CHAPITRE XIV. iSg
son. Il était chargé de la côrrespoodance avec Amar. La Tolonté de Van d'eux , sur le papier dV 8age du comité 5 était substituée à celle même du comilé. Ils dirigeaient autoia la guillotine ^ comme auprès. Jagot dirait brutaUmeol tout ce qu il pensait , mais Amar portait uu extériptir plus fiiux, plus perfide. Aiuar était vindicatif , cruel ^ meilteur, inexact dans ses rappoNs ^ se ployant , suivant les circonstances^ pour mieux réussir. Il était spécialement chargé d'activer le tribunal révolutionnaire, et Vouland partageait avec lui ce travail : la voiture du comité était k ses ordres. Amar était insidieux dans ses questions y comme dans ses réponses ; ses proposition^ étaient toujours compliquées^ Pétri d'orgueil , il n'aimait pas que sou opinion fût contrariée ; ambitieux > despote ^ lôcsquîl donnait ton avis il affectait de la gravités Si quelque chose militait pour la justification de l'accusé^ et qu'il u'eùt rien à opposer ^ il répondait i Laissons juger cdû par le tribunal. S'il votait sans incertitude pour le tribunal > il disait alors : lionne déconfiture/ S'agissait-il d'arrêter ou de laisser en prison ^ son expression était : Bonne prise. S agissait^il d'une liberté : Faisons grdùe ^ disait^L II mettait fdrt.pëu de temps à sies rapports , et n'apportait que trèsrarement les pièces : quand il avait adopté un parti quelconque > il était fort entêté* Amar se formait une cour de belles femmes. Tous les matins son antichambre et son salon représentaient un scrail.
l4o MÉMOIRES DE SENAKT.
^ Les préférées entraient dans sa chambre à coucber;. celle-ci présentait son placet , celle-là offrait son bouquet. Il promettait àlune, il remettait l'autre; et si quelque importun se présentait au sérail , il se fâchait et lemmenait sur le carré pour le faire partir plus tô^ J'ai souvent ri de ces scènes. Tantôt mielleux^ tantôt grave, tantôt sensible, tantôt badin y Amar était curieux dans son genre ; il savait •bien user de ses avantages et se les ménager. Il se «méfiait des hommes et se faisait^uivre partout; il s'était comme approprié la voiture du comité : il craignait toujours d'être assassiné. Quand il signait un ordre d'arrestation, et surtout une| traduction au tribunal , il manifestait une grande joie ; il tenait les propos les plus durs et les plus sanguinaires. Il est inoui le nombre de personnes que Jagot et Amar ont fait arrêter à l'insu du comité dans les départemens , ainsi que par les comités révolutionnaires de Paris , au moyen de l'abus de la correspondance. Amar et Jagot étaient les ministres du comité; ils étaient d'une rigueur étonnante, et menaçaient toujours de la guillotine.
Vadîer estoonnu pour être orgueilleux, barbare et lâche : je ne parlerai pas de ce qu'on a dit de lui; mais je rapporterai les traits qui me l'ont fait connaître, et qu'on ne lui a pas encore reprochés. Une certaine séance de nuit du comité fut suspendue quelques instans pour manger un morceau : c'était rhabitude de mettre des provisions dans un
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cabinet à côté du lieu des séahces. 11 y avait eu dans la soirée une grande quantité de guillotinés; Louis du Bas-Rhin dit : Cela va bien y les paniers s emplissent. — Alors ^ répondit Vouland,^wo/w provision de gibier. — -fl/aw,dilVadieràVouland, je vous ai vu sur la place de la Résolution j près de la guillotine. — J'ai été rire de la mine que ces gueux4àfont à la fenêtre. — Oh! dit Vadier , le plaisant passage que le vasistas! Ils vont là étemuer habilement dans le sac^ Je m* y amuse ^ fy prends goût , y y vais souvent. — Allez-y demain , reprit Amar y il y aura grande décoration, fai été au-^ jourdhui au tribumd: — Allons-^y-y dit Vadier. — Tirai pour sûr y repartit Vouland.
Je demeurai transi comme si je m'étais trouvé entre un ours, un tigre et une panthère ; je me tàtais moi-même pour m'assurer que ce n'était point un rêve. Je réfléchis ensuite sur les malheurs que nous éprouvions d'avoir ces anthropophages pour gouvernans! A peine avait «on prononcé le nom d un 3aspect/ ou dénoncé, l'expression de Vadier était : Tête à marquer. Il n aimait pas les explications, il affectait surtout un grand zèle révolutionnaire. Les circonstances , disait-il , sont impérieuses; il faut des exemples y coupons des têtes. Il disait d'autres foïs: Nous avons besoin dargentyCe sont des confiscations indispensables : en voilà assezy allons y mon avis est d'envfijrer au vasistas: Il était caustique , impérieux , colérique, rancuneux, soup^
ti4a MÉilOUlES DB SfilfART.
eoofieux. Il plaidait comme une partie intéressée cooijrel^adaitssioa des «ro^ds justificatifs; ii sem- Uak Fadversare ise de tous les bommes. IV nie eraigpMât que les facabiae : le moiadre signe de }etir désir dcYenasipovr'itt) u» objet du faaalTsme dont il élsût avieiifjlé. Sa confiance dan» Tascbereau Ta pifocipitédaiis^le graiMis écarts^.
