‹ Révélations puisées dans les cartons des comités de salut public et de sureté générale, ou, Mémoires (inédits) de Senart, agent du gouvernement révolutionnaire (volume 2)Chapitre 138 sur 190 · TOUJOURS · texte numérisé non relu

TOUJOURS

uo. Deux partis s’élaiëni formés en France, Il y eut des provocations, et ces provocations furent suivies des plus terribles vengeances. Dés les premiers jours de septembre, des furieux se répandirent dans les campagnes ; le fer et la flamme à la main , îts së firent précéder par là terreur, et suivre par la destruction ; cent cinquante châteaux furent incendiés, dans toute t'étendue ck royaume; mille potences furent élevées , et mille victimes y expirèrent au milieu des tonrmens; des femmes furent étranglées dans leur couche; des vieillards furent attachés au gibet ; des cadavres furent exhumés; des religieuses furent violées; et la glacière d’Avignon fut le théâtre de p Insieurs assassinats.

3 1 1 . Pendant que toute la France était en fëiu \ë Ntveieur Mirabeau décriait dans l’assemblée nationale : « Voyez combien de causes avaient » préparé les matériau* de cette explosion; tous » les dëîm de justice , toutes les incultes, tous les

„ scandales ; des ministres chéris exilés; le rebut » du mépris publie inauguré à la place de ceux » qUi les remplacent; le sanctuaire des lois pro- » fané; l’assemblée nationale compromise, et me- » naeée des troupes étrangères, de l’artillerie; la » capitale , au moment d’être assiégée ou envahie; » les apprêts d’une guerre civile; que dis-je ? d’une » boucherie f où tous les amis du peuple , connus » ou soupçonnés , devaient tomber surpris , dé- » sarmés , sous le glaive des soldats ; et , pour tout «dire en un mot, deux cents ans d’oppression » publique et particulière, politique et fiscale, » féodale et judiciaire, couronnée par la plus » horrible conjuration , dont les fastes du monde » «arderont à jamais la mémoire : voilà ce qui a

» provoqué te peuple . - * *

» On craint souvent le peuple, en raison du » mal qu'un lui a fait. On est forcé de l'enchaîner, » parce quoo. ropprime; et ses persécuteurs le

calomnient, pour étourdir leurs remords. Ceux ij qui s’étaient arrangés* pour 110 redouter aucun » tribunal , tremblent devant le sien ; ei il existe » trop de coupables, pour qu'il ne resie pas beau- « coup de terreur. Si les scènes qui ont eu lieu à n Paris, s'étaient passées à Constantinople, les » hommes les plus timorés diraient : Le peuple

* s’est fait justice; la mesure était au comble : la

* punition d’un visir deviendra La leçon des au-

» très, Get événement , loin de nous paraître ex~ » Lraordinaire, exciterait a peine notre attention» « Nous ferions un volume , si nous voulions démontrer , par des exemples, que, dans ces mo » mens de rigueur, les gouvernemens ne font » que moissonner les fruits de leurs propres ini- » quités. On méprise le peuple, et l’on veut qu'il »soit toujours doux, impassible. Non, c'est une » instruction qu'il faut tirer de ces tristes événe- « mens. L'injustice des autres classes , envers le » peuple, lui fait trouver la justice dans sa bar- *'barië meme. » Àinsrle Niveleur Mirabeau justifiait les actions les plus féroces au milieu des représenlans de la nation, r»

u 2. Ses complices , Lousialot et Camille Desmoulins, écrivains politiques du temps, étaient en possession de L estime du public. Tout le monde lisait, tout le monde était philosophe, et le laboureur qui s'appuyait sur sa bêche en essuyant son front, et lecolîer déserteur des bancs rie son collège, et la jeune femme, qu’un mariage imprudent venait de lancer dans le monde sans préparation.

ï i3. Toutes les vérités respectées par nos pères, tous les sentimens naturels à l'homme , toutes les vertus qui peuvent faire son bonheur, la piété filiale, le respect dû aux femmes, aux vieillards, aux enfant , tout cela était qualifié de pré-

jugés et d’erreurs mensongère. Mats ce fut bien pis encore, lorsque V Assemblée nationale eut publié la déclaration des droits de L’homme ; chaque jour vit se multiplier des projets ou les grands principes métaphysiques et abstraits étaient solennellement discutés,

t i4* «Je suis homme et citoyen, s’écriait liérement le pâtre, eu veillant aux soins de la » ferme rustique; je suis libre de mes actions et j> de ma volonté ; je suis légal du magistrat; je suis » Tëgal du prince : le nouveau siècle vient de me « restituer tous mes droits. » C’est ainsi que se démoralisa la nation française; c’est ainsi que le meilleur des peuples, victime d'une fougueuse démagogie, se prépara insensiblement à commettre et à souffrir le plus horrible des forfaits.

QUATfilÈME ESQUISSE,

TOÜJOITHS J 78p.

