‹ Révélations puisées dans les cartons des comités de salut public et de sureté générale, ou, Mémoires (inédits) de Senart, agent du gouvernement révolutionnaire (volume 2)Chapitre 173 sur 190 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

avcu$iâges de la Charte constitutionnelle.

,j5+ Ce ne sera pas trop avancer, sans doute* que de dire que la Charte conslitutionoeHe a été pour la France une transaction entre les anciens et les nouveaux intérêts,

11 ne faut pas, en effet, perdre de vue que h révolution française eut pour cause principale 1 action du système industriel et commercial sur lê système social de l’Europe-

36. Depuis nos dissensions, les classes constitutioimellement distinctes ne pouvaient pins l’ètre que sqciablemenL A la subordination, fondée sur la naissance et les titres, s était sidfctituée, par le fait, celle des salariés envers les salariais; la différence des fortunés , des talons, des vertus , était devenue la mesure du respect et de la considération, et la seule limite de démarcation que les mœurs eussent laissé subsister, était celle qui se trouvait entre l'homme du inonde et l’homme du peuple.

3y* Aucune illusion, aucun prestige ne ser-

raient plus guère de soutien aux anciennes- distinctions de naissance ; l'orgueil des possesseurs de titres était combattu par l'orgueil des possesseurs d'argent. Le courage , la fierté , les talons, devenus des qualités communes , étaient le partage des classes plébéiennes , comme ils avaient été jadis le partage exclusif d une noblesse fidèle. Enfin, de nouvelles familles avaient acquis des titres et des dignités.

38. II existait donc une opposition réelle entre les institutions et les mœurs : d'où naissait l'absolue nécessité de recourir h un nouveau pacte politique plus conforme aux besoins et aux idées d'un peuple confiant par caractère , irréfléchi, léger, et dominé toujours par une imagination également ardente et mobile.

3g. Le but de la Charte constitutionnelle a donc été de mettre un terme k ces tourmentes populaires, dont nous avons tous été acteurs , spectateurs ou victimes ^ et , à ce seul titre, les avantages qui doivent en résulter sont incalculables.

Tous les droits, en effet, s y trouvent garantis :

Tolérance pour tous les cultes;

Respect à toutes les propriétés;

Égalité dans la répartition de l'impôt:

Égalité dans l'investiture des charges;

Sécurité pour nos voisins , si justement en garde contre le ferment révolutionnaire.

40. Il est hors de doute aujourd’hui que le gouvernement représentatif est le seul fort, parce que, dans cette forme de gouvernement, il y a accord parfait entre la nation, et le monarque : c’est le seul qui convienne à la France régénérée, qui ne pourrait , sans trouble, supporter les lois sévères de la démocratie.

L’amour qu’inspire une liberté républicaine peut aisément se changer en passion, et ceux que cette passion domine s’en permettant toujours plus que la saine raison ne permettrait d’en attendre, sont infailliblement irascibles et prompts à recevoir toutes les impressions du soupçon et de la haine : ils jugent par le défaut d’enthousiasme, du défaut d’assentiment , et cette disposition morale leur fait regarder comme une coupable apostasie la modération même. Tel était l’état des esprits en France, au moment où nos discordes éclatèrent : rien n’y était moins connu, et rien n’y est moins connu peut-être encore que cette partie de la science des goiivecncmens qui tient à la marche et aux progrès des passions dans la société.

4 1. C’est donc la Charte constitutionnelle qui doit être l’ancre de notre salut : sans elle plus de repos , plus de prospérité sociale ; sans

elle, tout ce qui a été jugé depuis trente ans serait remis en question ; et quel homme pourrait assigner le terme de nos fureurs nouvelles !!!

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