Vonakad^ homme colériqiire » méchatU^ ernel^ ajournait (ontes les demandes eu l^^erfé; il n'en signai tpi(Sv le tiers. Orgueilleuir, snsceptiMeatitaiit qae féroce et barbare y il allait stimuler le fribunal révoliationnaire y et chicanait soc tout. H se levais sur 1» pointe du pîcd^, sautait en latr , frappait à coups de poings sut la^ table quand il étôît eofitrarié. Il n'avait point d'autre avis que d'arr^er^ ou tradu/hre au tribunal. £n irotant dans les délibérations il s'exprimait ainsi : TTSte rasée y iête grippée. H avait l'air d%n pantin , il ne savait îai;)^is se contenir.
Lebas suivait Tîtopulsion des autres. Je ne pourrais lui reprocher que son intimité avec Robes^ pierre, quun caractère farouche, ajournant les mises en liberté , exigeant dans les faits jusl^catifs. Pour se débarrasser, fl disait : Renvoyons y ren^ voyons à la piscine dès cahmagnùies. C'est ainsi qu'il désignait le tribunal révolulîonnaîre.
D.... était gixissier, ordurier dans ses expressions, brusque dans l'émission de ses opinions; il menaçait toujours le comité, de Robespierre, des
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j.acobkis y du comité de salut puUic. Son mot .£a<* , vori était : Broyons^ broyons du rouge. Il était FespioD de Boliespierre. Souvent on se cachait de lui lorsqu'il S'agissait du comité de salwt public. Il était tottjôoisde lavis le plue dwr. Lor5<|tt'ii av^l de la haine contre quelqu'un, il Yehk volontiers condaainé à mort , exécuté i|»iHEnéme.
Ua wjjmmé Bousselin fut arrêté aux Jacobins y
quoiqu'il n'y eût point d^ mandai contre l»i ; D...^
voulut qoQy sans ^entendre, on le traduisit atf
tribuiftal révolutionnaire. Son avis^ ne prévalut
pas. Je îfos chargé d'aller exaipiner ses papiers ;
je n'y trouvai que iiss preuves \^% plus 4!erteines de
sa justification , et je les insérai au procès-rerbal.
D.... se répandit en injures contre moi y et me
meaa^ça, parce qu^^ disait-il, je voulais sauver un
contre^TévolutionnAire. Cependant je fus vengé
par la justification que Rousselifi obtii^t légale*
ment. D.... soutenait que les délibérations de&jaco^
bins étaieat inattaquables , qu'elles étaient la vo-*
' lonté du.peu^ple. D.... surriva un soir, au nnonaent
où li'oii délibérait so^r la traduction d'un nommé
Foust, au tribun^d révolutionnaire. 14 ne pouvait
savoir les motifs de cette traduction; et cependant
it fut le second qui la vota en disant : Broyons du
rouge. Il ignorait conaplètement la discussion ^ P&s^
sezr-moiy dit-il, le mandat y que je ie signe. Aliars
on lui répondit :// n'est pas fait y on va envoyer fe
i44 MÉMOIRES DE SENAflT,
projet au secrétariat. Le mandat fut apporte, il le signa. / . .
Louis du Bas-Rbin était un hypocrite non moins cruel que les autres; il vous écoutait, vous répondait mielleusement ^ et vous déchirait lorsque vous étiez sorti. Ses signatures sur les mandats de traduction étaient toujours jointes à celles de Vadier, de Vouland et d'Amar. Il a plus participé que tous les autres à la tyrannie. It enchérissait sur certaines expressions des arrêtés; loin d'être éloigné des mesures de rigueur, il en était le régulateur. Si une opinion juste ou sensée était ma^ nifestée , il se levait pour la combattre. Il employait des puérilités; les 5/, les car^ \es mais ^\es pour^ tant, exigeaient, selon lui, Tenvoi au tribunal. Il affectait un certain raisonnement , un sérieux glacé, une gravité, qui en imposaient, et ont nombre de fois trompé les autres et détermîné^ la traduction au tribunal. Il promettait beaucoup aux parens des détjenus, mais ne tenait jahiais parole. Il avait la causticité dun plaideur; il soutenait, comme par besoin , l'application des peines. Son air simple n'était que de l'orgueil. Il rédigeait le plus, d'arrêtés, il était le plus assidu, travaillait beaucoup, et se montrait fort sensible lorsqu'on révisait ses travaux. Quand il avait promis à quelqu'un, surtout à des députés, il ne signait point pour ne pas essuyer de reproches. Il préparait les arrêtés, les