‹ Révélations puisées dans les cartons des comités de salut public et de sureté générale, ou, Mémoires (inédits) de Senart, agent du gouvernement révolutionnaire (volume 2)Chapitre 127 sur 190 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Pour et contre,

39. Dire qu’un gouvernement peut être parfait de sa nature et qu’il doi t assurer par là même

à tous les citoyens une égale portion de bonheur, c’est supposer que le prince de ce gouvernement serait un dieu, et que tous les citoyens régis par son autorité suprême, seraient des créatures célestes. Il faut donc convenir , puisque nous sommes des hommes, que rien de parfait

ne peut sortir de nos mains , d'où il faudra conclure que les dissections publiques ont quelquefois une cause juste, mais cette cause doit être moins imputée à la nature et au mode de gouvernement , qu'au défaut d'exécution des lois civiles et politiques. *

4 o. Qu'une loi constitutive soit fondée sur les règles de la sagesse, où trouver des magistrats si essentiellement vertueux qu’ils puissent la maintenir toujours dans son plus haut degré de force et de puissance?

Si l'administration est mauvaise, s'il y a iaiblesse, ignorance, corruption dans les dépositaires du pouvoir , les mécontent emens s’acroîtront chaque jour, et l'exaspération du peuple n'attendra pour éclater que le signal donné par les factieux.

4*- L état le mieux gouverné est celui dont les principaux magistrats joignent à la fermeté du caractère une vertu sans lâche, mais où sont-ils

'‘Les rois ne peuvent étendre sur tous les points leur active surveillance, et üs s'exposent trop souvent à passer pour être des ingrats* Pourquoi , a l'exemple d’A&snèrtis , ne eojniuftndent-ils pas quon lise devant eux les annales des années précédentes? Ils y trouveraient sans doute un grand nombre d'actions restées sans récompenses T et plus d*im Maxdocïiëe attendant dans le silence et l'obscurité le jour tardif de la royale justice.

ces magistrats? est-ii bien possible qu’un monarque choisisse toujours bien ceux qu il emploie ? lit-on sur le front des courtisans les sentimens secrets que recèle leur cœur?

42. « H faut savoir , dit un sage de L'antiquité, que les apparences sont trompeuses, que les promesses des hommes sont fausses , que leurs cCeurs sont couverts d’un voile, que leurs principes sont déguisés, que leurs humeurs sont incertaines. »

43. Il existe d’ailleurs des hommes qui sont justement estimés dans un rang médiocre, et que les prestiges de la grandeur rendent vicieux et criminels. Combien sont modestes et charitables dans la vie privée, qui sont insolens et superbes dans la vie publique?

44- Dans le monde la gravité passe souvent pour la sagesse , et l’esprit pour la Capacité. Souvent le langage exprime des sentimens contraires à ceux que l’homme éprouve. Il n 'y a donc rien de plus trompeur que ropinion du vulgaire , et si toute une ville, tout un pays peuvent porter un jugement hazardt^est-îl doncbien extraordinaire qu’un prince soit abusé par le fourbe adroit qui rampe à ses pieds?

Or, les fautes de radministration ne sont pas les fautes do prince; il faut l’éclairer sur les torts de ses magistrats : mais ne peut -on éclairer

les princes sans exciter les convulsions popu laires ? 1

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