L’Assemblée législative, instruite de tant
d’horribles crimes, nomma douze commissaires pour se porter dans les prisons, et calmer la fureur des bourreaux : Dussaux , Chabot et Basire furent envoyés à l’ Abbaye ; mais , aux premières menaces qui leur furent adressées , ils retourné* rent auprès de leurs commettans sans avoir rempli leur mission .
197. Les malheureux ecclésiastiques renfermés à l’Abbaye venaient à peine d’ètre massacrés, que CouTviïl'ere , devenu aide-de-camp de Maillard , alla donner des ordres au comité qui était assemblé dès te matin dans le bâtiment de l’église des Carmes : aussitôt chacun s’arma d’une hache , et s’assit au redoutable tribunal qui devait , dans le court espace de quatre heures , prononcer sur le sort de cent soixante ministres des autels qui se disposaient en silence à recevoir la couronne du martyre.
198. Dans le nombre des douze commissaires nommés par l’Assemblée législative pour aller aux portes des prisons tâcher de ramener les sans-culottes à des seutimens plus humains, se
îronvait le trop célèbre abbé Fauchet. Le hasard fixa sa place au couvent des Carmes ; mais il refusa de s'y rendre , par un sentiment de justice intérieure. Cent prêtres, s’écria-t-il , viennent d y être égorgés : ma voix sera-t-elle entendue? je ne le crois pas. Oh! sans doute que cette voix coupable n’eût pas été entendue des assassins qui ne s’étaient armés que pour mettre en pratique l’afi freuse doctrine prècbée pair ce prêtre apostat du haut de la chaire évangélique, « Donne -nous l’exemple, lui auraient dit les bourreaux; ft-ap- ' pe : ce sont les victimes que tu as désignées; souille tes mains dans leur sang; compte avec délices la dernière palpitation de leur cœur ; foule à tes pieds leurs restes insensibles, venge les victimes du 1 4 juillet.
*99- Un tri b nn al de sang s’était également établi dans la Conciergerie du Palais. 11 avait ses juges, il avait ses bourreaux , il avait ses victimes. D’abord il décida le meurtre de soixantequinze malfaiteurs qni se trouvaient dans les prisons , et au nombre desquels se trouvait une bouquetière, qui fdi attachée à un poteau, les pieds cloués contre terre, les seins coupés à coups de sabre,, et dans cette position horrible cüe fut dévorée par un feu lent placé entre ses jambes, que la barbarie avait pris le soin d’ccai'ter d’une demi-coudée;
aoo. A cette sanglante exécution succéda le massacre de dix militaires suisses, au nombre desquels se distinguait le généreux Bachman, qui refusa d’acheter sa vie en calomniant la
Reine . Détournons nos regards de cet affreux
spectacle pour pénétrer un moment dans 1 hôtel de la Force, et porter sur ce sol morbifique un juste tribut de pleurs-
201. Le massacre de la Force commença par le malheureux Rhullières, et le sang de la fille des Rois, de 1» vertueuse princesse de Lamballe, fut se confondre au sang d’une multitude de serviteurs fidèles. Le cadavre de la princesse fui exposé nu aux regards de la populace , et souillé par tous les genres d’excès. Enfin, on lui coupa la tête ; elle fut placée au bout d’une pique, promenée long-temps dans Paris , et présentée à la tour du Temple, sous les fenêtres du Roi et de
.sa famille .
202. Le 3 septembre, quarante-cinq victimes furent égorgées à la Salpêtrière; aux Bernardins, soixante-treize condamnés qui attendaient la chaîne furent sacrifiés dans l’espace de quelques heures ; au grand Châtelet, deux cent quatorze accusés périrent sans être entendus, dans le même instant où un ordre de Santerre faisait tomber la tête du duc de la Roehefoucault. A Bicêtre, le massacre dura huit jours et huit nuits.
Tous les observateurs ont évalué à six mille le nombre des malheureux qui y furent mis à mort. Les piques, les sabres, les fusils, ne suffisant pas à la férocité des assassins, ils furent obligés c remployer du canon* et de mitrailler à. la fois mie multitude de victimes.