CHAPITRE VII
Complot pour les massacres des 2 septembre et jours suivans.
Horreurs et cruautés commises. — Vois et pillages des
dépouilles. — Rixes, lors du partage de ces vols, entre les brigands égorgeurs.
Les massacres, en septembre, des prisonniers de Paris, ont été jusqua présent dépeiuts de différentes manières; chaque écrivain a plus ou moins varié. Je ne répéterai rien de ce qu’ils ont écrit ; mais en continuant mes détails sur ce qui est omis et que l’on n’a pu dire, j'ajouterai que ces massacres ont été l’un des crimes de Pitt et de la faction d’Orléans. Pitt saisissait avec adresse toutes les occasions de trouble , s’assurait avec avantage des moyens de faire couler le sang; peu lui importait qui il sacrifiât. D’Orléans et sa faction étaient toujours eu avant, et servaient ses projets et leurs intérêts.
D Orléans, monstre exécrable , trouva dans ces massacres le moyen de se libérer du paiement annuel d’une somme de cinq cent mille livres de douaire qu’il payait à sa belle-sœur , la princesse Lamballe (1). La mort était nnequittauce.Telle fut
(i) Cette imputation nous a paru si horrible que nous
CHÀPITKr. vn.
U première spécula lion du chef des êgorgeurs ! Des détenus avalent sur eux des montres, des boucles, des effets , des assignats; en les égorgeant, la dépouille était profitable aux complices et aux massacreurs.
Je puis indiquer, au doigt et à l’œil, des pièces
avons cru devoir la vérifier, pour tu démentir ou la confirmer au profit de l’iiistuirc. Or, le résultat de nos Jn forma Lions a été, que M. le dnc de Penlhîèvre avait concouru à la dut de la princesse de La ni balle, sa belle-fille, qu’il lui avait promis notamment une pension viagère de trente mille livres, si elle survivait au prince sun époux. Il résulte des pièces Inventoriées chez la princesse de Lamballc, après son décès, que les arrérages de cette pension lui avaient été exactement payés jusqu’au a septembre J 71)2. A cette époque, M. le due de Pcn- Ihièvre vivait encore, et l'extinction de la rente viagère n’a pu profiter qu a lui , et après lui à sa fille personnellement, et non à M. le duc d’Orléans avec lequel elle avait été séparée de biens, par jugement du *5 juillet i 792 , antérieur par conséquent au décès de la princesse de Lamballc. Ainsi l’intérêt qu'on suppose id à M. le. duc d’Orléans n'a jamais existé. Nous avons vu le contrat de mariage de la princesse de Lamballc , en date, à Turin , du 17 janvier 17G7, le contrat de mariage de feu M. le duc d'Orléans avec mademoiselle de Pcnthièvrc, du 4 avril 1769; l'inventaire fait après le décès delà princesse de Lamballc, le j7 janvier 1793 ; lu renonciation à la communauté de M. le duc d’Orléans par la princesse son épouse , en date du 5 décembre (791 , et la sentence de'sé parai ion dé biens du 20 juillet 1792.— 11 ne nous reste dune aucun doute que l’auLeur des Mémoires a été mat informé, que son assertion est dénuée de tout fondement, et ne constitue quW ;n *ignc calomnie. ( AVe du libraire. )
écrites , signées de Panïs , Sergent , Tnllien , qui sont relatives à ces assassinats , et ont une connexité dépendante l'une de l’autre, qui dévoilent le complot du massacre, et prouvent que ce ne fut pas l’effet de l’erreur ni de l’effervescence qui donna lieu à cet événement. Je frissonne au seul souvenir de ces lettres; elles étaient adressées à Maillard, chef des coupe -jarrets de Paris connus sous le nom de Tappe -Durs. Ce Maillard fut chargé , par les chefs du complot, du massacre dont il s’agit. Maillard , leur amî, était un escroc; il fut passé aux verges, et chassé d’un régiment pour vol. 11 était le commandant en chef des filoux, des mouchards et des brigands. Deux membres du complot, susdésignés , écrivirent à ce Maillard. La lettre contenait l'avertissement de disposer sa bande dune manière utile et sûre ,de l’armer surtout d’assommoirs , de prendre des précautions pour empêcher les cris des mourans , de faire porter les coups sur la tête, d’expédier promptement, de faire emplette de vinaigre, à cause de l’odeur, pour en laver les endroits où l’on tuerait, de se prccautionner de balais de houx pour bien racler le sang , de chaux vive, de voitures couvertes pour transporter les cadavres, de bien payer surtout, et d’avertir d’un instant à l’autre de ce qui se passerait. Cette pièce, l’œuvre du crime et de la scélératesse la plus barbare , fut trouvée chez Maillard après sa mort : elle était jointe à d’autres lettres se rattachant an com-
cüai>ithe vu.
