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pelle de la Sainte-Vierge, et elle vivra.
— Elle est morte, » dirent les bergers.
Ils .s’éloignèrent, firent un brancard, et prièrent devant l image sainte de la Vierge.
Le berger resta seul.
« Si elle est morte, — pensa-t-il, — je la prendrai avec moi, je l'cnteriv ai sous le romarin dans le jardin ; là, au moins, elle restera toujours près de moi. »>
I . bergers revinrent bientôt avec un brancard, sur lequel ils couchèrent la jeune fille. Ils la portèrent loin, dans la montagne, jusqu'à la demeure du berger. Sa mère guérissait les maladies avec toutes sortes de racines, de plantes et d'herbes. Ils n'arrivèrent qu’au matin. La vieille vint à la rencontre de son fils, et
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demanda ce qu’il apportait sur le brancard.
« C'est une jeune fille, — répondit le berger. — Tu me demandes toujours : « pourquoi je n’amène pas de fiancée à la maison ». En voici une, et c'est la première et la dernière, la seule jeune fille que je laisse entrer dans ma chaumière. »
La vieille femme découvrit le visage de la jeune fille, toucha le CCmr et les mains, et ne parla plus.
Le jeune homme ne quittait pas des yeux le visage de sa mère, mais n'y voyant rien qui put lui donner de l'espoir, il gémit :
«. Mère, si l'on enterre cette jeune fille, je ne veux plus rien savoir de la vie, et surtout ne veux plus que tu me parles de ramener une fiancée. » l a vieille femme fit sortir tout le monde de la chaumière, verrouilla
la porte, et restât seule avec la morte.
Le fils ne s’éloigna pas du seuil, il s'assit, et attendit jusqu’à ce que la nuit noire fut tombée. D’autres gardaient scs moutons, et sa flûte rest.i silencieuse. Très tard dans la nuit, la vieille rappela son fils dans la chaumière. Sur la pointe des pieds, il entra dans la pauvre petite chambre où la jeune fille était couchée, les veux toujours fermés. Le cœur lui battait à rompre sa poitrine, l a mère tenait une plume de paon devant les lèvres de la jeune fille, et a plume s'agitait doucement.
Le jeune homme tomba à genoux, et des larmes de bonheur inondèrent ses veux.
« Et maintenant, Jozsi, — dit la mère, — va à ton ouvrage et crois en Dieu. «
Il se pencha sur la jeune fille qui
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rt* pi rai: a peine, et bai a avec tendresse sa main. Il prit sa houlette et sa flûte, et partit dans la nuit sombre, lanmis les bois et les prairies n'entendirent d'aussi jolies chansons.
La jeune fille était sauvée. Mais elle fut deux semaines encore en proie à un \iolent délire, et ne prenait pour toute nourriture qu'un peu de bouillon, que la vieille femme lui aisait avaler de force. Jozsi dormait dehors, devant la porte, afin de ne pas troubler les rêves de la jeune fille : et, ces nuits-là, il apprit à prier.
L'n jour, la mère dit à son fils :
« Prends de l’argent, va à Essegg, et achète là-bas du pain blanc, du vin et des muscades. La jeune fille mangera aujourd'hui. »
Avant le coucher du soleil, [ozsi
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était revenu de la ville, et, do loin, il vit de la fumée bleuir le toit de sa chaumière.
« Ma mère prépare le dîner de ma fiancée, » pcnsa-t-il, et le cœur plein de joie, il tira sa flûte de dessous son manteau et commença sa plus jolie chanson. La douce mélodie s’envolait dans tes airs, et répétait au loin :
« Vole, mon ramier, vers sa fenêtre. #
Lu jeune fille était couchée dans la chaumière et, vers la fin du jour, elle sc réveilla. Elle ouvrit les yeux ut entendit au loin la jolie chanson.
Peu à peu, elle vit où elle était :
une pauvre chaumière, une misérable couchette, la triste demeure des bergers. D'abord, la jeune fille crut qu elle rêvait, elle voulut porter les mains à ses yeux pour Rassurer qu'elle était bien éveillée, mais
elle se sentît trop faible et ne put remuer les bras. Elle essaya de parler, mais sa gorge était sèche, pas une parole ne sortit de ses lèvres.
Une soif terrible U brûlait, elle poussa un petit gémissement.
