioL, vert de mer, bordés d'hermine, leurs mains nues .
(c'était une honte alors de porter des ants) ; mais à la place des gants, des manches plissées de l’épaule au coude et garnies de dentelles et de broderies d'or.
La robe montait jusqu'au cou, cachait la poitrine... Dans ces temps, il était naturellement plus difficile d’atteindre les cœurs des jeunes hongroises. Les cheveux épars sur les épaules, et toute la coiffure consistait en deux plumes d'autruche qui venaient caresser de leurs pointes les fronts de neige.
Les dames âgées portaient d< courts manteaux, bordés de zibeline et de dentelle d'or. Malgré le poids et maigre
RÉ VF BT VIE
la chaleur de ces manteaux, les dames ne s’en séparaient même pas à table.
Les couleurs claires allaient aux plus jeunes: blanc, vert de mer, jaune, etc. Les veuves se mettaient en pourpre et vert émeraude, et seules les matrones étaient en noir.
Toutes avaient des ceintures de perles.
Les hommes portaient de magnifiques étoiles. Trois rangs de boutons d'or et d'argent: les plus riches avaient même des pierres précieuses et de superbes brocarts de soie.
Dans ces temp . les invités apportaient avec eux cuiller et fourchette, et quelques-uns avaient même pendu à leur côté, un encrier. Mais tout était surpassé par la magnificence des costumes, or et argent ne se remarquaient même pas, c'était si commun, si journalier