SECONDE ESQUISSE
E5COBE 1789-
h>4. Lorsque la populace de Paris s’aperçut que , par les machinations criminelles des Nivç-
* Poire»; est le nom de ce ’vëncrablc ecctésiasüque.
leurs j tous les pouvoirs et tous les rangs étaient confondus, et que dans la balance de l'autorité on n apercevait plus ni gouvernement, ni chefs, ni gardes, ni police, ni patron j lies, ni culte, elle crut pouvoir s’abandonner a la fureur la plus aveugle: le 14 juillet fut choisi pour des crimes nouveaux,. La cohorte populaire se réunit devant Fbotcl des Invalides; les portes des grilles qui en défendent Feutrée furent enfoncées, et vingt raille furieux remplirent en quelques minutes la grande cour clu château ; tous les lieux furent visités ,; rien n’échappa à la vigilance des inquisiteurs , et trente mille fusils qui furent découverts daus un souterrain, servirent à leur armement.
105. Bientôt une voix se fait entendre au milieu du tumulte et des vociférations : à la Bastille! à la Bastille ! oui . marchons à la Bastille! s’écrie de toutes parts une populace avide: àla Bastille ! Et la cohorte se dirige vers ce nouveau théâtre que le crime doit ensanglanter.
106. La construction de cette forteresse, sur le terre-plein de la place Saint-Antoine , avait été commencée en 1 36q par Charles V , et ce fut Louis XI qui y fit mettre la dernière main au milieu du quinzième siècle. Dans une enceinte entourée d’un fossé large et profond , s’élevaient huit tours colossales dont les murs avaient six pieds d’épaisseur, toutes unies par des massifs
île maçonnerie encore plus épais; vingt bastions, l reize corps-de-gardç et île larges fossés compilaient la fortification. 11 y avait alors clans la forteresse quinze canons dont la bouche était dirigée sur la ville, quatre cents biscayens, trois pièces de campagne, quatorze coffres de boulets sabotés et de boulets de calibre, quinze cents cartouches et deux cent cinquante barils de poudre; près de trois cents hommes composaient la garnison.
107. Au moment où la forteresse fut attaquée, on vit deux artisans monter sur le corps de garde , s’élancer -sur le pont-levis et en briser les ferrures à coups de hache; Arné s’avance alors a la tète de quelques gardes françaises qui avaient embrassé le parti de la populace; il fait disposer avec intelligence des canons enlevés aux Invalides; il place des voitures chargées de paille sur les remparts; il y met le feu , et cache ainsi ses manoeuvres aux assiégés. Un cri général demandait la mort «lu respectable de Launay, gouverneur de la Bastille. Au moment où les vainqueurs pénétrèrent dans la forteresse , quoique ce général fût sans épée et sans uniforme, il lui découvert, saisi et traîné hors du château.
108. A son passage, les plus furieux le happèrent et lui arrachèrent les cheveux : escorté par quelques grenadiers, il marchait vers l’Hôtel- |
tic- Ville, ait il espérait trouver un refuge; mais au milieu de la place de Grève, trois énergumènes altérés de son sang se précipitèrent sur lui, et percé de mille coups, accablé par lu fatigue, la rage et ledésespoir, il exhala son demiersoupir.
Sa tète sanglante alors fut élevée dans 1 air aux
cris d’une allégresse féroce. Get horrible trophée fut le signal des meurtres qui souillèreni ce funeste jour, et dont le vertueux FlessèJès fut lia principale victime,
jüc). L’esprit public, qui animait, dans ces momehs d effroi, les habitons de Paris, est impossible à décrire. Une ivresse brutale se peignait sur tous les visages: chacun de ceux qui avaient pénétré clans le château de la Bastille, s'élait armé des débris trouvés dans les souterrains, et de tous les ferremens qui avaient cédé au premier effort. Ces objets étaient montrés à une foule empressée, et chaque mot appelait mille malédictions contre le pouvoir légitime; dans les salles de Tllôtel-de- Ville et sur les escaliers, on voyait des armes ensanglantées et des cadavres mutilés; à côté des cris des mourans, se faisaient entendre les soupirs d’un ami, d’une épouse désespérée. Des banderoles flottaient tlans les airs ; des couronnes étaient décernées aux coupables; les passions douces, n’exerçaient phis leur empire; l’homme était entraîné par
les mou venions déréglés de fa haine et de U\ fureur.