plot; , et énoncialives du massacre; et parmi les signatures et écritures on y reconnut celle de Tallien ? qui, sans doute , ne disconviendra plus de sa complicité. Ces lettres avaient toutes du rapport à ce chef-d’œuvre! Peut-on jamais trouver de preuves plus certaines que le complot fut médite et préparé? Les précautions indiquées ne sont-elles pas un raffine ment de supplice et d'idées sanguinaires? et n'y reconuait-on pas toute la préméditation d'un assassinat? Ce sont les précautions d'un boucher qui connaissait Tusage des assommoirs , des balais de houx , et les effets du sang caillé* On peut les rapprocher de la conduite du boucher Legendre qui, lors de ces massacres , s’eu montra le complice.
Ce Legendre alla trouver un des commandais de l'Arsenal * lui demanda deux cents hommes armés pour aller a la Force seconder les êgor genrs et les protéger , parce que le nombre des prisonniers était très-grand 5 qu'il a y avait pas assez de massacreurs, et que l'on craignait que l'aristocratie n’excitaL quelques mouvernens. Le commandant répondit à Legendre : « Les soldats citoyens qui me sont confiés ne sont point des assassins, je les enverrais plutôt pour combaltre et détruire vos égorgeurs; votre proposition est une horreur, » Cet honnête homme lia pas dissimule son indignation qui fut notoirement approuvée et lui fit honneur. Si les écrivains n'ont pas rendu l'hommage du a
MÉMOIRES UK SEJVÀRT*
l1 équité de cet honnête commandant, ce fut par une lâche complaisance pour Legendre, el par I absurde préjugé que c’était un mouvement populaire, tandis que c’était un atroce complot. Je rétablis cette omission que la publicité du fait ne permet pas de démentir; il n’est pas douteux que Legendre fut complice de cet infâme complot. Voici un autre fait aussi connu sur ces horreurs , et qui n a pas été inscrit dans les papiers publics, par la raison quoi) n’a pas voulu donner aux événemens de septembre le caractère de complot , bien différent du prétexte de mouvement populaire, et par la crainte aussi de l’aulorilé delà faction d’Orléans qui existe toujours, el delà quantité et de la toute -puissance des complices. Manuel devait une somme de quinze cents livres; il fit arrêter son créancier qui avait tenu quelques propos à son égard. Manuel fut assez indiscret pour dire : « Je réponds de lui, sous deux jours il sera payé, n En effet il fut assassiné à la Force.
Ces deux traits , l’un de Manuel , V autre de Legendre, n’étaient pas indispensables pour déterminer la conviction morale et réelle du complot à* égorgement ; mais je rétablis ce que la partialité ou l'inexactitude des autres écrivains n’ont pas laissé transmettre. Pour fixer l'opinion sur le complot , 1 existence des deux pièces ci-dessus suffit. Ces pièces sont le litre primordial de Maillard et de son intime ami, Lesucur, surnommé TeLerRonde