CHAPITRE Xl
n osait pas demander^ contre lui , au comité de sûreté géoérab^ ua ordre de traduction au tribunal , ni un mandat darréi; il alla trouver Fouquier; il lui dit que la liberté de Savart ne devait pas Texcepter de La Uate de conspiration; enfin , il lui proposa de le faire traduire* Fouquier y consentit. Héron alors se chargea de le conduite à la Ck>n^ ciergerie. Savart, £omme on la dit , était sur son départ; Héron le rencontra dans la rue, le fit diner, et àeAk le condubit au cabinet de Fouquier, pour avoir un écrit de lui qui porterait que sa mise en liberté l'exceptait de la liste de conspiration. Sa*vart donna dans le piège , et le suivit. A peine entré dans le cabinet fatal , mieux désigné comme le comptoir de la boucherie , Savart est marqué , précipité dans la Conciergerie. Je réclamai , je pro^ mis de le défendre au tribunal, tandis que, d'un autre coté, le comité de sûreté générale me promettait lui-même un prompt examen.
Héron, au contraÎTe, accusa Savart pendant qu'il promettait à ses parens de s'intéresser à lui. La loi du 22 prairial supprima les défenseur^ offi<^ cieux : je ne pouvais plus défendre Savart ; je redoublai d'efibrts auprès du comité de sûreté générale ^ j'obtins jour indiqué pour son affaire. Mais Héron craignit l'explication ; les séances du comité ne tenaient qu'au soir; il prit le devant, alla trouver Fouquier qui le fit monter sur les banquettes, avec ce qu'on appelait h fournée f et le soir, Savart
fut guillotiné. Que peut-on voir de plus atroce? Quel monstre de perfidie et de cruauté! C'était ainsi qu'il traitait ceux qui lui résistaient.
Un honnête citoyen y nommé Ducange y autant que je puis me le rappeler ^ qui d'ailleurs était agent national de l'administration des domaines nationaux, que j'ai vu souvent, chez lequel j'ai mangé et avec lequel j'eus'occasion de parler secrètement de la barbarie de Héron, me révéla un attentat qu'il avait éprouvé de la j^art de ce monstre. 11 s'était trouvé dans la compagnie de Héron ; ce dernier spécula sur lui; il chercha à s'en emparer; il l'atteignit, et l'asservit par la terreur. Un jour qu'ils avaient mangé ensemble, après s'être quittés sur des protestations d'amitié , Héron courut au comité le dénoncer , et demanda qu'il fut traduit au tribunal révolutionnaire. Un membre s'y opposa : il fut mandé; on l'entendit ; il prouva son innocence et conser\'a sa liberté malgré Héron; mais il ne put se débarrasser de son asservissement dans l'exécution des ordres qu'il lui donnait , que par la fatalité d'une grande maladie qui lui survint aux yeux. Il ne dut son salut qu'à un accident. '
Un nommé Lapallu, que tous les patriotes recommandaient, était en prison. Le comité avait chargé un membre de faire. son rapport. Héron lui-même avait reçu l'ordre de prendre , à l'instant, les réponses de Lapallu. Mais Héron n'en fit rien ; et, à rinsu du comité, il s'assura qu'il devait être
'< CHAPITRE XIV. t:ic)
guUloliné sous peu, par le moyen dune liste de conspiration de prison. Les réponses attendues ne parvinrent pas, et la liberté, projetée par le co--mité, s éloigna. Héron garda le silence, Lapallu fut guillotiné. Le reproche lui en fut fait devant moi au secrétariat du comité.
J'étais chargé j par le comité de sûreté générale > de faire un travail d'analyse , pour préparer le rap port sur raffairede Magon La Ballue, célèbre banquier, place Vendôme , en correspondance avec la Russie, l'Angleterre, l'Espagne, l'Allemagne et autres pays encore. Cette affaire avait connexilé avec celle de Port-Malo , par suite de relations avec
i Lalande-Magon , Magon-Lablinaye de Sainl-Maloi Il est inutile de donner le détail de cette affaire, je vais seulement rapporter un trait de la barbarie la plus féroce.
Héron vint me trouver dans le cabinet où je travaillais aux rapports; il me dit d'un ton mielleux : Je voudrais vous prier de me rendre un service
, important, vous le pouvez ; si vous faites ce que je vous demande , je vous remettrai à l'instant
àiun effet de six cents livres, j'ajouterai un présent de trois mille livres , je vous paierai dix-huit cents livres , et vous ferai avoir une place fixe de
r dix mille livres. J'écoutai, mais avec indignation , toutes ces offres. Enfin, il termina sa proposition
' par m'inviter à insérer dans mon rapport le nom de sa femme> afin de la faire guillotiner. Ma femme,
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autres enlaméen. J eo reconnus la diminulion lors de la remUe des malles au dépôt. Héron me dit que ce vide ne provenait pas de lui; mais cela ne me suffisait pas, j'en informai le comité. Le soupçon tomba sur CouloBgaoa y l'un des chefs des tappedurs y chargé de la mission de Port-Malo. Les expliications qu'il donna ne le justifièrent pas : Héron y fut iaipli)|ué; celle infidélité nest p^s encore éclairde.
Coultfngeoû doit attôsi trouver Uue place spéciale dans ces Knecdotes. Pour juger de la conduite qu'il leoaît dans ses Opérations , tst du système de brigandage des ttxppe'-dursylïovà^ héroniste, il suffit de rapporter le trait suivant; Coulongeon y porteur de l'ordre du comité de sûreté générale pour aller arrêter Lalande^Magon» ainsi que Magon-Lablinaye^ et autres de Port-Malo^ sans autres pouvoirs que ceux^'il falittit dans Cette circonstance^ devait se borner à larreStatioh^ et appeler les autorités constituées pour les scellés et les actes conservatoires des propriétés. La loi mettait les biens de Lalande-Magôn sous la main du directoire du district : eepeodadt il s'éloigna du district, et nOmma à son gré up receveur et séquestre particulier des créances et des bi^ns; il fixa ses honoraires^ çt dépouilla le district de ses fonctions. Pourquoi cette voie détournée? pourquoi le séquestre contre la loi? Que de réflexions sur cette seule manière de procéder^ surtout dans la maison dun des plus