On sent que la réponse à ces questions
établit comme corollaire ma proposition particulière qui, d’après ce qui précède, peut désormais être exprimée ainsi : Il est naturel que les hommes qui sacrifient à la société les avantages et les jouissances individuelles, soient dédommagés par elle; ou par des hommes qui indiquent le respect et la reconnaissance , ou par des richesses qui, les dispensant de tout soin particulier, livrent sans réserve à la mère patrie les grandes qualités dont ils furent doués par la nature.
60. Les honneurs, les distinctions, comme idées particulières dans la morale, correspondent à des faits physiques. Les hommes eu effet, quelques semblables qu’ils soient d’aiüeurs, se distinguent par une diversité infinie de taleus, de facultés et de caractères.
61. Quelques-un réunissent à la force physique, la dextérité , ils ont tins aptitude marquée pour les travaux mécaniques, ils sont doués d’une agilité singulière et d’une extrême souplesse.
D’autres ont une imagination brillante , qu ils savent déployer avec grâce.
Ceux-ci ont un jugement sain , de la finesse , de la pénétration, de la sagacité.
Ceux-là se placent au-dessus du commun des hommes, par la clarté dans les idées , l’élévation dans l’esprk et l’aptitude pour les hautes sciences.
62. An moral les hommes 11e diffèrent pas moins entre-eux : Quelques-uns ont un empire absolu sur leurs passions et savent conserver le flegme et la tranquillité au milieu des dangers et des revers inattendus.
D'autres se laissent ébranler par la moindre infortune et se découragent à la plus légère opposition.
Il en est qui sont doués d’une telle sympathie, que 1er. malheurs de leurs semblables les touchent naturellement.
Il s’en trouve enfin dont l’ insensibilité est poussée à un tel point , qu’ils semblent ne compatir ni aux ttiàux de leurs semblables ni aux maux qui leur sont propres.
63. Si maintenant je veux comparer les richesses et les créatures grandes, fortes et belles de l'Orient, aux productions de la nature occidentale, la vigueur et le courage du lion, du tigre, de l’éléphant, à la faiblesse des animaux dans d’autres contrées du globe; si, dans la végétation même, je recherche les inégalités que la nature y a produites , il rie sera plus permis de douter de la vérité du principe qui fait l’objet de ce chapitre.