Une vieille paysanne, à la figure bonne et avenante, se leva, quitta le fourneau près duquel elle battait le beurre, et apporta de l'eau fraîche dans une écuelle de bois. La vieille porta l'écuelle aux lèvres de la jeune fille, lui caressa le front et lui sourit, puis, connue elle remarqua que la jeune fille tremblait, elle alla décrocher une vieille p^ se et l'ètendit sur la malade.
Les sons de la flûte, tantôt tristes et lents, tantôt vifs et gais sc rapprochaient toujours. Le cœur de la jeune fille se mita battre et les couleurs revinrent à ses joues.
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Lorsque la flûte se tut, la vieille ouvrit la porte, accueillit le berger avec d'affectueuses paroles, et dit à la jeune fille :
« Voici mon fils, le brave Jozsi,
qui rentre. »
La jeune fille vit un jeune berger en simple costume blanc, elle leva sur lui ses beaux veux noirs, ces veux
dans lesquels la maladie avait mis encore plus de rêve et plus de charme.
Le jeune homme s’approcha de la malade, pressa ses mains, les couvrit de baisers, mais ne put articuler un mot. Il tira de sa poche un pain blanc et une gourde de vin, pendant que la bonne vieille préparait le diner.
Puis la mère et le fils prièrent la malade de manger, et les yeux pleins de larmes, ils la virent se reprendre à la vie.
Ainsi se réalisa le rêve d'Ilonka.
Hn quelques semaines, la jeune fille se rétablit complètement. La santé et la beauté lui revinrent, grâce aux soins «le la bonne vieille. Elle mit des vêtements de paysanne, noua tin fichu de couleur sur ses cheveux, et cela lui seyait si bien, elle était si à l aise dans son nouveau costume, que tous la prenaient pour une paysanne, fille de paysans.
La vieille, un jour, demanda à la jeune fille qui elle était, et quelle était son histoire, llonka pâli:, et pria la vieille de ne plus lui faire cette question, à laquelle elle ne pouvait répondre.
Ne savait-elle vraiment pas répondre? avait-elle perdu la mémoire dans ce monde où elle avait vécu quelques heures [.a convalescente avait-elle oublié son passé? son père,
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sa sœur, ses amies, le jardin dans lequel elle avait grandi ; enfin toute sa jeunesse?
Est-ce la mort à laquelle on l'avait arrachée, ou une volonté plus forte que la mort qui lui ôte tout souvenir?
Pouvait-elle répondre et ne voulait-elle pas? Voulait-elle rompre par son silence tout lien avec son passé?
Entendait-elle encore la plainte de sa sœur qui la fit fuir dans la mort, ou bien ce qu’elle prenait pour la vie n’était-ce qu'un rêve?
La vieille femme et son fils ne l'interrogèrent plus.
Un jour, le berger apporta à la jeune fille un collier de verroteries, avec des dentelles, et lui demanda si elle ne voulait pas venir avec lui à l'église du village voisin et devenir sa femme. La jeune femme rougît et inclina la tête vers son fiancé...
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Le jour suivant, la vieille femme para la fiancée du mieux qu'elle put, et lui posa sur la tête une couronne de fleurs des champs. Jlonka, peutêtre à ce moment, pensait à une couronne plus brillante, car elle sourit à travers ses larmes. La mère accompagna le jeune couple jusqu'au village qui était tout proche. Hn chemin, le fiancé voulut savoir le nom de la jeune fille pour le dire au prêtre.
La fiancée se taisait : on pouvait l'appeler comme on voulait.
« LeSzamosme l'adonnée, — disait le jeune berger, — et je trouve bien joli le nom de Flora. Nommons-la donc Flora Szamos. »
Le nom plaisait à la jeune fille, et c'est ainsi qu'on l'appela. Deux semaines plus tard, ils étaient mari et femme.
Ht peut-être à la même heure, ce
même jour, le vieux Pctki enterrait, dans le caveau de famille, un cadavre étranger à la place de son enfant bien-aimée, de son Ilonka qui, à trois heures à peine du château paternel, allait à l’autel, conduite par Un pauvre berger et devenait sa femme sans que personne le sut.
Bien des années après, une fois que le vieux Petki se rendait à Szeréda, il vit une paysanne qui, en jupon court et pieds nus, descendait le versant d'une colline. I.e vieillard, tout étonné, regarda la jeune femme qui passait, en chantant, près de sa voiture.
« Si ma pauvre Ilonka n’était pas dans la tombe, je croirais bien la voir, » sc disait-il.
Longtemps il la suivit des yeux, et, donnant deux pièces d'or à son domestique, il l'envoya les porter à
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