CHAPITRE XIT. l4g
reslations y et les supercheries dont on avait use pour les passe-ports. Le résultat de la délibération fut de déclarer l'incapacité du comité , et le renvoi
.à un rapport entre les comités de salut public et de sûreté générale. C^est à ce retard, à ces entraves que j'opposai , que ces six cents victimes durent leur salut; car, sans^a question d'incapacité, elles auraient péri.
C'est une erreur de cfoire que le comité de sûreté générale élaild'accord avec le comité de salut
. public. Ces deux comités étaient opposés l'un à l'autre, et encore divisés entre eux; dans chaque comité il y avait trois partis. Les systèmes des dîfférens partis s'amortissaient les uns par les autres , de même qu'ils devenaient aussi plus outrés et plus violens les uns par les autres. C'est en décrivant cette rivalité, cette désunion, que je dévoilerai ces secrets qui dès long-temps préparaient les événemens du 9 thermidor dont Tallien ne fit qu'usurper l'honneur. Dans le comité de salut public , Ro-*' bespierre, Couthon, SaSnt^Just, formaient un parti y Barrère, Billaud, CoHot - d'Herbois , formaient l'autre ; Carnot , Prieur, Lindet," étaient le troisième parti. Dans le eomité de sûreté générale ^
. Vadier , Amar , • Jagot , Louis ( du Bas-Rhin ) , Voutand, étaient 'd'un parti'; D , Lebas, formaient l'autre; Moîsè-Bayle, Lavicomterie , Elie Lacoste , Dubarran , étaient le troisième parti. Ils avaient chacun leur désignation : le parti Robes-^
I^g^ MÉMOIflES P^ Sl^lf^RT.
pif^prjEf a^ nûfli^^^j^ % g^ns ds Iq kafiie mm^ ; le pariifiil)fm4 se flesigo^it l^fgens jmolutiçjnnaire^ ; Ig parti ^iodçt s^pp^jait les gen^ de^i^fm^- 1^ partiVaxlief était $p)i; \e popi de gefu (i'fiûpf>éditiw; , celui de D.... étajt çomji^ ^qs pelçi 4^ écçuiaurs; celui de l^qï^e^Bayleeta^t /^i gens; de contrepoids. Ctf^ dés jgpa}io^ï\$ , ^Ç? ^r^guljères , lepr étaiwt familières.
f-e P<^W\^ 4^ Wfi^P «fifiÇÇalfe ^tf^H eôpÎQPi^é par Eféroq,, I)(....j^ fueba? : Rpfeç§pierr^ say^ît , p^r eu?, igQt ppijr mot, tout pe quj ^ passait aa, coaûté, Get eapi^rfoage do^nfa l^qp % ^f^ rfippr^bçmeoA plus ii^timej^. entre Çf>u^on) $;^rit-Ju^t Qt Bo^beppierre, Le Çfi.^actère f^rpvfche ef ^mbiMeiiii de c^ dernier, Iiii dqpn^ l'idée de lp.|al4i$fiemQrit du i>areau de pplipe.gpp4ç3Ïe,qijî, ^ pçiae cqojCu^ fut atissitôt 4éçrétjé. ^ç^vs la §fption ^^ pplipe , du coinîte de s^\f,\ pul^Hq, çnetl^it en X}^x\^ çtsix que le oomitë dp,j%^relë.généralçi.f*i|aii Sfrêtef; «t <ieçx que le (^qijqfité :de sftçgçé g^peRlfî mettait eu liberté^ elle le^ f^^aïf •?Fr4^*r- Ai^^s-i cpim^çncèreiit à se ma;»!* %^er ç^lv Aes jix^tit^c^t leR g^i^ftis dV^pposition. ¥adigr ejsçplfyfait, pqvir ^spjoj^per Robespierre/ un iQ{i*ig$^( conqn • (;'^Uit Tasichfireauy qui , par une d^t^Lb^e perfidie, e^pipp^ait aii^i le comité de'sû* KJBf4 ^éjQ^éra^e, afTectant de l'exactitude Vi^^iinisis de r.flg, çommf; yis4i-vis de l'autre. M;aia ce Tasche- IP^u^ta^it pjlv^s 2^it9cl^^ À.Rpbespierii^ qua Yadier ; il ^ronip^î;t pl^$ yifiem^nt ce deroi^r , et savait.plus
' GHiPlTRE XiV. l5l
diiveetemèiil; icfi seorets du comité. 11 existait entre les comités de sûreté générale et de iàlut public nnfi ri^lÀtité tell^^ qu'elles détruisit taule eâperanco
, d un fiCQOrd eatre eux«. Il est certain que, du rno-^ ineat'âa rétid)Ussçisient du bureau de police. gé**^ nén^le, fi0bespieri^ a perdu rinfluenee dans les deux coBittés. Ce qui venait du coiuité de salut pu^ blic n'obtenait p«s taauvent le suffrage du comité deaàretégéàévàle; ètceluio-ci taisait les connaissances qu'il ^naiiy kur^u'il s'agissait de quelquW
, poursuivi, par leconifité de salut pubHc y surtout parle bureairde poliœ générale, et principalement encore iuHBqo'il s''agÎ8^t d^uq représentant. Pour se faireune idée de cette vérité , il suffît de'se rtfp^ pélipr que Vadier , dans sa défense impuimée, pages 8 et^^disatt: vc Que le comité avait iout fait^en »i. faveup de TalHon, Foueké et afitre^, pour 'dé^ i) tourner Feffet des dérionciation& portées co«itre
^ i>> t«|K i pair la- raison qu'ils «taiefit poursuivis ^ar i> Robespierre. »^ . >
A cette preuve littérale , je vais joiiidre un autre £a)t^ qui, par ses conséquences y vous prouvera k vérité de «non aiaertiob; Robespierre attafqud, h- la ûobven'lioti , TalUen ^ dans un discours qui t^n^
, fermait [dus qpé deà soupçons. Le lendemaii^ )e vî$])lCoïaè^Bajle, et je lut dis : Diaprés les' preuves que vaus ave^i oanlreTalUien, vous laisser subsister une incertitude dont lui, Taliien, n'est ps^s dupe^ cependant aucun niembre du comité de sûreté gé-^
l52 MÉMOIRES DE SENART.