11 5. Dès le 4 octobre, des bruits vagues sé répandirent dans Paris. Ori annonçait que la capitale allait être investie de troupes étrangères , et que l Assemblée nationale allait être dissoute par la force, tandis que Louis XVI, tranquille

clans ta forteresse de Metz, dresserait des tables de proscription^ Le soir, la garde nationale dissipa quelques groupes de méeontcns, et emprisonna leurs orateurs. Dans la nuit, tout parut calme, et Forage sembla conjuré. Mais aux premiers rayons du jour, on vil une jeune fille pénétrer dans un corps-de-garde , s’emparer cVun tambour , et foire un appel aux dames de la Halle. Tout à coup elles demandent du pain, et mille bouches répètent ces cris : du pain ! du pain ! Bientôt Faltroupement devient formidable; des hommes déguisés, et cachant sous leurs habits des poignards , donnent le signal : on s'arme , ou entraine tout ce qui s'offre au passage; et * dans quelques instans, Fimmense étendue de la place

de Grève est occupée . Il était sept heures du

matin: la garde à cheval était rangée aux barrières de la commune; les Amazones Fattaquent et la repoussent; un bataillon de la garde nationale leur présente la baïonnette. Il devient victime de son dévouement : une grêle de pierres tombe sur lui et le disperse. Alors les portes furent enfoncées, F Arsenal fut abandonné au pillage, les dépôts furent fouillés ; et F Hôtel-de-Ville allait être réduit en cendres, si le grenadier Maillard n'eût prévenu ce désastre en s’écriant: « Armez-vous, citoyennes; placez deux pièces « de canon sur des voitures , et marchons à Ver-

a saillis ; allons demander du pain à l'Assemblée;

„ emparons-nous du Roi; qu’U vienne au milieu » de nous : sa présence fera cesser la rareté (lu » pain , et nous répondra des projets sanguinai- « res des ennemis du peuple. »

■ i [6. A ces mots , le trouble s’apaise, et l’on se dispose au départ. Les Amazones se divisent en plusieurs cohortes : elles battent Paris; elles recrutent dans les halles , et arrivent , au nombre de huit mille , à la barrière de l’Étoile. La marche s’ouvre ; Maillard est à ta tête de huit ou dix tambours, et forme l’avant-garde ; les femmes composent le corps d’armée; elles brandissent des sabres, des fusils, des pistolets; quelquesunes sont fièrement assises sur des pièces de canon, tenant la mèche allumée.

117. Cette colonne, (pli était suivie et soutenue par les incendiaires de Saint-Lazare, traversa C bail lot , Passy, Auteuil , et arriva aux portes de Versailles , au son bruyant des tambours qui battaient la générale. Suivi de trente Amazones, Maillard parut à ta barre de l'Assemblée « Citoÿeris, dit-il , fai faim , et la faim qui me tour- * mente dévore en ce moment huit mille femmes jf arrêtées par mon ordre aux portes de Versai 1- » les. J'ai faim, et la faim qui me dévore toura mente les vieux pères et les enfui is des huit » mille héroïnes que jé commande. Je viens à

brise , se détache , tombe; le sang des souverains va couler» Tout 4 coup le tumulte cesse; les incendiaires de Saint- Lazare se dispersent; une force supérieure les contraint 4 fuir ; c'était la garde nationale de Paris qui accourait au secours du château.

121, Déjà deux gardes du corps avaient été massacrés; leur sang avait été recueilli dans un vase , . et cette liqueur dégoûtante avait abreuvé dix-huit cannibale^ ; la tête de ces déplorables victimes était portée au bout d’une pique. À côté de ces affreux trophées , marchaient onze gardes du corps, qifon offrait en spectacle, avant de les supplicier. On venait d'appeler le Coupe-Tëte, surnom hideux que s'était donné un monstre remarquable par sa hante stature, par sa longue barbe et par deux taches blanches qu'il portait sur sa poitrine, Les bras nus jusqu'aux coudes; les mains ensanglantées, armé d’une hache énorme qu'il brandissait dans l'air avec fureur, il se préparait à frapper, lorsque la garde nationale de Paris mit en fuite les cannibales, et reçut dans ses rangs les innocentes victimes quelle venait d’arracher à la mort,

Isa. Le calme se rétablit. Le Itoi se détermina à retourner à Paris avec sa famille; et, à midi, une salve d'artillerie annonça le signal du départ; un gros détachement des troupes et une

grande partie des Amazones, armées de piques, ouvraient la marche* Ce premier cortège était suivi de cinquante voitures de farine; le Roi venait ensuite dans son carrosse; et, après lui, la voiture de la .Reine qui portait le Dauphin dans ses bras* Le corps d’armée terminait la colonne; il marchait entre deux haies de spectateurs ,, qui portaient dans leurs mains de hantes branches de peuplier et de chêne, et dont quelques-uns laissaient lire k la fois dans leur physionomie une joie brutale , la colère de TLvres.se. et la fureur de rinsurreclion,

12 3* JEn avant des trains d’artillerie, on remarquait le terrible Çpupc- cbs in¬

cendiaires de Saint- Lazare ; sa longue barbe , son bonnet élevé , sa hache ensanglantée, ses cheveux, ses vêtemens, ses mains, son visage couvert de sang, tout en lui inspirait beffroi* Il marchait, ce monstre , suivi de deux bouchers , qui portaient les têtes dégoût tan tes du jeune Desuties et du malheureux Varwour, Quel spectacle ! quel coup-d’œil! estait à la fois Limage du carnage, d’une fête civique , d’une saturnaie et d'une marche militaire*

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