‹ Révélations puisées dans les cartons des comités de salut public et de sureté générale, ou, Mémoires (inédits) de Senart, agent du gouvernement révolutionnaire (volume 2)Chapitre 18 sur 190 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

parmi les mouchards, et l'un de ses digues1 affidés. Le général pirate Héron , chef de division de la bande meurtrière, qui s’en était servi pour regorgement des prisonniers d'Orléans, et en devînt le généralissime après la mort de Maillard ; Héron , dis-je , et Lesueur ne manquèrent pas de faire connaître ces pièces à plusieurs citoyens, et de les publier, pour prouver que des ordres supérieurs avaient ordonné ce massacre, et qnil n avait pas été fait du propre mouvement de Maillard. Ces pièces ont clé lues, et les signatures reconnues par une quantité de citoyens eide députes, et leur existence fui constatée devant moi d'une manière non équivoque, en présence de témoins. Je donnai même les moyens propres a en prévenir toute soustraction. C'est pourquoi j'ai dit, et je persiste à dire, que je puis les indiquer au doigt et à l'œil. Alors j étais dans un cabinet, au comité desûreté générale ; c'était dans le courant de prairial an IL Ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que déjà Héron et son lieutenant Lesueur avaient conçu des inquiétudes sur la publicité de ces pièces, de crainte quelles «'indiquassent les crimes de leur bande. Héron les avait dérangées; il fut obligé de les rapporter devant moi, à un secrétaire du comité, et de les faire remettre et enregistrer par un secrétaire , chef fie bureau de région , qui , je crois , se nomme Jonglas : et encore tout ne fut pas remis, car lors du procès-verbal du i*T vendémiaire, pour

MEMOIRES m SF-MÀHT-

l’examen des papiers de Héron , on a retrouvé chez lui une de ces pièces séparée , signée Tallien , l’un des coupables de ce complot. C’est ainsi que s’en est confidemmcnt expliqué Héron , dans sa prison au Plessis, dans le mois de prairial dernier, en attestant au citoyen Millet l’existence de cette pièce et des autres dont il parlait. A ces lettres était joint un tableau de dépenses et d’opérations par Maillard, relatif à chaque directeur des massacres dans les diverses prisons. Celte pièce indique le nom des chefs, et fait mention des objets alloués par l’administra lion de police de Paris.

Ces pièces font suite nécessaire aux circulaires de Marat y de Jourdeuil , Ditplain et autres. 11 est assez curieux de voir d’un côté Tallien se défendre de la complicité de ce massacre , et de lire de l’autre ses écrits dans le complot et son exécution. Alors on explique aisément le reproche qu’il reçut à la Convention , d'avoir prêté sa griffe, comme secrétaire de ta commune, pour des sommes immenses dont l’emploi coûtait à prononcer, et fait horreur à la nature. Voilà le double sens de ces grands mots de Marat qui criait si souvent au meurtre , et qui voulait être , selon lui , cruel par humanité. Ce tableau présente les crimes des complices.

Il faut encore rétablir un fait que Tallien a dénaturé. Ce fourbe a prétendu avoir sauvé du massacre les femmes Saint- Brice et Tourzel. C’est un

CUA1MTRE VII.

mensonge : il peut être démenti par le citoyen Truclion qui était alors membre de la commune. Truchon était allé à la Force de son propre mouvement, ne participant pas h ce complot. Il crut de son devoir d’y aller pour opposer quelque défense, et prendre des précautions; mais il fut mal payé de son zèle, et pensa être immolé. Les chefs des égorgeurs, qui savaient bien qu il ne taisait pas partie du complot , 1 eussent Iné sans des gendarmes qui le sauvèrent et le cachèrent. Ce fut pourtant en cette situation qu il trouva encore le moyen de sauver quelques victimes. Secondé par les gendarmes , il parvint à délivrer entre autres la femme Saint-Brice et la femme Tourzel. 11 leur donna le bras, les conduisit, et c’est à lui seul quelles durent la vie, et non à Tallien qui n'avait pas été à la Force. C’est ainsi quelles s’en sont expliquées par une lettre adressée à lui Truchou , et suffisante pour démentir Tallien. Son acte de bienfaisance n’était qu’en paroles, Truchon seul en avait le mérite : Truchon fut reconnu seul bienfaiteur, Tallien en a usurpé le titre.

Que Tallien, pour les tromper, leur ail persuadé que Truchon avait agi sur son invitation , ou d’après les moyens qu’il lui avait donnés; et que , par une complaisance ou reconnaissance mal entendue, l’une d’elles se soit abandonnée à sa luxure , ce dont Tallien s’est fait un odieux mérite, et que son impudeur l’empêche de rougir tant du

4a memoikes m se^art.

mensonge par lequel il veut usurper le titre cfo bienfaiteur, que du vice dont il fait étalagé, Truchon peut opposer la preuve que Tallien n’a aucunement participe a sauver ces femmes. Des écrits confirment le démenti qu’il peut en recevoir; partout Tallien est démontré menteur , partout coupable; et c’esi pourtant alors qu’il parle humanité*.

En vain fait-il publier sa défense par son satellite, M . ... qui, rougissant de son nom par

les souvenirs qu’il rappelait, a pris le nom de F*,*....! Que Tallien dise quil a été à la barre de b Assemblée nationale dénoncer ces évènemens , comme organe min isï éric! de la commune de Paris, dont il était secrétaire , toujours est-il qu'il n a pas été dire publiquement à cette barre, que le massacre n était point un événement fortuit , mais qu’il résultait d'un noir complot, ourdi à l'administration de police , à son vu , h son gré, et auquel il n’était pas étranger, puisqu’il avait écrit et travaillé pour son exécution* Cependant i! est suffisamment démontré que ce massacre notait point un événement de circops lance , mais bien un horrible complot dévoilé par les pièces que j’indique. Si ce n’eût point été un complot, à quoi bon ces précautions et ces ordres? Or, n’cst-il pas bien caractérisé par les sanguinaires circulaires écrites par Marat et ses collègues, pour inviter les départemens à de pareilles horreurs, et par la conduite de Legendre et de Manuel?

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