nérale n'a achevé de confondre cet itnpudent conspirateur. Moïse -Bayle me répondit: TalUen a commis tant de crimes y que de cinq cent mille têtes il n'en conserverait pas une; ses vols^ses conspira- , ' tions sont en si grand nombre , et les preuves en sont si certaines^ que Tallien accusé autant de fois quww de ses têtes renaîtrait y n*en conserverait aucune. Le comité a plus de pièces qu'il rC en faut y tu le sais y tu nous en as remis toi-même : mais il suffit qu il ait été attaqué par Robespierre , pour que n<ms ayons gardé le silence. Les circonstances . exigent que , quels que soi&ttles crimes de ceux qui paraissent montagnards y il rien soit pas pour-suivi un : c'est un niur d(mt ntms ne voulons pas arracher un moëlon^ quelque SALPÊTRE qiiil fût y car à la moindre brèche le mur tomberait. Je regardai cette réponse, et ces comparaisons, comme lefiet des projets du comité de sûreté générale^ et de la crainte des peines dues aux forfaits de.quel- ^ ques-uns, dont j avais une connaissance directe, et sur lesquels je vais donner des détails.
Alors ou ne regardait pas comme àes crimes leîs arrêtes sanguinaires et liberticides; la cruauté était le système du jour que 1^ gouvernement admettait et protégeait. Le comité de sûreté générale ne faisait faire aucun travail sur ces crimes que l'on appelait vertu ; mais il laissait encore impunis les délits de vols , et prétendait qu il eût été inconséquent de les poursuivre : c'eût été, selon lui, faire rétro-
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grader la révolution. Or , je vais vous prouver combien fut dangereuse cette impunité, par le discrédit qu^elle détermina chez les peuples voisins de notre révolution, et par les pertes de tout le numéraire qui fut détourné. Le comité, qui semblait menacé par. le. pire ^ du pire même , désirait s'attacher un parti , et, de droit , étaient joints à sa cause tous ces messieurs^ qui , dans le genre de la représentocraiiey commettaient, à labri 4e pouvoirs illimités , tous ces attentats et ces excès qp'il est inutile de répéter, d'autant qu'ils sont assez divul- ' gués. Le comité, selon ses projets, voulant donc avoir un aperçu des inculpations de vols, et recueillir les reproches qu'on faisait au comité de salut. public, sur la complicité des infldélitésiet soustractions du . numéraire , ine ti t commencer un travail dont je. dois compte à la nation , et que je ne veux pas omettre. J'ai promis la vérité sur tous les faits qui sont à ma connaissance , j'y tiens.
J'ai trouvé des renseîgnerriens sur ce que, dans le .comité de salut public, des émigrés avaient été protégés par des; commis et secrétaires; en :Ce qu'on leur avait donné des commissions avec du numéraire, pour des emplois, missions, entreprise^ ou achats , dans le pays étranger où ils sont restés^ et «ont gardé notre' numéraire, notamment un certain (i), envoyé en Siiis^e pour des sub$is-
(i) Le nom est resté-en blanc dans le manuscrit.
t54 MEMOIRES DE SENART.
