CHAPITRE VIII
sèrent à Amboise, et de-là vinrent à Tours; de Tours ou devait se porter sur Saumur , de Saumur h Mort agate ; et c’était à Mortagne que devait s’arrêter la course. Mortague est au centre de la Vendée et des pays insurgés : lit on devait préconiser le duc d'Orléans, le proclamer roi, soutien du trône et du clergé, et père du peuple.
I/insurrection arrivée à Amboise, un citoyen honnête nommé Malveau, chirurgien et administrateur du département d Indre-et-Loire, se trouva dans celte ville. Comme il parlait contre ces séditions , il fut menace' et obligé de fuir la potence que les chefs lui avaient destinée, À la minute même où les chefs des insurgés l'indiquaient comme l’homme à immoler, on mit le feu à sa maison; il perdit son habitation et tous ses effets. Ce que cet honnête citoyen avait amassé par des économies austères du produit de. ses travaux et de ses revenus, fut livré aux flammes. Deux jeunes personnes , ses filles , auxquelles il avait donne' une éducation soignée , perdirent leurs effets , leurs vetemens et les dots que leur destinait leur père. Celui qui mit le feu et conduisit les malfaiteurs était un nommé Slockt, fermier à Amboise; il était redevable envers le citoyen Malvcau sous quelques rapports.
La municipalité de Tours tut requise de porter secours. J'étais alors officier de la garde nationale; je devais en conséquence partir pour Amboise avec nu détachement de la compagnie que je eomman-
MEMOJHES I)E SEKART.
dais et d autres forces reunies. Quelques complices de Marat, dignes émules de cet incendiaire, savaient le complot, et ils persuadaient de ne point partir; mais ce n’était pas suffisant, chaque propriétaire craignait, et la rumeur augmenta. On se décida enfin, malgré eux, à opposer une résistance vive et à refuser le passage. Les complices orléanistes, maralistes , furent déjoués; l’un d’eux, qui était au département, chercha pour dégoûter la force-armée à injurier des officiers qui sciaient i suuis auprès de 1 administration , taudis que des malveillans répandus partout allaient persuader au peuple que l’on avait tort de s’opposer à ces événemens; que le prix du pain et des denrées allait baisser par force. Ils cherchaient ainsi à séduire le peuple, à le corrompre, à diviser les esprits et former des partis; mais ils n curent pas le temps d’y réussir, je les déjouai. Jetais allé aussi, ! moi , au departement avec quelques officiers pour demander les ordres, et je reçus ma part des injures que vomit le nommé T . -O . , fameux
maratiste, membre du directoire du département , alors, comme depuis et toujours, faux patriote, digne époux de la fille Richard , fille prise à la suite des Vendéens, au M ans, convaincue d’avoir suivi les rebelles et servi aux plaisirs de leurs officiers- Je retournai à la municipalité où était mon détachement. Le maire était le citoyen Vorsen, dit Baurûcourt, honnête homme, droit, bon
CHÀP1TBE Mil*
citoyen , invariable dans les vrais principes du droit naturel. II se conduisit en cette circonstance de manière à mériter des éloges* Alors un bruit s’était répandu chez les insurgés qu’ils éprouveraient quelques difficultés ; ils envoyèrent des gens de l'attroupement dispersés çà et là , secrètement répandus à Tours* Cette précaution ne leur avait pas encore suffi, et ils envoyèrent deux émissaires à la municipalité pour inviter à les recevoir , sous la menace du feu et du pillage, déclarant que des otages étaient pris, des garnisons établies, et que si on essuyait un refus de réception ou de soumission aux réglemens que Ton proposerait, les suites en seraient funestes parce qu ils étaient responsables les uns pour les autres. Je les entendis avec effroi. Je demandai la parole au maire pour réfuter ces menaces et détruire les argumens de ces partisans de l1 anarchie et du pillage ; je Y obtins , je les confondis. Leur langage était insidieux et plus quadroit* Le nommé Thomas, curé constitutionnel des environs d’Amboise , et le nommé Legendre , juge depaixàMontlouïs près d’Amboise, étaient les deux émissaires; leurs qualités en imposaient aux gens faibles, crédules ou égarés* J’obtins donc la parole; et alors, par zèle, par courage, par haine pour l'anarchie , secondé par la vérité et le droit naturel des gens, je prononçai un discours qui détermina la force-armée présente a jurer comme moi, d'après ma proposition, la main sur
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côté , et la troupe se portant en avant, nous pour- | suivîmes, mèche allumée , les insurges. Je marchais | difficilement, parce que j’avais été blessé auparavant; j’avais le corps ceint d'une bande et duu mouchoir. Voici le fait : en sortant du département, et revenant pendant la nuit de conduire les émissaires des insurgés , j’avais reçu un coup dans le côté droit, qui , malgré mon porte-feuille , m’avait atteint la partie latérale du ventre , et fait une petite blessure, assez gênante, que j’avais bandée d’un mouchoir. Il en est depuis résulté une fistule sanguinolente, que je porte encore; elle fut produite par le venin attaché au dard du stylet. J’avais jusqu’à présent gardé le silence sur cet événement. Je me suis fait traiter sans dire la cause du mal ; le mystère l’a aggravé, le traitement n’était pas celui qui convenait. Mais je ne voulais pas faire triompher les insurgés, ni leurs partisans. Je porte encore sur moi celte même fistule ; elle atteste le fait.
Les insurgés avaient des émissaires répandus dans l’intérieur ; à Tours, nous nous trouvions entre deux dangers. J’étais signalé par eux : un de ceux que l’on était parvenu à égarer, s’avance vers moi, un sabre d’une main, un marteau de couvreur de l’autre. Je parai le coup , il fut désarmé , et ma vengeance se borna à le faire sortir des lignes. Je le conduisis moi- même, pour qu’il ne lui fût fait aucun mal. Les insurgés furent re-