Mailhe discuta très-succinctement toutes
ces questions, et proposa le projet de décret suivant:
Louis XVI peut être jugé. Il sera jugé parla Convention nationale. Les pièces du procès seront recueillies par des commissaires. Ces pièces seront communiquées à Louis* XVI et à ses défenseurs, s’il trouve a propos d'en choisir. L'assemblée fixera le jour où Louis XVI comparaîtra devant elle. Louis XVT pourra présenter sa défense, par lui ou par ses conseils. La Convention portera son jugement par appel nommai.
Le 1 1 décembre, l’acte d accusation fut rédigé. En voici les principaux griefs : cer-
nement des Etats généraux par vingt mi lie* hommes, au mois de juillet 1789; 20. fuite à Varennes; 3°. protestation du 21 juin 1791 ; refus d’accepter les décrets sur les prêtres el les fédérés ; 5°. moyens de corruption employés pour acheter les députés.
2 2 Ce même jour , l’augnate Monarque fut conduit à la barre de RAssemblée. Rarrére, qui occupait le fauteuil , procéda à son interrogatoire, Louis XVI, que le brasseur San terre avait contraint de se tenir debout et la tète découverte, répondit avec calme à toutes les questions insidieuses qui lui furent adressées T en quittant la barre il réitéra la demande d’un conseil.
2 2 5. Eu vertu du décret qui permettait à Louis XVI de choisir des conseils, il désigna Tronchet et Target : le premier, plus que septuagénaire, accepta cette noble mission ; le second , qui était dans la force de l’âge, et qui avait employé son énergie à défendre lé dépravé cardinal de Rohan, refusa son ministère à son Roi malheureux.
226. Pendant que Target déshonorait ainsi la plus auguste des professions , le vénérable Malesherbes sortait de sa retraite pour consacrer à la plus sainte des causes les derniers efforts de son génie, et l’éloquent et vertueux Desèze acceptait avec transport l’honorable devoir de présenter à la Convention nationale la défense de Louis.
227. Ce fut le 26 décembre qu’assisté du savant Tronchet et du vertueux Malesherbes, ce courageux orateur, ayant obtenu la parole , jeta sur l’Assemblée un regard où se peignait toute la sensibilité de son âme , et fit entendre ce discours, modèle de sagesse, de force et de précision, qne l’histoire a déjà recueilli.
228. Après Desèze, le Roi prononça ces paroles avec une imposante dignité : « On vient »de vous exposer mes moyens de défense ; je ne h résumerai pas ce qu’on vous a dit. En parlant «peut-être pour la dernière fois devant vous, je
» déclare que je n'ai rien à me reprocher. Jamais »je n ai craint que ma conduite fut examinée ii publiquement ; mais mon cœur est déchiré de » trouver dans Pacte d'accusation le reproche ^d'avoir voulu répandre le sang du peuple..,.,., ^moi qui me serais exposé pour épargner son »sang, et éloigner à jamais de moi une pareille » inculpation* »
Après ces mots, l'auguste captif regagna la tour du Temple, où l'attendait sa famille éplorée,
3129. Cependant l'Assemblée était en proie aux plus vives agitations : mille voix s'élevèrent pour demander à grands cris que le jugement fut rendu sans désemparer ; qu'on décidât sî Louis XVI était un honnête homme ou un scélérat ; qu’on condamnât lui ou les patriotes du 10 août, et que sa réinstallation au troue de ses pères ou sa mort terminassent ce grand procès pendant au tribunal de la nature, entre le crime et la vertu, la tyrannie et la liberté,
sa3o. Lanjuinais fit entendre à son tour le langage de la sagesse et de la justice; mais il parlait â des accusateurs, et non pas à des juges : sa doctrine fut livrée au ridicule. On procéda â la discussion, et ce fut en quelque sorte sous les poignards des incendiaires de Saint Lazare et des septembriseurs , que le president soumit à J a délibération les trois questions suivantes :
i°. Louis est-il ou non convaincu du crime de haute traliison et de conspiration?
2". Le jugement qui sera rendu, soit qu’il condamne, soit qu’il absolve, sera-t-il ou non soumis à la sanction du peuple?
3". Quelle peine infligera-t-on à Louis?
a3 1. Ce lut le 20 janvier 1793, à trois heures du malin, que le sort du malheureux Louis XVI fut fixé. La condamnation à mort fut portée sans sursis à l’exécution *. Ce vertueuxMonarque, après avoir entendu la lecture de sou arrêt, s’écria: Je mis bien sûr que Pètion , Manuel et Kersaint, n’ont pas voté ma mort. H se trompait à l’égard de Pétion ; Manuel et Kausaint seuls étaient restés fidèles à des promesses antérieures.
232. Louis XV 1 avait sollicité de ses bourreaux un delai de trois jours pour se préparera paraître devant la majesté de Dieu. Sa demande fut rejetée . Dès qu il eu lut instruit, il indi¬
qua l’adresse d'un confesseur. Le vénérable Edge. wort, ce zélé ministre de Jésus-Christ, fut conduit au Temple dans la soirée, et s'entretint longtemps avec l’auguste victime. Il était minuit lorsqu’ils se séparèrent; et tandis que Je Fils des Rois, prosterné la face contre terre, allait implorer la miséricorde divine, le ministre des autels des-
On trouvera à la fin de l’ouvrage le tableau fidèle des votes recueillis dans cet odieux procès,
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tendit au conseil, où il dit que Louis désirant entendre la messe cl communier, on lui procurât tout ce qui était nécessaire pour cette cérémonie.
a33. Le curé de Sainte-Assise envoya les ornemens sacerdotaux , d après les demandas du conseil du Temple. A deux heures, le Monarque se coucha , eu donnant ordre à Cléry , son valet de chambre, d’entrer chez lui à cinq heures; et il dormit d’un sommeil profond. A cinq heures, Cléry entra en fondant en larmes : « Vous avez «tort, lui dit le Roi, de vous affliger tant; les » gens qui veulent encore m'aimer devraient au „ contraire se réjouir de voir arriver le terme de »mes maux . »
•2 34. Abrégeons cette douloureuse agonie. Le vertueux Louis XVI s’est réconcilié avec son Créateur : il s’est nourri pour la dernière fois du pain des anges ; pour la dernière fois il a vu sa noble épouse, ses chers enfans : son testament de mort est remis à ses assassins ; il est entré dans ce char funèbre qui doit le traîner au supplice. Il a porté un dernier regard sur cette tour qui recèle tant d'objets chers à son cœur. Il a franchi l’espace qui le sépare du théâtre où se prépare le régicide. 11 est monté sut l’échafaud réservé pour le crime. Il a dépouillé ses vêtemens . Dieu! quel sang vient de jaillir
aux pieds du saint ministre de l’Évangile ! C’est le sang de l'innocence, le pur sang de Louis XVI, du plus sage, du plus juste, du plus vertueux des Rois. O! France! o! mon pays! quelle page pour ton histoire ! ! !