(dfiees y qnî a passé et gardé le numéraire. J'avais redrgé un aperçu sur l'intrigue d^ oétit qui négo<* ciaierit ces misions auprès du bouoité de salai public et du p(iu<vôir exécutif, et afi^quels oti remettait une partie 4u uûmépairé ^ parmi eu*x y jb} singulièrement irewiarqué Richer-Serisy , ftf.... filf , Lfauilliei», Tallien, Pesfîectx, Daubigny, Danton. Un non\mé Fontenay , mari de l£| dona Thérésia^Ae Bordeau9c / acUielIeaienl femme Tallien, pnyfita d^ne rpis^on pour éraigrer. '
lei doil se trauver placé un trait infpardonnable de {JeianHBofi-.Stipt^André. Ce rigpKéseniooraie était en. mission à Tôulpn, avec des pou^'oirs illinjitési 11 fut amené tin vaisseau sous pavillon da* àois, àrnié cependant à Barcelonne , capitaine génois, chargé pour le compte conimerdial d'une njaispn de Gènes. Il y eut réolàmatfob' oontce la prise,; il y eut àiême d^'cisîon : mais en arait fait emprisonner )ç capitaine i il fut éâsaite transféré , et disparqt. La cargaisûn était partie ea piastres, partie en soièriéS:; le nom dii vaisseau fut changé»; et , lorsque^ en exécution d'un jugement j il fallut constaier la décharge du vaisseau , on ne' put ep trouver aucun vestige/ L'hanuèle Augias:, citoyen dp Toulon, qui. suivait l'effet de la réolamatîoo^ osa élever lavoix contre cetleinfamie : mais Jes^n-Bon- Saint* André) pour/ le faire taire, lé fît emprisonner et l'envoya au tribunal révolutionnaire de Paris. Des expéditiops dç }qgçmeqt,,pétitiQns, pro-
CHA|>|TRE XIV. l55
cè^-vecl^at^s^^ déposas ^H comité c}p sffireta générale ^ et dont les originaux existent invariabletnetit ^ sont les prefiyes qiie j pppQser^ii en ca^ (Je déni , an de reçlierche. Je^n-rBon-Ssiintr André a-t-il pu s«ans conipjjcité refpspf juçtice? Et le CQn^Ué de siilnt pul)}içj, quvp'f point C^it réparer cette infidéliié, peut-il éyite^r lerçpmche 4'4dhéjion et de participj^^jpq.^ ce vol éuor|Q$ ?
E)^ i^epotésien mission ont établi des taxes ré*^ vQ]vitioniia)reç., gt n'ç.q qnt poÎQt rendu compte. Le cQfpitp 4? saJjit public pcmvaitr-il , sans eomplir cî^éy pe pas e^jg^r çiQs-CQOiptes? Parmi ces taxateii^s^ j'^i rfjjK^a^xiué ^ingfilièrçpient Vimmorral et îvrQgqc Goj(nl>^p^¥3^ qu^ ^^^ pièce's matérielles peuyeoA. pppy^ipçre du fait ^^ivant. A Blois, ce Gui)[pberteaifi i^tabl^t des taxes éiçc^ves ^ désas-tr^usf^ çtT^)iîp%(^^.* RomHïîit^, VinfàmeHôuhierre, 1^ [tpnteux pQipplice de Dqrf^Qi^riez, conspirateur f^çneux^ ç^cpCK^, cqi^vf^inf^vi du vol, chez le ministre L/Bl)ffin , d'urte^mme de dix mille livres, 4Q(]t 1^ l)om sçul enfin rappelle fous les genres d'iû|ani4§, ,, ét?^.^ so|i ^eçnéuirè.. L'usage que firent Ra^li^ievre ^l Giuimbertei^u de ces taxes, fut de
1^6 d<^lribv(er \ de^ p 11 existe encore sur les
\iA\\%^ d^& mtatid^ts aqquitté^ de epije nàlure, cp\ p^QPVPPt ce fait, et le^^ 6Qpies certifiées en son| dé|i^séea a^ comité./4^ «i^reté gçnériàle : daips lous Ie6 ca^s, je 1^^ Pipp{)%wai$ ^ de$ dén^ations.J aurai occqi^iQi^l, plus bî^$> :dç pjrler de ces êires vils, et
l56 MÉMOIRES DE SENÀRT.
de leur prouver d'autres crimes, dans des détails sur la Vendée.
Isabeau et Tallien , en mission à Bordeaux , ayant épuisé , par leurs réquisitions et manœuvres , tout le numéraire du lieu et des environs , n'avaient pas encore assez satisfait leur cupidité ; ils, ordonnèrent au citoyen Descombelle, agent national à Toulouse , de faire recherche du nu-, méraîre et de le leur envoyer. Il en réunit pour deux millions qu'il- leur envoya sous la garde' d une commission nommée par la société populaire de Toulouse 9 qui leur remit ce dépôt secret ^us quittance. Les délibérations authentiques, la correspondance , les lettres , les procès-verbaux attestent ce fait et a'en permettent^ pas la dénégation. Pourquoi cet accaparement de numéraire ? Qu'en ont-ils fait?quen font-ils? où est le compte * de cette somme , et qu est-elle devenue ? où sont celles des autres départemens/où ils ont agi de mêiùe? 11 résulte donc que le numéraire de la France a été distrait et que l'emploi n'en est pas connu. Tallien et Isabeau ne prétendront pas qu'ils en ont acheté des subsistances : cette allégation insuffisante serait démentie par les citoyens de l'endroit. Que, pour les détourner, ils aient allégué ce prétexte , cela se peut , et cela se dévoile même par les faits; car, que sont devenues les dépouilles de Bordeaux dont il sera question dans* l'article relatif à la mission de Tallien dans cette ville?