‹ Révélations puisées dans les cartons des comités de salut public et de sureté générale, ou, Mémoires (inédits) de Senart, agent du gouvernement révolutionnaire (volume 2)Chapitre 105 sur 190 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Exposition.

1 • C é n est pas aux passions que je livre ce faible opuscule, parce que les passions s’agitent et ne .raisonnent pas; je m'adresse à l'honneur, à la sagesse et à la bonne foi.

2. Comme les opinions religieuses, les opi~ nions politiques ont leur fanatisme* De longs malheurs ont dû nous apprendre que tout esprit d'exagération nous porte à rintoléraüee , et que ^intolérance* monstre odieux qui endurcit

T homme envers ses semblables, traîne toujoursa sa suite les fers, la persécution et la mort*

3* Entre deux extrêmes également redoutables pour les rois et pour les peuplés, viennent s’asseoir ta modération , la justice et la vérité. Ces vertus, douces filles du Ciel, sont.rarement le partage du grand nombre % qui confond toujours T usage avec Tahus clés choses ; il n’appartient qu'aux hommes qui ont su affranchir leur raison des exaltations de Torgueil et de la honte des passions funestes, de remonter aux principes, et de saisu lés causes finales qui ont déterminé rétablissement dés sociétés.

4* Nous avons passé à travers de longs orages, un état de calme leur succède, et provoque a k méditation. Nous savons aujourd'hui que les cou* ceptions les plus heureuses, en passant par la filière des événemens, sont loin de produire les résultats qu’on en pouvait attendre : le temps est arrivé d 'éclaircir les principes en fait de droits et de devoirs, et de mettre au jour des vérités importantes qui, loin d'affaiblir la subordination, sans laquelle aucun gouvernement ne peut se maintenir, ne tendent qu’a resserrer les nœuds de l'organisation sociale.

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5. L’ordre physique ét l’ordre moral se correspondent, ou pour mieux dire, l’un réagît sur i’autre, d’une manière si vive ét âi constante, qu'il n’y a d'existence vraiment hëiireusé qiië pour celui qui sait en maintenir l’harmonie.

6. Lorsque l’homme est parvenu à celte éludé de soi-mème , qui l’éclaire sur ses devoirs et sur ses droits dans l’ordre de tous ses rapports avec ses semblables, ou de tous les modes divers d’association , il peut: facilement reconnaître que le juste et l’injuste ne sont que le bien ét le mal • envers les autres.

■j. Il est dans la nature des choses qué l’homme se méprenne sur ce qui Un paraît juste ét injuste pour autrui , par cela même qu’il se méprend si souvent dans ce qu’il regarde comme le bien ou le mal pour Tut-iinêmë. Ainsi nos actions volontaires peuvent souvent avoir les résultats les plus fâcheux pour les autres, sans qu’on puisse en accuser notre intention. L'ignorance et l’erreur sont les causes premières de la dépravation bu-

mairie, ce qui la justifie de tant d'imputations odieuses*

8* De Fétude de Fhomme considéré en immème, et dans les premiers rapports de famille, on arrive à ce premier état d'association, où des relations plus étendues doivent enfanter des droits et des devoirs plus multipliés : ce second état est la suite naturelle du premier , l’état de famille*

9. En lait, une nation est la réunion de plusieurs familles assemblées par le meme besoin de sûreté et d’appui, et par 3a jouissance des mêmes avantages* Dans ce second état , plus éloignés de ces premières et heureuses influences d affections et d'habitudes contractées dans Tétât antérieur, les hommes deviennent plus étrangers les uns aux autres*

10. Ainsi, à mesure que nos relations s'étendent, leur lien s’affaiblit, et seul il ne suffit plus pour nous retenir et nous guider* Nous voyons moins clairement la nécessité de nous rapprocher, parce que nous la sentons moins; noos sommes plus exposés à nous égarer dans nos dangereux calculs sur notre véritable intérêt* Il faut donc appeler, au secours du sentiment, toutes les lumières de la raison, toutes les leçons de l'expérience, pour s'éclairer sur ce nouvel ordre de devoirs et de droits. II faut concilier Fé-

galité naturelle avec les distinctions qu'enfante , au milieu de rapports innombrables, la différence des moyens; il faut concilier la liberté avec le sentiment d'une juste dépendance.

11. L'homme isolé, loin de sacrifier aucune de ses prérogatives, vient chercher dans l'état social la plus parfaite garantie des droits inhérens à 1 -espèce humaine. Si donc il en trouve la jouissance mieux assurée clans le nouvel ordre social , il reconnaîtra qu'il est de son intérêt de rester fidèle à la loi primordiale , et de concourir de tous ses moyens au maintien de sa durée et de sa prospérité.

12. Delà, l' empire de la loi positive qui, dès l'instant où nos yeux s'ouvrent à la lumière, jusqu à celui où ils se ferment pour toujours, tient chacun de nous à sa véritable place dans la mesure exacte de ses droits et de ses devoirs.

;i 5. La loi positive a donc pour objet, i° d'établir dans l'ordre public les diverses autorités qui doivent f énoncer f la (aire exécuter et l'appliquer; 2° de déterminer toutés les relations du corps social et de ses membres ; 5* de régler Tordre de tous nos intérêts particuliers, par rapport à nos personnes, à nos biens et à nos obligations.

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