‹ Révélations puisées dans les cartons des comités de salut public et de sureté générale, ou, Mémoires (inédits) de Senart, agent du gouvernement révolutionnaire (volume 2)Chapitre 141 sur 190 · SEPTIÈME ESQUISSE · texte numérisé non relu

SEPTIÈME ESQUISSE

155. On publiait depuis long-temps dans Paris que les faubourgs Saint -Antoine et Saint- Marcean devaient se réunir le 20 juin pour aller au sein du Corps législatif célébrer l'anniversaire du serment du Jeu de Paume, et présenter au Roi une pétition qui tendait à demander la sanction du décret sur la déportation des prêtres, et du décret sur la formation cFun corps de vingt mille hommes destinés k camper devant Paris,

156. Ce même jour, deux chefs des Hiveleurs parurent déguisés sur Remplacement de la Bastille : le signal fut donné; des distributions d’argent furent faites, et le peuple fut réuni en quelques inslans. Le cortège fut ouvert par les hommes du 1 4 juillet, qui étaient précédés des tables des droits dé Phommé, entourées de plusieurs pièces de canon. Une mûlütudè immense suivait en désordre, en poussant des hurlemens affreux. Les sicaires , arrivés dans ht cour des Feuühms,

furent introduits à la barre de l’Assemblée, et le président ordonna la lecture d’une adresse qu’ils avaient déposée sur le bureau.

i5t. Imitez, disaient-ils dans ce moment de » la plus effrénée démagogie, imitez, législateurs » du peuple français, les Cicéron et les Démos- » ihènes; dévoilez en plein sénat les perfides ma-

» chinations des Caiilina Réfléchissez-y bien;

» rien ne peut vous arrêter. La liberté ne peut » être suspendue. Si te pouvoir exécutif n’agit » point , il n’y a pas d’alternative : un seul homme » ne doit point influencer l’opinion de vingt-cinq » millions d’hommes. Qu’attend le glaive de la » loi pour s’apesantir sur les têtes coupables? La » liste civile aurait-elle encore ici quelque in- » fluence? Aurait-elle des criminels privilégiés? » Forcera-t-on le peuple à reprendre lui-même » le glaive, et à venger d’un seul coup la loi ou- » tragée ? »

x58. Après la lecture de cette monstrueuse adresse, Santerre offrit un drapeau an nom de la députation, et sortit à la tête de ses complices pour se porter sur la place du Carrousel. Arrivés à la grille du vestibule du château, ils voulurent pénétrer dans les appartenons. Sur un premier refus des gardes, ils amenèrent une pièce de canon, ouvrirent la porte à coups de hache, et se précipitèrent en foule dans le grand escalier.

Page 1