CHAPITRE YJI
en grande quan Lite ; alors beaucoup de prêtres et autres allèrent demander des passe-ports. Ou leur oppose d'abord quelques difficultés, et ifs croient les lever avec de l’argént ; enfin M. . , pour rem¬
plir le but du complot, leur fait payer chèrement ces passe-ports , et soit pour éviter la preuve de cette infidélité, soit pour se soustraire aux suites de leur délivrance à des gens suspects ou désignés tels, il leur en donna de faux; alors les menaces d'arrestation redoublèrent. Les fugitifs s’étaient munis de ce quils avaient de plus précieux et de tout ce qui était portatif, ils n’oublièrent point leurs bijoux, l’or, l’argent, les assignats. Or, la distribution des passe -ports était mystérieusement indiquée pour le même moment et dans un même lieu; et pendant que M.-.- délivrait ces passe-ports, il fit demander et expédier un ordre pour arrêter aux barrières beaucoup de personnes qui , disait— il , devaient sortir avec de faux passe-ports : ainsi par leur arrestation effectuée, on s’assura des bijoux , de For et de l’argent qu’ils emportaient. Cependant on affecta de les leur laisser , c’était une ruse pour exécuter le reste dn complût ; le projet n’était pas rempli, il fallait trouver un moyen pour augmenter encore les dépouilles et se les assurer sans que les victimes s’en dessaisissent. On employa donc une autre perfidie, et l’on fut dire, comme officiellement, dans les maisons d'arrêt , que I on allait transférer tous les
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prisonniers de Paris, sans leur dire ni en quel endroit , oi comment. Chacun s étant muni dorel de bijoux , y tenait encore davantage , et ceux qui craignaient d’eu laisser derrière eux , firent apporter tout ce qu’ils purent pour obvier aux suites de la prétendue translation. Alors les bouchers avaient fait engraisser leurs victimes ; elles étaient bonnes h tuer, ils les tuèrent.
L’instant du massacre arriva, les chefs étaient assurés du pillage, et ce fut aussi dans cette certitude qu’ils commencèrent à égorger et à voler. Laissons, disaient les chefs du complot, nos égorgeurs prendre ça et là quelques boucles d’oreilles, quelques bagues qu’ils arrachent, quelques oreilles, quelques doigts quils coupent, quelques mouchoirs , quelques tabatières , il laut leur laisser ces petits objets-là pour encouragement ; mais ne perdons point de vue les fonds dont se sont pourvus les prisonniers , soignons les autres bijoux, les porte- feuilles , l'or et l'argent, envoyons des commissaires qui s’en emparent ou les surveillent, sous le prétexte de conserver les propriétés. Ces commissaires furent plus ou moins exacts , mais sans doute ils n’oublièrent pas leur intérêt particulier , sans préjudice du partage général. Les uns firent des étals de ce quils apportèrent à la municipalité , les autres n en firent pas du tout. Alors quelle carrière pour la cupidité ! L'inexactitude de ces étals ou leur absence totale
CHÀPlTHÏi Vil*
laissaient aux nouveaux dépositaires des faciKlÏ rfue 1 on na pas besoin d’indiquer. Ces dépositaires étaient le secrétaire de la municipalité, Tallien et son commis, M . ; mais que sont devenus ces
efiets . Les a-t-on remis aux parçns des victimes ? , °" ' LeSn «Ptciubnsenrs ne l’ont pas allégué pour eur justification, et la municipalité, souvent inculpée, n a pas excipé d’un seul acte de remise; ainsi que sont-ils devenus, ces effets V Ont-ils tourné au profit de quelques particuliers, ou out-i]s été em ployes pour l’utilité publique? Depuis le temps que des reproches ont ete directement adressés et réitérés publiquement à la municipalité, il n’a élé ni présente, ni allégué aucun emploi; on ne peut en-
1“ d°U^f qU lIs 11 aieQt e'te' partagés entre les com- P ices. C est ce qu indique la conduite du vénérable Sergent, 1 un des chefs du complot,
A la revue des dépouilles, on cherchait une agathe superbe et de haut prix, en faisant partie- charme spéculateur lavait vue, chacun la conviait, cha-
• U.n 3 rt'dama^- Le regret excita les uns, d’autres interets dirigeaient les autres, chacun avait ses vues
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doigt, i ci oyait que 1 adultère Marceau, l’infidèle épousé du malheureux Sorratde Chartres, qui parta
geait la couche du premier depuis quelle l’avait suivi
J “ eSait S3,Sie ’ 'T*™ Ja Jui **a« présentée pour
la dédommager du travail de ses doigts, comme
