NEUVIÈME ESQUISSE
Toujoims 179a.
186* Au icr septembre, Santerre le brasseur commandait la garde parisienne, Marat, créature de Panton , présidait en quelque sorte le conseil de la Commune, et Koberspierre, plus puissant que jamais, agitait dans ses mains, au milieu dune multitude stupide, le glaive des vengeances. 11 disait que les malheurs qu’éprouvait alors la b rance étaient moins dus aux complots de Louis XVI et aux perfidies de LafJ jetté, qui quelques hommes auxquels le peuple trompé croyait du patriotisme,..,.
187. Quels sont ces hommes, s’écriaient les incendiaires de àaint- Lazare ? Qu*on nous les désigne, et bientôt,.., , chacun gardait le silence, on se livrait à des suppositions, 011 concevait des doutes, mais on ne pouvait se fixer; tout à coup le monstre s élance a la tribune et dit : « Personne » o ose donc nommer les traîtres? Eh bien, moi, n pour le salut du peuple, je les nomme, je dén nonce le liberticide Brissot , la faction de la » Gironde, la scélérate commission des vingt et a un de 1 Assemblée nationale. Je les dénonce # pour avoir vendu la France à Brunswick, et
jj pour avoir reçu d’avance le prix de leur là- » cheté. »
188, À ces paroles, les tribunes se livrent à des imprécations, L’Assemblée se sépare , et toute la nuit est consacrée à préparer les crimes du lendemain, Les bourreaux , réunis chez Danton, se distribuent les rôles : chaque place est fixée; le nombre des victimes est déterminé ; les poignards sont prêts : on n’attend plus que le signal du massacre.
1 89, Le soleil se levait à peine, qu’une troupe de furieux répandirent le bruit prématuré, que Verdun s était rendu, et que les Prussiens étaient en pleine marche sur Paris, À cette nouvelle inattendue, un cri général se fait entendre : le peuple demande des armes; U veut former un camp hors de Paris. Danton , ministre de la justice, monte à cheval; il profite du mouvement insurrectionnel, et demande soixante mille hommes disposés k partir sous trois jours pour les plaines de la Champagne.
190, De son coté, la commune sanguinaire annonçait combien il serait imprudent de partir, et de quitter les femmes et les enfans des patriotes sans défense , exposés à la fureur des conspirateurs qui remplissaient les prisons. » Ces perfides aristocrates , ajoutaient les vainqueurs de la Bastille, parviendront à s’évader : Us déli-
vreront Louis XVI et sa famille , et tous nos efforts pour étouffer la tyrannie seront perdus. >1 191. Uue foule d’assassins alors pousse des hurlemens féroces : ils brandissent leurs instrumens de mort ; ils volent aux barrières qu’ils ferment; ils saisissent des voitures prêtes à sortir de l’enceinte de la capitale, et plongent leurs poignards dans le sein de quinze prêtres qui, pour obéir au décret de leur déportation , s'acheminaient, en priant pour leurs bourreaux, vers le lieu de leur exil.
19a. A deux heures le canon d’alarme se fit entendre, le tocsin sonna, ta générale lut battue, et les coupe-têtes , à ce signal, volèrent aux postes qui leur avaient été assignés. A la prison de r Abbaye on lorma un tribunal de douze samculottés choisis au hasard : ces magistrats d’emprunt, présidés par Mail lard, s’assirent entre les deux guichets ; et la pipe à la bouche et le verre à la main, ils décidèrent de la vie et de la mort 190. D’abord, trente prêtres furent égorgés; après ces déplorables victimes, les assassins demandèrent à hauts cris les Suisses, qui leur furent livrés sans interrogatoire et sans jugement. Il ne restait entre tous les officiers supérieurs que le capitaine Reding,qui n’avait pu être transféré à la Conciergerie , à cause d’une blessure grave qu’il avait reçue le 1 o août : les bourreaux
qui étaient chargés de le présenter au tribunal, s’apercevant qu’il ne pouvait se soutenir, le chargèrent sur leurs épaules» Des cris déchirans s’échappèrent a tors de son sein : les bourreaux, las de les entendre, mandèrent un de leurs complices, qui avec son sabre scia la gorge du capitaine Eedtiig, et commença ainsi son exécution aux yeux de ses compagnons d’infortune, Il était à peine au bas île l'escalier, qu’on aperçut, à la cessation de ses cris , que son cœur avait cessé de battre,
194* Thierry, valet de chambre du Roi, succéda au capitaine Reding; il mourut avec calme , et cria : Wiye le Roi! ayant une pique qui lui traversait le corps; les assassins irrités lui brûlèrent la figure avec deux torches enflammées , jusqu'au moment que sa vie fut écoulée avec son sang,
iq5. Le ministre du Roi Munlmorin fut renversé parmi coup de sabrç qui lui fendit la tète, et fut expirer sur le cadavre de Thierry. Le comte de Saint-Mart fut percé d’une lance qui lui traversa les flancs, et ses bourreaux ('Obligèrent à marcher sur ses genoux , pour jouir de ses contorsions douloureuses. M. de Maussabré s’était caché dans un tuyau de cheminée : on s’en douta; et, pour le forcer à descendre, ou tira sur lui six coups de fusil, dont un seul l'atteignit
et lui emporta le poignet. Ce moyen étant infructueux , le féroce geôlier fit apporter de la paille dans la cheminée , et bientôt le malheureux Maussahré tomba suffoque aux pieds de ses assassins.