‹ Révélations puisées dans les cartons des comités de salut public et de sureté générale, ou, Mémoires (inédits) de Senart, agent du gouvernement révolutionnaire (volume 2)Chapitre 47 sur 190 · CHAPITRE XIV, Fi · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV, Fi

ils attrapaient encore ainsi ce qu'ils pouvaient. C’était là ce qu’on appelait le casuel. Cependant le chef Héron faisait toujours délivrer des mandats de paiement, sur lesquels il spéculait lui-même; il en donnait une partie , retenait l'autre , et , au retour des voyages, obligeait les porteurs d’ordres de lui tenir compte de ce qu’ils avaient arraché pour les frais déroulé. Le secrétaire Pillet, et le souschef Martin réglaient les comptes. Ainsi le détenu payait d’un côté , les comités de l’autre; et il y avait à la fois infidélité et escroquerie : cela s’appelait encore le petit-pot. Lors des arrestations , on omettait soit la totalité, soit une partie du numéraire et des bijoux, dans les procès-verbaux; et cependant il était de règle que soit papiers, numéraire , ou bijoux, ainsi que toutes les armes, s’apportassent au chef Héron qui avait fait une collection d’armes considérable, qu’il distribuait dans sa Lroupe , qu’il donnait aux membres des comités de salut public et de sûreté générale, et qu’il gardait. Du surplus il en avait rempli une chambre , mais ce n’était que le rebut. Il fallait qu’il y en eut une bien grande quantité, pour remplir une chambre de pistolets, de sabres, d’épées, d’espingoles, de cannes creuses; et encore , avant de les remettre, les porteurs d’ordres faisaient leur triage , et vendaient ce qui était de quelque valeur. A l’égard du numéraire et des bijoux, soit qu'ils fussent inscrits ou non sur les procès-verbaux, on peut se

faire une idée de toutes les soustractions! Souvent même on ne remettait pas les procès-verbaux, ou il n y avait de rendus , en partie , que ceux où les porteurs d ordres étaient, par les circonstances, obligés cl appeler des membres d’autorités constituées : mais encore , en ce cas, on se dépêchait de les faire expédier au tribunal révolutionnaire, au* quel Héron ne remettait pas les procès-verbaux , sous le prétexte qu'ils contenaient des faits ou moyens de décharge* Héron ne faisait jamais enregistrer les pièces et paquets que ces porteurs d’ordres lui apportaient; il remettait ce qu’il voulait, et il n’y avait d’enregîstré au comité que ce qui provenait des comités révolutionnaires , des autorités constituées , ou de quelques agens autres que les hé ronistes : car il en est beaucoup qui ne correspondaient pas avec lui , mais qui agissaient séparément. Héron convoquait assez souvent les capitaines de sa troupe, et le partage des dépouilles se faisait secrètement dans une certaine cave h Neuilly, Si ses affaires, ou les circonstances, ne lui permettaient pas d y aller , il était remplacé ou par Toutin, ou par Moullins , ou par Martin : les mandats donnes pour le paiement de l'exécution des ordres, étaient à cet effet payables au porteur. C’est ainsi que Héron et ses satellites se gorgeaient de sang et de pillage , c’est ainsi qu’il donnait a sa troupe nombreuse ce que l’on appelait des indemnités ! Les autres qu’il employait, soit hommes, femmes

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