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graveuse, ti Lat duquel elle l’avait nourri jusqu à ce qu’il ai t pu faire delà révolution un met ici - lise Lai eut l’un et l’autre descendus de ces greniers de la misère où ils avaient quitté leurs haillons pour se vêtir et se loger suivant ce qu avait produit le casuel de la révolution. Ainsi donc Sergent oublia qu'il avait celle bague à son doigt; mais un de ses complices la lui reconnut et la lit voir à sa main. Sergent convaincu balbutia, il l’avait changée, disail-il» il en avait mis une autre : en defaut sur ce fait, il dit l’avoir prise pour la faire raccommoder; il n’avait pas encore eu le temps de le faire, ajouta-t-il. On examina la bague, rien n'y manquait. Alors il fallut de l’audace pour la garder. Sergent acquit de-là le nom à' Agathe-Sergent ; voilà l’étymologie du surnom d’Agathe, qu’on lui a donné. Sergent ne remit pas la bague, il l’a conservée avec lu sobriquet d Agathe. Pauvre Sergent, pourquoi u’ avoir pas eu plus de présence d’esprit, pourquoi ne 1 avoir pas laissée a la IM arceau : Sergent, ne savais-lu pas que tes complices avaient le même goût que toi , qu'ils pouvaient comme toi désirer celte bague? Pourquoi la prendre sans leur consentement? Peut-être et3it-ce aussi le résultat d’un partage des chefs principaux et dépositaires, non connu de tous les complices! Quoiqu’il en soit, Sergent, tu dois être convaiucu qu’ils n’ont d’autres égards et ménagemens que ceux qu’exige la crainte de la découverte de leurs crimes. La scène ne fui
CHAP1TEE tu.
pas finie la. On demanda une montre entourée de dianians. Celte montre avait été remise, à regret, par un maître tueur, à un de ces commissaires à la dépouille. Le cordon était teint de sang, ainsi que les breloques, qui se composaient d’un cachet, un anneau, un gland, une clef en or. Sergent, qui n aimait pas le sang, avait défait le cordon vert, et mis a sa place un noir; mais il y attacha les mêmes breloques et garda la mon Ire. Le maître tueur croyait aussi, lui, avoir un privilège sur celte montre ; il la désirait spécialement , il l'indiqua. D’abord le commissaire des dépouilles attesta l'avoir reçue et remise au dépôt; le cordon de soie était un indice certain, on ne trouva ni le cordon ni la montre. Sergent, qui n’ignorait pas que les pacotilles particulières n’avaient pu se former que sur ce qui n'était pas compris dans les états, ton jours fautifs et pleins d'inexactitudes; Sergent, disqe , se croyait déjà propriétaire de la montre; il oublia que les assassins voleurs portent par habitude leurs regards spéculateurs sur le gousset. 11 n’avait pas assez fait en changeant le cordon de la montre, c'était une maladresse de porter le cachet , la clef , Vanneau et le gland , qui en étaient les breloques ; mais on ne s'avise pas de tout : le maître tueur reconnut ces breloques qu'il convoitait, il accusa Sergent d’un partage infidèle. Sergent répondit; Est-ce la le cordon? Non, mais voyons la montre, répliqua l'autre . Il s y opposa d abord, mais il ü7é-
MEMOIRES DE SfcftÂftT.
lüit p Hz en sûreté ; ou exigea , on se procura la montre , c était la même , elle fut reconnue; Indifférence du cordon était insuffisante , un petit vase en forme de gland était teint de sang sur les piqûres de la partie qui représente la coque : Voilà mon titre ^ s écria le tueur en faisant voir le sang. J$*est— ce pas aussi mon titré? reprit Sergent y n*ai~je pas eu du sang sur moi? c'est une caiilebotte qui a rejailli . Mais tu n'avais pas le moyen d’acheter une montre de ce prix* lui dit le tueur! Sergent voulut parler de sa fortune; il fut interrompu , un médiateur apaisa le tout. Ces anecdotes sont comprises dans les pièces relatives au 2 septembre.
L intérêt de la chose publique nie fil faire un voyage de Tours à Saumur , les premiers jours de juin 1795 j an avec Sergent et la Marceau qui se trouvèrent dans la même voiture* Ils allaient voir Marteau, officier dans la légion Germanique, alors à Sa umnr, Chemin faisant, je regardais un gland parmi les breloques d’une montre très -riche, émaillée et garnie de diamans, que portail la Marceau et qu elle tirait avec vanité* Je fis des réflexions sur la couronne de chêne , son origine , sur les qualités et propriétés du gland, le prenant souvent dans ma main pour l'admirer, tant il était bien fait. Laissez, me dit Sergent , vous vous amusez à ce gland comme un enfant - Je lui répondis : J'ignorais que cela vous contrariât, je croyais vous